‹ Histoire grecque; les peuples orientauxChapitre 6 sur 19 · INDOUS · texte numérisé non relu

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jusque-Ih, surtout que le climat énervant et la grande fertilité des bords du Jamouna et du Gange disposaient une existence tranquille, livrée à la contemplation religieuse et aux occupations pacifiques, plutôt qu’ils ne favorisaient une surexcitation guerrière et une vie de lutte. Ges circonstances, jointes è la nature passive du peuple, sollicitaient les Brahmanes îi tenter de courber sous une loi sacerdotale toute la vie intérieure et extérieure de la nation. Ils remplacèrent l’ancienne religion de la nature parla doctrine panthéiste de l’émanation qui considère Brahma comme l’àme du monde (§8). Ils arrêtèrent le libre essor du peuple par une étroite disposition de castes, dans laquelle ils s’assignèrent la première place, et enchaînèrent l’activité de la vie par d’innombrables prescriptions cérémonielles et rituelles, par des sacrifices et des purifications sans fin; au moyen de la doctrine inquiétante de la régénération et des punitions de l’enfer, ils prêtèrent à la vie terrestre une couleur sombre, et étouffèrent toute énergie et toute exaltation joyeuse; ils représentèrent un ascétisme ténébreux plein de pénitences et de macérations, une mortification de la chair et des désirs sensuels par l’absorption dans un être divin imaginaire, comme la voie la plus sûre pour affranchir l’àme des liens du corps et la ramener, après ses épreuves terrestres, dans sa céleste patrie. En même temps, ils appliquèrent leur esprit û un savant formalisme et à des subtilités scolastiques, en vue de régler et de gouverner la nouvelle conception.

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Castes. D’après les Védas, il y a trois castes pures : \&s Brahmanes sortis de la bouche, les Kschatryas (guerriers) sortis des bras, et les (laboureurs, commerçants et industriels) sortis

des pieds de Bralima. Ces trois castes peuvent lire les livres sacrés et participer aux sacrifices ; elles sont nées deux fois, c’est à dire régénérées. La quatrième caste, celle des Soudras, se compose des habitants primitifs qui ont été assujettis et qui parlent une langue entièrement différente, mais qui appartiennent au cercle de vie et de croyance brahmanique; elle est servile et méprisée. Elle est exclue de la communauté religieuse et ne reçoit point la consécratio u des régénérés par la ceinture sacrée. C’est de cette caste que sortent les domestiques ; à présent elle est devenue dans l’Inde la caste qui s’occupe réellement d’industrie et d’agriculture. Les Brahmanes sont sacrés et inviolables ; on ne peut leur infliger de punition corporelle pour aucun crime, taudis qu’une offense qui leur a été faite n’est jamais effacée et reçoit les plus cruels châtiments dans le temps et dans l’éternité. Au Brahmane appartient la garde de la religion, la lecture et l’interprétation des Védas, la direction des sacrifices, des prières et des purifications, l’administration de la justice, la culture des sciences et des arts, le conseil des rois, et dans toutes ces fonctions, il doit être un modèle de sagesse, de droiture et de moralité. C’est pourquoi il peut prétendre au même respect que la divinité.

Les Kschatryas, auxquels appartenaient les rois, formaient la noblesse militaire ; la défense du pays et le maniement des armes leur étaient confiés. En possession de grands biens et richement payés par les rois, pourvus d’armes et de munitions, ils menaient une vie exempte de soucis et égayée par les exercices militaires, la chasse et les chansons de guerre. A l’opposé des Vanyas roturiers, les prêtres et les guerriers formaient les deux premières classes. — Outre ces castes pures, reposant sur une descendance régulière dans un mariage de condition égale, il existait des castes mêlées et impures, dans lesquelles on comp-

