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L'art et Tindustrie se confondent si bien ensemble dans les œuvres sorties de la maio des hommes qu'il devient de jour en jour plus difficile de classer les produits suivant cette division et de dire : celui-d est purement industriel, celui-là est exclusivement artistique. Quelques puritains de Tart absolu auront beau se récrier contre une telle tendonro et qii ilifier d'hermaphrodisme impudique Taflinité sans cesse plus intime du beau et de Tulile; ils ne la détruiront pas : elle apparaîtra de jour en jour comme le dernier terme de la perfection.
De toutes les industries connues, il n*en est point, avant la céramique, qui aient envahi le domaine des bèaux-arts. Aussi tous les potiers célèbres, dont la tradition et Thistoire ont perpétué le souvenir, se présentent-ils b nous le front éclairé d'une auréole ! Praxitèle avait modelé des vas( s fKargile avant de fouiller le Paros avec son ciseau magistral. Il est. même probable qu*en Grèce Tart du potier a été le point de départ de la sculpture; et que la découverte de ces types immortels de la beauté humaine, qui servent encore de modèle à nos jeunes générations, a été inspirée primitivement par les nombreuses formes essayées et appliquées sur les objets de la céramique. A une époque plus récente^ nous retrouvons les noms de Lucca délia Robbia, de Bernard Palissy, etc., écrits par le siècle de la Renaissance à côté de ses plus grands peintres et statuaires. Enfin les magnifiques produits que nous révèlent au Palais de l'Industrie l'exposition ct'r;mii(|ue et noliimment celle de Sèvres, ne permettent plus aucun doute sur la haute valeur artistique de certaines poterif*s, puisqu'elles; se rat-
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tachent à la peinture et à la sculpture, non-sealement par la
forme et la décoration , mais encore par le talent des ouvriers cux-mcmos.
Au point de vue utile, la céramique n'a pas une moindre importance , et cette raison explique TaDcienneté de son origine. Cette industrie remonte aux premiers temps de Thumanité ; elle est venue après Tart de fabriquer des armes pour se
défendre et des tissus pour se vêtir. Les premiers peuples ont façonné avec le limon des fleuves les vases néces^nire? aux besoins domestiques et à la conservation des germes agricoles. Ils ont construit leurs habitations avec de la terre mélangée de sable, de débris végétaux et de coquillages; mais, dès qu'ils ont reconnu que ces pfttes, séchées au soleil, acquéraient plus de solidité, l'idée leur est venue de les faire sécher par la cuisëoii. Telle est Phistoire de la céramique primitive chez les peuples orientaux. Elle nous est confirmée par les vestiges recueillis à une certaine profondeur du sol , dans les couches fouillées tout récemment par les soins de nos archéologues.
Dans cet ordre de produits, TÉgypte et la Ghaldée ont poussé l'art de la forme à un très-haut degré de perfection.
De rOrieiit, la ci'raitiKjuc est venue en Grèce, oîi sa splendeur a précédé celle de la sculpture, il nous reste de cette époque des vases en terre cuite de toute beauté sous le rapport de Pomemeot et de la plastique. Les auteurs anciens, Pline surtout, nous ont laissé des descriptions nombreuses de monuments, de constructions, de statues en terre cuite.
Malheureusement ni rR^\|ile, ni la Grèce, ni l'Italie qui s'eiiipaiu bientôt de ce genre de fabrication et le perfectionna, ne possédaient le secret de ces magnifiques émaux ou glaçures qui, plus tard, devaient jeter un si vif éclat sur l'industrie céramique.
Toutes les terres cuites d'ornement sont chez les anciens colorées en rouge, en brun ou en noir; elles sont quelquefois
recouvertes d*un certain vernis sUico-alcalin qui diffère en tous points, par son épeiseeur, par sa composition et par son éclat,
non-seulement do réiuail piopreinnit dit , mais (»nrore du vernis de piumb qui ne devait être découvert que longtemps après.
Les poteries étrusques, bien inférieures d*ail leurs aux pote> ries grecques, révèlent une très-haute élégance de forme et de dessin. Les unes sont noires, et paraissent avoir été destinées
spécialement à contenir les cendres des morts; elles portent toujours des reliefs, des côtes qui présentent une linesse remarquable ; d'autres sont rouges et décorées de peintures en noir sur fond, disposées de diverses manières.
Depuis rinvasion des Barbares, l*art céramique dégénéra peu à peu en Italie et chez tes peuples que les Romains avaient conquis; bientôt ces produits charmants, aux formes élégantes et aux inaltérables couleurs, ne furent plus que des monuments du passé. L'art était à refaire , mais il se réveilla avec les croisades; le contact d*une civilisation supérieure en précipita la fermentation. Sur cette belle terre d*ltalie, Tartiste n'eut qu'à creuser sous ses pieds, il retrouva T œuvre de ses pères souvent mutilée, il est vrai, mais encore si belle dans ses fra^çments épars, qu'il admira, s émut, comprit, et peu à peu identifia les tendances de l'inspiration à celle du génie de Tantiquité.
Une différence notable va distinguer cette deuxième période de Tart céramique de celle qui a péri sous le cataclysme de la
1)11 iî irie. Les Grecs et les Romains avaient dit le derniei mot du dessin et la fonne. Le moyen âge n'avait pus <\spérer de pousser plus loin sur ce chen)in; mais la peinture venait de composer sa palette nouvelle; elle avait trouvé Tusage de la ganrnie complète des couleurs. La céramique profita de ce progrès ; les anciens n'avaient décoré leurs terres cuites que de deux ou trois tons toujours les mêmes, le noir, le rou\ et le
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brun ; elle appliqua toutes les nuances à ses poteries; ne trouvant pas les anciens procédés, elle en découvrit de plus pré* cieux et de plus variés; pour fixer les couleurs sur Targile, elle eut recours à leur vitrification par la cuisson à une haute température, et c'est de là que date la première poterie émaillée, ou pour niiniix dire la première lau'iice.
On a souvent répété que le mot faïence venait de l' ot'wsa, petite ville dltalie que les tiistoriens inexacts désignent comme le berceau et le centre exclusif de cette industrie. Uétymologie paraît vraisemblable , mais la dénomination est impropre et inexacte. Faenza n*a pas Thonneur d'avoir vu l'art céramique renaître et se perfectionner dans ses murs; elle a usurpé une gloire h laquelle avaient bien autrement droit d'autres petites villes dltatie, Pesaro, t'rbino, GasteUDurante, Pise, Foligno et tant d*autres, sans compter la grande cité qui leur envoyait ses rayons, Florence, le plus beau fleuron de cette couronne étoilée.
nom de maïoliques donné aux faïences s'explique plus logiquement. Des potiers partis de l'île de Mayorque vinrent s'installer, vers le commencement du xv" siècle, an nord de ritalie, et donnèrent à leurs poteries émaillées le nom du pays qu'ils abandonnaient et où les Mores avaient vulgarisé ce genre d'indu.«tric; car c'est aux Mores que revient la gloire de cette grande découverte, tout aussi bien qui* celle des poteries vernissées à lu glaçure de plorab qui avait précédé celle-ci de trois siècles environ. Les spécimens les plus anciens que l'on connaisse «ont les carreaux émaillés et les vases de TAlhambra, palais dont la construction remonte à la fm du XTii' siècle. Ces poteries arabes furent Torigine de la fabrication italienne, bien avant (|uc les produits céramiques de la Chine et du Japon eussent pénétré en Italie.
Tandis {|iie los potiers transférés de l'île de Mayorque préludent dans leurs modestes ateliers de Pesaro à cette glorieuse
régénération de Ttirgile, un homme dont le nom est aussi populaire parmi les archéologues que celui de Bernard Palissy en France, fonde à Florence une dynastie de vasders célèbres.
*ÏAicca délia Bobbia a laissé d'innombrables chefs-d'œuvre ; mais le jugement des hommes ne sait jamais se défendre de l'exagération, et l'iiistoire arrrédite les préjugés les plus invraisemblables. De toute cette phalange d'artistes et d'iuvenleurs qui dotèrent Tart céramique de tant d'éclat au siècle de la renaissance, le plus célèbre et le plus digne, est à coup sûr Lucca délia Robia. Il a découvert le secret de quelques émaux fort brillants et fort estimés ; chacune de ses œuvres porte un cachet admirable. Sculpteur émérite, avant de livrer son argile h la cuisson, il savait la revêtir des formes les plus riches et U s plus variées. Ses bas-reliefs, ses figures en ronde bosse, les lignes si pures des dessins plastiques qu'il appropriait à chacune de
' ses œuvres, le signalent à la postérité comme l'un de nos plus grands maîtres. Mais pourquoi déshériter d'une gloire péniblèment acquise les artistes, ses contemporains, qui travaillaient ainsi que lui la régénération delà céramique? Il n'a pas été le seul à nous transmettre ces milliers d'objets de faïence, plats, vases, services de table, ornés des plus brillantes peintures qui se répartirent de son temps dans toutes les classes de la société, et dont r époque actuelle recueille les débris avec tant de sollicitude.
