DEPUIS LA PUISE B'ATHÈIVES JUSQU'AU TRAITÉ
D'ANTALGIDAS (404-387).
Expédition des Dix Mille (401-400). — Puissance de Sparte; état intérieur de cette république; Lysandre. — Inimitiés contre Sparte en Grèce; guerre avec la Perse (399). — Expédition d'AgésUas (396). — Ligue en Grèce contre Sparte (395) ; paix d'Antalcidas (387).
SzpédUtoii de* Dix ntlte (40t-4IOO).
Ce n'est pas au moment où les doctrines sont trouvées que leurs résultats politiques et sociaux se produisent. Il faut des siècles aux idées pour faire leur chemin et déraciner les croyances qu'elles combattent. La philosophie devait tuer un jour le paganisme et modifier, ens'infiltrant dans les lois, les bases antiques de la société ; mais, au temps qui nous occupe , elle n'était qu'une curiosité pour les esprits d'élite. Dans l'histoire politique de la Grèce, la tragédie que nous venons de raconter resta un fait isolé; les peuples n'en furent pas détournés de leur route, et Xénophon, qui trace leur histoire, ne croit même pas devoir mêler le nom de Socrate aux événements qu'il raconte.
De ces faits, le plus retentissant alors était l'expédition des Dix Mille.
Quand une longue guerre se termine subitement, des forces militaires considérables se trouvent sans emploi. Uae foule d'hommes, qui ont grandi dans les camps et qui ne connaissent pas d'autre existence que les armes, se sentent t incapables de commencer une vie nouvelle, de changer les habitudes du soldat contre celles du citoyen. Que l'entreprise la plus hasardeuse se présente, ils y courront. A la fin de la
guerre dn Péloponnèse, beaucoup d'hommes se trouvèrent inoccupés, et parmi eux un grand nombre de mercenaires de Sparte et d'Athènes; ajoutons les bannis toujours en grand nombre^ et nous verrons qu'un des plus affligeants résultats de cette guerre avait été de produire une force flottante, une armée sans patrie, qui ne demandait que la guerre, parce qu'elle en avait besoin pour vivre. Cette armée se donna au plas offrant, au jeune Gyrus.
Depuis que les Perses avaient réussi à mettre la Grrèce en feu, ils étaient restés simples spectateurs des événements, n'y prenant part qu'autant qu'il était besoin pour entretenir l'incendie. Incapables de renouveler la grande lutte livrée au commencement du siècle, ils n'avaient plus qu'une ressource, affaiblir la Grèce par la corruption et la discorde. Les désastres, en effet, de Marathon, de Salamine, de Platées, de Mycale, de l'Eurymédon, accumulés dans un demi-siècle, et le traité honteux qui les avait suivis, avaient porté un coup fatal à ce prestige divin qui entourait jadis le monarque de l'Asie. Aux grands princes aussi avaient sucoédé les princes incapables. L'Orient est terrible pour ses révolutions de palais et la prompte décadence de ses dynasties. On vit Xerxès assassiné par Artaban, son capitaine des gardes; Artaxerxès s'emparer du trône au préjudice de son frère aîné, héritier légitime, et s'abandonner à l'influence de sa mère et de sa femme; enfin Darius II le Bâtard tomber sous la tutelle d'une autre femme et de trois eunuques.
Encouragées par ces désordres, les provinces s'agitaient. L'Egypte fut en révolte continuelle dans ce siècle. Certains peuples, jamais bien soumis, secouaient peu à peu le joug. En d'autres pays, c'étaient les satrapes qui visaient à se rendre indépendants. Tissapheme, qui administrait le sudouest de l'Asie Mineure, avait du moins bien servi le monarque par son habileté à tenir la balance égale entre Sparte et Athènes. En 407, Cyrus l'avait remplacé dans une partie de ces provinces, et y avait apporté une autre politique, parce qu'il avait d'autres desseins. Dès qu'il vit la lutte finie en Grèce, il appela h lui tous les aventuriers. Il donna 10 000 dariques à un banni de Sparte, Cléarque, pour lui lever des
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troupes en Thrace; le Thessalîen Âristippe, le Béotien Proxène, Sophénète de Stymphale, Socrate d'Achaïe, d'autres encore, reçurent semblable commission. Il parvint même à obtenir un corps auxiliaire de Sparte, qui lui envoya 700 hoplites, et mit à sa disposition sa flotte de 25 galères, qui croisait dans la mer Egée, Il réunit ainsi 14 000 Grecs, dont, près de la moitié étaient Arcadiens et Achéens; il avait de'^ son côté 100 000 barbares. (
U ne dévoila pas d'abord ses desseins, même k ses généraux; il prétextait \me guerre contre Tissapherne, qui lui retenait une partie de son gouvernement, puis une expédition contre les Pisidiens, qui infestaient ses frontières. Il partit de Sardes au printemps de 401, et se dirigea vers le sud-est, à travers la Phrygie, la Lycaonie et la Gilicie. Le satrape héréditaire de cette province, Syennésis, se déclara en sa faveur, tout en envoyant un de ses fils auprès du roi, pour ^ protester de la fidélité qu'il lui gardait dans le cœur. On ne faisait que soupçonner encore le but de Gyrus. Mais les soupçons prirent plus de consistance quand il sortit de Tarse, où il avait fait reposer son armée vingt jours. Ils causèrent une émeute parmi les mercenaires, effrayés par l'idée, non de combattre le roi de Perse, mais de s'enfoncer dans les profondeurs de l'Asie. Gléarque, assailli de pierres, fut en danger; on l'accusait de tromper les Grecs. Gyrus éleva leur solde à une darique et demie par mois, et annonça qu'il allait combattre le gouverneur de Syrie. A Thapsaque, il déclara enfin qu'il ma,rchait sur Babylone. De nouveaux murmures furent apaisés par une augmentation nouvelle. On passa TEuphrate, on traversa les déserts de la Mésopotamie, et Pon arriva à la plaine de Gunaxa, oii pour la première fois on vit l'ennemi.
On n'était pas loin du lieu où l'on voulait établir le camp, lorsque l'on vit accourir, bride abattue, sur un cheval tout 3n sueur, un des confidents de Gyrus. Il crie en langue barbare et en grec, à tous ceux qu'il rencontre, que le roi est tout proche, avec une armée innombrable. Aussitôt Gyrus saute à bas de son char, revêt sa cuirasse, monte à cheval, et, après avoir pris des javelots, ordonne aue chacun s'arme
et se mette à son rang. Les Grecs se formèrent à la hftte : Cléarqne à l'aile droite, près de rEnphrate, et appuyé de 1000 cavaliers paphlagoniens ; an centre, Proxène et les autres généraux; Ménon à Taile gauche, avec Ariée et l'armée barbare. Oyrus se plaça au milieu de sa ligne, suivi de 600 cavaliers montés sur des chevaux bardés de fer, et euxmêmes revêtus de grandes cuirasses, de cuissards et de casques. Pour GyruSj il voulut combattre la tête nue.
oc On était au milieu du jour, et l'ennemi ne paraissait pas encore ; mais le soleil commençant à décliner, on aperçut une poussière semblable à un nuage blanc, qui bientôt prit une couleur plus sombre et couvrit la plaine. Quand ils furent plus près, on vit briller l'airaiû, on distingua les rangs hérissés de piques. En avant, à une assez grande distance, étaient des chars armés de faux, dont les unes, attachées à l'essieu, s'étendaient obliquement à droite et à gauche ; les autres, placées sous le siège du conducteur, s'inclinaient vers la terre de manière à couper tout ce qu'elles rencontraient. Le projet était de se précipiter sur les bataillons grecs et de les rompre avec ces chars à faux.
« II n'y avait plus que 3 ou 4 stades entre le front des deux armées, lorsque les Grecs chantèrent le péan et s'ébranlèrent. Tous ensemble invoquent à grands cris Mars Enyalios, et prennent le pas de course, en frappant les boucliers avec les piques pour effrayer les chevaux ennemis. Ils se précipitent avec l'impétuosité des vagues en courroux. Avant même d'être à la portée du trait, la cavalerie barbare tourne bride; les Grecs la poursuivent en se criant les uns aux autres de ne pas rompre les rangs. Quant aux chars des barbares, abandonnés de leurs conducteurs, les uns étaient emportés à travers les troupes ennemies, les autres vers la ligne des Grecs. Mais ceux-ci s'ouvrirent et les laissèrent passer. Il n'y eut qu'un soldat qui, frappé d'étonnement comme on le serait dans l'hippodrome, ne se rangea pas et fut renversé par un de ces chars, sans toutefois avoir d'autre mal. Un seul Grec aussi fut blessé d'une flèche.
« Gyrus fut rempli de joie à la vue de ce succès des Grecs
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et déjà ceux qui l'entouraient l'adoraient comme leur roL Cependant il n'y avait qu'ime aile de dispersée, et l'armée royale était si nombreuse que son centre dépassait l'aile gauche de Gyrus. Aussi celui-ci garda sa position et tint serrés autour de lui ses 600 chevaux, en observant tous les mouvements du roi. Artaxerxès était placé au centre de ses troupes entouré de 6000 cavaliers; ne trouvant pas d'ennemis devant lui, il tourna conmie s'il eût voulu entourer les Grecs. Gyrus craignit qu'il ne les prît à dos et ne les taillât en pièces; il piqua à lui avec ses 600 chevaux, replia tout ce qui était devant le roi, mit en fuite les 6000 cavaliers et tua, dit-on, de sa main leur général. Mais les 600 chevaux de Gyrus se dispersèrent à la poursuite des fuyards; et il ne resta que peu de monde auprès de lui. A ce moment, il aperçut le roi et sa troupe dorée : « Je vois l'homme, » s'écrie-t-il; il se précipite sur lui, le frappe à la poitrine, et le blesse à travers sa cuirasse, mais au même instant il est atteint lui-même au dessous de l'œil, d'un javelot lancé avec force par un soldat inconnu. B tombe mort, et sur son corps tombent huit de ses principaux amis. Ainsi finit Gyrus* Tous ceux qui l'ont intimement connu s'accordent à dire que c'est le Perse, depuis l'ancien Gyrus, qui s'est montré le plus digne de l'empire, et qui possédait le mieux les vertus d'un grand roi....
« Sa mort changea l'issue de la bataille. Ses troupes, sans chef et sans raison de combattre davantage, se dispersent. Le roi les poursuit et pénètre dans leur camp. Ariée ne fait aucune résistance ; il se retire dans le camp d'où l'on était parti le matin, qui était éloigné du premier de quatre parasauges. Tout fut mis au piUage. »
Quand les Grecs apprirent que les Perses pillaient les bagages, ils revinrent sur leurs pas, et le roi s'avança à leur rencontre. Aussitôt ils se mirent en ligne, entonnèrent le péan et chargèrent avec tant d'ardeur que les Perses s'enfuirent encore plus vite que la première fois. Au coucher du soleil ils revinrent à leurs tentes, surpris de n'avoir pas de nouvelles de Gyrus, mais n'imaginant pas qu'il eût péri. Ils ne le surent que le lendemain matin et apprirent en même
temps qu'Âriée, avec tous les auxiliaires barbares, avait liui à une journée de marche en arrière. De sorte que cette .petite troupe de &recs, ayant à peine perdu un ou deux soldats, demeurait maîtresse du champ de bataille entre deux armées, Tune alliée, l'autre ennemie, fuyant en sens contraires 1
Alors commença la fameuse retraite dont la longueur fut de 2400 kilomètres à travers des pays, pour la plupart inconnus des Perses eux-mêmes, malgré les déserts, les montagnes, les fleuves, les neiges, la disette et les peuplades sauvages. Elle fut appelée la retraite des Dix Mille, parce que tel était à peu près le nombre des soldats.
D'abord les Grecs se rapprochèrent d'Ariëe, et les deux armées se jurèrent une alliance inviolable. En même temps, le roi les faisait sommer de déposer leurs armes, et, comme ils répondirent fièrement que ce n'était pas aux vainqueurs à désarmer, il changea de ton et chercha à les gagner, en leur promettant les subsiçtances dont ils manquaient. Us acceptèrent ces offres et en profitèrent, mais n'en continuèrent pas moins leur route. Bientôt Tissapheme arrive, se dirigeant, disait-il, vers son gouvernement; il joint ses troupes à celles d'Ariée ; tous ces Asiatiques se réconcilient, s'entendent; ce qui met la défiance entre eux et les Grecs. Gléarque veut la faire cesser et se rend auprès de Tissapheme avec quatre autres chefs; malgré la foi promise, le satrape les fait saisir dans sa tente même, et les livre au roi qui ordonne leur mort.
L'armée, privée de tous ses généraux, tomba d'abord dans rabattement. On était à 10000 stades de la Grèce : partout à l'entour, des peuples hostiles ; point de vivres; point de cavalerie pour achever une victoire ou protéger une retraite. Nul ne dormit dans la triste nuit qui suivit ce désastre.
« Il y avait à l'armée un Athénien nommé Xénophon, qui ne la suivait ni comme général, ni comme officier, ni comme soldat. Proxène , à qui depuis longtemps il était attaché par les liens de l'hospitalité, l'avait engagé à quitter son pays, en promettant de lui concilier les bonnes grâces de Gyrus, dont il espérait lui-même, disait-il, de plus grands avantages que
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dans sa patrie. Xénophon, après avoir la la lettre de Proxène^ consulta à ce sujet Socrate T Athénien. Socrate craignit que Xënophon ne se rendit suspect à Athènes, en se liant avec ' Gyrus, l'allié de Lacédémone, et lui conseilla d'aller à Delphes consulter le dieu sur ce voyage. » Un oracle ambigu permit à Xénophon de faire ce qu'il voulait faire, et il se rendit en Asie. Il ignorait du reste que Texpédition fût dirigée contre Artaxerxès.
