‹ Histoire grecque; les peuples orientauxChapitre 7 sur 19 · INDOUS · texte numérisé non relu

INDOUS

passait de temps immémorial pour le pays des merveilles; aussi la terre promise des légendes, des contes et des poésies fut-elle dès l’antiquité le but de grandes expéditions de conquête et d’entreprises hardies.

BABYLONIENS ET ASSYBIENS.

§ 23. Dans les fertiles contrées qu’arrosent l’Euphrate et le Tigre, et dans l’herbeuse Mésopotamie (pays au milieu des fleuves) demeuraient jadis des peuples sémitiques, parmi lesquels les Babyloniens et les Assyriens. Les habitants primitifs qui, depuis la grande inondation, s’étaient établis comme pasteurs et laboureurs dans le domaine des fleuves, semblent avoir été assujettis de bonne heure aux Chaldéens, peuples montagnards de l’Arménie. Car il n’est pas invraisemblable qu’une partie du peuple chaldéen, ayant quitté les hauteurs pierreuses de l’Arménie, soit descendu vers le pays du centre en suivant le cours des fleuves, et que, de là, une nouvelle partie se soit dirigée vers le sud et ait occupé le territoire fertile sur les bords inférieurs de l’Euphrate {Sinéar). Les anciens habitants de la plaine furent alors soumis par les vaillants chefs de tribus du rude peuple montagnard, qui fondèrent le grand

royaume dont Babel fut la capitale et dont les souverains portaient le titre de rois chaldéens. — On désigne, comme le fondateur du royaume babylonien ayant pour capitale Babylone, bâtie en carre et traversée par l’Euphrate, Nkmuod (2100), « un puissant chasseur devant Dieu. » Cent ans plus tard, Ninus (2000), roi de l’ancienne Assyrie, bâtit la grande ville de Ninive sur le Tigre et soumit h sa domination l’ancienne Babylonie avec la Médie, l’Arménie et d’autres pays. L’épouse de Ninus, la célèbre Sémiramis, qui prit les rênes du gouvernement après avoir assassiné son mari, est représentée comme une femme conquérante, courageuse, qui poussa ses victoires jusque dans l’Inde, orna Ninive et Babylone d’édilices et de plantations et pourvut son royaume de chaussées, de canaux et de constructions de toute nature. Après qu’elle eut disparu de la terre d’une manière inconnue, le royaume assyrien tomba peu :'i peu en décadence sous son fils jSimjaa et scs successeurs incapables et amollis, jusqu’à ce que, dans le ix" siècle avant J. C. la race dégénérée de Sémiramis fut renversée par Beletaras, l’intendant des jardins royaux; après de grands combats intérieurs, le trône de Ninive fut dévolu à une autre dynastie , sous laquelle le royaume assyrien reprit une nouvelle vigueur. Des rois guerriers tournèrent leurs armes vers l’ouest et conquirent la Syrie. Après que Phul (vers 770) eut rendu tributaire le royaume d’Ephraïm ou « les dix tribus » (§ 38, 39) et emporté du pays de grands trésors, et que son successeur Tiglat Pilesar (vers

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740), eut conquis la riche ville de Damas et imposé un rude tribut au roi de Juda, Salmanassau (vers 7:20), soumit l’opulente Phénicie jusqu’aux confins de l’Égypte et emmena les habitants de Samarie dans l’intérieur de son propre pays ; son successeur SancHÉRiR(vers 712), menaça Juda d’un sort pareil; mais des désastres soudains le contraignirent de retourner promptement à Ninive, où bientôt après il fut mis à mort par deux de ses fils, au moment où il priait dans le temple de son dieu Nisroch. Mais sa mort fut vengée par son troisième fils Asarrhaddon (67o-626), qui obligea ses frères dénaturés à s’enfuir du pays. Après la mort de Sanebérib et d’Âsarrhaddon, le royaume de Ninive tomba en décadence. C’est pourquoi le roi des Mèdes Cyaxare (§4S) et le cbaldéen Nabopolassar de Babylone conçurent le plan de le conquérir par une expédition en commun. Ils s’avancèrent vers Ninive avec une puissante armée, mais ils furent repoussés par le dernier roi Sardanapale (626-606), qui, malgré sa mollesse devenue proverbiale, montra un grand courage dans ce combat décisif, jusqu’au moment où le fleuve, ù la suite d’un débordement, enleva une partie des murailles et ouvrit un chemin aux ennemis. Lorsque Sardanapale désespéra du salut, il fit mettre le feu au palais royal et se précipita dans les llammes avec ses femmes et scs trésors. Ninive fut détruite de fond en comble et les vainqueurs se partagèrent le royaume d’Assyrie (606). « Ninive est détruite! » s’écria alors le prophète Nalium; « tous ceux qui entendront parler de toi battront des mains sur toi;