11 est juste de dire ici que les produits placés sous son nom doivent être considérés autant comme Tœuvre d'une époque que comme celle d'un seul homme. Des caractères particuliers distinguent d'ailleurs les véritables œuvres de Lucca délia Bobbia. Ses couleurs sont peu nombreuses et toujours opaques. Tl oppose l(> plus voloTitiei s au blanc le bleu employé d'habitude en émail, et souvent conune tond, l^es autres nuances dont il faisait un usage plus modéré sont le jaune, le violet et le vert.
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L;i i)i ()le(:ti(»ii des grands seip;nears encouragea les elloris et les reclierchcs. A Pexemple de Lucca délia Robbia, des ouvriers habiles établirent, dans plusieurs villes d'Italie , des fabriques de terre éinaillée. Chacun, de son côté, agrandit le domaine des procédés. Les émaux se multiplièrent ; de nouvelles nuances prirent place sur la i)alette du céramiste. Les plus grands peintres ne d^daignri'ent pas de grouper leurs couleurs sur le flanc d*un vase ou le creux d'une assiette, et de donner à ces œuvres fragiles une valeur artistique aussi grande qu*à une toile ou une fresque. Baphaêl lui-même, au dire des chroniques, aurait consenti & décorer quelques maToliques. Toujours est-il que les belles poteries , qui nous restent de cette époque, joignent au mérite d'une fabrication soignée celui d'un art remarquablement développé.
L'industrie des mafoliques prospéra jusque vers 1560; mais, à partir de cette époque , les princes d^Italie ayant supposé que les potiers artistes pouvaient marcher d'eux-mêmes, et que la vogue suflisait à leur procurer des bénéfices proportionnés à leur talent, cessèrent de les j)rotéger. Cette erreur eut des résultats désastreux. L'ait du potier tomba en décadence; les produits dégénérèrent, et, vers le commencement du ivit* siècle, Tindustrie italienne 8*éteignit d'une façon absolue.
Tandis que Lucca délia Robbia et sa famille illustraient la céramique au delà des Alpes, un pauvre artisan de la Saintonge commençait en France ces travaux si précieux qui devaient élever notre pays à un rang si digne dans la hiérarchie industrielle et artistique. Nous ne ferons pas ici Thistoire de Bernard Palissy. La renommée de ses œuvres, Téclat de ses découvertes, les longues soulïrances qu'il a endurées l'ont rendu populaire.
Cet homjnede génie, d'origine obscure, privé d'éducation et de fortune, eut à lutter d'abord contre la misère et sa
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propre ignorance. Par une sorte crintuitioii dont l'histoire des liommL's olîre de rares e\(Mn[)k's, il devina les procédés In peinture sur émail que l'Italie appliquait déjà depuis quelques années; et ce ne fut qu*après une longue et douloureuse série d'expériences infructueuses qu*il parvint à établir la première de ces poteries aux couleurs si vives et si variées, aux formes si gracieuses et si pittoresques qui émerveillèrent son siècle, et sont tant rocherchées aujoiircriuii.
Les poteries do Bernard Palissy jouissent en effet d'une faveur considérable sans qu'il y ait là rien de faux ni d'exagéré. Ces faïences émaillées n*ont pas seulement pour elles la consécration du temps , elles possèdent une valeur réelle et des qualités de tout genre qu'il a été bien difficile d'atteindre, ni^me dans nos t'ubrications si perfcctionnôt's. Sous tous les rapports, elles sont très-remarquables, et la composition des pâtes doit fixer l'attention autant que la nature des émaux, leur disposition et la forme artistique des pièces quMls recouvrent.
Après la mort de Bernard Palissy , son style fut calqué par quelques iniitatruis. Malheureusement, il avait emporté dans la tombe le secret de sa remarquable fabrication. Les faïences que nous ont léguées ses successeurs,, outre qu'elles sont peu nombreuses, révèlent dMmmenses défauts. Enfin, dès le règne de Henri IV, on ne tenta pas de nouveaux efforts, et de Bernard Palissy il ne resta (jue les œuvres et le nom.
Il est utile de remarciucr ({u'il existait une différence n()tal)l(î entre les faïences de ce dernier, représentant le plus souvent des sujets champêtres, des scènes prises dans la vie rustique ou modelées sur nature, et les faïences italiennes connues sous le nom de maioliques. Une fabrique de ces derniers produits fut établie en France, quelque temps après la mort de Palifîsy, |)ar des ouvriers italiens qui vinn;nt s'installer à i\(îvers, et s'attachèrent surtout à imiter les faïence,^ d'Urbino, remar-
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quables par leur bel émaW blanc. Un ét^iblissement d*un genre analogue fut créé vers la niorrio époque h Rouen.
En même temps la faïence émaillée s'étendait sur plusieurs points de T Allemagne, et surtout à Nuremberg dont les produits ont acquis une grande célébrité.
Les relations avec TOrient , devenues plus fréquentes vers le commencement du xvn* siècle, grftce aux nombreux voyages maritimes des Portugais et des Ilollaiidais, firent connaître à l'Europe les produits céramiques de la Chine et du Japon qui, dès leur appajrition, obtinrent une faveur marquée sur toutes les autres poteries connues et fabriquées en Italie» en Allemagne et en France. Les porcelaines de la Chine et du Japon, furent préférées pour la décoration des appartements aux plus belles poteries émaillées de Nevers ou d'Italie; à mesure que la porcelaine devenait plus commune et moins chère, la faïence abandonnée par les riches ne trouvait plus que des consommateurs trop pauvres ou trop indifférents aux œuvres d'art pour que la fabrication pût se maintenir à la hauteur qu'elle avait atteinte pendant le xvr siècle.
Passeri écrivait, il y a cent uns : « Une cause de décadence dans cet art vient de ce que l'idée s'est introduite que la noblesse consiste à prouver quatre générations de personnes oisives et inutiles... £t d'ailleurs. les bambochades chinoises en imposèrent aux yeux des grands, qui ne sont pas les personnes les plus instruites du genre humain. Aussi, je me figure que, de ce moment et plus tard, quand les produits de nos manufactures arrivaient dans nos grandes cours, travaillés seulement pour ceux qui s'y entendaient, les grands barons, dont la fantaisie était pour toutes les choses indiennes, s'en seront moqués, les regardant comme choses d'un goût suranné et pi opre aux petites gens. »
Dieu nous garde de partager le mépris du bon Passeri pour la porcelaine chinoise et japonaise. Là où il ne voyait que le
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précieux de la matière et Téclat des couleurs, là où peutrétre les grands barons de son temps ne cherchaient que le grotesque et fe nouveau , les artistes voyaient Tart naïf et ingénieux ,
.riKirmonio miraciilnuso des tons les plus heurtds, la grAco ou la puisiàance des proportions et le caractère monumental que dans la simplicité des formes, les vases chinois ont rendu aussi frappant que ceux de Ta rt étrusque. D'ailleurs c'est peut-être à tort que Ton appelle caprice les lois de la mode. Grftce h cette précieuse inconstance, 1* Europe vit fleurir sa propre industrie.
L'importation de la porcelaine de Chine et du Japon ne fut pas la seule cause de l'abaissement de la faïence émaillée. L'émulation qu'excita dans toute l'Europe la vue de ces admirables produits de l'Orient, conduisit k la découverte de deux poteries nouvelles.
La France fut la première nation qui rnti"eprit en Europe la fabrication d'un produil se rapprochant, par sa forme et son aspect des porcelaines chinoises. Ce produit est la porcelaine à pAte tendre, dont l'industrie prit naissance en France en 1695, quinze ans avant que la fabrication de la porcelaine dure fût entreprise en Saxe.
Le caractère distinctif de la pDrcelaine résulte, comme on sait, de la blancheur, de la transpar(Mice de la couvci'te, de la translucidité de sa pâte. Cette dernière propriété tient au commencement de vitrification. blancheur résulte de l'at)sence de tout principe colorant. La porcelaine a pour base le kaolin et le feldspath. Le kaolin est une argile blanche qui contient une petite quantité de matières alcalines. Par le mélanp:e de cette terre avec certaines roches fusibles h de hautes températures, désignées sous le nom de feldspath et ([léon rvucontre généralement dans les mêmes endroits que le kaolin, on prépare des pâtes qui ont une plasticité suffisante pour le façonnage et qui offrent cette propriété remarquable de
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donner des produits liausliRides par la cuisson, tout en conservant leur blancheur. La porcelaine dure prét>ente une pâte très-dense et une glaçure très-résistante, et diiïère, pour cette raison et par le mode de fabrication, de ta porcelaine tendre, dont la pâte plus abondante en feldspath est aussi plus fusible, dont l'émail dans lequel il entre de Toxyde de plomb est facilement rayablo.
C'est à liotlger de Saxe que Ton doit la première porcelaine dure qui ait été fabriquée en Occident. C( tte invention date de 1709; elle se répandit de là dans toute T Europe.
liais, depuis une quinzaine d*années déjà, on fabriquait en * France ces belles poteries à matière vitreuse, à couverte plombilert;, connues sous le nom de porcelaines tendres, et qvii ont vain à la manufacture de Sèvres, pendant la dernière moitié du xvur siècle, une si brillante renommée.
La manufacture de Sèvres a existé d*abord sous le titre d'usine royale de Yincenties. Elle fut fondée vers 17^5 et
transférée {"i Sèvres, on l'année 1754. Depuis son origine, jusqu'en 1705, elle s'appliqua surtout à la fabrication de la porcelaine tendre.