Ge fut lui qui sauva l'armée du découragement. Éclairé , dit-il, par un songe, il rassembla le conseil des officiers, fît chasser un traître qui lui parlait de se rendre au roi , et conseilla d'élire de nouveaux généraux, ce qu'on fit sur-le-champ, n eut lui-même la place de Proxène. Par ses soins, un corps de 50 cavaliers et un autre de 200 frondeurs ou archers furent organisés, et Ton put tenir à distance les troupes de Tissapheme.
Nous ne suivrons pas les Dix Mille dans leur glorieuse retraite. Arrivé chez les Garduques, Tissapheme cessa de les poursuivre et prit la route de l'Ionie. Mais ils n'échappèrent à ses embûches que pour tomber dans celles des montagnards du pays , qui leur firent beaucoup de mal avec leurs longues flèches, auxquelles nul bouclier ne pouvait résister. Le satrape d'Arménie, Tiribaze, les accueillit bien; mais la neige les surprit dans ces montagnes et tomba en telle abondance que des soldats moururent de froid; d'autres perdirent la vue par son éclat; la plus grande partie des bêtes de sonmie péht. Il fallut ensuite franchir le Phase, l'Harpédos, repousser la belliqueuse peuplade des Ghalybes. Enfin, arrivés à la montagne de Théchès, ils découvrirent à l'horizon la vaste étendue du Pont-Euxin.. < Les premiers qui atteignirent le sommet et aperçurent la mer jetèrent de grands cris. Xénophon, en les entendant, crut que les ennemis attaquaient la tête de l'armée.... Les cris augmentaient à mesure qu'on approchait; de nouveaux soldats se joignaient, en courant, aux premiers. Xénophon, de moment en moment plus inquiet, monte à cheval, prend avec lui la cavalerie, et longe le flanc de la colonne pour donner du secours; mais bientôt il entend les soldats crier : La mer! la
tntr! en se félicitant mutuellement. Alors, arrière-garde, équipages, cavaliers, tout court au sonmiet de la montagne; et arrivés, tous s'embrasseut, les larmes aux yeux, et se jettent dans les bras de leurs généraux et de leurs officiers. Aussitôt, sans qu'on ait jamais su par qui Tordre fut donné , les soldats apportent des pierres, et élèvent sur la cime une pyramide qu'ils recouvrent d'armes enlevées à l'ennemi. » C'était tm trophée qu'ils dressaient et le plus glorieux que main d'homme eût élevé , car ils avaient vaincu l'empire perse et la nature même.
Après quelques nouveaux combats contre les belliqueuses tribus de la côte , ils arrivèrétit à la vîUe grecque de Trapézonte, colonie de Sinope. Ils y célébrèrent leur délivrance pftt;^des jeux solennels et ded sacrifices. Ils étaient encore 8600 hoplited et UOOatcherd ou frondeurs. Ils n'avaient plus qu'un désir, trouver des vaisseaux qui les transportassent dans leur patrie. « Je suis las, dit l'un d*eux dans rassemblée, de plier bagage, de marcher, de courir, de porter mes atmes, de garder mon rang et de me battre ; puisque voilà la mer, je veux m'embarquer et arriver en Grèce, comme Ulysse, étendu sur le tillac et dormant. » L'amiral Spartiate était àByzance. Ghirisophos lui fut envoyé pour en obtenir ded vaisseaux; comme il ne réussit pas dans cette commission, ils longèrent la côte parterre, tantôt combattant, tantôt en paix, et s'arrêtèrent successivement dans deux autres colonies de Sinope, à Gérazonte et à Cotyora. Gette dernière ville fournit des vaisseaux pour se rendre à Sinope même, et de là à Héraclée et à Galpé. Bans la traversée de la Bithynie, ils furent assaillis sans relâche par la cavalerie de Pharnabaze, mais ne se laissèrent pas entamer; ils arrivèrent à Ghrysopolis, en face de Byzance (oct. ou nov. 400). ï^harnà- Èaze, pressé de délivrer sa satrapie d'un tel voisinage, paya leur passage à l'amiral lacédémonien, Anaxibios» qui les transporta de l'autre côté de l'Hellespont, oh ils entrèrent au service d'un prince des Odryses, Seuthès, qu'ils remirent en possession de son héritage.
Là se termina la retraite des Dix MUle. En 15 mois et en ^15 étapes ils avaient parcouru, tant à l'aller qu'au retour.
5800 kil. Cette marche victorieuse à travers tout l'empire prouvait l'incurable faiblesse des Perses : révélation dangereuse qui ne sera pas perdue pour Âgésilas^ Philippe et Alexandre*
PnlMMinee de Sparte) éimt Iniérleiir de eeUe répabllq«e$
IijMUidre.
La guerre du Péloponnèse avait eu de désastreuses consé* quences pour les mœurs publiques. Sa longue durée, ses péripéties sanglantes avaient semé partout la méfiance, exalté les passions, déifié la force et si profondément altéré le caractère grec, qu'il ne s'en releva jamais. On était féroce sur les champs de bataille, féroce dans les luttes des partis. « Voici, dit Aristote, le serment que fait prêter aujoiûrd'hui l'oligarchie dans plusieurs cités : Je serai l'ennemi du peuple et je lui ferai tout le mal que je pourrai. » Il est vrai qu'à ce serment homicide nous pouvons opposer celui des héliastes d'Athènes après la tyrannie : « J'oublierai tous les torts passés, et je ne permettrai que personne s'en souvienne et les cite. » Mais Athènes, même dans sa décadence, était toujours Athènes, libérale et généreuse, comme ces statues mutilées, belles encore dans leur dégradation.
Le système de guerre avait changé. J'ai déjà constaté une révolution de l'art militaire : l'armée démocratique du cinquième et du sixième siècle succédant à l'armée aristocratique du temps des héros ; voici maintenant l'âge des mercenaires, toutes les villes grecques mêlent des soldats salariés à leurs soldats citoyens. Mais pour les payer il faut de l'or. La Perse seule en a, les Grecs lui en demandent : de là leur attitude de mendiants en face du grand roi, et la continuelle intervention des successeurs de Xerxès dans lés affaires helléniques. On a vu cette dureté des mœurs, cette dépendance à l'égard de l'étranger dans les dernières années de la guerre; on les retrouve dans la première année de la paix, l'année de l'anarchie, comme les Grecs appelèrent le commencement de la domination Spartiate.
Pour se faire des complices de sa haine, Sparte avait, pendant trente années, accusé le despotisme de sa rivale et
promis de briser les fers dont elle enchaînait la Grèce : vieille tactiqae suivie par Home, renouvelée de notre temps, et toujours avec succès. Athènes renversée, la Grèce entière se trouva aux pieds de Lacédémone. Qu'allait-elle faire I Organiser enfin ce monde hellénique qui avait besoin d'être uni pour être fort, qui le sentait en ce moment, et qui y eût consenti peut-être sans trop de regrets? Elle n'y songea même pas, et ne s'occupa que de vengeances réactionnairob et d'ambitieuses menées. Partout le sang coula, car partout elle rétablit les gouvernements oligarchiques. Dix hommes, dans chaque ville, présidés par un harmoste Spartiate que soutenait une garnison lacédémonienne, eurent des pleins pouvoirs. Leur premier soin, comme celui des Trente, fut de se venger cruellement de la faction contraire. Â Thasos il y eut xm massacre : à Milet, 800 citoyens du parti populaire, trompés par les serments de Lysandre, sortirent de leurs retraites et furent égorgés; 500 à Héraclée; pareilles scènes à Byzance, chez les Œtéens et dans la plupart des villes de l'Asie Mineure. < On ne saurait compter, dit Plutarque, ceux qui périrent. » A Samos, tous les habitants furent chassés et on ne leur laissa emporter qu'un habit. Dans la Thessalie, un homme de Phères, Lycophron, se rendit, après de sanglants combats, maître absolu de cette province. « Alors, dit Xénophon, dès qu'un Lacédémonien parlait, les peuples obéissaient; même un simple particulier réglait tout à sa guise. » Et cette terreur, lui-même la partageait. A la fin de la retraite des Dix Mille, il refusa le titre de généralissime que ses compagnons lui ofi'raient, parce qu'il redoutait que Sparte ne vit de mauvais œil le commandement entre les mains d'un homme d'Athènes ; 400 de ces glorieux soldats furent même vendus conmie esclaves par l'amiral lacédémonien, pour n'avoir point obéi à un ordre qu'il avait donné. Une flotte qui surveillait toute la mer Egée, depuis Gypre jusqu'à Byzance; des finances que Sparte n'usait pas, comme Athènes, en de glorieuses inutilités; une armée toujours facile à trouver, dans ces pauvres et avides populations du Péloponnèse , dont deux seules avaient vendu à % Gyrus la moitié de ses mercenaires; enfin une surveillance
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active et énergique exercée^ à Sparte même) par les épboresy dans toutes les cités par les harmostes^ tels étaient, avec l'immense réputation de Lacédémone, les soutiens de son empire.
Athènes avait jadis plus habilement et plus noblement constitué le sien, sans violences, spoliations ni cruautés, aussi put-elle le garder longtemps et ne point voir de trop Inombreuses défections. Sparte n'en savait pas tant sur Tor» ganisation des États. Elle ne connaissait que la force et en usait. Son empire n'eut pas d'autre lien : c'était aussi celui qu'avait employé sa rivale ; mais celle-ci y avait joint habi<^ tuellement la justice et la magnanimité. Elle s'était faite le centre politique, militaire et judiciaire de son empire ; eUe s'était faite mieux encore, la métropole des arts et des lettres. Bien de grand ou de glorieux, rien de fécond ou d'utile ne sortira de la domination lacédémonienne. À peine élevée, elle menace ruine. Mille causes diverses de dissolution pré-^ paraient cette rapide décadence : les unes étaient dans Sparte même, les autres dans la Grèce ; d'autres hors de Sparte et hors de la Grèce.
À Lacédémone, les conséquences des instituions de Ly-* curgue continuaient à se développer. La cité Spartiate diminuait de jour en jour, comme usée par le jeu de ses institutions de fer. Ce cadre étroit dont elle était environnée ^ qui, jamais ne s'ouvrant, se resserrait toujours, finit par ne plus renfermer qu'un petit nombre de Spartiates. Beaucoup avaient péri dans les guerres ; d'autres étaient rejetés dans la classe inférieure par leur pauvreté qui ne leur permettait plus de venir s'asseoir aux tables publiques. Aristote le dit expressément : c Qui n'avait pas le moyen de fournir aux dépenses de ces tables était privé de ses droits politiques. » Les Spartiates sentaient bien qu'ils étaient menacés de périr par défaut de citoyens : on se souvient quel cri de douleur s'éleva, lorsque les 420 soldats de Sphactérie furent faits prisonniers. « Le territoire de Sparte, dit Aristote, pouvait entretenir 1500 cavaliers et 30 000 hoplites, il nourrit à peine aujourd'hui 1000 guerriers. Dans des assemblées de 4000 personnes, k peine voyait-on 40 Spartiates, y compris les roiSj
le sénat et les éphores. » En outre, 4 mesure que le nombre des Spartiates diminuait, l'inégalité augmentait. L'or et l'argent cessaient d'être proscrits. Ceux qui revenaient des commandements en Asie, les harmostes, les géné« raux^ en rapportaient de grandes sommes^ et bien d'autres choses encore : l'amour du luxe et de la mollesse^ l'esprit de yénalité, tous les viices dont Lycurgue avait voulu préserver sa ville» Les éphores, les sénateurs donnaient euxmêmes l'exemple de ces dangereuses nouveautés. Le gouvernement devenait de plus en plus oligarchique. Tout se passait entre les éphores et le sénat; l'assemblée générale était rarement consultée, et moins les gouvernants étaient nombreux, plus ils étaient jaloux de leurs privilèges, plus ils craignaient de les laisser envahir. Ouvrir leurs rangs d'ailleurs pour y faire rentrer les familles que la pauvreté en avait fait sortir, c'eût été s'exposer, en leur livrant la majorité, à quelque réforme territoriale, à quelque partage nouveau des immenses domaines maintenant concentrés en quelques mains : et si l'intérêt public parlait évidemment dans ce sens, les intérêts privés parlaient en sens contraire et l'emportaient.