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tait les rejetons des habitants primitifs de l’Inde qui restèrent inaccessibles à la culture brahmanique , aussi bien que les enfants d’alliances matrimoniales illicites ; le nombre s’en accrut tellement dans la suite des temps, qu’aujourd’hui plus de quarante castes héréditaires subsistent côte à côte : la plus vile et la plus rebutée était celle des Tchandalas dont l’occupation consistait à emporter la charogne et à exécuter les criminels. Les Tchandalas, plus connus sous le nom de étaient eu

butte à un mépris général, Ils ne pouvaient jamais demeurer dans des villes, dans des bourgs ou des villages ni dans le voisinage de ceux-ci; ce qu’ils touchaient était réputé impur, jusqu’à l’eau même sur laquelle leur ombre s’étaient étendue; quiconque les regardait seulement se tenait pour souillé. Lorsqu’ils se montraient sur des grands chemins, si des brahmanes ou seulement des gens de leur suite venaient à passer, ils étaient poursuivis, dispersés, tués comme des bêtes sauvages, afin qu’on ne respirât pas le même air qu’eux. On suppose que nos bohémiens ou égyptiens descendent d’eux. Si d’un côté cette séparation absolue en classes et en fonctions héréditaires eut pour conséquence le maintien des particularités nationales et l’élévation de l’agriculture, de l’autre elle favorisa la servilité du peuple et l’oppression des classes inférieures par les classes supérieures.

C) État politique et judiciaire de l’Inde. Les Brahmanes ne soumirent pas h leurs lois la vie religieuse seulemeut et le domaine de la foi, auxquels ils donnèrent une empreinte spiritualiste particulière ; ils cherchèrent aussi à renfermer dans le cercle de leur intuition la vie politique et civile dans tous ses modes d’expression et è la régler au moyen de leurs prescriptions. A cette fin, ils érigèrent un code qui procédait prétendument de3Ianou

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et reposait sur une inspiration divine; ce livre devait être valable pour tous les États de l’Inde et, h l’aide de peines sévères et d’un rij^oureux despotisme royal fondé sur l’autorité de la police, tenir le peuple dans l’obéissance et la soumission. Le code de Manou attribuait aux rois, qui appartenaient è la caste des guerriers, la puissance la plus étendue; en retour du secours qu’ils prêtaient au despotisme, les Brahmanes obtinrent alors des privilèges de toute nature : leurs biens étaient exempts d’impôts, ils formaient le conseil du roi et guidaient ses résolutions pour le gouvernement et pour l’administration de la justice. — La nation indienne ne fut jamais unie par un lien commun, mais de même que les castes isolées vivaient ensemble sans intérêts généraux, de même le royaume se divisa en une foule d’États plus ou moins grands, sans cohésion extérieure. Les royaumes particuliers à leur tour consistèrent en une quantité de villes et de villages qui n’étaient plus ou moins réunis que pour les impôts et la surveillance. Les impositions étaient si lourdes qu’elles devinrent bientôt des extorsions. Non seulement on prélevait un droit considérable sur les produits du sol et les matières premières, mais le commerce et l’échange étaient frappés de taxes et de péages, et les artisans et journaliers étaient obligés de travailler pour rien un jour par mois. Il existait en outre des capitations et des dons qu’on appelait gratuits. Ces institutions politiques et sociales étaient peu propres à diriger les regards du peuple -indien vers la vie publique; il se détour-

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nait de la réalité désolante dans laquelle un sombre despotisme, joint îi l’élévation des charges, à la brutalité et à l’arbitraire des fonctionnaires, anéantissait toute jouissance de la vie, surveillait tout élan de l’esprit, et il cbercliait le bonheur et le salut dans le domaine de la foi et de l’imagination, dans le monde des fantaisies et des rêves.