Deux causes ont exercé une haute influence sur la prospérité toujours croissante de cet établissement : Tintelligence et le zèle des directeurs, la protection que le gouvernement n'a cessé de lui riMinlcnir. Kn 1705, sous la direction de M. Boileau, la fabrication de la porcelaine dure fut introduite h Sèvres, et atteignit bientôt une célébrité égale à celle dont ses pâtes tendres jouissaient depuis nombre d*années. Les troubles de la révolution ne lui firent rien peixire de sa splendeur. Ses produits si remarquables se répandirent dans l'Europe entière, malgré les ])nM)ccupati()ns piMiiijles (|ui agitaient les esprits.
Mais connu<^ toutes les industries modernes, elle puisa une force nouvelle et plus vive à cette source féconde de lumières
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que l'étude fit jciillir vers la fin du dernier siècle. Parmi la foule érudite de mattiématiciens, de savants, de pliysiciens, de géologues, de ctùroistes qui survécurent à la révolution avec leurs manuscrits, riches d'observations , de recherches et dMdées nouvelles, le premier consul choisit Tun des plus dignes, M. Brongniart. Ce choix si heureux prouve toute la confiance qu'il avait dans l'avenir de riiidustrie curamique.
De 1800 à 18ii7, M. Brongniart a dirigé T usine de Sèvres ; et si cette manufacture resplendit aujourd'hui d'un tel éclat, qu'elle éçlipse, au profit de notre patrie, les efforts analogues de rindustrie étrangère, ne le doit-elle pas à Tintelligente initiative que réminent chimiste a déployée dans l'application de toutes les découvertes et de tous les perfectionneinents , et dont chaque journée, chaque veille, marquaient un progrès?
Sans donner ici une complète énumération des travaux qui feront vivre son souvenir dans les annales de la science et de rindustrie, ne suflît-il pas de rappeler que M. Brongniart a, le premier, introduit Tanalysc chimique dans l'étude des pâtes et des couvertes; que, sous ses ordres, MM. Laurent, Malagutiet Salvetat entreprirent l'étude des divers matériaux composant la porcelaine, de façon que Sèm» pût désormais avoir des pâtés à composition fixe et donnant des résultats qu'on pouvait calculer à l'avance? En outre de cette impulsion imprimée aux recherches si utiles de cette légion de jeinies savants dont M. Brongniart avait su s'entuur<>i , c'est h lui (|iic nous devons le grand tour à porcelaine dont Sèvres se fait honneur à rencontre de toutes les autres usines de T univers qui n'ont rien d'approchant à lui comparer. L'établissement, à Sèvres, d'ateliers spéciaux pour polir les parties mates des porcelaines, est encore dû à M. Brongniart ainsi que toutes les grandes améliorations qui ont fait progresser l'art céramique de isnoà 1847.
¥m M. Ebelmen succéda h M. Brongniart. La manu-
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fnctare de Sèvres, loin de rester stsiUoimaire, vit s*accompHf de nouveaux progrès. Avec le nouveau directeur, les procédés de coulage prirent une extension considérable ot fournirent aux îirtivstes des cadres plus largos i>i mieux approprit''s aux sujets grandioses que comporta la peinture sur porcelaine. Vers un extrême opposé. Ton poussa jusqu'au dernier terme de la délicatesse la confection de ces tasses où là matière est • réduite au moindre volume possible, en acquérant, par sa légèreté, l'élégance et la grâce. M. Ebelmen perfectionna en outre la peinture en bleu sous couverte et la sciilptme en relief appliquée h la porcelaine. Il s'occupa encore de Tart d*émailler la tôle et de la peindre en couleiu^ vitriliables par des procédés qui livrèrent un nouveau champ à la pratique des beaux-arts. M. Ebelmen est mort vers la fm de 1851, à 4a fleur de l'âge et au moment où les honneurs allaient récompenser tant de fructiuMises études. A parcourir de la pensée ces travaux si importants, qu'il a achevés à Sèvres dans l'espace de quatre années, et qui rempliraient dignement une longue et active carrière, on croirait que le jeune savant prèssentait les atteintes de cette mort impitoyable et prématurée qui devait le frapper dans toute la force de son talent.
Le nom de M. Rsgnault, le directeur actuel de la manufacture de Sèvres, qui a succédé h M. Ebelmen vers la fin de 1851 , nous dispense d'insister longuement sur le mérite de son administration. Président de l'académie des sciences, M. Regnault s'est appliqué d'abord, on le pénse bien, à poursuivre et consolider, au point de vue de la science, l'œuvre si dignement cntaniôe par ses prédécesseurs. Avec lui le champ des découvertes s'est élargi; des rcclierrbrs nouvelles, couronnées d'un plein sl]cr^s dans leur application, ont démontré une fois de plus quels immenses résultats on peut obtenir de l'analyse chimique pour la composition des pâtes et la brillante solidité des émaux. Il ne fallait espérer rien moins
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de la profonde érudition de M. RegiiauU; mais ce qui a surpris davantage, c*est le goût exquis dont il a toujours donné des
preuves depuis le commencement de sa gestion, dans le genre qui paraissait convenir le moins à son caractère. M. Hegnauli n'est pai> seulement un savant dont la France s'honore, c'est aussi un poëte et un artiste. Car ces formes neuves et pures qui frappaient Tattention dans la rotonde du Panorama, ces couleurs séduisantes, cette harmonie de lignes, cette originalité de dessins, cet ensemble charmant et varié dont notre admiration ne se lassait jamais, on les doit, non moins h la critique judicieuse et inspiratrice du directein- lui-même, qu*aux précieuses qualités d'imagination et d'exécution du • modeleur ou du peinti-e. Ces derniers, nous les nommerons aussi ; il est juste que chacun ait sa part d^éloge^; et ce sera d'ailleurs un nouvel homn)age rendu au chef éclairé qui a su s entoui t r d'une telle milice.
On ne saurait tout voii-, tout admirer dans cette somptueuse exhibition de Sèvres. C'est un monde de chefs-d'œuvre dont la peinture, mieux qu'une froide analyse, compterait les richesses. 11 faut donc se borner à Texamen des pièces principales ; et cet examen suffira à mettre en évidence la supériorité incontestable qui élève la manufacture de Sèvres au-dessus de toutes les autres manufactures céramiques du monde ■' entier.
Le Vane cotnmémoratif ik l'Exposition *h Lomires restera comme Tœuvi'e la plus remarquable panni celles que Tart céramique avait préparées pour le grand concours de 1855.
C'est une nia j(>stueuse pièce laite en biscuit et sons aucune couverte, dont les dimensions olîVaient à la ruisson une ditîiculté inouïe. Cependant la forme a traversé le feu sans y rien laisser de sa pureté, de cette originalité hardie dont on a beaucoup parlé et qui fait tant d*honneur à M. Dtétcrie ; car c'est «lu talent de cet éminenl artiste que Ton est redevable de
Tensemble de cette brillante composition. La sculpture D*a pas en davantage à souffrir : les plus délicates nuances dont cette
œuvre si reinarqu;il)le est parsemée n^stenl traduites avec toute netteté. Le biscuit enfin présente sur les parties non décorées une teinte neigeuse, d'un grand prix, et (}ui atteste sa réussite. Ainsi donc, au seul point de vue céramique, et abstraction faite de la décoration , ce vase ne laisse rien à désirer. Si l'on se préoccupe de la question d'art, on reconnaît aussitôt dans cette pièce un chef-d'œuvre qui est appelé à prendre place dans la plus riche des collections, et que nos descendants se transmettront comme les tableaux des grands maîtres. C'est donc une obligation de signaler les noms de MM. Ghoiselat, Morand et Tranchant qui ont fait les sculptures, et celui de M. Brunei Rocqoes qui a peint sur la frise un sujet de Gérônie, représentant les nations groupées ensemble et venant au-devant de l'équité, assise avec l'Abondance et la Concorde ses compagnes , sur Testrade d'un tribunal. Nous l'avons dit : la composition générale du vase est due au crayon et à l'imagination de M. Diéterle. Ce seul témoignage vaut le plus flatteur des éloges.
J.c vase de la Guerre^ do même que le précédent, est en biscuit non émaillé; mais la peinture et la décoration ont été bannies de toute participation à ce travail, qui est exclusivement dû à la sculpture et à la céramique. La pièce a été d'abord moulée, puis modelée et sculptée. G*est également à M, Diéterle que l'on doit les dessins de ce chef-d'œuvre. Fautr il adinirci- (la\aiitage le caractère énergique, siiiipK* et !::;randin.se de la composition ou la supérieure habileté de MM. Ghoiselat et Morand qui, dans un relief plastique, ont jeté la vie? Les figures qui se détachent sur les flancs du vase sont animées d'une sauvage ardeur. La tête de Méduse se contracte avec une telle férocité qu'on croit entendre le chant de guerre. Autour des anses d'une légèreté inouïe s'enroulent deux énormes
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serpents, dont les têtes sifflent aux oreilles de i*aigle, qui, les ailes d(^ployées, le bec ivre du prochain carnage, va prendre
son essor. Les deux génies embouchant la trompette sont modèles d'aprôs les plus saines traditions de la renaissance, et le calme impassible et fort de leurs physionomies, au milieu de cet entourage frénétique, empreint le tableau d*une vérité plus saisissante. La sculpture céraniique a atteint rarement ce degré de vérité et de force. MM. Ghoiselat et Morand sont les auteurs de ce magnifique travail.