car qui est- ce qui n’a pas continuellement éprouvé les effets de ta malice? Tes pasteurs se sont endorm.is, ô roi d’Assyrie ! tes hommes illustres se sont tenus dans leurs tentes; ton peuple est dispersé par les monlagnes, et il n’y a personne qui le rassemble. » « Comment a-t-elle été réduite en désert, » dit un autre prophète, Sophonie, « pour être le gîte des hôtes? Quiconque passera près d’elle, se moquera et branlera sa main. » La tradition du caractère efféminé de Sardanapale sous lequel finit l’Assyrie, semble, comme celle du caractère viril de Sémiramis qui avait fondé le royaume, reposer sur un mélange de légendes mythiques-religieuses et de souvenirs historiques. — Quelques documents épars de l’antiquité font une peinture fabuleuse de la grandeur et de la magnificence de la ville de Ninive, qui surpassait toutes les villes de l’Orient pour l’étendue, la hauteur et la largeur des murailles, le nombre des maisons et des palais; et les ruines grandioses des édifices et des œuvres d’art avec leurs riches sculptures et leurs inscriptions, leurs bas-reliefs avec des cortèges de figures grêles aux barbes bien frisées et aux vêtements féminins d’une très grande perfection technique, qui ont été remises au jour par des fouilles récentes sur la rive droite du Tigre, vis-à-vis de Mossoul, près des villages de Nimroud, de Gouyoundschouck, etc., prouvent la justesse de ces descriptions et témoignent des hauts faits et de la puissance souveraine des anciens rois, en même temps que du sens artistique, du faste et de la culture des habitants de la capitale assyrienne.

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On a longtemps pris pour des exagérations fabuleuses les affirmations des anciens au sujet delà grandeur et du circuit de la ville deNinive; mais les fouilles modernes et notamment les heureuses découvertes de Layard ont démontré de la manière la plus convaincante la véracité de ces assertions. Layard estime que les ruines de Nimroud, de Couyoundschouck , de Chorsabad et de Caramles qui forment un parallélogramme, sont des débris d’une seule et même cité ; et , comme l’espace compris dans ces restes correspond assez exactement à l’enceinte que Diodore de Sicile attribue à Ninive et s’accorde avec les trois journées de voyage du prophète Jonas, il incline à admettre comme positives les déclarations de l’antiquité sur l’étendue de Ninive. Ces quatre éminences de ruines étaient, scion son opinion, des palais qui formaient chacun le centre de quartiers particuliers, bâtis à des époques différentes et portant des noms différents. Chacun des quartiers fut dans un temps une résidence royale entourée d’une muraille et d’ouvrages de for- 'tification, et contenait, outre les habitations, des chasses et des jardins. L’intervalle était occupé par des maisons privées qui étaient situées au milieu de jardins, de vergers et de champs de blé La plus ancienne partie était vraisemblablement au confluent du Zab et du Tigre, où se trouve aujourd’iiui le village de Nimroud. Des rois postérieurs étendirent la ville en construisant de nouveaux palais; ceux de Chorsabad et de Couyoundschouck étaient dans tous tes cas les plus modernes. Les petites maisons particulières, construites en briques séchées, tombèrent vite en ruines; les matériaux dont elles étaient faites se confondirent avec le sol, en sorte qu’après un certain nombre d’années, on n’en découvrait plus aucune trace; mais à peine un laboureur creiise-t-il la terre avec sa charrue, qu’il rencontre des traces d’anciennes habitations. On ne peut, dit Layard, regarder comme exagérée la grandeur qui a été attribuée à la ville de Ninive à l’époqua de sa plus haute prospérité, si l’on considère la nature des villes orientales. Elles n’ont pas, avec leur population, la même j)roportion que les villes européennes. L’isolement des femmes dans des maisons spéciales réclamait déjà un nombre d’habitations plus