B résultait de 14 une haine violente entre les privilégiés et la classe inférieure, qui se recrutait des Spartiates déchus de leur rang par la pauvreté, d'Hilotes affranchis, de Laconiens auxquels on avait accordé certains droits, d'enfants nés de Spartiates de la première classe et de femmes étrangères. La politique des gouvernants avait soigneusement séparé toutes ces catégories par des dénominations, et sans doute aussi par des conditions différentes. Au-dessous des Égaux, il y avait les Inférieurs, ÔTrôfAsCovec, ou Spartiates exclus des tables publiques, et les Néodamodes ou Hilotes affranchis pour services rendus 4 l'État; enfin les Périèques. Cette classe inférieure, exclue du gouvernement, n'en avait pas moins le vif sentiment de sa valeur et de ses services. Des hommes considérables étaient sortis de son sein, tels que Lysandre, Oylippos et Gallicratidas*
Lorsque Lysandre fut devenu le premier citoyen de Sparte, il songea 4 remanier l'état politique de la cité. « Il ne put
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voir sans chagrin, dit Plutarque, qu'une ville dont il avait si fort augmenté la gloire, fût gouvernée par des rois qui ne valaient pas mieux que lui. Il pensa donc à enlever la couronne aux deux maisons régnantes, pour la rendre commune à tous les Héraclides. D'autres disent qu'il voulait étendre le droit de la porter, non-seulement aux Héraclides, mais encore à tous les Spartiates, afin qu'elle pût passer à quiconque s'en rendrait digne par sa vertu. Gomme ce héros était monté par son propre mérite au premier rang dans l'estime publique de la Grèce, il espérait bien que, lorsque la royauté serait adjugée comme le prix des talents, aucun Spartiate ne lui serait préféré* » L'enthousiasme, en effet, avait été d'abord si grand, que plusieurs villes lui avaient dressé des autels et offert des sacrifices : premier exemple de cette servilité sacrilège qui devint plus tard si commune dans la Grèce et à Rome. Mais son faste et son insolence lui avaient fait de nombreux ennemis, surtout parmi la bourgeoisie souveraine. Sans pénétrer ses secrets desseins, on était jaloux de sa puissance et de sa gloire. On disait que, pour un simple citoyen, il avait trop de l'une et de l'autre. A la tête de cette opposition contre le vainqueur d'Égos-Potamos était le roi Pausanias, qu'on a déjà vu renverser à Aâiènes, en 403, son ouvrage. Quatre ans après, Dercyllidas fit ou laissa faire la même chose dans les colonies. Elles se débarrassèrent des oligarchies que Lysandre leur avait imposées et revinrent à leurs anciennes lois. Pourtant, quand Agis mourut, cette même année 399, Lysandre eut assez de crédit pour faire proclamer roi Agésilas, un des frères d'Agis, au détriment de son fils Léotychidas, qu'il accusa de n'être que le fils d'AIcibiade. Lysandre comptait régner sous le nom de son protégé ; mais il se trouva qu' Agésilas était un homme supérieur qui, à la première occasion, rejeta bien loin cette tutelle. Lysandre fut réduit à retourner à ses complots. « Il se fit faire, dit Plutarque, un discours extrêmement habile, par Gléon d'Halicamasse, espérant s'en servir pour persuader les Spartiates, et en même temps, par la corruption, il cherchait partout à faire rendre des oracles en sa faveur. »
Pendant ces sourdes menées, une conspiration bien autrement radicale avait été formée par un certain Ginadon, qui n'appartenait pas à la classe des Égaux. Celui qui le dénonça raconta aux éphores, qu'un jour, « Ginadon l'avait conduit au bout de la place, et lui avait JÉait compter combien il s'y trouvait de Spartiates. Après en avoir compté jusqu'à quarante y compris le roi, les éphores et les sénateurs, je lui demandai à quoi servait ce calcul. « Ces gens-là, » me répondit-il : < regarde-les comme tes ennemis ; les autres, au « nombre de plus de 4000, sont à nous. » « Ginadon, » ajoutait-il, « avait fait remarquer ici un, là deux de ces ennemis qu'on rencontrait dans les rues; il regardait les autres comme des amis. Quant aux campagnes, si dans chacune d'elles nous avons un ennemi, qui est le maître, nous y comptons aussi beaucoup de partisans. »
Les éphores lui demandèrent à combien se montait le nombre des complices. « Les chefs, » m'a encore répondu Ginadon, c en comptent peu; mais ils sont sûrs d'eux, ainsi que des Hilotes, des Néodamodes, des Inférieurs et des Périèques. Sitôt qu'on parle d'un Spartiate aux hommes de ces différentes classes, ils ne peuvent cacher le plaisir qu'ils auraient à le manger tout vif. » On lui demanda encore où ils comptaient prendre des armes. Ginadon lui avait dit que tous les conjurés en avaient; il l'avait mené dans le quartier des forgerons, où il lui avait montré quantité de poignards, d'épées, de broches, de cognées, de haches et de faux, pour la multitude.
Ginadon fut arrêté avec ses complices. Quand on lui demanda ce qui l'avait poussé à de tels desseins : « Je ne voulais point de maîtres à Lacédémone, » dit-il. On lui fît subir un cruel supplice. Gette conjuration venait de révéler un abîme de haines creusé sous la société Spartiate, et en même temps un effrayant accord de toutes les classes inférieures, libres et esclaves. Une guerre sociale pouvait sortir de là. Mais Sparte savait encore déjouer les complots avec cette activité et cette vigilance qu'une méfiance extrême et continuelle donne à toutes les oligarchies.
28â GHAPJTRP XUS.
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Malgré ces hostilités entre les classes, malgré bien d'ati« tres tiraillements, lutte des rois contre le sénat et contre les éphores, qui les avaient réduits à la condition de sujets, rivalité des rois entre eux, etc., la gouvernement de Sparte n'en était pas moins puiss^tnit pour l'action extérieure, par la concentration môme du pouvoir dans un petit nombre de mains. Au dedans les éphores, au dehors les harmostes, ces préteitdus conciliateurs f exerçaient une dictature perma^ nente. Mais ce pouvoir si tendu n'était guère qu'une force d'opinion, puisque Sparte par elle-même avait peu de ressources, ayant peu de citoyens; et déjà cette force s'éloignait d'elle.
Ses prétentions, en effet, blessaient tous ceux qm aimaient encore la liberté, et qui n'avaient point, pour se consoler de la perdre, ce qu'Athènes donnait à ses sujets, les dédommagements d'un commerce immense, l'éclat des fêtes, des arts et de la poésie. Sparte, aussi intéressée et plus oppressive, prenait tout et ne donnait rien. Chaque année, elle levait un tribut annuel de 1000 talents qui venaient s'enfouir à Lacédémone, d'où ils ne sortaient plus.
On sentit bientôt de quel poids pesait ce lourd génie dorien, et beaucoup regrettèrent la suprématie athénienne, aimable jusque dans ses insolences. Que les Grecs des côtes de Thrace ou d'Asie, ces peuples c qui jamais n'avaient su dire : Non, » tremblassent devant un bâton ou un manteau Spartiate , il n'y avait pas à s'en étonner, ils avaient l'habitude d'obéir. Pourtant c'était trop, même pour eux, de deux servitudes, celle des oligarques, amis de Lysandre, doublée de celle des harmostes de Lacédémone. Mais dans la mère patrie, Sparte ne devait pas compter sur tant de docilité. Là même cependant elle ne savait pas être juste. Deux Spartiates tuent en Béotie, après d'odieuses viotences, deux jeunes filles ; un jeune homme d'Orée éprouve le même sort : les pères viennent demander justice, on ne les écoute même pas. Elle n'avait pas craint^ au sujet des ban-
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nis d'Athènes, de parler en souveraine et de faire seule des décrets pour la Grèce entière. On sait comment Thèbes y répondit.
TbèbeSy puissance continentale, prétendait depuis long* temps jouer dans la Grèce centrale le rôle que jouait Sparte,, dans le Péloponnèse. Entre elle et Athènes, il pouvait y avoir jalousie, il n'y avait pas rivalité sérieuse çt opposition d'intérêts, comme avec Sparte, malgré l'analogie des gouvernements. Dans rivresse de la victoire, Sparte avait cru n'avoir plus de ménagements à garder; elle s'était indignée que les Thébains se fussent attribué, h Décélie, la dîme d'Apollon, et elle avait dédaigneusement rejeté leurs réclamations au sujet des trésors rapportés par Lysandre, 1470 talents, reste de« avances faites par Gyrus et le butin de guerre. Gorinthe qi|i n'avait pas été nûeu^s écoutée, marchait d'accord avec le& Thébains, autre grief que Sparte reprochait k ceux-ci. Le$ Argiens, dans une discussion touchant la démarcation des frontières, soutenaient qu'ils donnaient de meilleures raisons que leurs adversaires. « Gelui qui est le plus fort avec cet argument-là, dit Lysaiidreen montrant son épée, raisonne mieux que tous les autres sur les limites des terres. » Un Mégarien, dans une conférence, élevait la voix : « Mon ami, lui dit le même persoimage, vos paroles auraieni besoin d'une ville. »
Avec les Éléens, Sparte y mit moins de façons ; elle les somma de rendre l'indépendance à leurs sujets (402). Sur leur refus, Agis s'avança avec une armée. Arrêté par un tremblemeut de terre, il revint l'année suivante avec les contingents de tous les alliés, même d'Athènes; Gorinthe seule et Thèbes avaient refusé d'aider à cette violence. Nombre de volontaires de l'Achaïe et de l'Arcadie accoururent à la curée. Xénophon assure que le pillage de cette riche province, depuis des siècles presque toujours épargnée par la guerre, répandit Tabondance dans le reste du Péloponnèse. L'Élide dut reconnaître l'indépendance des villes de la Triphylie et de la Pisatide, après quoi Sparte voulut bien l'adnaettre au nombre de ses alliés, c'est-à-dire de ses sujets, Les Arcadiens même et les Achéens ne la servaient que par
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penr^ parce qu'elle était, disaient-ils, placée sur leurs flancs, comme une citadelle, tenant toute la Péninsule sous sa garde. A Lacédémone, on ne se faisait pas illusion sur leurs sentiments. Au retour d'une expéditon où un corps Spartiate fut détruit, dans la guerre de Gonnthe, dont il sera bientôt question, Agésilas n'entrait qu'à la nuit dans les villes et en sortait au point du jour, pour ne pas laisser voir à ses soldats la secrète joie causée aux habitants par ce désastre.
Enfin, hors de la Grèce, la Perse avait cessé d'être l'alliée de Lacédémone depuis que celle-ci, seule maîtresse, avait pris en main la querelle nationale. Avant et après Égos- Potamos, elle avait fait bon marché de l'indépendance des Grecs asiatiques. Pour ceux-ci, il ne s'agissait que de savoir s'ils obéiraient à Gyrus ou à Tissapheme. Tous s'étaient prononcés pour Gyrus, à l'exception de Milet, que le jeune prince assiégeait quand il commença son expédition. Tissapheme, de retour de la poursuite des Dix Mille, voulut les soumettre ; ils s'adressèrent à Sparte : elle leur envoya Thimbron avec 2000 Néodamodes, 4000 Péloponnésiens et 300 cavaliers d'Athènes, auxquels se joignirent les débris des Dix Mille amenés par Xénophon, et 3000 hommes fournis par les Ioniens (398). Thimbron prit Pergame et quelques autres villes, mais l'indiscipline et les pillages de ses troupes ayant excité les plaintes des alliés, il fut rappelé, condamné à une amende qu'il ne put payer, et par suite contraint de s'exiler. Son successeur, Dercyllidas, qui avait légitimement ^agné le surnom de Sisyphe, profita, en digne émule de Lysandre, de la rivalité de Pharnabaze et de Tissapheme ; il fit une trêve avec l'un, ce qui lui permit de porter la guerre chez l'autre. Sous lui, la discipline fut excellente et les succès rapides ; un riche canton des environs du mont Ida, appelé l'Êolide de Pharnabaze et une partie de la Bithynie furent conquis ou ravagés. A la faveur d'une trêve, il passa dans la Ghersonèse de Thrace , que les tribus voisines dévastaient sans cesse, et mit Cd fertile pays, avec les onze villes qu'il renfermait, à l'abri de semblables incursions, en faisant relever par son armée l'ancien mur de Périclès, qui traversait tout l'isthme dans une longueur de
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37 stades. Au retour, il porta la guerre en Carie, où Tissapherne avait ses biens personnels. Une bataille fut sur le point d'être livrée. Tissapherne avait des Grecs mercenaires, il y en avait alors partout, et des barbares en si grand nombre, que les Grecs asiatiques de Dercyllidas montrèrent une frayeur qui fit hésiter le général. Une entrevue eut lieu : Dercyllidas demanda que les Perses laissassent les villes helléniques se gouverner par leurs propres lois; Phamabaze et Tissapherne, que les troupes du Spartiate sortissent du territoire du grand roi et les harmostes lacédémoniens des lieux où ils s'étaient établis. Les deux partis conclurent une trêve pour se donner le temps d'en référer à leurs gouvernements (397).
Expédition d'AfféflllM. (SfM).
En ce moment Lysandre faisait décerner à Agésilas le commandement de l'armée d'Asie. Comme pour réveiller les souvenirs de la guerre de Troie, le roi vint s'embarquer au port d'Agamemnon, à Aulis, avec 2000 Néodamodes et 6000 alliés. Cette fois encore Corinthe et Thèbes avaient refusé leur contingent; Athènes s'était excusée sur sa faiblesse. Une querelle s'éleva même avec les Béotiens, qui arrachèrent de l'autel et dispersèrent les chairs d'une victime immolée par Agésilas, attendu qu'il s*était servi pour le sacrifice, contrairement à l'usage, d'un devin étranger au pays où il sacrifiait. Il partit sans tirer vengeance de cette insulte et se rendit à Éphèse : Lysandre l'accompagnait avec un conseil de 30 Spartiates.
Les villes grecques d'Asie étaient alors bouleversées; aucun parti n'y était véritablement dominant : ni le démocratique, autrefois protégé par Athènes, ni l'aristocratique établi par Lysandre. Celui-ci était venu pour rendre à ses partisans l'influence ; et il espérait conduire à son gré le prince, dont il ne connaissait pas les grandes qualités. U ne se donna même pas la peine de dissimuler; il se forma une cour nombreuse de tous ceux qui venaient solliciter sa protection, et vécut dans un faste royal : « On eût dit Agésilas simple par*
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ticulier et Lysandre roi. » Le prince finit par en prendre ombrage, et se plut à lui montrer son mauvais vouloir. Il fallnl qae Lysandre cédât; pour dérober le spectacle de son impuissance à ceux qui l'avaient vu maître de tout, il demanda une mission éloignée.
Tissapheme, à la faveur de la trêve, avait assemblé une armée nombreuse qui couvrait la Carie. Le Spartiate tourna rapidement sur la Phrygie laissée sans défense et y fit un immenser butin. Le manque de cavalerie Tayaut obligé de revenir sur ses pas, il en forma une parmi les Grecs d'Asie, et établit son quartier général à Éphèse, dont il fit un véritable «telier de guerre. Il présidait lui-même à tous les travaux, à tous les exercices , et remplissait les soldats d'ardeur et de confiance. « Dans la vue de redoubler leur mépris pour les barbares, il fit vendre quelques Perses tous nus sur la place. Les soldats qui leur voyaient un corps tout blanc, parce qu'ils ne quittaient jamais leurs vêtements, délicat et faible, parce qu'ils se faisaient toujours voiturer, se persuadèrent qu'ils n'auraient à combattre que des femmes. » Quand il fut prêt, il trompa de nouveau Tissapherne, gui persistait à l'attendre du côté de la Carie, et se jeta sur le pays de Sardes. Il s'y avança trois jours sans rencontrer d'ennemis; le quatrième parut la cavalerie persique : elle était séparée de son infanterie. Âgésilas l'attaqua vivement, la mit en pleine déroute et fit un butin de plus de 70 talents. Ce revers perdit Tissapherne dans l'esprit d'Artaxerxès; et Tithrauste reçut Tordre d'aller prendre son gouvernement et sa tête.