Code de Manou. Le code de Manou que l’on représente tantôt comme le premier homme , tantôt comme le premier roi, tantôt comme le premier sage ou le premier prêtre, eontient ; 1) les préceptes des "Védas; 2) les » coutumes des biens , » c’est à dire le droit traditionnel et les anciennes coutumes juridiques des provinces particulières et notamment du pays sacré aux bords du Jamouna ; 3 ) les sentences et les doctrines des prêtres et des sages du passé. Le livre s’ouvre par un récit de la création, il traite de l’éducation, puis des règles du mariage, des devoirs domestiques, des jeûnes et des purifications, du culte, du gouvernement et de la législation, de l’administration de la justice; il s’occupe ensuite du commerce, des castes mêlées, des pénitences et des expiations, et il se ferme par la migration des âmes et la vie après la mort. Il est divisé en douze livres; les lois seules sont écrites en vers. Dans sa forme actuelle, il appartient au vu' siècle avant J. -C. — Les lois de Manou comparent les rois aux dieux. » Brahma créa le roi, en prenant des parties de la substance des huit gardiens du monde, que le roi réunit en sa personne. Comme Indra, le brillant firmament, le roi surpasse en éclat tous les mortels ; comme Indra verse pendant quatre mois de l’eau du ciel, il inondera son peuple de bienfaits. Comme Sourya, le dieu du soleil, le roi darde des rayons dans tous les yeux et dans tous les cœurs, personne ne peut le regarder en face ; comme Sourya, durant huit mois, tire par ses rayons l’humidité de la terre, le roi tirera de ses

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sujets des impôts légitimes. Comme Vayou (le vent) vole autour de la terre et de toutes les eréatures et les pénètre, la puissanee du roi pénétrera partout. Comme Yama dans le monde souterrain, le roi est le maître de la justice; comme Yama, quand le temps est venu, juge ses amis et scs ennemis, ceux qui l’iionorent et ceux qui le méprisent, le roi jugera ses sujets. Comme Varouna, le dieu qui borne le monde, saisit à la fin et retient les coupables, le roi tiendra les criminels prisonniers". Comme Agni, le roi est le feu sacré ; il détruira au feu de sa colère tous les transgresseurs, des familles entières avec leurs biens et leurs troupes, et sera inexorable envers ses ministres. Comme les hommes se réjouissent à l’aspect du dieu de la lune (Tschandra) ils se réjouiront à la vue du bon souverain; comme Itouvera répand le superflu, le regard favorable du roi dispense des biens. »

D) Brahmanisme et Bouddhisme. Dans leurexistence paisible et uniforme aux bords du Gange, les Brahmanes se livrèrent de plus en plus aux spéculations sur les rapports entre le monde et Brahma. Ils séparèrent l’esprit et la matière, le corps et l’âme, et eu attribuant au surnaturel seul une existence réelle, en assignant comme tâche â la vie l’absorption en Brahma, ils tombèrent dans des doctrines fantasques et dans des rêveries sur le néant du monde des phénomènes et le divin torrent de vie qui remplissait tout. Ils mirent une contemplation passive et une placide méditation bien au dessus de l’emploi des facultés physiques et intellectuelles pour le bien de l’humanité, et, dans leur orgueil présomptueux, ils s’abstinrent de tout commerce avec les classes inférieures du peuple. C’est par l’observance servile de

commandements, de prescriptions et de règles innombrables, sur tous les accidents de la vie, par des pénitences et des mortilications, par une confiance dans les œuvres extérieures de sainteté sans tepsion d’esprit et sans élévation morale, par des purifications, par l’abstinence de viande (car selon la doctrine de la transmigration des âmes, les âmes humaines pouvaient aussi habiter dans les animaux) par la mortification de la sensualité et des désirs charnels, que les Brahmanes cherchèrent h résoudre le problème de la vie et à participer au repos éternel dans le sein de Brahma. Ainsi, il arriva que, sur les bords du Gange, les Indous devinrent complètement étrangers à la vie réelle et active, et vécurent dans un monde imaginaire avec le ciel pour patrie. Les spéculations des Brahmanes avaient enfin atteint une hauteur qui menaçait de détruire toute vie pratique, lorsque Bouddha « le réveillé, » un fils de roi de Kapilavastou sur l’un des versants de l’Himalaya, devint le fondateur d’une nouvelle doctrine qui prit bientôt une grande extension et influa puissamment sur les idées de l’Orient. Bouddha porta un coup décisif au système du monde des Brahmanes, en niant Brahma et tous les dieux du ciel, en contestant aux Védas leur vertu sanctifiante, en recommandant, au lieu de l’ascétisme cruel, des lois de sacrifice et de purification, une morale de bienveillance, de miséricorde et de charité envers toutes les créatures; il renversa la hiérarchie des castes avec l’orgueil des classes supérieures, par la doctrine de l’égalité de tous les hommes. Mais renfermé dans le