PEUPLES ORIENTAUX. — BABYLONIENS, ETC. IOj

considérable. Outre que les maisons comprenaient des jardins et des terres arables, Diodore de Sicile et (luinle-Curcc nous apprennent que, dans l’enceinte de IJabylonc, il y avait assez de i>tace, en cas de siège, pour cultiver le blé nécessaire à l’alimentation de la population , sans compter les vergers et tes jardins. De l’exi)ression de Jonas : qu’il se trouvait beaucoup de gros bétail dans la ville, on peut conclure qu'il s’y trouvait aussi des pâturages sufli-sants, et les sculptures nous montrent qu’à l’intérieur des murailles , une grande partie de la poi)ulalion habitait dans des tentes, selon l'usage qui régne encore à Bagdad, àMossoul et dans les autres villes voisines; or, ces sortes de campements exigent un espace plus grand (jue des cabanes ou de petites mai.sons. Au temps de leur splendeur, les villes d’Ispahan et de Damas, avec leurs jardins et leurs faubourgs, ont dû presque égaler Ninive en étendue.

§24. Les CiiALDûiîNs. A partir de ce moment, les (nouveaux) Babyloniens (Clialdtiens) eurent l’avantage, surtout sous le fils de Nabopolassar, le belliqueux et violent Nérlcadnetsau (Nabuchodonosor) qui vainquit le roi égyptien Néebo près de Carcliemis (Circesium) sur l’Euphrate, rendit tributaires la ville de Tyr et le pays de Phénicie et de Syrie, et réduisit sous sa puissance le royaume de Juda avec la capitale de Jérusalem , dont il dispersa les habitants. Après qu’il eut soumis tout le pays depuis le Tigre jusqu’à la mer, Nébucadnetsar agrandit et embellit la ville de Babylone, et éleva des châteaux-forts royaux et des édifices qui pouvaient soutenir la comparaison avec ceux des Égyptiens. A cause du débordement, il fit creuser un énorme bassin au delà de Babylone, éleva sur la rive-est de l’Euphrate une nouvelle ville et un palais, llanqués

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de liautes murailles, de tours, de portes et de temples innombrables. Les prétendus jardins suspendus de Sémiramis, l’une des sept merveilles de l’ancien monde, furent aussi construits par Nébucadnetsar en l’honneur de son épouse, sur de hautes terrasses artificielles. Mais h son tour la magnificence de Babylone s’éclipsa bientôt sous les successeurs voluptueux et efféminés de Nébucadnetsar. Une génération plus tard, ce sont les Mèdes qui dominent et après ceux-ci les Perses.

Babylone fut dotée d’admiraUes édifices par les rois cUaldéens. Une muraille de ceinture très haute et très épaisse entourait toute la ville assise sur les deux rives de l’Euphrate. Les deux palais royaux sur les rives du fleuve et la haute tour carrée de Baal ou Béhis , dieu du soleil, qui servait en meme temps d’observatoire, était ornée de statues, de figures et d’ornements d’or, et s’élevait, en pyramide à huit étages , à une hauteur de GOO pieds, étaient, avec les jardins suspendus célèbres dans toute l’antiquité, des ouvrages des plus remarquables. Les Babyloniens se servaient, pour leurs constructions , de briques cuites, qui ne pouvaient, eomme les pierres de granit de l’Égypte, braver, durant des siècles, les attaques du temps. Non moins admirables étaient les eoustruclious hydrauliques et les appareils de dessèchement que provoquait la disposition du pays : ponts, canaux, digues, jetées, bassins, etc., d’une grandeur et d’une étendue merveilleuses. — Le faste de la cour éveilla l’activité industrielle , qui, cà cause de cela, se tourna principalement vers les objets de luxe , comme les teintures et les tissus fins, les tapis précieux, etc. — Le culte dii soleil et des étoiles conduisit les prêtres babyloniens {Clutldée/is) à des observations ustrouominues. Us calculèrent le cours du soleil et