Ce meurtre accompli, il feignit de croire qu'il n'y avait plus de sujet de guerre entre Sparte et le grand roi; il offrit même de reconnaître l'indépendance des Grecs asiatiques, à condition qu'ils payeraient Tancien tribut; enfin il donna 30 talents à Agésilas pour qu'il sortît de son gouvernement, en attendant la réponse de Sparte à ses ouvertures. Agésilas prit l'argent et se rejeta sur l'autre satrapie, celle de Pharnabaze. Tithrauste s'y attendait bien; pourvu que la guerre s'éloignât de ses provinces, il s'inquiétait peu qu'elle allât fondre sur un autre point de l'empire. Ces satrapes jaloux les uns des autres, au grand plaisir de la cour de Suses,
Î[ui eût redouté leur bonne intelligence, rédnisaient tonte eur administration à lever le tribut^ et tonte leur politique à tenir leur province en paix : le grand roi ne leur en demandait pas davantage. Tithrauste s'occupa pourtant de débarrasser l'Asie d'Agésilas. Le plus sûr moyen était de rallumer une guerre en Grrèce; il y envoya un agent dévoué qu'il arma de 50 talents.
Cependant Agésilas continuait d'avancer en Asie. H gagna k son alliance Otys, un prince paphiagonien, et pénétra jusque dans le voisinage de Dascylion, résidence de Phamabaze, qui sollicita une entrevue. « Agésilas et les Trente attendaient le satrape, couchés sur le gazon. Phamabaze arriva superbement vêtu ; ses esclaves étendirent h terre des coussins pour lui faire un siège délicat; mais, voyant la simplicité d'Agésilas, il eut honte de sa mollesse, et, comme lui, s'assit sur la terre nue avec ses riches vêtements. » Agésilas l'engagea à secouer l'autorité du grand roi. Il ne se rendit pas ; mais le Spartiate put conclure de ses paroles qu'il serait aisé de détacher de l'empire les provinces occidentales, et de mettre une foule de petits États entre le grand roi et la Grèce. Ainsi grandissaient chaque jour ses projets. Ses forces aussi s'augmentaient. Les Lacédémoniens venaient de mettre la flotte sous ses ordres. En peu de temps il l'avait accrue de 120 galères. Athènes, toujours en crainte pour sa liberté, divisait le commandement; Sparte, d'un génie plus militaire, le concentrait volontiers dans les mains d'un seul chef. C'était une cause de supériorité.
Au milieu de ses préparatifs et de ses espérances, Agésilas reçut tout à coup l'ordre de revenir en Grèce où une guerre venait d'éclater qui rendait sa présence nécessaire. « Cette nouvelle l'affligea vivement, car il voyait une grande gloire lui échapper; néanmoins il convoqua les alliés, et leur montra les ordres de la république, en leur disant qu'il fallait voler au secours de la patrie : « Si les afiaires « s'arrangent, sachez, mes amis, que je ne vous oublierai « pas; je reviendrai parmi vous répondre à vos voeux. » A ces mots, ils fondirent en larmes et décrétèrent qu'ils iraient avec lui au secours de Lacédémone. Il nomma un
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harmoste d'Asie, auquel il laissa 4000 hommes. Après quoi il passa dans la Ghersonèse et prit la route que Xerxès avait suivie (394).
Iilffue en ctrèee contre Syarte (9BS>)^ p«lx d'Antalelda* (9S9).
«t Ce sont 30 000 archers du roi qui me chassent de l'Asie, » disait Agésilas , faisant allusion à l'empreinte marqués sur les 30 000 pièces d'or persiques qu'avaient reçues les orateurs de Thèbes, de Gorinthe et d'Argos qui venaient d'exciter la guerre. Tithrauste avait calculé juste ; son envoyé avait trouvé les Thébains fort animés contre Lacédémone. Une querelle entre les Phocidiens et les Locriens, que Thèbes soutenait, alluma la guerre. Lysandre se fit envoyer au secours des premiers Le roi Pausanias devait venir le rejoindre sous les murs d'Haliarte. Au jour convenu, Lysandre se trouva seul au rendez-vous. Il n'était pas dans son caractère de reculer ou d'attendre ; il attaqua la place, fut battu et tué. Pausanias, qui n'avait peut-être pas grande confiance dans le dévouement de ses alliés, n'osa risquer une bataille, et demanda une trêve pour enlever ses morts. Les Thébains l'accordèrent, c Mais fiers de ce succès, s'ils voyaient un soldat de Pausanias s'écarter tant soit peu pour gagner une métairie, ils le ramenaient au grand chemin en le frappant. Pausanias, de retour à Sparte, fut condamné à mort ; il se réfugia à Tégée, et y mourut de maladie (395) . » Cette sentence était une satisfaction donnée à la vanité nationale. L'oligarchie de Sparte n'a rien à reprocher en fait d'injustices politiques à la démocratie d'Athènes.
Avant la bataille^ une ambassade thébaine était venue dans l'Attique demander assistance. Athènes, toute mutilée encore, était sans vaisseaux, sans remparts. La délibération fut courte pourtant. Pour toute réponse à l'orateur thébain, Thrasybule lut le décret d'alliance. « Résolution aussi sage qu'héroïque, disait plus tard Démosthène, en rappelant ce souvenir, car l'homme de cœur doit toujours, quel que soit le péril, mettre la main aux grandes entreprises que l'honneur commande. »
L'armée athénienne n'arriva que le lendemain du combat d'Halîarte, mais elle était en ligne avec les Thébains qnand parut Pansanias, et cette intervention d'Athènes décida les EubéenSy les Acamanes, la Locride, Gorinthe et Argos à entrer dans la nouvelle alliance. On tint nn congrès à Corinthe. « Les LacédémonienSy dit le Corinthien Timolaos^ sont comme les fleuves : peu considérables à leur source^ ils grossissent à mesure qu'ils s'en éloignent^ ou, comme les essaims qu'on prend sans peine dans leur ruche, ils piquent affreusement quand on les attaque hors de leur demeure. Marchons donc sur Lacédémone, et joignons l'ennemi dans la ville même, ou le plus près possible. » L'avis était bon, il fut mal suivi ; toute confédération est condamnée à de fatales lenteurs. Quand l'armée des alliés fut prête, les Spartiates étaient déjà dans la Syciônie; il fallut recevoir le comibat près de Némée. Les alliés avaient 24000 hoplites et 1550 chevaux, les Spartiates, 13500 hommes seulement. Les hésitations des Thébains et le défaut d'accord dans le commandement amenèrent la défaite des alliés ; ils perdirent 2800 hommes. Les vainqueurs eurent 1100 morts; mais il n'était tombé que 8 Spartiates (juillet 394).
Ce n'était pourtant pas une victoire décisive, car les alliés rentrèrent tranquillement dans leur camp. Mais Agésilas arrivait sur les derrières de la ligne. Il venait de traverser la Thrace, la Macédoine, se faisant jour à la pointe de la lance. Les Thessaliens, qui voulurent l'arrêter, furent battus, et il pénétra sans obstacle jusqu'à Coronée. Les alliés l'y attendaient. Il y eut là un choc furieux. Les Thébains montrèrent des qualités militaires qui étaient de mauvais augure pour Sparte. Agésilas lui-même fut couvert^ de blessures, mais le champ de bataille lui restait. C'était une victoire aussi peu décisive que celle de Corinthe, car deux fois les alliés avaient tenu tête à ceux que, quelques jours auparavant, ils n'auraient pas osé regarder en face (août 394).
La veille, Agésilas avait reçu la nouvelle d'un grand désastre, qu'il cacha à ses troupes. L'Athénien Conon, réfugié en Cypre après la bataille d'Égos-Potamos, avait de là suivi
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d'un œil attentif les événements. On ignore ses «ecrtes menées, bien qu'on parle d'un voyage qu'il fît à la cour du roi. Mais on voit tout à coup l'activité des ports de PhéniciB se réveiller, un grand armement en sortir, Phamabaze le rejoindre, et Gonon prendre le commandement de la flotte royale. Il avait déjà amené une révolution à Rhodes, qui renversa son gouvernement oligarchique; il enleva un im* mense convoi de blé que l'Égyptien Néphéritès envoyait aaz Spartiates. Réuni à l'escadre de Phamabaze^ il détruisit la flotte lacédémonienne à la hauteur de Guide : sur %b trirèmes ennemies, 50 furent enlevées. L'amiral, beau-frère d'Agésilas, n'avait pas voulu quitter sa galère poussée an rivagej! et s'était fait tuer (juillet 394).
Les Lacédémoniens venaient donc de perdre la supériorité sur mer. Ils la conservèrent plus longtemps sur terre. La guerre qui s'était faite précédemment en Béotie, se conceB.tra, dans les six années suivantes, autour de Gorinthe, cpm les alliés défendaient avec toutes leurs forces^ barrant lei deux passages de l'isthme pour enfermer les Spartiates dans le Péloponnèse. Mais Gorinthe renouvela presque les scènes atroces de Gorcyre. Un parti surprit, un jour de fête, ses adversaires, qui furent égorgés jusque dans les temples et au pied des statues des dieux. Ges violences tournèrent mal; les bannis appelèrent les Lacédémoniens, coupèrent les Longs-Murs et s'emparèrent du Léchée, d'où ils tinrent Gorinthe comme assiégée^. Une des routes de l'isthme était rouverte; Athènes et Thèbes s'en effrayèrent. On essaya de faire la paix. Sparte consentit à laisser Athènes relever ses murs et sa marine; elle lui reconnaissait même la posses* sion de Lemnos, d'Imbros et de Scyros, mais refusa de inî abandonner la Ghersonèse. Le peuple ne ratifia pas les engagements de ses députés. Thèbes aussi revint sur ses pas; la guerre continua. t
Parmi les chefs était l'Athénien Iphicrate, qui comman*dait un corps de mercenaires. On a vu déjà des mercenaires dans les armées d'Asie; nous en trouvons maintenant d'une manière réguUère en Grèce. Autrefois les citoyens, formés dès le jeune fige aux exercices de la guerre^ dans les gym-
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nases de la patrie, fournissaient la grosse infanterie, autour de laquelle se groupaient les soldats armés à la légère, donnés par les alliés et les esclaves. Les devoirs du guerrier faisaient alors partie des devoirs du citoyen: la - métier des armes n'était pas un métier à part. Ce que la tête avait conçu ou accepté, au sénat ou à rassemblée, le bras Texécutait sur le champ de bataille; et avec quelle puissance 1 Gela change à l'époque où nous sommes. Mais ces hommes payés, ces soldats au service du plus offrant, n'apportaient plus, dans la guerre, l'ardeur et la passion patriotique qu'y mettaient auparavant les citoyens. Une guerre savante, toute de manœuvres et de tactique, prit la place de l'ancienne guerre plus ignorante, mais plus héroïque, comme aux temps modernes, la stratégie est née parmi les condottieri italiens. Iphicrate prit une part active à cette révolution. li changea aussi l'armement d'une partie de l'armée athénienne, ^a donnant une grande importance aux peltastes, qui, armés^ de petits boucliers et de cuirasses légères, de longues lances et de longues épées, réunirent les avantages de la grosse infanterie et des troupes légères. Cette organisation permettait aux soldats des mouvements plus rapides. Iphicrate, avait aussi presque deviné la tactique qui, plus tard, de Tautre côté de la mer Ionienne, valut aux Romains tant de triomphes; il occupait sans relâche ses troupes, ne campait jamais, même en pays ami, sans se retrancher, et avait établi l'usage, dans les rondes, d'un mot d'ordre double, le premier donné par l'officier, le second par la sentinelle.
Une affaire dans laquelle les peltastes dlphicrate affrontèrent le s terribles Lacédémoniens, et leur tuèrent 250 hommes, consacra leur réputation et celle de leur général (392). Ils purent dès lors butiner jusqu'au £Dnd de l'Ârcadie sans ^ que les alliés de Sparte osassent sortir à leur rencontre.
En 390, Sparte fit un grand effort; les Achéens cherchaient à s'étendre sur la rive septentrionale de leur golfe j à leur requête, Agésilas envahit le pays des Acamanes, qm furent forcés d'entrer dans la ligue, et Agésipolis, celui des Argiens qui essayèrent de l'arrêter, en prétextant la pro-
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chaine célébration des jeux isthmiques et la trêve sacrée. Mais Âgésipolis s'était mis en règle avec les dieux. Avant de commencer l'expédition, il avait consulté les prêtres de Jupiter Olympien, qui n'avaient pas manqué de répondre suivant ses désirs, puis la Pythie de Delphes, en lui demandant : « Si Apollon était de l'avis de son père. » Apollon s'était montré bon fils, et le Spartiate répondit aux envoyés d'Argos en leur lisant la réponse des dieux. L'Argolide fut ravagée (390).
Cependant les Perses, encouragés par la victoire de Gnide, prenaient audacieusement l'offensive. Gonon et Phamabaze chassaient les harmostes des îles et des cités grecques d'Asie, qu'ils laissaient sagement se donner un gouvernement de leur choix, et ils conduisirent leur flotte jusque dans le golfe de Messénie, où ils ravagèrent la riche vaÛée du Pamisos. Gythère aussi fut enlevée, et Gonon y plaça une garnison athénienne. De là Pharnabaze vint à l'isthme conférer avec le conseil de la ligue, l'exhorta à' pousser vivement la guerre, et lui donna quelque argent (393). Gomme il se disposait à retourner en Asie, Gonon s'offrit, s'il lui laissait la flotte, à la faire vivre sans rien demander au trésor perse, et à relever les Longs-Murs d'Athènes, ce qui serait le coup le plus sensible porté à Lacédémone. Le satrape entra si vivement dans ces vues, qu'il donna ce qui lui restait d'argent pour mener les travaux plus vite. Gonon vint au Pirée avec 80 galères. Ses équipages, les ouvriers qu'il solda, ceux que Thèbes et d'autres villes envoyèrent, aidèrent le peuple à refaire l'ouvrage de Thémistocle, de Gimon et de Périclès. Malheureusement cette fois, c'était le grand roi qui payait les travailleurs (393).
