FONDERIE EN CARACTÈRES
L'imprimerie, quelle que toit Tiniportance des résultats dont elle ait à sè glorifier, n'est, h *raî dire, que la commensale
d'une autre branche industrielle dont le vulgaire inécomiaît on ignore avec trop de complaisance les savantes oj)érntions. Nous voulons parler de cette industrie qui a pour mission de livrer à la typographie, tout prêts à êtrë assemblés et combinés, leà câractèrès, \éh vignéttes, les i^glures, les badrats dont Tempretnte, appliquée sur le papier, produit ces œuvres magfiîfiques, ces éditions splendides tant admirées au palais de l'Industrie.
La fonderie des types que rimprîmerie met en usage se divise naturellement en pliisieurs spécialités dont Paris a là gloire de possédèr les principaux représentants.
M. Charles Berfiey, que son éxpositîon hors ligne a désigné de prime-abonl à notre étude, a choisi le genre le plus difiicile, celui de l'ornementation. Il fabrique la vignette mobile. Ces vignettes servent à former certaines combinaisons de dessins comnlè les lettres servent à former des mots. On fait
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remonter leur invention aux dernières années du xvir siècle. Founiior le jeune, qui vivait il y a cent ans, donna un vif essor à cette branche de Tart. Avant lui la vignette mobile avait été très-négtigée, tant sous le rapport du nombre que sous celui de la figure. De son temps, la taille des poinçons était très-imparfaite, et les graveurs ainsi que les fondeurs avaient à lutter contre îm outillage primitif qu'on ne devait améliorer que longtemps après. Cet artiste, d'un goût rare, s'appliqua surtout à la vigriette, et eut de nombreiui maïs imparfaits copistes. Il comprit le premier quUl fallait prdcéder pour la gravure et la. fonte des vignettes comme pour celle des caractères, d'après les mômes règles absolues de pente, de ligue et d'approche. A côté de Fournier le jeune et parmi les artistes typographes qUi se sont distingués dans le genre de la gravure, Thistoirè a sauvé de Toubli les noms des frères Gando, de Philippe Grandjean et Louis de Sanlecque, Gillé, Vibeii, François-Ambroise et Pierre-François Didot.
On sait avec quel talent la fiunill(> des Didot a personnifié depuis un siècle les progrès de la typographie. C'est chez M. Jules Didot que M. Charles Derriey a dessiné ses premiers types. De dessinateur qu'il était, il se fit graveur, et c'est pour lui qu'il grava son premier poinçon. Il avait commencé à étudfèr la t^^Dographie à Besançon en qualité de compositeur. 11 révélait déjà une grande aptitude pour le dessin ; le goût de la gravure lui \ int en sculptant sur une planche, avec la pointe d'un canif, ces lettres de bois qui s'étalent grassement sur les affiches de théâtre.
Le jeune compositeur de Besançon, dans les ateliers de M. Didot, fit de rapides progrès. D'excellent graveur, il devint habile fondeur. En 1819, il publia pour son propre compt'e un spécimen dont l'impression fut confiée à M. Duverger, et bientôt après un deuxième spécimen, plus varié et plus riche què le premier, imprimé partie par M. Greté de Gorbeil,
partie par M. Ernest Heyer» imprimeur polychrôme de Paris. Depuis cette époque, M. Charles Derriey a élevé la vignette
au rang de la plus hi illniite spécialité: progrès d'autant plus notoire que, jusqu'à lui, elle n'avait été considérée par les fondeurs que conune un accessoire dispendieux.
Non content d*avoir contribué à doter Tart typographique d^une si précieuse richesse, M. Charles Derriey lui a fourni les moyens de cf»mbattre à armes égales et presque avec avantage sur le champ de la gravure en taille-douce et de la lithographie.
Ces dernières jouissaient auparavant du monopole exclusif d*imiter les traits dessinés par la plume du calligraphe. Elles pouvaient seules, cKnnit-on, reproduire dans leurs contours aux lignes correctes et unies ces arabesques capricieuses qui, sons un nom propre, au bas d'un acte notarié ou privé, revêtent une si haute importance.
M. Derriey a prouvé le contraire. 11 est parvenu à fabriquer des traits calligraphicpies d*un dessin original et parfait; et les épreuves de son dernier spécimen, présenté h l'ExpositioTi (le 1855, montrent assez qu il a vaincu toutes les difficultés de rpxénution.
