PATRON DE LA CATHÉDRALE ET DU DIOCÈSE
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Jlw Cfergé aw# Fidèles de notre diocèse, Salut et bénédiction en N. S.
La fête de saint Arnoux, évêque de Gap, patron de la ville et du diocèse, revient chaque année, N. T. G. F. , vous apportant en abondance les saintes joies du Ciel et vous enseignant les moyens d'y parvenir. Mais, pour retirer ces fruits inappréciables de sanctification et de justice, il faut que nous l'envisagions d'un œil chrétien, et, qu'en la célébrant, nous entrions dans les vues que l'Eglise s'est proposées en nous donnant Arnoux pour patron et pour modèle.
Mère vigilante et charitable, l'Eglise sachant que nous sommes sujets à mille faiblesses, exposés à mille dangers, a voulu nous procurer un appui, un défenseur qui, par sa puissante protection auprès de Dieu, nous obtînt des secours et des lumières pour nous soutenir dans la route de la vertu et ne pas nous égarer dans celle du vice. C'est là, en effet, ce que nous trouverons en saint Arnoux, si nous avons soin de lui offrir nos vœux et de lui adresser nos prières.
Ce saint évèque qui vécut avec nos pères, qui leur communiqua des paroles de vie qu'ils nous ont transmises (1), fut, au onzième siècle, l'instrument de la Providence dans les Alpes. Sa bouche enseigna les oracles de l'Evangile, ses exemples firent fleurir la foi et rassainirent les mœurs, sa main libérale nourrit les pauvres, sa science illumina le sanctuaire, son courage et son zèle firent triompher la croix et flotter noblement l'étendard de la religion jusqu'au sommet de vos montagnes qui semblèrent s'animer sous l'action puissante de ce nouvel apôtre.
Pendant son épiscopat à Gap, tout son bonheur fut de consoler les malheureux. S'il fut si charitable sur cette terre où souvent l'égoïsrne glace les cœurs, combien plus doit-il l'être dans la céleste patrie, où il n'y a qu'amour et charité! Se pourrait-il qu'il vît nos maux, les maux de ses enfants, sans y compatir? Qu'il entendît nos soupirs sans en être attendri? Se pourrait-il que, loin de s'empresser de nous secourir, il se montrât insensible à nos prières, lorsque, prosternés devant son tombeau, nous le supplions de nous tendre une main secourable? Cette cité qui lui fut si chère, lui serait-elle devenue indifférente et ne veillerait-il plus sur elle pour la protéger? Dieu qui lui communiqua, sur la terre, une partie de sa puissance pour opérer des merveilles, pour guérir des malades, ressusciter des morts, aurait-il restreint son pouvoir en le couronnant dans les cieux? Non, sans doute; et les annales de votre province et les monuments religieux de la plus haute antiquité et les mieux établis , attestent que le tombeau de saint Arnoux a été, de tout temps , une source intarissable de faveurs célestes. Les affligés y recevaient des consolations ineffables; souvent les malades y laissèrent, en témoignage de leur guérison, les appuis de leur faiblesse et de leurs infirmités. Si la foi qu'il avait prêchée s'est maintenue dans ces contrées, malgré les efforts de l'hérésie qui amoncela tant de ruines sur votre sol, vos pères en rendirent des actions de grâces à leur saint protecteur. A plusieurs reprises, les vents delà persécution ont soufflé dans vos vallées, plus violents que les aquilons qui détruisent si fréquemment vos récoltes, mais saint Arnoux veillait sur son héritage.... Par sa médiation, Dieu se leva, il se fit un grand calme et
(1) Ad. 7. 58.
l'Eglise des Alpes demeura debout, ferme, inébranlable comme vus rocs majestueux qui bravent les siècles et les tempêtes. Dans les calamités publiques, vos ancêtres avaient recours, avec confiance, à leur saint médiateur, et plus d'une fois, ils reconnurent que sa main tutélaire avait placé des barrières aux limites de leur territoire, barrières sacrées que les fléaux de la peste et de la guerre n'osèrent franchir.