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cercle de pensées de l’Inde, il vit aussi le but de l’existence terrestre dans un anéantissement de toutes les passions et de tous les désirs, dans une inertie pleine de vertus passives. Bouddha renonça h sa haute condition, se retira, couvert de haillons, dans la solitude des forêts où il se livra ii la recherche de la vérité éternelle au milieu des pénitences et des macérations les plus dures. Lorsqu’enfin il eut reçu la lumière, il se présenta comme fondateur de religion ; il ne vécut point, comme les Brahmanes, dans la retraite et dans les déserts; mais, accompagné de quelques disciples, il parcourut la contrée du Gange, et annonça sa doctrine de l’affliction et du salut du monde. Il ne se tourna point vers les classes supérieures, comme les Brahmanes, mais vers le peuple entier sans distinction, vers les « régénérés » comme vers les Soudras et les Tchandalas; il enseigna « une loi de grâce pour tous » et attira par là ceux qui étaient humiliés et opprimés, et qui attendirent de lui la délivrance du joug des castes et des liens héréditaires. La doctrine de l’égalité de tous les hommes, la promesse d’un repos éternel comme couronnement d’une vie pleine de vertu et de charité, et l’affranchissement des systèmes fantastiques et de la sanctification par les œuvres produisirent une impression profonde. De jeunes croyants, couverts, comme le maître déifié, de haillons jaunes, répandirent avec un rapide succès sa doctrine par tout le pays, d’Himavat jusqu’à Ceylan, et de vastes monuments commémoratifs (Stoupas) avec des maisons de réunion monastiques s’élevèrent sur tous les

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points pour les sectateurs qui renonçaient au monde (Bhikschous). Les Brahmanes regardèrent avec inquiétude la propagation croissante de la doctrine de Bouddha. Ils cherchèrent à la contrarier, en rapprochant leur système religieux du peuple et du monde réel par le perfectionnement de la doctrine des incarnations (§ 8) et en étendant, h cet effet, l’ancienne épopée populaire par l’addition de l’entretien pénétrant de Bhagavad-Gita. Le bouddhisme eut aussi la plus grande influence sur le développement de l’art dans l’Inde. Les stoupas en forme de coupoles, appelés généralement ;jflÿOf/cs par les Européens, que les Bouddhistes élevèrent comme monuments commémoratifs sur les restes mortels de leur maître, adorés comme des reliques, excitèrent les serviteurs de Brahma h bâtir aussi à leurs dieux des temples et des demeures et à les orner de figures et de symboles. Telle fut l’origine des temples de rocher, des grottes d’Ellora, deSalsette, d’Éléphantine, etc., que l’on admire encore aujourd’hui. — Mais les Brahmanes ne voulurent introduire aucune modification dans les nombreuses cérémonies du culte, ni dans l’ascétisme, ni dans la disposition des castes; c’est pourquoi leurs efforts pourdéposséder le bouddhisme restèrent sans succès. Plusieurs rois mêmes, et avant tous Açoka,- confessèrent la nouvelle religion. Enfin les Brahmanes réussirent à provoquer contre leurs adversaires des persécutions sanglantes qui prirent bientôt un caractère redoutable et eurent pour conséquence, la destruction presque totale des Bouddhistes dans l’Inde citérieure. L’ordre suivant, donné par un

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roi, est un témoignage de la violence de cette persécution, qui semble avoir atteint son point culminant dans le sixième siècle après J.-C. :