Dans ce spécimen , il y a des épreuves de caractères ornés, des vignettes à combinaisons et avec rentrures pour impressions en couleur; une grande collection de traits de plume; des cadrats cintrés; des réglures s'imprîmant avec le texte; filets ordinaires, ornés, ondulés et j^ui Hochés, etc.
Toutes les fontes sont obtenues avec des moules à refouloir d'une grande puissance; les petits corps sont produits par des machines à fondre inventées et exécutées par M. Derriey. • La précision rigoureuse des vignettes est surtout à remarquer; on admire leur exquise élégance, et le bon goût qui préside à In conception de chaque dessin. Mais en cela ue consiste pas le mérite principal de ces vignettes; pour te compo-
FONOëRIë EU CARACT£BES.
siteur qui les assemble, le travail est simplifié de manière à ne plus rien lui laisser à désirer, avec le secours des blancs ou
cadmts cintrés dont M. Pi rriey est l'inventeur.
Les traits de plume méritent une mention tout aussi louable que les vignettes. Tels qu'ils sortent de cette importante fon-
derie, ils deviennent d*un emploi fadie pour Touvrier qui n*a plus à redouter les parangonnages embarrassants et les solutions de continuité dans la jonction des pièces.
Le spécinirn de M. Cluirles Derriey, dont rénumérfjtion des pièces principales peut seule trouver place ici, contient dm * pages de musique imprimée d*après le système dont il est rinventeur, et une collection des caractères qui servent à cette composition. Cette nouvelle découverte de M. Charles Derriey est d'une très-haute importance.
succès ffui ont couronné ses efforts aux diverses expositions où il est entré en lutte avec les concurrents étrangers, et surtout à r Exposition de Londres.
. Par son spécimen de 1855, M. Charles Laboulaye prouve
qu'il excelle dans quelques genres.
On sait quel immense p;irti les luiideurs .illemands ont su tirer de la galvanoplastie, qui leur permet de surmonter, au grand détriment des fondeurs étrangers, les produits originaux les plus coûteux , et d'obtenir toutes sortes de matrices à Taide de gravure sur cuivre et sur bois. M. Laboulaye, sans battre monnaie d'une façon si peu loyale avec cet art nouveau qui offre tant de ressourcées à la fonderie, en a utilisé la puissance. Il a déjA fait par ce procédé deux mille matrices de grandes
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lettres d'afilclies iiiconiparablcmeiit plus belles que toutes celles obtenues par la fonte , même après les retouches qui déforment constaminent les contours.
Au nombre des inTentions que i-évèle rex|Misition actuelle de H. Charles Laboulaye, il faut citer le monte pour leUres (Pa/fiche^ qui lui permet d'obtenir des lettres tr6s-creuses dont rœil r('i)os(> sur des supports rectangjulaires, ne laissant aucun vide extérieur, et une machine à frbtlcr H à comjiosrr, d'un système entièrement neuf, donnant déjà d'excellents résultât» comme vitesse 6t perfection dë travail.
M. Laboutaye s'est èncoré appliqiié à modifier et <^ perfectionner plusieurs modes (1<! londcric déjh rnninis.
Un grand progrès accompli par lui consiste dans l'emploi usuel, sans augmentation de prix, d'une matière fernigineuse très-résistante, qu'il mélange à la fonte. Le caractère étant un outil, la durée èn Irhpof te plus encore que le bon marché.
Mais ee Mémé fohdeur réalise le bon marché à l'aide de ses machines-types, fabrication mécanique (jui lui a déjA permis de livrer 25,000 Icilos de caractères, (lu'il vend 30 0/q moins cher que ceUx obtenus par le procédé ordinaire. Chacune de ce^ machines fournit aisément 20,000 lettres par jour.
l'ottr ta fonte des vignettes et ornements, il emploie les machines du procédé Ledoux, premier système dé compression. La siniplification qu'il a intioduite dans la manœuvre de ces appareils lui permet de reproduire, avec une perfection qui ne laisse rien à désirér, tous les ornementé de typographie.
Un auti*e procédé mécanique lui permet de fondre également par percussion des interlignes de trente-cinq centimètres de longueur, et d'une précision absolue.