Un autre vase, qui forme avec ce dernier un frappant contraste, mérite d'être signalé. Un sujet anacréontique, portant cette devise : Amorimprobust omniavincit, est peint en camaïeu sur la cerce faite de pAte tendre. Notre artiste si distingué, M. Fromentf s'était chargé de cette décoration ; il a fait concourir à son œuvre toutes les couleurs tendres et niignardes. II était impossible de traduire l'adage latin avec plus de charme et de poésie. A l'exception de la cerce, le vase est cannelé en spirale ; et dans les interstices des^ cannelures courent des feuilles en relief qui se détachent blanches sur la couverte colorée. L*œit est délicieusement repost [)ar cette charmante composition due, comme les préerklenles, à M. Diéterle.
Pour n'avoir plus à revenir sur cet artiste si distingué, épuisons de suite la série de ses compositions qui ont surtout captivé l'attention des amateurs. A ce titre, il faut signaler la grande jardinière qui figurait au bas de Tescalier conduisant à Tannexe. Ëllc se compose d*un soubassement en stuc gris, veiné de noir, dans lu composition et le travail duquel la céramique n'entre pour rien. 11 supporte une vastpie divisée en quatre compartimenta, où croissent des buissons de fleurs, et séparés par des cloisons sur le haut desquelles s'étendent voluptueusement des*ondines en biscuit blanc, sans couverte, dont les mains s*entr*ouvrent comme pour féconder les fleurs, dont les ailes semblent frémir par une brise mystjérieuse. Au-
dessus s'élève la véHiable jardinière en porcelaine émaillée, et ornée d*une fraîche peinture de M. Groneau, d'après Gen-
dron, représentant, sous la forme de jeunes filles dansant en l uiid, lus plus jolies fleurs de nos climats.
On sait que Thabile sous -directeur de la manul'aclure de Sèvres, M. Diéterle, a donné son nom à une forme particulière de vases, dont le jury des précédentes expositions a consacré la haute valeur artistique. Parmi les nombreux échantillons que Sèvres nous offre dans ce genre, il faut citer les maî^nifiques vases décorés en imitation de faïence par M. Doré. Les fleurs bleues eu couleur de moufle, qui se détadient avec tant de légèreté sur fond d'émail, ont été peintes pai' M. i^ançois Richard.
Enfin, M. Diéterle a fourni les dessins de cette resplendissante armoire, genre renaissance, en bols sculpté et doré, avec
vantaux en porcelaine peiiile, qui ligiirait dnns la rolunde du Panorama. Ce n'est pas ici le lieu d'apprécier la façon de i'ébénisterie ni le mérite de la dorure; mais la peinture des vantaux est d*un goût irréprochable , et fait honneur à MM. Jules André et Roussel. Un meuble si riche a attiré Tattention de S. M. Tlmpératrice, qui s*est empi'essée d*en faire l'achat.
Le oase de IWff: icullurc fait pendant au vase de la Gurrrc, et a été composé et sculpté par M. Klagmann, dont il suflit de citer le nom pour indiquer le mérite de Tœuvre. Cest une pâte céladon, ornée de profonds reliefs en pâte blanche, le tout recouvert d*une glaçure transparente.
M. Bariat a décoré le (/r(in<l vase jai)unai.u haut de deux mètres, qui ornait la rotunde. Cette énorme pièce a été obtenue par le coulage et mise en couverte par un engobage à rurane. Diverses vaiiétés d'orchidées, dessinées sur les flancs du vase par le pinceau fécond de M. Bariat, complètent Tensemble de ce travail. Gonune décorations originales dues d ce
même artiste, on a remarqué les figures des paysannes, représentant les quatre saisons, qui ornent ces vases dits de Mcudon, à anses en cuivre, dont la forme distinguée a été tout récemment imaginée par M. Diéterie.
Avant d'abandonner Texposîtion de Sèvres et ses innombrables merveilles, citons quelques spédmens des procédés perfectionnés sous la direction de M. Ebelmen ; nous voulons parler de la peinture en bleu sous couverte et de la sculpture pâte sur pâte.
Dans ce dernier genre, le magnifique baptistère, composé par M. Diéterie, sculpté par MM. Gely et décoré par MM. Blanchard et Jules Roussel, résume dans leur expression la plus haute les efforts et les succès tentés par Sèvres durant ces
dernières années. La composition de cette œuvre, étudiée sur les plus])eaux modèles de l'art byzantin, couronne la renommée de M. Diéterie. Un grand artiste, M. Gely, a sculpté en relief sur la cerce, des fleurs, des oiseaux, des feuilles de laurier. Ces ornements, mis en couleurs naturelles, se détachent avec une grâce inimitable sur le fond vert de la cerce, qui a été obtenue par le coulap;e.
D'autres œuvres témoif^nent du talent de M. Gely pour sculpter ces reliefs en pâte blanche sur le fond émaillé de la porcelaine. Ainsi les quatre vases Boiin sont peut-éire le travail le plus remarquable qui ait été fait dans ce genre si léger de la sculpture au pinceau. Rien de plus gracieux, en elîet, ([ue ces insectes, ces hérons, ces cigognes dont le long bec se joue à travers des plantes aquatiques.
Si maintenant Ton veut juger de la supériorité ù la(|uelle Sèvres est arrivé dans la peinture en bleu sous couverte, le t*<ua Mamard^ destiné à- honorer la mémoire de Jean Goujon, présente réunies toutes les ([ualités de ce nouveau genre* M. Ferdinand Régnier a peint cette belle œuvre; d'un côté, les armes de la ville de Paris avec cette devise : Viuciuat
m EXPOSITION UKlVliHSELLfi.
fv»c mwgihtr;'èe l'autre, une reproduction très -habile de Diane chasseresse, d'après Jean Goujon lui-même. Les anses bleues sont d'une hardiesse inouïe; elles supportent des Victoires en argent dues au ciseau de MM. Klagmaun et GhoMst
Ici nous nous arrêterons; un volume siiffiraii à peine 4 décrire toutes les œuvres de Sèvres qui méritent d*étre mentionnées. Nous avons signalé celles qui ont fixé surtout l'attention du public à cause de leurs grandes dimfîiisions. Quant aux mille fantaisies que cette iiianulacture produit chaque année» et qui servent de type à toutes les porcelaines de Tuni*» vers, la mode ne se cbarge-t-elle pas de les populariser?
On se rappelle que le jury de Londres lui décerna la Counnl^Medal ^ la plus honorable récompense dont il pût disposer. A l'Exposition universelle de Paris, Sèvres a obtcjiu la grande médaiilo d'honneur.
De la manufacture Impériale, qui a mission officielle de maintenir et perfectionner dans les arts céramiques les traditions da bon goût, il faut descendre à l'industrie privée. Cette dernière, livrée à ses propres forces, a-t-die soutenu avec le même éclat notre gloire industrielle, ou s'est-elle laissé primor par l'industrie étrangère dans cette grande lutte de laquelle dépend peut- être son avenir? C'est ce qu'il reste à examiner.
Certes, d'après ce que nous venons de constater. Sèvres se montre bien comme la manufacture type où, depuis sa fondation, la science et l'art n'ont cessé de faire une heureuse allianco , comme le rentre où nos industries ont puisé tout à la fois l'exemple d'une manipulation supérieure et les plus heureuses inspirations. Mais, à la gloire de ceux-ci, il est juste de rappeler qu'ils ne se sont point bornés à une imitation servile et que chacun, dans sa spécialité, a cherché à conquérir un rang distingué, soit au point de vue de Tutilité, 6oit nu point de vue du luxo.
CÉRAMigUE. ^ 235
La question de Tutile et du bon marché ee représente ici avec une force nouvelle. Que la France mette sa gloire à
triompher clans Didre artistique; rien de plus juste assiircment , elle obéit ainsi h ses instincts et à ses traditions. Mais tout en donnant satisfaction à la fantaisie aristocratique qui réclame des chefs-d'œuvre, ne devrait -elle pas songw aus», comme. T Angleterre et 1* Allemagne, aux besoins des classes pauvres, et réaliser la pensée domhiante de Ghaptal et les vœux si éloquemment exprimés par le prince Napoléon / Dans notre introduction , nous avons insisté déjà sur ce point capital ; et tout en rappelant les paroles du fondateur de la Société d^encouragement qui préférait une poterie commune, mais bonne et à t>as prix, à la porcelaine élégante, nous avons touché la question qui préf)ccupe tous les esprits, celle de faire des choses usuelles et h bon marché. C'est notamment la fabrication courante que l'on doit considérer et non les tours de force, les œuvres de patience qui ne servent en général qu'à attester des efforts souvent stériles dans leurs résultais.