Au rapport de ces mêmes chroniques, la plus tendre reconnaissance, la confiance la plus vive animaient tous les hommages que, de loin, la foule pieuse apportait au tombeau du saint pontife. Sa fêle était regardée comme une des plus grandes solennités de la religion; en la voyant revenir avec la plus douce impatience, nos pères avaient soin de s'y
* disposer par de pieux exercices, par la confession et la détestation de leurs péchés; la veille était consacrée au jeûne et à la pénitence, et le jour on voyait tous les fidèles écouter, avec une sainte avidité, le récit de ses vertus et de ses travaux, se presser à la table sainte, et s'unir ainsi au sacrifice que l'Eglise offrait en action de grâces de ses triomphes.
Aujourd'hui, N. T. C. F. , les temps sont bien changés !.. Le retour de cette fête ramène encore, il est vrai, les démonstrations extérieures de la joie publique ; mais cette joie profane, pour le plus grand nombre, ne sait plus honorer dignement l'élu du Seigneur. Arnoux, en parcourant les rues de sa ville épiscopale, pourrait à peine reconnaître son peuple jadis si fidèle imitateur de sa haute sainteté.
En effet, N. T. G. F., quel contraste frappant entre sa conduite et la nôtre ! Dès son plus bas âge, Arnoux ne cessa d'aller de vertu en vertu, et nous, nous sommes allés de désordres en désordres, d'égarements en égarements. Arnoux n'aima jamais que Dieu, et nous, nous n'avons aimé que le monde. Semblable à l'aigle des Alpes qui , d'un vol continuel et rapide, s'élance vers les régions supérieures, Arnoux, les yeux fixés au Ciel, s'élève et plane au-dessus de toutes les affections humaines, et nous, courbés vers la terre, nous oublions la patrie véritable; les tristes joies de l'exil remplissent notre cœur. Passager ici-bas, Arnoux se souvint toujours que deux routes, l'innocence ou la pénitence, peuvent seules conduire heureusement au terme de ce
• pénible pèlerinage, et quoique n'ayant jamais dévié de la première, cependant on le voit embrasser avec ardeur le jeûne , les cilices , les
mortifications les plus effrayantes; et nous, voyageurs aussi par le monde, après nous être dévoyés, après avoir, dès les premiers pas, erré au travers d'arides solitudes, nous refusons de rentrer dans l'étroit sentier qui mène à la vie , et cela , parce qu'il doit en coûter à la faiblesse de notre cœur, parce qu'il nous faut déclarer une guerre continuelle à nos passions et à nos vices , et ainsi nous renonçons à notre portion céleste, car l'Evangile nous le dit : Le royaume du Ciel souffre violence (1), puis il ajoute que l'entrée en sera fermée à tous ceux qui ne se seront pas faits petits comme des enfants. Humilité chrétienne! Arnoux en fit sa vertu chérie. Grand aux yeux de tous par sa naissance, par son savoir, par son esprit, par ses vertus, il se crut toujours le plus petit entre ses frères, il savait que Dieu ne donne sa grâce qu'aux humbles : Humilibus autem dat gratiam (2) ; que cette grâce est semblable à l'eau qui ne s'amasse point au sommet des montagnes , pour cela arides et desséchées , mais qui se plaît, au contraire , à couler au fond des vallées qu'elle arrose et fertilise ; et nous, nous exaltant dans nos propres pensées , nous abaissons volontiers sous notre orgueil tout ce qui nous entoure, et nous voulons marcher sans rivaux toujours et partout.
Illustre apôtre de Gap, sortez de votre tombeau , revenez au milieu de vos enfants, et voyez combien est grand le nombre de ceux qui ont dégénéré de la foi que vous aviez enseignée à leurs pères. La prière, la pénitence, l'humilité, pour plusieurs , sont choses inconnues ou de peu de valeur; la gloire de Dieu, l'honneur de l'Eglise, l'attachement à la religion, hélas! le respect humain a étouffé ces nobles sentiments dans le cœur; un mot dit par un impie les rend apostats; les exemples d'hommes à qui ils refusent leur estime, auxquels ils ne voudraient pas confier leurs affaires temporelles , les détournent du chemin qui conduit à l'église, au confessionnal, à la table sainte. Ils rougissent de la parole de Dieu, lui préférant la lecture de ces livres athées, immoraux, pernicieux, dont tout le système est d'apprendre à ne rien croire, de flétrir l'honnêteté publique, la morale chrétienne, d'arracher toutes les bornes entre le vice et la vertu, de
(1) Malh. li. 12.