« Du pont aux montagnes de neige, quiconque, vieillard ou enfant, n’étrangle pas les Bouddhistes, sera étranglé? »

Par ce pont, il faut entendre le détroit de Ceylan et du Dekhan, et par ces montagnes de neige les hauteurs de l’Himalaya.Mais la doctrine de Bouddha eut beau perdre des sectateurs dans l’Inde, elle en regagna bientôt abondamment par sa grande extension dans l’ile de Ceylan, au Thibet, en Chine et dans d’autres pays; seulement, en se répandant, elle se grossit d’éléments hétérogènes, et pour s’accommoder h des idées religieuses étrangères elle alla peu h peu au devant de la décadence où nous la voyons aujourd'hui. Le système des bouddhistes se compliqua de saints et de divinités sans nombre ; leurs dogmes dégénérèrent en un mysticisme farouche et aventureux, leurs livres religieux se multiplièrent à l’infini, leur culte consista en cérémonies pompeuses, mais vides de sens ; la prêtrise ascétique, réputée méritoire, et la vie inactive de Bhikschou dans les maisons religieuses (Viharas) donnèrent naissance à une hiérarchie ambitieuse et puissante.

Les peètres de Bouddha. — Monuments. Les nombreux prêtres qui estimaient comme sainte et méritoire une vie oisive et contemplative, s’écartèrent de la vie pratique et du commerce avec le peuple , fondèrent comme les moines chrétiens.

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des ordres et des maisons religieuses (cloîtres) et cherchèrent à parvenir à l’état de sainteté par l’abstention de toutes les jouissances, par le renoncement au mariage (célibat), par le dépouillement de tout bien terrestre, et par l’observance d’une foule de rites superstitieux , de formules de prières (rosaires) et d’œuvres de piété (processions, exercices de pénitence, pèlerinages). Le plus nombreux clergé bouddhiste se trouve dans le Thibet où il compte la moitié des habitants et le Dalaï-Lama, chef temporel et spirituel à qui l’on rend des honneurs divins. — 11 était d’usage de renfermer les reliques de Bouddha dans des coffres précieux et d’élever autour ou au dessus un monument (Stoupa) qui avait ordinairement la forme d’un cylindre avec une coupole. On conte que le roi Açoka de Madagha (vers 250 avant J.-C.) lit ouvrir les huit Stoupas qui contenaient dans l’origine les reliques de Bouddha (sauf une qui se trouvait à Ramagra) et qu’il fit partager ces sept amas de reliques chacun en 12,000 parties, soit au total en 84,000 parties/ Apres avoir renfermé de nouveau les reliques ainsi divisées dans des coffres d’or, d’argent, de cristal et de lapis lazuli, Açoka les répartit entre les 84,000 villes et localités de son royaume et lit bâtir au dessus de chaque coffre une Stoupa et, en outre, près de chaque Stoupa un couvent (Yihara). Dans les endroits que Bouddha avait sanctifiés par sa présence , où il avait prêché, enseigné et fait des miracles, des monuments commémoratifs furent également élevés; le roi Açoka fit aussi contruire des Stoupas pour conserver les restes des disciples les plus éminents de Bouddha, et le culte des reliques reçut par là une extension encore plus grande. Sur les murailles de presque toutes les Stoupas, Bouddha était représenté assis, les bras croisés, dans la position du repos , de la méditation ou de l’enseignement : des inscriptions, contenant les sentences de Bouddha, les axiomes de sa doctrine, entouraient ces images. I/e zèle à honorer Bouddha et ses saints dans des images et à glorifier leur mémoire par des monuments, donna