Athènes n'eut pas plutôt rebâti ses murs qu'elle s'occupa de relever son empire, tombé avec eux. Ses rapides progrès alarmèrent les Spartiates, qui se décidèrent à traiter avec la Perse, en lui sacrifiant les Grecs asiatiques. Leurs ouvertures furent d'abord rejetées ; mais le sort de Gonon, attiré à Sardes par Tiribaze, jeté en prison et peut-être assassiné, sous prétexte qu'il avait trahi les intérêts du roi, montra les véritables intentions de la cour de Suses (392). Athènes^ en
effet, relevée par Talliance de la Perse, commençait déjà à braver cet empire. Avec une généreuse imprudence elle secourait le roi de Cypre, Évagoras, révolté contre lui (390) ; elle mettait Thrasybule, le restaurateur de la liberté, à la tête de 40 galères, qui faisaient rentrer dans son alliance deux princes de la Thrace, Byzance, Ghalcédoine, une partie de Lesbos; qui rétablissaient, à son profit, les péages de TEuxin, et levaient des contributions sur toutes les villes de la côte asiatique jusqu'en Pamphylie. Thrasybule, malheureusement, périt à Aspenda, dans une querelle de bourgeois et de soldats (389); mais Iphicrate, envoyé après lui dans l'Hellespont avec ses peltastes, y maintint son ouvrage.
Cette force qui revenait si vite à un peuple naguère abattu et désarmé effraya le grand roi autant que Lacédémone. Antalcidas, envoyé une seconde fois à Suses, fut parfaitement accueilli; Sparte et la Perse arrêtèrent les bases de la paix qui serait dictée aux Grecs. Les courses continuelles des Eginètes qui, une nuit, surprirent le Pirée, les succès des Spartiates dans THellespont, où ils réunirent jusqu*à 80 voiles, et interceptèrent tout le commerce d'Athènes, forcèrent cette ville d'accepter le traité qui porte le nom d'Antalcidas. Tiribaze convoqua les députés de toutes les cités belligérantes et leur lut les ordres de son maître. « Le roi, était-il dit, trouve juste que les villes d'Asie et les îles de Cypre et de Glazomène restent dans sa dépendance, et que les autres villes grecques, grandes et petites, soient libres, à l'exception de Lemnos, d'Imbros et de Scyros, qui appartiendront, comme autrefois, aux Athéniens. Ceux qui refuseront cette paix, je les combattrai de concert avec ceux qui l'accepteront; je leur ferai la guerre et par terre et par mer, avec mes vaisseaux et avec mes trésors. »
Voilà la chose honteuse et impie qu'acceptaient les fils des vainqueurs de Salamine et de Platées, ceux qui venaient de traverser deux fois impunément cet empire, maintenant si fier. Voilà ce qu'il fallait graver sur la pierre et l'airain et exposer dans les temples des dieux. A Sparte revient particulièrement cette honte : par la bataille de Leuctres, dit Plutarque, elle perdit la prépondérance, mais par la paix d'An-
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talddas elle avait perdu rhonneur; c'est elle, en effet, qui avait provoqué cette intervention hautaine des barbares, et ce fut elle qui fit exécuter leur sentence. Les Grecs asiatiques furent abandonnés au grand roi et toute ligue, toute union de cités fut détruite en Grèce. Les Thébains refusaient d'accepter cette clause qui détachait d'eux les villes de Béotie^ depuis longtemps dans leur dépendance. Âgésilas réunit une armée pour les y contraindre: ils se soumirent. Âi^os fut de même forcée de rappeler la garnison qu'elle tenait à Gorintiie, où la faction oligarchique dévouée à Sparte rentra aussitftt, tandis que les chefs du parti contraire s'exilaient à leur tour. Mais Sparte se garda bien de s'appliquer le traité à elle-même et de rendre la Messénie aux Messéniens. Elle avait voulu tout affaiblir, tout diviser autour d'elle, en restant seule unie et forte. On disait à Agésilas que Sparte persisait. c Non, répondit-il, c'est la Perse qui laconise. » Malheureusement l'un et l'autre étaient également vrais.
CPUTE DE LA PUISSANCE BE SPARTE, QRANDEUE EPHEMERE DE T^JËBES (387-361).
Excès de Sparte; surprise de la Cadmée {ZS3)» — Pélopidas et JSpaminondas; Thèbes affranchie (379). — Renouvellement de la coxifédérAlion athénienne (378). — Bataille de Leuctres (371). — Fondation d9 Mégalopolis (371) ; siège de Sparte (369); Jtfessèue. — Affaire de Thesr salie (368-364). — Interyention de la Perse (367). — Bataille de Mantinée (362).
Exeè0 4e fii^irte ) surprise de la Cadmée (S99).
« La paix d'Antalcidas, dit Xénopfaon, donna aux Spartiates beaucoup de gloire. » L'histoire n'a point ratifié ce jugement du partial ami de Lacédémone. Sous la suprématie d'Athènes la Grèce était montée au plus haut degré de gloire et de puissance; sous la domination de Sparte, elle était tombée, en moins de 17 ans, aux genoux de la Peise. Sparte n'avait rien su tirer de sa victoire que l'oppression, même sans la grandeur du despotisme. Sa conduite à Athènes avait été à la fois méchante et faible. Ce n'est pas amsique les dominations se légitimant et subsistent. Aussi la chute sera prompte. La paix honteuse d'Antalcidas fut un temps d'arrêt dans la décadence de Lacédémone : mais cette décadence était commencée, elle ne s'arrêtera plus. Il est vrai que si les Grecs lui étaient hostiles, ils étaient divisés, par conséquent impuissants; et Argos humiliée, Gorinthe rendue à l'aristocratie, lui livraient le Péloponnèse. Qu'au moins elle soit sage, comme au temps de Pausanias; et dans cette Grèce aJ^aissée, elle pourra rester longtemps encore au premier rang.
La paix était proclamée^ chacun retournait à ses travaux : le laboureur à son champ, le marchand à son navire, Tartistc lux temples que Part depuis bien des années délaissait, quand des députés de Sparte vinrent sommer les Mantinéens d'abattre leurs murailles. Mantinée était coupable d'avoir une constitution démocratique. Elle avait donné quelque peu de blé aux Argiens, durant la guerre, avait montré un zèle assez tiède à fournir son contingent, et ne s'était pas convenablement attristée des revers de Lacédémone. Sur le refus des Mantinéens, Agésipolis vint ravager leur territoire et assiéger leur ville ; il la prit en la noyant sous les eaux d'un fleuve, qu'il détourna le long des murs : la brique cuite au soleil, qui formait le fondement des murailles, se fondit, et elles tombèrent. Mantinée fut détruite ; on dispersa ses habitants dans quatre villages, que Sparte affecta de traiter comme autant d'États distincts, et qu'elle plaça sous la direction des grands qu'elle avait ramenés, « Ils y vécurent, dit Xénophon , beaucoup plus heureux qu'auparavant ; » et l'élève de Socrate ne trouve, pour achever le récit de cette violence, que cette réflexion : c Ainsi se termina le siège de Mantinée, qui doit apprendre à ne pas faire passer de rivière à travers une ville (385). »
Phlionte avait aussi chassé la faction oligarchique : les bannis vinrent représenter à Sparte que, tant qu'ils avaient été les maîtres, leur ville avait été docile et soumise. Les éphores demandèrent aux Phliasiens le retour des exilés et la restitution de leurs biens; ce qui fut accordé par crainte (383).
Sparte, qui détruisait Mantinée, releva Platées. Elle autorisa ce qui restait de Platéens à rebâtir leurs murailles. C'était la même politique, sous deux formes différentes. Détruire toute grande cité, toute force collective dans le Péloponnèse, pour n'avoir rien à craindre ; en créer, au contraire, sur le territoire de ses rivaux pour les affaiblir. Des harmostes envoyés dans les villes béotiennes, sous prétexte de les défendre contre Thèbes, les mettaient sous l'influence de Sparte.
L'année suivante, Sparte vit arriver des ambassadeurs
SPARTE ET THËBES (387-361). 301
d'Acanthe et d*Apollonie, villes de la Chalcidique. Ils demandaient du secours contre Olynthe, qui menaçait leur indépendance. Les villes chalcidiques, unies entre elles par la communauté d'origine et d'intérêts, avaient formé, pour se défendre à la fois contre Athènes et contre la Macédoine^ une confédération dont Olynthe était la capitale. Le principe de la ligue était très-libéral. Chaque cité gardait sa constitution, mais tous les alliés avaient, les uns chez les autres, la jouissance des droits civils, la faculté d'acquérir des propriétés et de contracter mariage. Le roi de Macédoine, Amyntas, pressé par les Illyriens, avait cédé à Olynthe la côte du golfe Thermaïque, ce qui fortifia d'autant la ligue. La grande ville macédonienne de Pella, Potidée qui commandait l'isthme de Pallène, entrèrent dans son alliance. Elle avait 8000 hoplites, bien plus de peltastes, et 1000 chevaux; elle était en bonne intelligence avec les Thraces, et, à ce moment, elle se liait d'amitié avec Thèbes et Athènes. Utiles alliances, riche trésor, population nombreuse, bois de construction, et dans le voisinage, les mines du mont Pangée, Olynthe avait une foule de ressources, par lesquelles elle pouvait devenir une puissance du premier ordre.
Mais deux villes du voisinage, Acanthe et Apollonie, s'estimèrent de trop grandes cités pour consentir à aller se perdre dans une confédération. Elles repoussèrent les offres d'Olynthe, et^ menacées par elle , cherchèrent appui au dehors. Il ne fut pas difficile de décider Lacédémone à faire dans la Chalcidique ce. qu'elle faisait partout, à tout diviser pour tout affaiblir et régner seule. Elle promit une armée et fit partir en tout hâte Eudamidas, avec ce qu'il put trouver d'hoplites sous sa main. Phébidas, son frère, le suivit à la tête d'un second corps. Arrivé près de Thèbes, Phébidas se mit en rapport avec le polémarque Léontiadès, chef du parti aristocratique dans cette ville. Le jour de la fête de Cérès, comme toutes les femmes se trouvaient dans la Cadmée, pour les sacrifices, ce qui empêchait le conseil de s'y tenir, et que la chaleurdu jour (on était en été et sur le midi) rendait les rues désertes, Léontiadès introduisit Phébidas dans la citadelle, puis se rendit au conseil où siégeait Isménias, chef
a02 CHAPITRE XIV.
du parti contraire, et, l'accusant de fomenter une nouvelle guerre, le fit arrêter et conduire à la Cadmée.
Cet événement causa partout une indignation à laquelle les Spartiates parurent s'associer. Ils condamnèrent Phébidas à une amende de. 10 000 drachmes, et le privèrent de son commandement, mais ils gardèrent la citadelle. Âgésilas avait défendu le coupable en mettant de côté la question de justice, et en posant ce principe : qu'on ne saurait condamner un citoyen pour une action utile à sa patrie. Aristide et les Athéniens avaient été mieux inspirés en face de Thémistocle, proposant une chose utile et injuste. Une conmiission, choisie parmi les Lacédémoniens et leurs alliés, fut en- Toyée à Thèbes, et condamna à mort Isménîas, sous prétexte ^'il avait reçu de Tor de la Perse. C'était un vaillant homme et un bon citoyen. Sparte se vengeait lâchement sur lui des craintes que la dernière guerre lui avait causées. Environ 400 de ses partisans avaient déjà quitté la viUe et cherché un refuge à Athènes.
Cette surprise de la Cadmée, cette mort dlsménias étaient un crime de plus dans l'histoire de Sparte; mais c'était aussi une facilité de plus pour la guerre contre les Olynthiens. Elle dura trois années, et coûta à Lacédémone deux généraux et un de ses rois : Eudamidas périt en combattant ; son successeur Téleutias, après quelques brillants succès auxquels contribuèrent les Macédoniens, eut un pareil sort; le roi Agésipolis, venu avec des forces considérables, put à peine faire quelques ravages et s'emparer de Toroné. Une fièvre l'emporta en sept jours; son corps, embaumé dans du miel, fut envoyé à Sparte.
L'harmoste Polybiadès eut enfin la gloire de réduire les Olynthiens. Cernés par terre et par mer, ils demandèrent la paix, qui leur fut accordée, à condition qu'ils auraient pour amis ou ennemis, les amis ou les ennemis de Lacédémone, et, qu'alliés fidèles, ils marcheraient sous les drapeaux de cette république (379). Cette ruine de la confédération olynthienne livrait, pour im avenir plus ou moins rapproché, mais certain, les Grecs de la Chalcidique et de la Thrace k la Macédoine; comme la ruine de l'empire athénien avait
livré aux Perses les Grecs asiatiques. Par qui cette double trahison envers les intérêts généraux de la Grèce élait-elle accomplie?
Dans le même temps, les bannis rentrés à Phlionte s'étant plaints d'y être maltraités, Agésilas vint assiéger cette ville, et la prit après une résistance de \dngt mois. Une garnison y fat mise (379). Nouveau méfait et autre fardeau que Sparte cr'imposait. Tandis qu'elle mettait ainsi le pied partout, et semblait accroître sa puissance, elle s'épuisait et se rendait odieuse.
9éUpîàÉm et jËpamiiKontfM} Thèbes afflranehle (S9fl).