(2) Jacob. 4. 6,
faire croire que ce qui est bien est mal et que ce qui est mal est bien ; véritables feux trompeurs , comme dit l'apôtre saint Jude : Sidera errantia (1), qui nous font perdre de vue le Ciel et nous jettent hors de la voie du salut.
Encore une fois , levez-vous de votre tombeau, grand apôtre des Alpes, et voyez ce qu'on a mis à la place de cette tendre charité envers les malheureux , que vous aviez rendue si féconde par vos paroles et vos exemples, au sein même de ces stériles campagnes. L'égoïsme a tari la source de l'aumône en glaçant les cœurs. Le luxe, un luxe ridicule, indécent, insulte à la misère qui est sa fille, l'indigence augmente et les aumônes diminuent. On ne pense qu'à soi. Ma santé, ma fortune, mon intérêt, ma maison, mon rang, ma famille, mon avenir, voilà partout le moi dans lequel on se renferme. Les taxes publiques sont trop fortes, les saisons sont mauvaises, voilà derrière quoi l'on se retranche. Comme si les malheurs des temps dispensaient de secourir les misérables, et comme si les miséricordes ne devaient pas augmenter à proportion des misères !
Habitants des Alpes, nos bien-aimés diocésains, levez-vous aussi et venez au tombeau de saint Arnoux faire amende honorable, ranimer le flambeau de votre foi ; venez vénérer ce cœur qui brûla pour vous de la charité de Jésus-Christ, ces mains qui vous montrèrent le Ciel, ces pieds qui franchirent vos torrents et vos montagnes pour semer la bonne semence dans les lieux que vous habitez, cette bouche qui distilla le miel de la sagesse et qui semble encore nous parler et nous dicter les oracles de l'Eternel.
Ames ferventes, venez vous prosterner devant l'ange tutélaire de cette ville et de ce diocèse ; votre vertu s'épurera des faiblesses de l'humanité. Approchez, âmes tièdes, vous qui traînez le joug du Seigneur, il ranimera votre langueur, et votre piété ne sera plus sans goût, ni votre cœur sans amour. Pour vous, pauvres pécheurs, ennemis de Dieu, qui vous perdez dans une terre pourtant toute sainte, approchez, priez, et votre âme se ranimera, se réchauffera, et vous ressusciterez à la grâce. Venez, vous tous qui pleurez, qui souffrez,
(1) Saint Jude. 13,
Arnoux a des consolations pour tous ses enfants ; venez surtout, mères chrétiennes, venez consacrer votre famille au protecteur de cette cité, enrôlez vos enfants dans cette escorte d'honneur que nous allons former sous ses auspices et son patronage. Tous, réunissons nos hommages auprès de son tombeau , devenu plus riche encore en grâces et en bénédictions par les indulgences que le souverain pontife Grégoire XVI a daigné attacher à cette dévotion. Approchons de ces restes vénérés, et, comme nos anciens rois qui engageaient leur foi en prêtant leur serment sur les reliques des Saints, jurons, sur celles de notre glorieux patron, un amour éternel à Jésus-Christ et à sa religion,
A ces causes , après avoir invoqué le Saint-Esprit et pris l'avis de nos vénérables frères les Dignitaires et Chanoines du chapitre de notre cathédrale, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Article premier.
La solennité de la fête de saint Arnoux, évêque de Gap, patron de la cathédrale et du diocèse, se célébrera désormais, toutes les années, dans ladite cathédrale et dans toutes les Eglises du diocèse, sous le rit double de première classe, avec octave, le dimanche qui suit le 1 9 septembre.
Article 2.
Nous érigeons à Gap une confrérie de jeunes gens, sous le nom et le patronage de saint Arnoux. Elle sera organisée et régie conformément au règlement que nous avons promulgué aujourd'hui.
Article 3.
Le cérémonial de la solennité de la fête de saint Arnoux est et demeure réglé comme il est prescrit dans notre ordonnance de ce jour.
Donné à Gap, dans notre palais épiscopal, sous notre seing, notre sceau et le contre-seing du secrétaire de notre évêché, le jour de saint Irénée, 28 juin 4845.
f IRÉNÉE, Evêque de Gap.
Par Mandement:
L'abbé JAMES, Ch., Secr. gén.