La plus grande partie des nombreux porcelainiers qui figuraient au Palais de Tlndustrie appartient à la Haute -Vienne. La découv(M te du kaolin de Saint- Yrieix, près de Jjmoges, a créé dans ce département une agglomération qui constitue ua centre de fabrication analogue à ceux du Staifordshire en Angleterre et de rOise en France, pour les grès. Les autres viennent des différentes parties de la France, et leurs fabriques sont assez éloignées les unes des autres pour ne point se faire de concurrence. Tous fabriquent de la porcelaine dure, excepte M. de Bettignies qui, à Saint-Amand-les- Kaux , fait de la porcelaine tendre artificielle, et MM. Lebœuf et MiUiei, Vieillard et G% et Vemon qui fabriquent en France la porcelaine anglaise pbosphatique, ou la porcelaine tendre naturelle.
Les œuvres les plus importantes, celles qui caractérisent le mieux le mérit*? de la fabrication privée, avaient été disposées
ii^ EXPOSITION UNIVERSELLE.
dans la grande nef du Palais de Tlndaslrie, sur une riche
estrade dite le trophée de la céramique.
Comme progrès accomplis, comme grandes œuvres artistiques, il faut citer M. Gille jeune. Après de courageux efforts, longtemps restés infructueux, cet industriel est parvenu à
de magnifiques résultats. La Vierge qu'il a exposée, ainsi que le groupe représentant le Eepentir et la grande cai'iatidc le Printemps, sont de vraies statues de marbre. Le Grand cerf blessé nous semble au-dessus de tout éloge. Il est impossible d^arriver à plus d*expres8ion , à plus de vérité. Ce bel animal ploie sous rétreinte de la mort , il palpite des dernières convulsions de r agonie, il pleure, il brame, il expire; on le sent, on le voit, on est presque attendri.
Que dire de la yrcuidc ( heminéc à cariaUde? Comme iubi ication, comme ornementation , comme sculpture, n'est- ce pas là aussi un chef-d*œuvre, ainsi que le buste de l'Empereur (modèle de M. Â. Barre), grandeur nature, d*une admirable réussite? Quoi de plus gracieux, de plus élégant, de plus complet que la Fontaine à tritons'.^ A elle seule elle ornerait une salle à manger ou un vestibule royal. Quoi de plus charmant que l\Amour et la Folie, de plus entraînant que la Bacchante et le Satyre'K,, Pradier lui-même, s*il était encore de ce monde , Pradier, reconnaissant que son œuvre n*a rien perdu, se fi^îciterait d*avoir été si parfait^ent reproduit par les intelligentes mains de M. (lille!
Non content de ces reprodu* timis si remarquables, M. Cille compose des statuettes, des bubtcs, des groupes, des petites scène^e caractères dont son exposition fourmille. Citons le Bambin au Polichinelle, Tallégorie de Pâques-Fleurin y le Baiser à la reliffievsc, la Quêteuse Pompadour^ la Fillette gourmande a\ ec lo CheoaUer son pendant, etc. , etc. Tout cela est d'un fini, d'un mouvementé, d'un mignon à rendre jaloux
CÉRAMIODB^' S37
le bronze. En effet, c'est du bronze blanc, du bronze gai... Gela constitue, cliez M. Gille , une sorte de musée permanent que les amateurs, taat Français qu'étrangers, ne manquent pas d*al1er visiter.
Mentionnons principalement la part de Tinventeur : les grandes plaques pour tableaux, une nouvelle peinture sur biscuit, surtout les médaillons pour façades de l);itimeiit*, trois choses qui ne peuvent manquer d'ouvrir des débouchés immenses à Fart céramique , et de réaliser une véritable révolution dans romementation tant extérieure qu'intérieure des demeures modernes.
Et maintenant, veut-on connaître le point de départ de cet artiste? Nous le dirons avec bonheur , car une telle iiistoire est un enseignement.
M. Gille fut un pauvre apprenti ; jusqu'à l'âge de vingtcinq ans, un simple ouvrier bijoutier, qu^épouvantait surtout la crainte de Tavenir. Un jour, sentant que ce n*était point sa vocation, il résolut de changer d'état. Pour toute fortune, il avait cinq francs. Acheter avec ses cinq francs des porcelaines fêlées, les revendre, tel fut son début. Vu peu plus tard, il parvint à conquérir une échoppe. Avec le temps, la patience et le travail, Téchoppe devint une boutique, puis nn magasin , puis une fabrique qui sera bientôt Tune des gloires du pays. Le prince Napoléon, président de la commission impériale, a donc eu raison de dire : « Chez nous, le soldat peut devenir général, grand industriel le simple ouvrier! »
Plein de reconnaissance pour l'art qui lui avait ouvert la route de la fortune, M. Gille 8*y consacra tout entier* On sait maintenant comment et combien il a réussi. Il a popularisé la porcelaine, car non-seulement les grosses bourses vont ( lici i lier chez lui les fantaisies les plus nouvelles, mais c'est encore là que la bourgeoisie peut trouver le vrai luxe à bon marché. Quant aux ouvriers, M. Gille n'a pas oublié
m EXPOSITION UNIVBBSELLE.
qu'il avait été ouvrier lui-même. Depuis la création de la caisse âes retraites, il retient 5 p. °/o sur les appointements ou salaires de ses nombreux employés, de ses nombreux enfants, et, ces 5 p.*/. il les double de sa propre caisse. Ces nobles et persévérants elTorts viennent enfin d*ôtre couronnés : M. (lille ;i reru la croix de la Légion d'honneur. En décorant cet émiiient industriel, on a surtout voulu honorer le travail. dont il est l'une des plus glorieuses personnifications.
L'exposition des produits céramiques de la maison Piltivnyt, Bupuis et G* se compose d'articles de grande consommation,
tels que services de table, cabarets, gamitare» de toilette, porcelaines de pharmacie et de parfumerie, et de pièces en usage dans la télégraphie.
En dehors de ces produits habituels, cette maison a exposé une collection de vases faits par des procédés nouveaux qui modifient ou perfectionnent l'emploi des couleurs au grand feu et le mode de façonnage. Par ces procédés elle a obtenu des reliefs soit jKir le pim eau, soit par le mouliujt' sur fond de couleur céladon, bleu de ciel et turquoise; des motifs de figure et d'ornement incrustés à niveau dans des pfttes de couleur; des hlem dits de Sèvres ^ produits par des moyens économiques et bien réussis; enfin une série de douz^ con- Irurs variées dont plusieurs sont nouvelles, le tout par immersion, soit par engobe ou dans l'émail.
Aussi, grâce à de si ingénieux moyens, ces habiles manufacturiers peuvent^ils livrer dans des prix qui varient depuis 35 jusqu'à 600 fr., des vases d'un genre nouveau dont les similaires ne se trouvent qu'à la Manufacture Impériale de Sèvres, et n'avaient pu jusqu'ici, h cause de Télévation des prix, entrer dans la grande vente. Mais ià ne se bui nent pas les titres (]ui ont mérité à MM. Pillivuyt, Dupuis ctC^la grande faveur dont le public les entoure.
Nous avons à mentionner deux faits importants qui pincent cette maison à la tète des premières nianufaclures de porcelaine dont s'honore la France. Mais avant tout il impoi*te de connaître les lieux, l'étendue et le chiffre de sa fabrication uBuelte. Â Paris, cette maison possède un dépôt auquel sont annexés de vastes ateliers pour l'impression et la dorure. Dans le département du Cher elle compte trois manufactures, h Méhun, h Foecy et h ]\oirlac; neuf lours y sont constamment en activité; et elle occupe 1500 ouvriers. Les ventes s'élèvent annuellement à la sonune de 2,000,000 fr.
Voyons maintenant les deux innovations dont le jury international a si éloquemment apprécié les résultats en décernant à ces maiiui'acluriej-s la médaille de première classe.
Il n'y a pas lonfjçtemps eurore, les fabricants de porcelaine dans le Cher ne se servaient que des pâtes de Limoges. Les praticiens les plus éclairés déclaraient qu'il était impossible de fabriquer sans le secours du kaolin de Saint-Yrieix. Aujourd*hui, après de patientes recherches, MM. Pillivuyt, Dupuis et C* sont parvenus en combinant des matières kaoliniques, qu'ils recueillent sur les lieux hriême où ils sont établis, à fabriquer des pâtes qui réunissent toutes les propriétés physiques et chimiques nécessaires pour la facilité du façonnage et de la fabrication, et ne le cèdent sur aucun point aux pfttes de Limoges pour la blancheur, la transluddité, la dureté et l'éclat de la glaçure.
A Sèvres, l'éminent M. Vital-Roux avait indiqué l'emploi de la houille pour la cuisson de la porcelaine. La routine ferma Toreille à cette découverte. Seuls, MM, Pillivuyt, Dupuîs et G* acceptèrent les procédés offerts à 1 Industrie particulière. Après de longs et coûteux essais, ils arrivèrent à une réussite complète; et depuis quatre ans, la plus grande partie de leur fabrication est cuite b la houille.
Tels sont les deux faits si importants qui distinguent d'une
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
façon toute i>articulière la maison Pillivuyt, Dupuis et C\ En
employant les pâtes rer^ueillies sur les lieux du a exonéré le Chvv iU) la contribution qu'il payait à la Haute-Vienne. On a créé une richesse pour le pays en utilisant des terres négligées jusqu*alors; on a en même temps abaissé les prix de revient, et Ton est parvenu à livrer à bas prix la porcelaine, qui était réservée depuis des années à 1* usage exclusif des hautes classes de la société, et les ol^jets qui intéressent la fortune publique, tels que les engins télégraphiques, etc.