Diodore de Sicile croit devoir commencer son XV' livre en cîtant au: tribunal de l'histoire. les Lacédémoniens, « coupables d'avoir perdu, par leurs fautes, un empire exercé par eux suï la Grèce depuis 500 ans* » Xénophon voit dans cet événement la main des dieux : « On pourrait, dit-il, citer quantité de faits de ce temps-là, qui prouveraient que les dieux ont l'œil ouvert sur les impies et les méchants. Ainsi, les Lacédémoniens, qui avaient juré de laisser les villes autonomes, et néanmoins gardaient la forteresse de Thèbes, invincibles jusqu'alors, furent punis par " ceux-là mêmes qu'ils opprimaient. y>{Hellen,^ v. 4, 1.)
Il y avait trois ans que la Gadmée était au pouvoir des Lacédémoniens. Confiants dans cet appui, les chefs de Fari^tocratie thébaine, Léontiadès et Archias, ne gardèrent plus de mesure. Les prisons se remplirent, les exécutions se multiplièrent comme au temps des Trente à Athènes. Cependant un soupçon vint aux tyrans, au milieu de leurs excès et de leurs plaisirs, que les 400 réfugiés à Athènes supportaient avec peine leur exil, et conspiraient peut-être pour rentrer dans leur patrie. Ils résolurent de se débarrasser d'inquiétude en les faisant assassiner. Léontiadès envoya dans ce but des émissaires à Athènes. Us échouèrent; un* seul, le chef des réfugiés, succomba; les autres se tinrent pour avertis. Leur vie n'étant plus en sûreté, même dans l'exil, le meilleur parti était de faire une tentative pour rentrer à Thèbes : là,
du moins, s'ils risquaient de périr, ils risquaient aussi de vaincre. On voit que Tinlluence de Lacédémone produisait à Thèbes les mêmes effets qu'à Athènes ; elle avait de bien dangereux amis.
Parmi les bannis thébains se trouvait Pélopidas, homme d'un courage héroïque, noble et riche, pourtant ennemi des tyrans, et lié avec Épaminondas d'une amitié qui avait été éprouvée déjà sur les champs de bataille. L'exemple de Thrasybule, parti de Thèbes pour délivrer Athènes, lui inspira le dessein de partir d'Athènes pour délivrer Thèbes. Les Athéniens, reconnaissants de l'asile qu'ils avaient trouvé en Béotie, au temps des Trente, avaient refusé d'obéir à Sparte, qui réclamait l'expulsion des exilés. Pélopidas conspira à Athènes, tandis qu'Epaminondas, que sa pauvreté et son obscurité modeste avaient préservé de l'exil, exhortait la jeunesse thébaine à lutter, dans les gynmases, avec les Spartiates et à prendre l'habitude de les vaincre. Les conjurés avaient des intelligences jusque dans la maison des polémarques, dont Phyllidas, un des leurs, s'était fait nommer greffier. Le jour était fixé. Pour sauver un citoyen distingué qui allait être exécuté, ils partirent plus tôt. Douze prirent les devants, vêtus de simples manteaux, menant des chiens en laisse, et portant des pieux à tendre des rets, afin de se faire passer pour des chasseurs. Ils entrèrent isolément dans la ville par diverses portes, et se réunirent chez un des plus riches Thébains nommé Gharon, où quelques-uns de leurs partisans vinrent les rejoindre. Phyllidas avait invité à un repas deux des polémarques, leur promettant que les premières femmes de la ville seraient du festin. Ils étaient déjà dans l'ivresse lorsque le bruit arriva jusqu'à eux, que des exilés étaient cachés dans la cité. Ils mandèrent Gharon, qu'on dénonçait; son calme imperturbable dissipa leurs soupçons. Survint un autre avis : un ami d'Athènes écrivait à Archias de se méfier, et donnait tous les détails, il n'ouvrit même pas la lettre, mais la jetant sous son coussin : c A demain les affaires, » dit-il. Quelques instants après, les conjurés arrivèrent. Ils avaient des robes de femmes sur leurs cuirasses , et portaient de larges cou-
ronnes de pin et de peuplier qui leur couvraient le visage. Dès qu'ils eurent reconnu Archias et Philippe, ils tirèrent leurs épées , et, s'élançant à travers les tables, tuèrent sans peine ces hommes noyés dans le vin. Phyllidas courut aussitôt à la prison et en ouvrit les portes. Dans le même temps, Pélopidas et* les autres surprenaient dans leur sommeil Léontiadès et Hypatès, et leur faisdent partager le sort de leurs amis.
Au premier bruit , Épaminondas s'était armé ; il accourut avec quelques jeunes gens auprès de Pélopidas. Pour grossir cette petite troupe, les conjurés envoyèrent dans toutes les directions des hérauts qui sonnaient de la trompette et annonçaient au peuple sa délivrance. Néanmoins le trouble et la frayeur étaient dans la ville : on éclairait les maisons ; les rues se remplissaient de gens qui couraient de côté et d'autre, ne sachant rien de certain et attendant que le jour vînt révéler ce que la nuit cachait encore. 1500 Lacédémoniens , établis dans la citadelle, auraient eu bon marché des conjurés s'ils les avaient attaqués sur-le-champ. Mais les cris du peuple, les feux dont les maisons étaient éclairées et les courses précipitées de la multitude les effrayaient ; ils restèrent immobiles, contents de garder la Gadmée. Le lendemain, k la pointe du jour, les autres bannis arrivèrent avec nombre d'Athéniens qui s'étaient joints k eux, et le peuple s assembla. Épaminondas présenta à l'assemblée Pélopidas avec sa troupe, entouré des prêtres qui portaient dans leurs mains des bandelettes, et appelaient les citoyens au secours de la patrie et des dieux. Â leur vue tout le peuple éclate en cris de reconnaissance et salue les bannis comme les libérateurs de la cité.
Pélopidas, Charon et Mellon, trois des chefs les plus actifs du complot, furent nommés béotarques, titre qui annonçait que Thèbes voulait reprendre avec sa liberté son ancien rang parmi les villes béotiennes. On commença aussitôt d'assaillir la Gadmée. Un secours mandé, en toute hâte, de Platées, oii Sparte tenait aussi une troupe, fut repoussé par les Thébains; alors la garnison manquant de vivres, les alliés, qui en formaient la plus grande partie, refusèrent de se dé-
fendre plus longtemps, et la forteresse fiit évacnée. Sparte condamna à mort deux des harmostes et chargea le troisième, absent lors de l'attaque, d'une amende énorme qu'il ne put payer, et qui le força de se bannir (379).
La délivrance de Thèbes commença une suite d'événements qui brisèrent, dit Plutarque, les chaînes dont Sparte avait chargé la Grèce. Mais quelles causes purent tout à coup porter cette ville, dont on ne connaissait guère encore que la trahison dans les guerres médiques, au degré de puissance où nous allons la voir? Ce qui caractérisait les Béotiens , c'était une certaine lourdeur d'esprit devenue proverbiale, quelque chose d'épais et de sensuel. En fait de beaux-arts, Thèbes avait vu naître, aux temps mythologiques, Amphion, plus récemment Pindare; mais cette gloire était dans le passé. Elle avait bien, par décret public, imposé à ses artistes la loi de faire du beau et condanmé à l'amende celui qui enlaidirait son modèle ; les arts n'avaient point prospéré. Elle avait eu dès l'origine cette habitude de banquets en commun, de fêtes publiques, qui est propre aux Grecs. Mais tandis que ces sortes de réunions s'épuraient ailleurs, et que la musique , la danse , la poésie , la philosophie même en étaient les accompagnements ordinaires , par une belle association des plaisirs les plus relevés de l'esprit à ceux du corps, les banquets étaient devenus, chez les Thébains, des occasions d'étaler toutes les ressources d'une sensualité grossière et d'un luxe sans goût. On y buvait on y mangeait à outrance, comme firent ces polémarques que nous avons vui, tout à l'heure , se laisser surprendre parles amis de Pélopidas. Une terre très-fertile' et de facile culture, un air épais, Téloignement de celte mer qui excite les hommes , peu d'industrie , point de commerce, parce que le sol donnait tout le nécessaire; ni le stimulant de la misère comme dans l'Attique , ni celui du péril comme àLacédémone; voilà pourquoi Thèbes et la Béotie étaient restées dans Tombre, On y vivait bien et sans peine; à quoi
I. Le blé de Béotie était, après celnid'Afrique, le plut pesant queronconiwit à Home, o*est-à-dire le plus nourrissant. Plinet xviii, t.
bon des efforts ? Â ces caases il faut ajouter leur impuissance politique produite par leurs divisions, le mépris où ils tombèrent après les guerres médiques, enfin Tattraction exercée par Athènes sur tous les hommes de mérite, et qui dut nécessairement agir aux dépens des autres cités, surtout des plus voisines. Quand Athènes eut succombé,
. quand Sparte se fut rendue odieuse, Thèbes, qui n'avait pas usé ses forces dans cette lutte, tira profit de la ruine de Tune - comme des insolences de l'autre. Il n'est pas douteux que l'émigration des Athéniens, chassés par les Trente, et celle de plusieurs Grecs italiotes qui, au témoignage de Plutarque, apportèrent en Béotie les doctrines de Pythagore, n'aient contribué à éveiller les esprits thébains. Des disciples de Socrate vinrent même enseigner ^ Thèbes. Ces diverses influences et les circonstances politiques produisirent un certain mouvement dans ces natures béotiennes dont le fonds solide aurait porté de riches moissons, si cette forte terre avait pu être convenablement cultivée. On trouve chez elles de la docilité, de la justesse, du sérieux; à la vérité, ni la finesse exquise, ni la pointe aiguë, ni la pétulance charmante et gracieuse de l'esprit attique.
En parlant ainsi, on pense surtout à Épaminondas qui paraît le type le plus complet de ce que pouvait produire le génie thébain. Il était d'une famille distinguée , de cette race des Spartes qu'on disait nés des denfs d'un dragon; il na-
^ quit pauvre et le demeura toute sa vie , se félicitant d'être par là débarrassé de beaucoup de gêne et de soucis. Son instruction surpassait celle de ses compatriotes. Les Grecs, même les plus graves, joignaient à la culture de l'esprit, celle du corps, à la philosophie, les arts. Socrate était sculpteur, et Polybe attribue d'étonnants effets politiques à l'enseignement j^énéral de la musique. Épaminondas n'omit aucune de ces études, qui font l'homme complet. Il apprit à jouer dé la harpe et de la flûte, à chanter en s'accompagnant , même k danser. Il se livra avec ardeur aux exercices du gymnase et au maniement des armes, moins jaloux toutefois d'acquérir la force que l'agilité ; l'une lui semblait
la qualité de l'athlète, l'autre celle du soldat. Â ce corps qu'il avait rendu souple et vigoureux par l'exercice , la nature avait joint les qualités les plus rares de l'esprit; il les développa encore par la méditation. Pour maître de philosophie^ il eut le pythagoricien Lysis de Tarente. On le vit, presque enfant, s'attacher à ce vieillard triste et sévère , jusqu'à préférer sa société à celle de tous les jeunes gens de son âge. n ne voulut se séparer de lui qu'après en avoir appris les devoirs du citoyen , autant que ceux de l'homme. Il était retenu, prudent , austère, habile à profiter des circonstances, n n'oubliait rien de ce oui pouvait mûrir son expérience. Il avait Tftme grande et le courage indomptable, sachant commander et obéir, ce qui , au jugement d'Aristote , est le trait distinctif des bons citoyens. Aujourd'hui vainqueur de Sparte à Leuctres, demain simple hoplite ou édile chargé du soin des rues. Son respect pour la vérité 'était si profond, qu'il ne mentait pas, même en plaisantant. D'une bonté, d'une modération, d'une patience admirables; il souffrait sans se plaindre les injustice^^ du peuple ou celles de ses amis. Il savait garder un secret, parlait peu^ mais écoutait beaucoup ; habile pourtant et puissant orateur qui servit plus d'une fois Thèbes de sa parole aussi bien que de son bras. Telle était l'éducation des hommes distingués de la Grèce, et telles étaient les qualités douces et sérieuses du héros thébain. Gomme caractère moral, la Grèce n'a rien eu de plus pur et de plus élevé. Qua^id Pélopidas conspira, il refusa de prendre part au complot, non par lâcheté assuréiçent, mais il n'aimait pas les menées ténébreuses, et préférait les combats à ciel ouvert. Tandis que les bannis nouaient leurs intrigues, il faisait des honmies de tous les jeunes Thébains, pour le jour de l'action : on l'a vu partager, ce jour-là, les périls des combattants. Toutes ces vertus n'empêchaient pas qu'il n'eût une grande ambition, non pour luimême, mais pour sa patrie. C'est lui surtout qui voulut briser la suprématie de Sparte an profit de Thèbes et qui, après l'avoir renversée, essaya de jeter bas celle d'Athènes. On le vit même en une circonstance, à Tégée, approuver, conmie général, une chose que, homme privé, il eût certainement flétrie.
Pélopidas était exclusivement un homme d'action. Le gymnase et la chasse étaient, bien pliv> que les livres ou les leçons des philosophes, ses occupations favorites. Au reste, âme noble et généreuse, avide de gloire, ambitieux, mais autant pour son pays que pour lui-même. Né d*une famille noble et riche, il fit participer à ses richesses ses amis pauvres, et vécut lui-même dans la simplicité. Il devint un brillant capitaine, prompt à concevoir et à exécuter, mais, pour le génie, bien inférieur, il semble , à Épaminondas.
La grandeur de Thèbes dura autant que ces deux hommes.
Leur premier soin fut de mettre leur patrie en état de soutenir la lutte redoutable qu'ils prévoyaient. Sparte venait de décider l'envoi d'une armée contre Thèbes. Mais Agésilas avait refusé d'en prendre le conomandement, s'excusant sur son ftge. Son collègue Gléombrote le remplaça, et fit en Béotie une incursion rapide. A Athènes, on s'effraya fort de voir les Spartiates si près. Les riches profitèrent de l'abattement public pour faire condanmer à mort les deux généraux qui avaient généreusement soutenu les conjurés, mais sans l'ordre de l'assemblée, et par là risqué d'engager Athènes dans une guerre avec Lacédémone. Un d'eux fut exécuté, l'autre banni. C'était une coupable concession à la peur.