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un grand essor à rarcbitecture et à la plastique indiennes et excita l’émulation des Brahmanes. Ainsi s’élevèrent les vastes temples de grottes à Karli, à Aganta, à Ellora et ailleurs. Les excavations à'Ellora (au centre de l’Inde eitérieure) , de Salsette (près de Bombay) et de l’ile à! Éléphant ine (golfe de Bombay) où des temples , des habitations, des passages avec des figiu'es et des inscriptions sont creusés dans le rocher les uns au dessus ou à côté des autres sur une étendue de plusieurs lieues, ainsi que les monuments commémoratifs des Bouddhistes en forme de tours, exciteirt encore aujourd’hui l’étonnement des voyageurs et attestent la haute puissance de la classe des prêtres et les efforts dévoués du peuple qui travaillait au service de la religion. Les monuments d’Eilora sont surtout remarquables ; ils surpassent de beaucoup , pour la perfection du dessin et le raffinement de la composition, tous les autres monuments de même nature. Grottes, temples et habitations sont entaillés dans une ceinture de montagnes rocheuses qui s’étend en demi-lune sur une étendue de plus d’une lieue, et contiennent, avec les ornements et les sculptures qui les couvrent, une abondance si infinie de détails ingénieux et difficiles, qu’ils n’ont pu être achevés que dans un temps incalculable par des milliers et des milliers de mains avec une persévérance et une patience qui dépassent toute imagination. Cependant, ni ces constructions ni les sculptures des Indiens n’ont une valeur artistique. Les formes de leur architecture sont lourdes, ampoulées, surchargées et, de plus, entièrement indécises ; ce n’est ni la forme rectiligne ni la forme curviligne, ni la coupole ni l’angle droit qui dominent, mais presque partout on rencontre une bigarrure de tous ces éléments ; en ce qui concerne la sculpture, il se manifeste dans leurs productions une mollesse qui se complaît en bouffissures des formes du corps; cette manière flasque de traiter les parties charnues sans indiquer la charpente osseuse et les muscles produit, surtout en rapport avec l’énorme dimension du corps, l’impression du relâchement et de la sensualité impuissante.

§ 22. Culture postérieure de l’Inde. Lorsque rinde, par l’expédition d’.\lexandre, fut mise en contact avec la civilisation de la Grèce et de l’Asie antérieure, la vie indienne était déjà arrivée h son terme, l’activité créatrice était éteinte. L’esprit spéculatif et raffiné avait imaginé et appliqué une foule de systèmes; il se reposait fatigué et livrait aux générations lutures de merveilleuses images comme des types pour la vie intérieure et la vie extérieure. A la vérité, les intuitions religieuses subirent encore quelques modifications dans le cours des années; à la vérité les arts et les sciences furent très cultivés sous l’influence du génie grec, et l’Inde, par son alliance avec les États civilisés de l’époque d’Alexandre, prit un essor grandiose sous le rapport de l’industrie et du commerce; mais la force productive était épuisée, les formes primitives de la vie restèrent inaltérées. Alors commença pour l’Inde cette stagnation, cette atonie intellectuelle qui se révèle tôt ou tard dans tous les royaumes orientaux, comme la malédiction du despotisme et du joug des castes. La littérature et” la philosophie ne produisirent plus que des amplifications des anciennes idées-mères. Les formes de culte et de croyances se disjoignirent de plus en plus, les scissions de sectes se multiplièrent de la même façon que les séparations de castes, et le polythéisme devint si bariolé, si complexe et si divers, que Tunilé originelle du inonde de Brahma disparut complètement. A cette époque de scission des sectes appartiennent les Pourànas, enseigne-

