TYRANNIE DES TRENTE ; SOCRATE
de la théorie envoyée à Délos, car, pendant la durée de ce pèlerinage, les loi» défendaient de faire mourir personne. Il passa ce temps à s'entretenir avec ses amis des plus hautes pensées philosophiques, de l'immortalité de l'âme , de la vie future, meilleure que celle-ci. La veille du jour oîi lé vaisseau sacré revint à Athènes. Griton, l'un de ses disciples, lui ojBfrit les moyens de s'enfuir en Thessalie. Il les refusa, évoquant devant lui les lois de la patrie, et l'obUgation morale imposée à tout, citoyen, légalement condamné, de se soumettre au châtiment prononcé par les juges. Enfin le dernier jour arriva. Socrate le consacra tout entier à l'enfretien sublime que Platon nous a rapporté dans le Phédon, Au coucher du soleil, on lui apporta la ciguë; il la but, ferme et serein, au milieu de ses amis éplorés; le geôlier lui-^même versait des larmes. Quand le froid de la mort eut envahi les jambes et commença à gagner les parties supérieures du corps, Socrate dit, avec ce demi-sourire qui trahit le scepticisme, sans montrer le dédain : c Griton, nous devons un coq à Ësculape; n'oublie pas d'acquitter cette dette. » Quelques instants après, un léger mouvement du corps annonça que l'âme venait de le quitter (399).
Les disciples de Socrate, effrayés du coup dont Tintolérance religieuse venait de frapper leur maître, s'enfuirent à Mégare et en d'autres villes. Ils y portaient ses doctrines qui rayonnèrent sur toutes les contrées où la race grecque habitait. Variées Comme l'homme lui-même, dont l'étude est leur commun point de départ, ces doctrines donnèrent naissance à de nonireux systèmes. Toutes les écoles, tout le lEEOUvement philosophique du monde jusqu^au christianisme^ viennent de Socrate.
272, CHAPITRE Xm.