Une perfidie rendit Athènes à l'alliance thébaine. Gléombrote avait laissé à Thespies, Sphodrias avec un corps de troupes ; l'exemple de Phébidas le tenta, il résolut d'essayer un coup de main sur le Pirée, pour dédommager Lacédémone de la perte de Thèbes. Un soir donc, il partit avec des forces assez considérables ; mais le jour le surprit, qu'il n'avait pas encore dépassé Eleusis : l'affaire élait manquée. Sphodrias fut accusé, à Sparte, d'avoir déloyalement attaqué une ville alliée ; Agésilas, défenseur, cette fois encore , d'une mauvaise cause, le fit acquitter, pour cette raison que sa conduite avait toujours été auparavant irréprochable. Athènes, indignée, rompit avec Spai*te et prépara la guerre. On acheva les murs du Pirée et Ton mit sur le chantier une Botte de 100 galères (378).
Bei&oiiTelleBieiit de la confédération athénienne (AW).
Sparte ne punissait pas Sphodrias ; elle Teût récompensé s'il eût réussi ; car elle s'inquiétait du réveil de la puissance athénienne. Gonon et Thrasybule avaient rendu à leur patrie Une partie des villes qui avaient été autrefois ses tributaires; la paix d'Antalcidasleslui ôta de nouveau. Mais personne ne faisant alors la police de la mer, les pirates pullulèrent bientôt, et les insulaires qui avaient besoin du marché d'Athènes, des blés qu'elle allait chercher dans la Tauride , se rapprochèrent de la seule ville qui pût assurera leur commerce les produits et la sécurité dont il avait besoin.
Athènes avait conservé Tintendance du temple de Délos , le sanctuaire des Gyclades et de la race ionienne. Changer ce lien religieux en un lien politique, n'était point chose difficile, pour peu que les circonstances y aidassent. Poussés vers Athènes par leurs intérêts et par la hauteur, par les violences des harmostes lacédémoniens , Ghios, Byzance, Rhodes , Mytilène, TEubée presque entière , enfin 70 villes insulaires ou maritimes , vinrent d'elles-mêmes lui demander de renouer cette confédération qui, durant plus de 60 ans, leur avait donné paix, sécurité et richesse. Au reste , Athènes eut la sagesse de revenir au plan d'Aristide. Tous les membres de la ligue restant indépendants pour leur constitution intérieure , envoyèrent des représentants à un congrès qui se tenait à Athènes, et dans lequel le moindre Etat avait une voix, et les plus grands , Athènes même, pas davantage. Gette assemblée fut chargée de voter la contribution générale et de déterminer le contingent de chaque cité. Pour satisfaire les alliés par un acte de modération, Athènes renonça à réclamer les terres qui avaient été autrefois partagées, soit sur le continent, soit dans les iles, à des colons athéniens, et dont ceux-ci avaient été dépossédés k la fin de la guerre du Péloponnèse ; une loi interdit même à tout citoyen d'Athènes d'acquérir des domaines hors de l'Attique. L'admission de Thèbes changea le caractère de la confédération, qui avait été jusque-là exclusivement mari-
time, et qui se vit obligée de mettre sur pied des forces de terre considérables, 20 000 hoplites et 500 cavaliers. La flotte dut être de 200 voiles.
En face de cette confédération nouvelle, Sparte sentît la nécessité de traiter plus doucement ses alliés et d'organiser plus équitablement les contributions qu'elle leur imposait. La ligue fut partagée en dix sections : 1** les Lacédémoniens proprement dits; 2® et 3® les Àrcadiens; 4* les Éléens; 5** les Âchéens ; 6^ les Corinthiens et les Mégariens : 7^ les Sicyôniens, les Phliasiens et les habitants de TÂcté ; 8° les Acarnaniens; 9** les Phocidiens et les Locriens; 10*» les Olynthiens et les alliés de Sparte en Thrace. La part de chaque section fut fixée; et, pour éviter l'arbitraire dans la levée des contingents, il fut réglé qu'un hoplite équivaudrait à deux soldats armés à la légère, et un cavalier à quatre hoplites. Pour chaque hoplite manquant il devait être payé 3 oboles d'Ëgine.
La guerre commença en 378. Agésilas fit une incursion en Béotie, et, après quelques ravages, vint présenter la bataille k Tannée confédérée. L'attitude martiale des Athéniens de Ghabrias, qui attendirent le choc sans broncher, le bouclier appuyé contre le genou et la lance fortement tenue en arrêt des deux mains, l'intimida, quoiqu'il fût supérieur en nombre, et le fit reculer. Athènes éleva ime statue à son général, qui le représentait dans cette attitude de combat. C'était la première de ces flatteries qu'Athènes dégénérée allait tant prodiguer. Aux jours héroïques, on ne donnait aux chefs glorieux qu'un tombeau à part. Il est vrai qu'alors c'était moins le général qui était grand que le peuple.
L'année suivante, Agésilas revint en Béotie, où les riches de Thespies le rappelaient. Us avaient chassé de cette ville beaucoup de démocrates et pour en finir avec ce parti, ils étaient décidés à en venir à un massacre général. Agésilas arrêta ces ressentiments, et la cité pacifiée s'occupa de la guerre. Il la fit habilement, toutefois sans autre avantage que de détruire encore la moisson. Les Thébains commençaient à souflrir de la disette, mais aussi ils s'aguerrissaient 'f car, n'ayant point, comme les Athéniens de Périclès,
Deux puissants intercesseurs^ Àlcëtas^ roi d'Épire^ et le tyran de Phères, Jason, le sauvèrent; tous deux vinrent à Athènes et se logèrent dans la demeure modeste de Timothée, qui fut obligé d'emprunter de l'argent et de la vaisselle pour les rece* voir. C'était un de ces hommes purs et honnêtes de la famille d'Aristide, tels qu'Athènes en a un certain nombre à montrer. Ses ennemis niant son mérite ne parlaient que de son bonheur. Ils l'avaient fait représenter endormi sous une tente pendant que la Fortune rassemblait pour lui des villes prises dans un filet, c Et que ferais-je donc si j'étais éveillé, » dit-il» Iphicrate et Callistrate le remplacèrent. Nous connaissons les talents militaires du premier; il les appliqua à la marine. B n'avait reçu que des matelots novices, il les exerça, pendant la traversée, à toutes les manœuvres. Arrivé près de Gorcyre, il épia dix vaisseaux que Denys de Syracuse envoyait aux Spartiates et en prit neuf. Les Gorcyréens s'étaient sauvés eux-mêmes par une victoire.
Depuis que la guerre était devenue maritime, c'étaient les Athéniens qui en portaient tout le poids , et c'était Thèbes qui en tirait tout le profit. Dès 374 elle s'était emparée dô Platées, dont Athènes recueillit encore les habitants, et l'avait rasée de fond en comble. Thespies avait subif le même traitement. La Phocide était menacée. Athènes, mécontente et jalouse, fit à Sparte, en 374, des ouvertures de paix qu'un incident fit échouer, mais qui furent reprises en 371. Callistrate, l'orateur favori des Athéniens en ce temps-là, désirait la fin d'une guerre oui donnait l'influence aux généraux ; Iphicrate et Ghabrias la souhaitaient, en vue des brillants avantages que le roi de Perse leur offrait s'ils entraient à son service. Selon Diodore, Artaxerxès lui-même s'occupa de rétablir la paix entre les Grecs, afin de pouvoir prendre à son service les troupes licenciées, pour dompter ses provinces rebelles. On disait aussi qu'Antalcidas était auprès de lui et qu'Athènes devait se hâter de traiter, dans la crainte d'une nouvelle alliance entre Lacédémone et la Perse. Gallias fut envoyé comme ambassadeur à Sparte avec six collègues ; Gallistrate l'accompagnait. Xénophon lui met dans la bouche un sage discours, et ces paroles où perce la jalousie
SPARTE ET THÈBBS (387-361). 315
que Thèbes inspirait aux deux anciennes maîtresses de la Grèce : « Toutes les villes se partagent entre vous et nous; dans chaque cité, les uns sont partisans de Lacédémone, les autres d'Athènes : si nous devenons amis, quel adversaire pourrions-nous raisonnablement redouter? Forts de votre'' amitié, qui oserait nous attaquer par terre? Forts de la nôtre,\ qui vous inquiéterait par mer? » C'était la première fois, di Diodore, que Sparte et Athènes semblaient consentir ouverte^' ment à se partager Tempire. La paix fut conclue à condition que les Lacédémoniens retireraient des villes leurs harmostes, que des deux cfttés on licencierait les armées de terre et de mer, que chaque ville serait indépendante, et que, si l'un des contractants faisait quelque infraction au traité, les autres pourraient se réunir contre lui. Cette clause était dirigée contre Thèbes. Lacédémone jura la paix pour e^e et pour ses confédérés; les Athéniens et leurs alliés prêtèrent le même serment, chacun pour sa ville. On avait inscrit les Thébains parmi les alliés d'Athènes; le lendemain ils demandèrent qu'on remplaçât le mot de Thébains par celui de Béotiens, Cette substitution eût justifié les prétentions de Thèbes à la domination de la Béotie. Agésilas s'y opposa et demanda à Épaminondas , qui venait de parler pour Thèbes , s'il ne croyait pas juste que les villes béotiennes fussent libres. « Non, répliqua Épaminondas, à moins que vous ne trouviez juste que les villes laconiennes soient indépendantes. » Agésilas raya le nom des Thébains du traité (juin 371).
IlAtalllè de I<evctre0 (SVl).
Vingt jours étaient à peine écoulés lorsque Cléombrote qui, avant le traité, était entré en Béotie avec 10 000 hoplites et 1 000 cavaliers, arriva dans la plaine de Leuctres, en face de l'armée thébaine. Dans cette plaine s'élevait le tombeau de quelques jeunes filles qui s'étaient tuées après avoir été outragées par des Lacédémoniens. Ce monument d'un crime de leurs ennemis fut regardé par les Thébains comme un heureux présage. Ils n'avaient que 6000 hommes, mais leur cavalerie était supérieure à celle des Spartiates. Épaminondas
commandait assisté de six autres béotarqnes. Pélopidas était à la tête du bataillon sacré. On n'était points dans le conseil^ décidé à combattre : Épaminondas voulait livrer bataille; ses collègues hésitaient, trois voix pourtant se joignirent à la sienne et il fut décidé que Ton engagerait l'action. Épaminondas disposa ses troupes dans un ordre nouveau, de son invention. Il mit à Taile gauche l'élite de ses troupes et établit obliquement sa ligne de bataille, engageant vivement sa gauche, où les hommes étaient sur cinquante de profondeur, et refusant sa droite. Gomme il portait ainsi tout le fort de l'action sur le point où il avait placé ses meilleurs soldats, la ligne des Spartiates fut brisée; Giéombrote essaya de tourner et d'envelopper ce coin terrible qui s'enfonçait dans son front de bataille ; Pélopidas le chargea impétueusement, avec le bataillon sacr^, et le roi tomba frappé à mort. Ses amis pu* rent l'emporter vivant encore au camp, où l'armée se réfugiât derrière le fossé qui le couvrait. EUe laissait sur le champ de bataille 1000 Lacédémoniens et 400 Spartiates, sur 700 qu'ils étaient. Quand on félicita Épaminondas : « Ce qui me rend le plus heureux, dit-il, c'est que mon père vive encore, il jouira de cette gloire. »
On célébrait alors à Sparte une fête publique, et la ville était pleine d'étrangers. Des chœurs de jeunes garçons et de jeunes filles s'exerçaient sur le théâtre, lorsque les courriers qui venaient de Leuctres annoncèrent la funeste nouvelle. Les éphores sentirent bien qu'ils venaient de perdre l'empire de la Grèce. Gependant ils ne permirent ni aux chœurs de sortir du théâtre, ni k la ville d'ôter les décorations de la fête. Le lendemain, quand on eut la liste certaine des morts et de ceux qui s'étaient sauvés, les parents des premiers se montrèrent en public parés et joyeux. Au contraire, les proches de ceux qui avaient échappé à la mort s'enfermèrent dans leurs maisons comme en un temps de deuil; ou, s'ils étaient forcés de sortir, ils marchaient tristes et la tête baissée. Quelle fausse ostentation de grandeur 1 Gette joie des ims, cette douleur des autres étaient-elles bien sincères? n'était-ce pas plutôt un rôle que Sparte se forçait de jouer? Sous le masque d'emprunt, il y avait le père, le fils, le frère,
qui, endurcis par la loi, ne pleuraient pas, je le veux bien, mais il y avait aussi le citoyen qui devait comprendre que, dans cette journée, était tombé un mort de plus que les listes n'en portaient, et sur lequel ils pouvaient pleurer, Lacédémone elle-même.
Les Spartiates avaient fui; la loi les condamnait à la honte et les déclarait incapables de remplir une charge. Agésilas proposa de laisser dormir un jour la loi pour que Sparte n'eût pas à mépriser un trop grand nombre de ses citoyens.
Fondation de Mésalopolla (SVfl)^ slése de Sparte (Mi9)$
fondation de Messène.
Quand un grand événement venait déranger en Grèce l'équilibre des puissances, ce n'était jamais sans des convulsions générales qui se reflétaient, en quelque sorte, des plus grands États dans les plus petits. On Ta vu après la chute d'Athènes; on le vit davantage après la bataille de Leuctres, car c'était la puissance la plus ancienne, la moins contestée, qui cette fois chancelait. Les bases de la domination Spartiate dans le Péloponnèse furent ébranlées jusqu'au fondement, et il n'y eut pas une bourgade, peutêtre, dans toute la presqu'île, qui n'en fût troublée, parce que partout les deux partis aristocratique et démocratique étaient en présence, et que, dès que l'un des deux voyait son drapeau triompher sur quelque grand champ de bataille, il en tirait avantage pour dominer dans sa localité.