La cuisson à la houille produit de grandes éconoinies, c'est un progrès notable ; aussi diverses manufactures du Cher, de rAllier, telles que Nevers, Gbamproux, la Rivière, ont^elles adopté ce mode de cuisson:
Ces détails, trop restreints si Ton considère le caractère utile et sérieux des inventions et des applications pratiques et fécondes qu'ils indiquent, suffiront à justifier les suffrages du public envers MM. Pillivuyt, Dupuis et G*. Quant au jury international, il s'est prononcé hautement en donnant à ces industriels la médaille de première classe, et en les élevant ainsi au rang des inventeurs sérieux qui accroissent la richesse et la supériorité de la nation.
C'est à Yierzon (Cher), dans Timportante manufacture de porcelaines de MM» Hache et Pepin-Lehalieur, qu*a été fabriqué le service de table à bordure bleue, tant remarqué au
trophée de la céramique pour l'élégance de la forme, la richesse de rornementation, et surtout pour la réussite de cette belle bordure bleue sous émail, si difficile à obtenir à cause de la haute température que sa formation exige.
L'usine de Yierzon comporte de très-vastes ateliers, un matériel de la plus grande importance II y est employé, 750 ouvriers dont les salaires s'élèvent, pour les hommes, jusqu'à 8 francs par jour, et pour les femmes, jusqu'à 2 fr. 50 c.
Indépendamment de ces 750 ouvriers employés dans les ateliers même, MM. Hache et Pepin-Leliallcur eu occupent au deliors plus de 450 ; mais ce nombre, quelque grand qu'il paraisse, suffît à peine à la fabrication courante.
On produit k Vieraon, avec un succès qui grandit chaque jour, tous les genres de porcelaine blanche et décorée, services de table, cabarets, garnitures de toilette, vases, etc. Voués au proj?rès de la céramique, MM. iluchc et Pepin-Lehalleur ont apj)liquo, dopuis quelques années, sur une grande échelle, tous les procédés nouveaux qui ont préoccupé rattention publique. Une justice à rendre à ces éminents industriels, c*est que leurs produits ne portent jamais les traces du mauvais goût, même ceux destinés à Texportation. Les Américains, surtout, tiennent en grande estime cette maison, dont les produits sont très -recherchés aux Êtats-Liiis. La forme de toutes les porcelaines fabriquées à Yierzon se distingue noDseulement par une sobriété d'ornements et une pureté de style qui n'excluent jamais la grâce et la variété, mais encore par la blancheur des pâtes, le glacé des couvertes, l'éclat des couleurs, la beauté de l'émail. Aussi le chilTrc moyen des affaires de cette manufacture s'élève -t-il chaque année h 1,600,000 frnnrs. En outre du magnifique service bleu déjà •désigné, MM. Hache et Pepin-Lehalleur avaient envoyé à r Exposition universelle un grand nombre de pièces trèsremarquables, prises dans leur fabrication courante, et notamment deux beaux services de table Tim à écailles, l'autre à filets d'or. La pièce la plus remarquable de cette exposition était un plat rond de 27 pouces de diamètre, dimensions qui ofiDre des difficultés de fabrication telles que jusqu'à ce jour il n'avait rien été tenté de semblable en porcelaine. Le jury, qui s'est montré si avare de récompenses envers la céramique, a accord»; à cette maimfacture la médaille de première classe. Déjà, en 1849, à Paris, et plus tard à New- York, MM. Hache
et Pepin-Leliallciir avai(Mit obtenu d'honorables récompenses pour la supériorité de leurs produits.
Dans renvoi fait par MM. Jouhanneaad et Dubois, de Limoges, deux buires en biscuit blanc, obtenues par le moulage, et figurant au trophée, ont suscité de nombreux éloges
et quelques critiques. L'une île ( es buires représente une fête de Bacchus, l'autre une fête de Cérès. La surface de chacun de ces vases, d'une forme élégante d'ailleurs, est hérissée de mille reliefs. Les personnages mythologiques 8*accrochent à tous les points, se tordent, s^entrelacent, se confondent dans un péle-méle compliqué de satyres grimaçants, de bacchantes échevelée?i, de «guirlandes lleurios, de raisins tressés avec du feuillage. Tout en appréciant le uicntc intrinsèque de ces deux compositions, et le talent remarquable (}ui a présidé à leur exécution, ôn a jugé qu'elles rendaient les deux buires lourdes et massives.
L'une des manufactures de Limoges , les plus distinguées par la bonne qualité des produits, est celle de M, Alluaud. Son envoi à l'Expo-sition a consisté uniquement en porcelaines i>lanctie8. il n'a pas essayé, comme d'autres fabricants moins consciencieux, de cacher tel défaut de forme ou de cuisson sous le cliquetis de Tor et des couleurs. Rendons à ses porcelaines cette justice , (|u*elles se font remarquer entre toutes par le glacé de I éniail et une blancheur irréprochable.
M. Honoré, de Ghamproux, fabrique une grande quantité de pièces pour le service et la décoration. Son service d'assiettes, ornées seulement d'un filet d'or et du chiffre de l'Empereur dans le milieu, est d'un bon style. Ses pièces blanches
et décorées révèlent un vrai laloiil. Sur Tune d'elles, on voit une b(junc reproduction des Moissonneurs de Léopuld Robert. I n fait mérite d'être cité, c'est que M. Honoré fait entrer dans
CÉRAUIQUE. m
h composition de ses pâtes un kaolin du département de TÂU lier différent du Icaolin de Saint-Yrieix.
M« Haviiand, de fJmoges, aura de la peine à se faire par* donner ces vases gigantesques à rooulnres grossières qu il destine à l'exportation ; il eût mieux fait de borner son étalage aux pièces de service : ces dernières sont décorées très-sobrement et flattent rœil.
Al. Pouyat a exposé un beau service, émail e( biscuit, dans lequel' les reKefe, fleurs et fruits, ont été conservés mats, tandis que les fonds étaient recouverts d'une belle glaçure transparente. Ce service est complété par un surtout en biscuit très-élégamment moulé , et supporté par des cigognes sculptées avec finesse.
D'autres fabricants, d'un mérite incontestable, ont représenté honorablement la céramique française ; il nous suffira de désigner les noms suivants :
M. Jullien , dont les services décorés sont d'un goût pur;
M. Meyer, habile dans les imitations de porcelaines chinoise et japonaise ;
M. Foaque, de Saint-Gaudens, qui a encadré la glace du trophée avec des arabesques de porcelaine » idée neuve, mais peu goûtée;
M. Capoy, dont les biscuits, décorés en couleurs vitriliables , sont dignes d'éloges ;
Va encore, MM. Pelticr et Mailly, de Saint -Yrieix; MM. Lesmes, de Limoges; M. ïiuet, M. Fieury, etc., etc.
Il ne faut pas oublier surtout M. de Talmours, qui imite la porcelaine chinoise avec une perfection ravissante. 11 offre dans ce genre des lampes à décors chinois sur lesquelles les couleurs sont posées par couches épaisses.
M. Jac6b Petit, de Fontainebleau, a envoyé une riche collection de ses fantaisies en porcelaine, dites genre rocaille. C'est h lui que nous devons le développement immense créé
su EXPOSITION UNIVERSELLE.
dan.s cette spécialité depuis IH.'M). Cet industriel possède une foule de procédés ingénieux qui lui permeltciit de taire avec de la pâte de porcelaine des draperies ornées de dentelles, des broderies admirables, des fleurs découpées feuille par feuille , en un mot, tous ces bijoux si recherchés pour les étagères des boudoirs. Dans son exposition actuelle, deux groupes inlï{[i\és : si jeunesse sa vail^ si vieillesse pouvait , ont prov oqué un vif plaisir»
Dans renvoi de MM. Michel et Aaron que tous les amateurs ont remarqué, signalons de belles statuettes en biscuit qui se rapproche du parian anglais, et d*aatres ornées de décorations
très-heureuses.
En Francr la décorn tion do la porcelaine constitue depuis longtemps une branche d'industrie très-reinar(jual)le exercée principalement à Paris par des négociants qui ne fabriquent pas eux-mêmes, mais qui sont établis. Le public, qui ne divise pas ces deux spécialités, considère d^habitude le décorateur comme fabricant de porcelaines et réciproquement. Cependant la décoration est le tra\ail distinct et exclusif de eertaiiis industriels ou artistes dont nous allons citer les principaux et qui ont réussi à se faire un grand renom. On le comprend d'autant mieux que le décorateur, pour qui Tobjet en porce^ laine blanche est pour ainsi dire une matière première, lui imprime une vie nouvelle, le crée une deuxième fois par les peintures, les dorures, les bronzes, les ornements de toute sort(^ dont il sait le parer et reiubellir. Dans ce genre citons en preniière ligne:
M. Gallé^Reinemer de Nancy (Meurthe), à qui le monde élégant doit une foule d*œuvres exi porcelaine et en cristal brillamment décorées.
Les produits de cet exposant attestent par leur style l'étude sévère et consciencieuse qu'il a su faire des beautés classiques, tout en sauvant iMm crayon par une originalité qui saisit, par une
CÉRAMIQUË. 245
élégance qui lui est [)r(>])rc, de tout entraînement de servilité.