M. Marcelliu l^egrand , neveu et successeur de Henri Didot, ainsi que MM. Laurent et Debemy, n'ont pas fait défaut à l'Exposition universelle, et leurs produits justifient complètement la réputation dont ils jouissent.
La fonderie typographique que M. Battenberg a cré<^c vers le commencement de à rapidement prospéré lioué le
patronage de cet industriel habile et vigilant. On sait tpie cette mai^n embrasse dans sa spécialité les caràctères de fantaisie,
lès vignetto<? pour encadrement, les lettres d'alTiches, les gravures sur buis, ies poIyt\ pages, en un mot, tout ee qui se rattache h la branche artistique de cette industrie. M. Battenberg avait Commencé par être typographe dans des impriitieries oû Ton n'exécutait que des travfeuJt â*arti èri bomiïle^tli sait mettre h profit les connaissances abquisé^, il a porté darls la (lirectiun de sa fonderie le j^oùt pur et éleVé (ju'iiii tel siirnumérariat avait développé dans ses facultés. Aussi tous ses produits sont-ils traités a\ ec un soin et une perfection dont le
succès est établi par lés fournitures continuelles que la maison Battenberg fait aux principaux typographes de lu France et de l'étranger. Les caràctères d'imprimerie exposés par M. Battenberg réunissent toutes les qualités désirables; .iiissi les a-t-on particulièrement remarqués, de mémo que le titre qui précède son spécimèn de T Exposition, ét qdi représente touâ les personnages illustres de la typogra{ihie, depuis Gutenberg jusqu'à Didot, entourés d'emblèmes figurant \eà Arts, lës Sciences , etc.
RËUtjRE
L'art de la reliure fut créé le jour où les livret plats à feuilles Superposées remplacèrent les ro'uleanx adtiques. On
réunissait les feuillets cousus ou collés dans un dos mobile entre dmx planches de bois, d'ivoire, de métal ou de cuir. Bientôt ces planches se couvrirent d'ortjements d'argent, d'or et de pierres précieuses. Elles passaient d'abord èntre les mains du sculpteur qui les transformait en reliefs représentant dîters sujets historiques ou mythologiques. L'orfévrë et le
lapidaire venaient ensaite et rehaussaient les coins par des
garnitures de métal jM-écieux, de mosaïques et de pierres fines. On serrait le volume avec une courroie qui l'enlourrait plusieurs fois. Ces courroies s'appelaient offendices; elles furent bientôt remplacées par des fermoirs qu'on nommait humi et hamuli. Dans certains cas , le livre, qui pour le poids, le travail et la richesse était un vrai meuble , avait en outre un sac de velours ou un collVet de bois sculpte dans lequel on le pinçait; les ouvrages des églises occupaient un rayon à côté des ornements d*apparatet des vases sacrés : on les gardait comme des reliques. C'était le temps oîi saint Jérémb s'écriait : < Ces livres sont revêtus de pierres précieuses, et le Christ se meurt devant la porte du Temple. »
Ces reliures de luxe ont certainement causé la destruction d'une foule de manuscrits, car dans le sac des villes et des monastères, elles réveillaient d'abord la convoitise des pil* lards ; mais en revanche les reliures des Bibles et des Évangiles, ces reliures que la dévotion libérale des rois et des évêques se plaisait à rendre dignes de l'œuvre divine, nous ont couser\ é un grand nombre de curieux monuments de Part qui eussent péri sans elles; les unes sont ornées d'entailles et de camées antiques, représentant des figures et des sujets fort intéressants pour l'archéologie grecque ou romaine ; les autres sont chargées de diptyques dMvoire, aussi remarquables par le travail que par rexécuUon, qui appartient quelquefois à l'antiquité païenne.
Mais ce n'était là que des travaux d'émailieurs, d'orfèvres, d'imagiers et de fermaîlleurs. Au moyen âge, les relieurs proprement dits, Heurs de livres^ ceux qui liaient ensemble les ' feuillets des livres et les endossaient entre deux planches qu'ils
revêtaient ensuite de cuir, de peau, d'étoffe ou de parchemin, existaient en très-petit nombre. Quand lut le\ée la taille de l'année 1.292, on n'en comptait, à Paris, que 17 ; ceux d'entre