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ments théologiques et philosophiques, légendes et préceptes rituels et ascétiques qui, dans leur forme actuelle, remontent à peine au delà du xr' ou du XII® siècle de notre ère, mais qui ont été tirés d’écrits plus anciens. Par contre, plusieurs sciences furent cultivées avec ardeur. La grammaire acquit de bonne heure un haut degré de perfectionnement et fut l’une des matières essentielles de l’enseignement brahmanique; V astronomie fut des plus florissantes, sous l’influence des Chaldéens et des Grecs qui portèrent vraisemblablement dans l’Inde la connaissance du zodiaque; la médecine fut étudiée avec soin; Valgèbre et la numération décimale sont originaires de l’Inde; c’est de là qu’elles arrivèrent, par les Arabes, en Europe. Les Brahmanes avaient peu de dispositions pour l’histoire; cependant les Annales des Bouddhistes ne sont pas sans valeur. Les Indiens des temps postérieurs ont encore brillé dans la poésie. Le drame qui, dans son alliance avec la danse et la musique, était connu depuis longtemps des Indiens, atteignit une haute perfection, sous l’influence grecque. La gracieuse légende de Sacountala ou « l’anneau de reconnaissance, » du poète Calidasa, qui vivait au ii® siècle de notre ère, excita, lors de sa première apparition dans la traduction anglaise, une telle admiration, qu’elle fut bientôt reproduite dans toutes les langues de l’Europe. La fable des animaux et son amplification en épopée des animaux était déjà connue dans l’Inde dès la période macédonienne. Des recueils de fables et de contes indiens pénétrèrent en Europe par

l’intermédiaire des Grecs, des Perses et des Arabes. Le sujet de beaucoup de nos fables les plus répandues et d’un grand nombre des contes arabes des mille et une nuits est emprunté à l’Inde. La danse, image de la vie tournoyante du monde, devint plus tard une partie constitutive du culte; elle était exécutée surtout dans les solennités religieuses , par des danseuses publiques, nommées baijadères. — L’industrie et le commerce que les Brahmanes dédaignaient et qu’ils abandonnaient entièrement aux Vaisyas, prirent avec le temps un élan remarquable ; c’est bi que se montra le seul bon effet de l’institution des castes. Exclus de la vie intellectuelle et supérieure, libres de distractions extérieures, les Vaisyas consacrèrent toute leur activité aux travaux manuels et transmirent leur dextérité à leurs successeurs. Ils découvrirent l’art de tremper le fer en acier, et leurs ouvrages de bronze , d’or et d’argent tirent déjîi l’admiration des Grecs; leurs tissus de coton , de laine et peut-être de soie furent estimés dans toute l’antiquité; ils possédaient également une grande habileté dans la préparation des pierres précieuses. Le commerce de terre et de mer ne prit pas un développement moins significatif; des roules furent établies, des entrepôts fondés, des ports ouverts au commerce étranger. De grands chariots ou des caravanes transportaient dans les villes éloignées ou sur les bords de la mer pour l’exportation lointaine, les précieux produits du sol, l’or et les pierres précieuses, le bois de sandal et le safran, l’encens, l’huile et les perles de la mer.

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aussi bien que les produits de l’industrie, les tissus de soie, les vêtements de pourpre, les teintures et les outils de métal. Des sociétés de commerce dont les affaires étaient très étendues amassaient de grandes richesses, au point d’exciter souvent la convoitise des rois et des employés. — Mais à quoi pouvaient servir au peuple indien tous les dons de la nature et de l’industrie? Asservi par la contrainte des castes et le despotisme, inquiété par la crainte de la régénération et des châtiments de l’entér, tourmenté par les pénitences et l’accomplissement d’œuvres de sainteté, déchiré par le morcellement du pays en une quantité d’états et de peuplades sans lien commun, il lui manquait le sentiment qui élève et vivifie, le sentiment de la liberté et de l’amour de la patrie. Lâche et peu propre à la guerre, il devenait le butin de tous les conquérants qui lui mettaient leur pied d’airain sur la nuque, et se courbait avec une résignation stupide sous tous les jougs étrangers. Dans son orgueilleux mépris de tout ce qui était exotique, il conservait avec obstination les institutions traditionnelles et les lois de ses devanciers, et ne voyait qu’un attentat contre ses droits sacrés dans chaque effort tenté pour l’affranchir de sa superstition et de ses mœurs cruelles. Jusqu’à présent même, on n’a pas pu déraciner complètement l’ancienne tradition qui impose à la veuve le devoir tragique de chercher dans les flammes un trépas volontaire pour suivre son époux dans le royaume des morts. Douée des charmes les plus séduisants de la nature, l’Inde

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