^()us iu)us plairons à citer en première ligneles écliantiliuns d'un service de table en cristal qui a été commandé à "M. Gallé- Reinemcr pour l'usage de S. M. T Empereur. Les yeux ne suffisent pas pour distinguer le merveilleux fini des gravures; la loupe seule peut les juger et les comprendre. Signalons également un vase à bière, cristal gravé, d'une originalité réelle.
Au trophée de la Céramique liguruit une vasque fabriquée
romCILAIHBI «T CBI8TAVX DB M. GALLÉ'BBIRBMB»
sur demande pour assortir un socle de narguilé indien en métal et le transformer en coupe. L^audaee de Texécution
égale le bonheur de la réussito ; l'aspect sévère et sombre du fer incrusté d'argent en nielles capricieuses, est rendu parle pinceau avec une telle vérité que l'œil exercé du potier, nous dirons même son toucher, ne saisiront pas de dissemblance entre la vasque porcelaine et son pied métal. Nous citerons en passant un tête-à-téte, bergeries vaporeuses d*après Watteau, peintes sur moiis^^eliiie de Sèvres, des essais de fonds minces de toutes nuances, une vue du château de Fontaineblfiau sur jardinière, des études de fleurs sur champ d*or, pour appeler particulièrement T attention sur un service à dessert Louis XV dont les pieds bronze doré d'une grande vigueur de style font singulièrement valoir la riche bordure d'écaillés fond vert sur vert qui orne la porcelaine. Le ti avail de ces écailles est d'un concienciêux, d'un liiii remarquable; les écailles ressortent d^elles-mômes, non à l'aide de l'effet artificiel des blancs fixes ou d*ombres portées, mais par la couche plus ou moins épaisse de la couleur qui les forme.
ÎI n'est pas d'étranger, visitant le Palais-Royal, qui ne reniai (nic aussitcH la mahon de l Escalier de crisUtl^ de MM. Lahocbe et Pannier. Les porcelaines et cristaux que cette maison a exposés se font remarquer par Télégance des formes, ainsi que par le bon goût qui règne jusque dans les plus petits détails du décor et de rornementation. On sait de quelle pstiine MM. La hoche et Pannier jouissent auprès des connaisseurs pour ce qui concerne la céramique. La bonne exécution des pièces principales ajouterait encore à la réputation de ces fabricants, si par les récompenses qu'ils ont obtenues aux expositions précédentes, ils ne s* étaient déjà fait une place des plus honorables dans leur Industrie. Cette fois encore, Texposition de MM. Lahoche et Pannier n'en oiïre pas moins la collection
la plus complète de services de table illustrés de fleurs et fruits,
de Rijets gracieux, dn grands vasps où la porcolaiiie s'associe au bronzp doré. On y disUugue aus.^i deux vas<^s m porrclaiiio tendre d'une forme très^élégante. £nire autres garnitures de cheminée, nous citerons une pendule et deux vases porcelaine à fond bleu et sujets montés bronze doré, qui ont obtenu rhonueur de six commandes différentes. Voilà certes le témoignage le plus flatteur que le public puisse adresser à cette maison.
MM. Ernie et Couderc de Paris ont envoyé entre autres échantillons de leurs porcelaines décorées, un fort joli déjeuner rose à perles.
M. Boyer s*adonne surtout à ta décoration des porcelaines
vieux Sèvres et pâte tendre de Saint-Amand dont il ser a ([uestion lout à l'heure. M. n;)y(M- oinploie dos artistes tort distingués; et QC6 montures en bronze, ses peintures ont paru sans reproche.
M. Macé a inventé pour la décoration de ta porcelaine un procédé particulier qu*on pourrait appeler la photographie
céramique et auquel il a donné le nom de lithochromie. Il reprodtn't ainsi sur couverte et avec une économie de 50 p. 0/0 toutes sortes do peintures et dorures sans avoir besoin du pinceau de Partiste.
Durant le xviii* siècle, Sèvres avait fabriqué avec un trèsgrand succès la porcelaine de France, connue maintenant sous le nom de pâte tendre ou porcelaine à frifft*, parce que la base d«' la composition do sa pAfo osf ua verro inip.u i.ul. Plus tard œtte iabrication a ôlé partout abandonnée excepté à Tournay en Belgique, et à Saint-4mand-les-Eaux, en t rance, où elle ne s'est maintenue qu*à grand* peine. G*est à M. de Bettignies, qui s'établit il y a peu d'années à Saint-Amand, que revient l'honneur d'avoir restauré ce genre dans sa perfection primitive, [a}^ couleurs de fond sont en tous peints comparablos à
celtes qui ont conservé 8ar le vieux Sèvres une si grande réputation. Rien ne manque aux porcelaines de M. de Betti^ies :
coloris brillant , glnçurc parfaite et peinture par les premiers artistes. Ainsi les grands vases à côtes et à cartels peitiU d'après Corot par M. Abel Schilt, artiste de la maoulacture de Sèvres, ceux à fond turquoise peints dans le genre WaU teau par le même artiste, enfin deux magnifiques vases à fond rose Dubarry, peuvent lutter d*élégance, de bon goût et de perfection avec les plus beaux produits que Sèvres ait fabriqués, il y a bientôt un siècle.
La porcelaine tendre anglaise pbosphatique, celle dont la pftte est mélangée d'une certaine quantité de poudre d'os calcinés, est fabriquée en France par trois manufactures d*une grande importance.
L'exposition de M. Vieillard et C' de Bordeaux, ancienne maison Johnston, se compose de poteries do t*>iis les gern es, depuis le cailloutage commun jusqu'à la porcelaine dure ; elles se distinguent généralement par une fabrication très-soignée* Le biscuit «st dense et sonore; Témail est bien glacé, et réunit toutes les conditions de solidité. Les formes sont gracieuses et commodes; les impressions, d'une grande netteté, sont faites avec de belles couleurs. Dans le principe, la manufacture de Bordeaux tirait d'Angleterre les matières premières et le combustible. M. Vieillard, pour sauvegarder Tindépendance de son industrie en France, et on doit lui tenir compte de sentiments si honorables, extrait maintenant sa terre de Péri> gueux, son silex de Bergerac, et son kaolin de Bayonne.
MM. Lebœuf et (Iratien \lilli(^i, propriétaires des manufactures de Creil et Montereau, se maintiennent constamment au niveau de supériorité qui distingue leur fabrication. On remarque dans leur envoi des services de table décorés avec le goût le plus pur et le plus sobre, de petites poteries d'ornements à fleurs bleu -turquoise, avec cartouches peints.
CfiRAMIQUE.
et quelques statuetttis (;n parian qui peuvenl livaliser avec les produits analogues de l'Angleterre.
Parmi les pièces de porcelaine tendre anglaise, sortant de la manufacture toute récente de M. Yemon , signalons un déjeuner blanc et à côtes, d^une exécution ravissante.
Arrivons à M. Bapterosses, le fabricant de boutons en pâte céramique. Son envoi est vraiment digne du plus vif intérêt. On n'imagine pas tout ce quMl a fallu d'art, de goût et d'imagination, pour donner à ces petits objets une si élégante tournure et un aspect si gracieux. Aussi la consommation de ce genre de produits a-t-elle atteint, dans ces dernières années, un chiffre fabuleux. La fabrication mécanique des boutons en juite céramique est une industrie toute nouvelle, qui a pris naissance on Angleterre. Mais depuis que M. Bapterosses, inventeur de procédés mécaniques particuliers, les a mis en application, TAnglelerre a dû non-seulement abandonner sa fabrication, mais encore recourir à la France pour sa consommation personnelle, au lieu de lui fournir, comme par le passé, son approvi&ioiinoment. Le jury de Londres avait décerné à M. Bapterosses une médaille de prix, avec une approbation spéciale. Le jury de l'Exposition universelle a consacré cette décision en lui réservant une médaille d'honneur. Un succès si éclatant trouve sa justification dans le ^énie des procédés que M. Bapterosses emploie, et dont nous allons donner un aperçu.
Les machines anglaises qui servaient au moulage, par la pression, de la pâte céramique sèche ne frappaient qu'un seul bouton par coup de balancier ; celles de M. Bapterosses en frappent à la fois jusqu'à cinq cents, et n'exigent que l'intervention d'un seul ouvrier. Les procédés de cuisson ne sont pas moins remanjuables ni moins ingénieux. Dans la fabrica- , tion anglaisi'. les boutons, après leur moulage, étaient placés à la main sur des rondeaux en terre cuite, encastés comme
d'autres poteries, et passés ensuite dans le four à porcelaine, où ils restaient pendant toute la durée de la cuisson. Chez
M. Baptoro.sses, au contraire, les boutons se rangent d'euxmcuies, en sortant de la machine à mouler, sur une leuille de papier que l'ouvrier pose sur une plaque de terre de noéme dimension, et rougie au feu. Le papier brûle, et le support de terre est inunédiatement introduit, avec les boutons qui le recouvrent, dans une moufle aplatie et allongée. I) n*y reste que dix minutes, temps suffisant pour que les boutons soient convenablement cuits. On retire le support de la moufle, on enlève les lïoutons, et on le iait servir immédiatement à une nouvelle opération, avant qu'il ait perdu sa couleur rouge. Le même four peut chauffer à la fois soixante moufles, et rest^ en feu pendant plusieurs mois sans avoir besoin de réparation.