partagèrent l’année, d’après les signes du zodiaque , en douze mois. Mais comme ils joignaient à cela des interprétations astro-^ logiques, prétendaient reconnaître dans les constellations du ciel la volonté des dieux, prédire par l’heure de la naissance la destinée de la vie, et se vantaient de déterminer, par la position variable des astres, le temps convenable pour commencer une affaire ou une entreprise, ils s’égarèrent, et plus tard ils coururent le monde comme bateleurs, devins, nécromanciens et sorciers. Le premier système fixe de division des poids et mesures, ainsi que les éléments de la géométrie et de la pharmaceutique sont aussi attribués aux Chaldéens, qui les communiquèrent aux autres peuples orientaux et même aux Grecs. Outre Baal, le seigneur du ciel et de la lumière, qui avait créé le monde et les hommes et indiqué leur carrière aux étoiles, les Babyloniens vénéraient , comme première divinité féminine , Mylitta, déesse de la lune, (symbole de la nature fécondante et de la multiplication) à laquelle les jeunes filles du pays devaient ofl’rir leur virginité ; les Chaldéens en général étaient décriés à cause de leur immoralité , de leurs voluptés et de leurs débauches.

La richesse produite par la grande fertilité du sol et l’extension du commerce était en grande partie la cause du luxe et de la sensualité. Ils enduisaient leurs corps de myrrhe , portaient des robes de laine et des manteaux blancs ; ils entouraient leurs cheveux d’un bandeau pendant. L’institution des castes dut céder de bonne heure à un despotisme illimité; cependant la prépondérance des prêtres était encore si sensible plus tard, que tout le peuple, celui qui était établi de temps immémorial à Babylonc, aussi bien que celui qui arriva du nord, portait le nom de Chaldéens. Il semble, d’après cela, que dans ces générarations sacerdotales comme dans la famille royale, la race qui avait fondé le royaume, se soit conservée la plus pure et se soit le moins mêlée avec les anciens habitants du pays. La dignité des prêti'es se transmettait de père en fils. Ils étaient seuls en

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possession de l’astronomie et des caractères d’écriture (écriture cunéiforme) qu’ils avaient découverts dès les temps les plus reculés.

Les voyageurs font d’effroyables descriptions de l’état présent de Babylone ; actuellement ce magnifique pays reste presque inculte sous la domination brutale et destructive des Turcs; l’ancien « jardin de Dieu » est devenu un vaste repaire de brigands ; mais d’anciens débris de villes et de remparlsfronlières, des canaux et des appareils d’arrosement indiquent combien il fut florissant autrefois. Babylone déchut et . scs magnifiques édifices tombèrent en ruines, moins par une irruption ennemie que par une décadence successive de sa ' splendeur et de sa population après qu’elle eut perdu scs rois propres et eut été réduite à servir des souverains étrangers. Dès le iV siècle de notre ère, comme le rapporte saint Jérôme, des animaux .sauvages avaient élu domicile à l’intérieur de scs murs d’enceinte, selon la prédiction du prophète Esaïc (Ch. Xlll) « Babylone, la noblesse du royaume, l’excel- Icncc de l'orgueil des Chaldéens, sera comme quand Dieu renversa Sodomc cl Gomorrhe. Elle ne sera point habitée à Jamais ; même les Arabes n’y dresseront point leurs lentes, ni les bergers n’y mettront point leurs porcs. Mais les bêtes .sauvages des déserts y auront leurs rei)aires, et leurs maisons seront remplies de fouines , les cbats-buanls y habiteront et les chouettes y sauteront; et les bêtes sauvages des îles s’entre répondront les unes aux autres dans s8#> palais désolés, et les dragons dans ses cliilteaux de plaisance. » Et aujourd’hui, en eflet, le pas de l'homme effarouche les animaux sauvages. Les masses de débris et les amas de décombres qui se montrent aux regards , ne portent point comme beaucoup de restes d'anciens monuments, des traces éclatantes de somptuosité, mais ils sont assez gigante.sques pour ne laisser au voyageur aucun doute qu’il se trouve à l’endroit où s’élevait jadis la fameuse Babylone.

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