Jamais les Spartiates n'avaient été si complètement vaincus sur terre: Sphactérie n'était rien auprès de Leuctres. Athènes crut le moment venu de recueillir leur héritage. L'accueil insultant qu'elle fit au messager thébain qui lui annonça la victoire, n'était qu'un éclat de jalousie de n'avoir pas porté elle-même le coup fatal à son ancienne rivale, et ne prouvait pas qu'elle en eût quelque compassion. Son premier soin fut de la supplanter, dans le Péloponnèse même, en se faisant à son tour Texécutrice du traité d'Antalcidas. Elle convoqua ime assemblée dans laquelle les députés de plusieurs villes, ceux de Corinthe entre autres, jurèrent
d'observer le traité et de le faire observer par tout le inonde, dussent-ils y employer la force. Ce n'était pas moins qu'une ligue nouvelle, non plus seulement des cités maritimes, mais sur le continent même, et à la tête de laquelle Athènes se plaçait à la fois contre Sparte et contre Thèbes.
Les Mantinéens sans doute y entrèrent, car ils quittèrent aussitôt les quatre villages où Sparte les avait dispersés , et se mirent à reconstruire leur ville. Agésilas les somma de suspendre ces travaux, leur donnant à entendre que Sparte, trop affaiblie pour employer la force , elle-même les aiderait un jour à rebâtir leurs murs, s'ils consentaient à ne point donner à la Grèce le spectacle de Lacédémone impunément bravée. Us n'obéirent pas , et on n'osa pas les contraindre ; plusieurs villes leur envoyèrent des ouvriers. Les Éléens donnèrent 3 talents.
A Phigalie, les exilés du parti oligarchique firent un sanglant coup de main, mais sans résultat. Les exilés démocrates de Gorinthe tentèrent une entreprise semblable sur leur ville, échouèrent et se tuèrent les uns les autres pour éviter la vengeance de leurs ennemis, qui établirent contre leurs partisans une sanglante inquisition. Pareilles scènes eurent lieu à Sicyône et à Mégare. A Phlionte, les chefs du parti démocratique voulurent rentrer avec des mercenaires ; ils tuèrent 300 hommes aux aristocrates, mais en perdirent 600 et s'enfuirent à Argos.
Argos était plus malheureuse encore. G'était en quelque sorte le réceptacle de tous les Péloponnésiens bannis pour la cause populaire, un foyer de démocratie incohérente et passionnée, que remuaient incessamment les démagogues. Un complot du parti aristocratique, vrai ou supposé, ayant été découvert, ouvrit la voie aux plus sanglantes vengeances. D*abord quelques-uns des accusés se tuèrent eux-mêmes. On en arrêta ensuite trente qui espérèrent , en dénonçant leurs complices , sauver leur propre vie : on ne les mit pas moins à mort. 1200 furent encore arrêtés; et, comme les formes judiciaires étaient trop lentes, le peuple s'arma de bâtons et les assomma : cet horrible massacre fut appelé scytalysme , du mot grec qui signifie bâton faxuTotX'/]). Mais les démago-
gues bientôt furent victimes des passions qu'ils avaient soulevées et périrent à leur tour. Ârgos inondée de sang eut enfin la paix. Jamais la démocratie athénienne ne s'élait souillée de pareilles tragédies , et cela marque bien, dit Niebuhr , la supériorité de ce peuple privilégié. J'en trouve une autre preuve dans l'efiet produit à Athènes par la nouvelle de ces abominations. Pour en avoir entendu seulement le récit dans une de leurs assemblées, les Athéniens se crurent souillés et eurent aussitôt recours aux cérémonies expiatoires.
Toutes ces agitations terribles et sans résultats excusent Sparte et Athènes d'avoir cherchjS à saisir une domination , qui au moins donnait la paix à la Grèce, quand toutes deux ne s'armaient pas l'une contre l'autre. La seule révolution qui eût alors une portée considérable fut celle qui changea la situation politique de l'Arcadie. Avec un territoire plus étendu que toute autre région du Péloponnèse, avec une race robuste et belliqueuse, l'Arcadie n'avait jamais eu d'influence sur les affaires de la Grèce. Ce pays n'était qu'un passage pour les armées de Lacédémone , et laissait ses enfants aller, comme mercenaires, vendre partout leur insouciant courage. H perdait ainsi le meilleur de son sang, sans profit pour sa puissance ; et, tandis. que les Arcadiens donnaient à des rois étrangers la victoire et le pouvoir, l'Arcadie restait à la discrétion de Sparte. Bien des patriotes auraient voulu changer cette situation. La bataille de Leuctres donna un corps à des idées jusque-là vagues et impraticables. Un Mantinéen nommé Lycomède, homme riche et noble, proposa, en 371, d'unir le peuple arcadien en un seul corps, comme les Spartiates et les Athéniens, de fonder une métropole, d'établir un conseil national, qui serait investi de l'autorité suprême sur les affaires extérieures, particulièrement pour les questions de paix et de guerre, enfin d'organiser une force militaire pour la sûreté de l'Etat.
Sparte fut effrayée d'une entreprise qui allait placer sur sa frontière du nord une puissance redoutable et ennemie. Mais Thèbes l'accueillit avec joie ; et, si Épaminondas ne fut pas, comme on l'a dit , l'auteur du projet, il l'encouragea du
moins de tous ses efforts ; et , quand on commença les fondations de la nouvelle ville, il envoya 1000 soldats d'élite pour protéger les travailleurs. Quelques mois seulement après la bataille de Leuctres, une assemblée d^Ârcadiens se réunit, et bientôt après commença k s'élever Mégalopolis {la grande ville), dans une vaste plaine du sud-ouest de l'Arcadie, sur les bords d'un affluent de TAlphée, non loin des frontières de la Messénie et de l'un des passages qui conduisaient dans la vallée de TEurotas. La ville fut construite sur un large plan; son théâtre fut le plus vaste de la Grèce. Quarante villes, selon Pausanias, contribuèrent à la peupler. Quatre cantons seulement refusèrent leur concours : c'étaient les plus anciens de l'Arcadie. Trois d'entre eux furent contraints de céder par la force ; le quatrième, Lycosura, qui se vantait d'être la plus ancienne cité qui existât sous le soleil, fut épargné à ce titre. Quant à la constitution nouvelle de l'Arcadie, les documents positifs manquent. Il est seulement question d'un grand conseil appelé les Dix-Mille, qui se réunissait k Mégalopolis. Qu'étaient-ce que ces Dix-Mille? sans doute les hoplites formant l'armée du nouvel État, et en même temps son corps législatif. On ne sait pas non plus quel fut le pouvoir exécutif : on voit seulement le nom de général donné à Lycomède.
Les villes d'Orchomène et de Tégée furent les seules de l'Arcadie qui firent une résistance énergique au nouvel état de choses. Orchomène reçut une garnison lacédémonienne. Tégée fut le théâtre de luttes sanglantes entre les deux partis. Les démocrates, vaincus d'abord, prirent leur revanche, et 800 partisans de l'oligarchie s'enfuirent à Sparte. H parut à cette cité que son honneur était engagé à soutenir ses amis; Agésilas vint ravager pendant trois jours le territoire de Mantinée ; mais une armée thébaine approchait, il recula pour aller mettre Sparte en défense.
L'armée qui s'avançait était considérable. Excepté TAttique, presque tous les peuples de la Grèce septentrionale avaient contribué à la former, tant la victoire avait donné à Thèbes d'autorité. Les villes de TEubée, les deux Locrides, les Maliens, la Phocide elle-même, quoique ennemie de
Thèbes, avaient envoyé leurs contingents; la Thessalie avait donné de la cavalerie et des troupes légères. Les Éléens, le& Argiens et les Arcadiens amenèrent leurs forces. On compta 50 000 hommes, selon Diodore ; selon Plutarque 70 000, dont 40 000 hoplites. Épaminondas commandait. Il hésita à pénétrer en Laconie, car il avait un autre but, et il savait combien ce pays était facile à défendre. Il s*y décida pourtant, quand il apprit que les passages n'étaient point gardés et qu'il lui fut venu, de Laconie même, des invitations se» crêtes d'envahir. L'armée, partagée en quatre divisions , pénétra par quatre endroits différents et se réunit à Sellasie. De là elle descendit, en suivant l'Eurotas, jusqu'auprès de Sparte qui, depuis qu'elle était aux mains de la race dorienne, n'avait pas vu de feux ennemis s'allumer autour d'elle. La terreur était extrême ; la plus grande partie de la population, libre et esclave , refusait d'obéir. Heureusement Sparte avait alors un vieux soldat habitué à garder son sangfroid au milieu du péril. Une promesse de liberté fut faite aux hilotes qui voudraient s'armer : 6000 se présentèrent. Un nombre à peu près égal d'alliés arriva, par mer, de Corinthe, de Sicyône, de Pellène, d'Épidaure, de Trézène, d'Hermione et d'Haliées.
Après avoir tout saccagé à Test de Lacédémone, l'ennemi passa l'Eurotas, et, pendant trois ou quatre jours, Épaminondas espéra attirer son adversaire à une bataille, en ravageant la plaine sous ses yeux. Le roi ne bougea pas. Une attaque de cavalerie réussit mal, bien que les Thébains eussent pénétré jusque dans la ville. Peut-être s'étaient-ils ainsi avancés pour soutenir des traîtres, 200 Spartiates , qui s'étaient saisis d'une hauteur dans le quartier d'Issorion. Les cavaliers thébains, tombés dans une embuscade, se retirèrent en désordre. Quant aux traîtres, on disait autour d'Agésilas qu'il fallait les attaquer. Cette guerre civile, en face de l'ennemi , eût fait éclater d'autres trahisons et ruiné la ville. Agésilas feignit d'ignorer leurs mauvais desseins; et, sans armes, suivi d'un seul homme , il va k eux et leur crie qu'ils ont mal entendu ses ordres , que ce n'est point là qu'il les a envoyés. En même temps, il leur montre de la
main les diilérents qi]artiers où ils doivent se répandre. Eax, eroyant bien qu'on n'a rien découvert^ descendent et obéissent; Agésilas fait aussitôt occuper Tlssorion; la nuit suivante, 15 des coupables périrent. D'autres conspirateurs farent encore surpris et exécutés. Agésilas avait ainsi à veiller sur les siens autant que sur l'ennemi.
Cependant les moyens de réduire une place étaient chez les anciens si défectueux , qu'Épaminondas n'osa tenter une attaque de vive force contre ces collines, k travers ces rues, le long de ces constructions où des embuscades pouvaient se cacher; il descendit la vallée , saccageant villes et villages , et vint donner inutilement l'assaut à Gythion, le port de Sparte. Mais, après tant de ravages^ le pays épuisé ne pouvait plus le nourrir. Les alliés, chargés de butin, voulaient le mettre en sûreté , et peu à peu s'écoulaient. La saison devenait dure ; il fallait s'éloigner ; Épaminondas laissa du mc^ns à Sparte une trace terrible de son passage : ce fut la eonstruction de Messène , sur la pente occidentale du mont Ithôme. Les meilleurs architectes en tracèrent le plan, et les meilleurs ouvriers en élevèrent les murailles, dont les ruines excitent encore l'admiration. Il y appela tout ce qui survivait de Messéniens , et leur adjoignit, avec les mêmes droits de cité, les étrangers qui se présentèrent. Il est probable que les hilotes de la Messénie favorisèrent cette entreprise par un soulèvement, et formèrent la portion la plus considérable du nouveau peuple.
Après avoir enfoncé au flanc de Sparte ce poignard, après l'avoir cernée par Messène à l'ouest comme elle l'était au nord par Mégalopolis , par Tégée, où il mit garnison, Épaminondas put sortir content de la Péninsule, dont la face était maintenant à tout jamais changée. Mais à l'isthme, il rencontra un ennemi inattendu : les Athéniens. Sparte, réduite à l'extrémité, avait invoqué, comme à l'époque de Tyrtée, l'appui de son ancienne rivale ; et, après quelques délibéra- f lions orageuses, l'assemblée, bien moins par amour pour | Sparte que par jalousie contre Thèbes, avait décidé que Ton enverrait des secours. Cette jalousie était telle, qu'en un jour 12000 hommes s'enrôlèrent pour marcher sous les
ordres d'Iphicrate. Ils allèrent se poster k l'isthme; mais Iphicrate n'osa risquer une bataille, et Épaminondas rentra en Béotie.
Suivant Plutarque, qui aime le tragique, son retour, que ïhèbes eût dû fêter avec enthousiasme, fut accueilli par une accusation capitale. Il avait conservé le pouvoir quatre mois au delà du terme légal. Pélopidas, accusé comme lui, chercha à émouvoir ses juges et plus tard se vengea du rhéteur qui avait provoqué l'accusation. Pour Épaminondas, il ne se défendit pas , se déclara prêt à mourir, et demanda seulement qu'on écrivît sur sa tombe les noms de Leuctres, de Sparte et de Messène. Tous deux furent absous (369). Pausanias n'en sait pas si long*, et le jugement fut une simple formalité dont Epaminondas, dans son intérêt, demanda sans doute l'accomplissement. Les juges ne voulurent même point qu'on allât aux suffrages.
Thèbes usa mal, Tannée suivante, de ses forces. Sous piétexte d'un complot aristocratique, elle fit égorger tous les harbitants mâles d'Orchomène, vendit les femmes et les enfants, et rasa cette ville*. Cet acte d'atroce jalousie fut accompli en l'absence d'Épaminondas, qui l'avait une première fois empêché'. Thèbes avait déjà à sa charge le crime de Platée?, attaquée en pleine paix, puis détruire. Le massacre d'O:"* chomène laissait bien loin derrière lui la condamnation, à Athènes, des captifs mityléniens.
Le premier soin de Sparte délivrée, avait été d'envoyer à Athènes une ambassade pour cimenter l'alliance entre les deux États : il fut convenu qu'ils commanderaient tour à tour, pendant cinq jours, sur terre comme sur mer. Denys de Syracuse lui promit aussi 20 galères, avec 2000 mercenaires espagnols et gaulois; mais les Arcadiens appelèrent une seconde fois les Thébains dans le Péloponnèse. Une ar-