Il est un genre de poteries qui porte le nom impropre de porcelaine opaque, dont Astbury et Wedgood créèrent la fabri> cation en Angleterre dans le siècle dernier, et que les études de M. de Saint- Amans, publiées pour la première fois ea 1822, ont introduite en France. Depuis cette époque, ce genre d'industrie a fait chez nous de rapides et brillants progrès; et les manufactures de Greil, de Montereau, de Bordeaux, de Sarreguemines, etc., etc., ont envoyé au Palais de Tlndustrie des produits qui rivalisent à tous égards avec ceux de FAngleterre.
La porcelaine opaque, ou, pour mieux dire, la faïence fine, présonto les mêmes caractères de blancheur et de solidité que la porcelaine dure, et en dilïère surtout par le défaut de transparence. Elle a remplacé chez nous la terre de pipe, dont la fabrication est de nos jours à peu près abandonnée. 1^ composition de sa pâte est formée par le mélange d*argile plastique et de silex broyé ou de quartz. En y ajoutant une certaine quantité de kaolin, les Anglais cominumquent aux
CÊRAHIQUE. 8&I
produits faits de cette matièro une solidité susceptible de résister f\ des chocs violents, el lus désignent sons le mm d*ironstone (poterie de fer). Le bon marché de cette faïence la substitae partout à la falénce commone, qui coûte presque ausfii cher, et ne présente pas les mêmes avantages. Tous les genires de décoration ont été appliqués à cette poterie; mais le plus géiuh al et sans doute le plus ingénieux consiste dans l'impression sous rouverte de gravures ou dessins (juuiconques par des procédés analogues à ceux de la lithographie.
On tire sur un papier spécial une gravure du sujet que Ton veut transporter sur le biscuit ; Tencre d'impression contient» j outre les substances ordinaires, celles qui, vitrifiées au grand feu, doivent donner la couleur que Ton veut obtenir. I nc fois cette (épreuve tirée, on l'applique sur le biscuit recouvert préalablement d'une composition a^glutinativc; le dessinadhère alors, et lorsqu*on détache le papier, loin de suivre ce dernier, il reste sur la pidce que Ton passe d'abord au feu , pour détruire, par la calcination, les matières organiques de Tencre, et que Ton recouvre ensuite d'iui vernis. Crcil, Montcreau, Bordeaux et Sarreguemines sont les quatre manufactures françaises où la faïence ïim est obtenue avec le plus de succès. On a remarqué surtout les assiettes avec impressions bleues que produisent Greil et Montereau. Dureté, finesse et légèreté de la pâte, goût parfait dans la distribution des couleurs, telles sont les qualités qui garantissent à cette manufacture une vente sans cesse < i oissante, si (;lle ne cesse dc^ maintenir sa fabrication et ses prix au niveau établi par les Anglais.
M. Decaen, de Grigny, fabricant émérite et auteur de plusieurs inventions d'une haute importance pour le broyage et le malaxage des pâtes, envoie des terres de pipe d'une excellente exécution et d'un bon marché qui en recommande l'emploi.
Les reliefs qui décorent les poteries de MM. (IfîolTroy et C' sont très-remarquables ; ils sont généralement obtenus par le
EXPOSITION UM1VëRS£LLë.
moitlage. Gîtons, par exemple, un grand plateau à fruits supporté par un cep de vigne, avec feuilles et grappes d'un aspect très-haniioiiieiix.
M, Dryaiider, M. Bisson ont ei^poâé des faïences satisl'aisantés et d'un prix peu élevé.
Le genre de décoration , adoptée par M. Rigal, de Glaire- Fontaine, consistant en côtes moulées, enveloppées d'une engobe jaune et séparées par de légers filets peints sur couverte, produit un elVet charmant.
JLe biscuit de faïence dite terre de pipe maintient constam- ^ ment ses droits à la prédilection. des fumeurs, qui en font un u$age de plus en plus considérable, malgré le grand nombre d*autres iiiatières, dont on a proposé et essayé la substitution pour la confection des pipes.
En France, la renominéc dans ce genre de produits reste acquise à MM. Fiolet, (lambier, Duuiéril, Leurs et G*. D'autres exposants néanmoins oilrent des terres cuites qui présentent toutes les qualités du genre, ce sont : MM. Brac de Ldper* rière, à Thoury^ur-Albron, (Nièvre); Dutel, à Montereau ; Gisclin, à Moulins-lez-Lille (Nord) ; Picard et C% à Rennes, etc.
Comme on vient de voir, la faïence fine a détrôné la faïence commune dans les usages domestiques. Mais cette dernière, grâce à rinitiative de quelques bons artistes, qui ont entrepris de régénérer Tart des Lucca délia Robia et des.Palissy, grâce également aux applications nouvelles qu*on a trouvée^à.ce genre céramique, donne dès .à présent de. très- belles espérances.
• Pour n'avoir pas h y revenir, (>t à cause de leur importance, citons de suite les produits de M. le marquis de ( iinori, manufacturier à Doccia, près Florênce. G'està M. Giovanni Freppa, homme de savoir et d'imagination, antiquaire distingué, que revient la gloire d*avoir fait revivre la fabrication des faïences
italiennes du xvr siècle. Après de longs travaux, M. Freppa a
retrouvé les mystérieux procédés des émailleurs florentins, et grâce au double concours de M, le marquis de Ginori et de M. Giusto Giusti, habile chimiste de la manufacture de Doccia, il a pu reproduire les anciens modèles avec une vérité telle " ment scrupuleuse quMIs trompent complètement Toeil des connaisseurs les plus exercés. Dans ^exposition de M. Freppa, nous signalons une grande vasque trilobée, faite d'après une maîoliquc conservée en partie. A l'intérieur , une peinture représentant ie Jugement de Pâris^ d'après Jules Romain ; à Textérieur, trois tètes de monstre, en relief, se détachant sur un émail bleu. Dans l'exposition de M. Ginori , analogue d'ailleurs sous le rapj^ort des émaux et du style à celle de M. Freppa, on'remarque un grand plat, réj)résentant Mutius Scçevola, d'une exécution ravissante. Il n'est pas jusqu'au ' fameux secret de maestro Giorgio AndreoU, le plus grand potier de la Renaissance, qui n*àit été pénétré par M. Freppa. Ce secret consiste, outre remploi et la beauté de toutes los nuances, dans un émail à reflet métallique irisé, qui offre à la fois, sur un même point, des nuances ( haiigeaiites d'or, de rubis, d'émeraude, etc. Plusieurs faïences, revêtues de cet émail, ont figuré au Palais de l'Industrie et ont éveillé la convoitise des amateurs qui les ont achetées à des prix fous. Cependant, dans les conditions ordinaires, M. Freppa livre au prix de 200 fr. une maïoHque toute semblable à celle de fabrication ancienne qu'il est forcé, vu la rareté, de vendre 2,000 fr. Indépendamment des pièces citées, M. Freppa a envoyé à l'Exposition plusieurs vases et plateaux , coupes, drageoirs, buires, assiettes ornées à sujets, dans le stylé des diverses villes de la Romagne, enfin un très- grand bassin, contour orné de petits amours sur fond noir ; au centre, grand sujet d'après Jules Romain : » Son fatli i dont al popolo romanOy etc. «
Le nom de M. Avisseau commence à être très-répandu.
EXPOSITION UNIVERSBLLB.
La vocation de ce potier s'est révélée un jour qu'il lui tomba entre les mains un bassin t iiiaillé de Bernard Palissy, et il se mit en œuvre d'imitation. M. Freppa était déjà un savant, quand Tidée lui viot de restaurer Père des maloliques. M. Avisseau, au contraire, né k Tours de parents pauvres, 'n*a reçu d'autre éducation que celle qu*i] a acquise lui-même dès le jour où il a senti battre en lui un cœur d'artiste. De longs essais lui ont permis d'imiter avec réussite les émaux qu'employait Bernard Palissy, de reproduire ces poteries rustiques qui firent les délices de la France du xvT siècle. Toutes ses pièces exposées représentent des sujets empruntés à la nature, ^our lui , la plante n*a pas de secrets; le reptile lui permet de prendre l'empreinte de sà 'nu lustrée et changeante. Chacune de ses poteries est un coui de paysage pittoresque où l'œil se réjouit de mille détails ingénieux qui paraissent avoir été étudiés à la loupe, le matin dans les prairies, au lever du soleil, quand la rosée étincelle. Deux œuvres de M. Avisseau figuraient au trophée dé la céramique : la première représente un crapaud juché sur ses pattes d'arrière, avec cette crànerie caractéristique des animaux de Grandville. Le crapaud tient une pancarte sur laquelle on lit ces roots : « Avisseau , potier à Tours. « La deuxième pièce figure un rocher sur lequel ime vipère se débat entre les serres d'un milan. A côté , un lézard vert, victime de Toiseau, laisse voir ses entrailles déchh^. L*œ{l est mourant, la queue se tord et agonise, le sang coule. Rien de plus vrai, de plus attendrissant que ce drame à travers l'herbe. A l'entour, un calme parfait : la cigale chante, l'eau dort, la coquille s'entr'ouvre, la mousse verdoie, la fleur se penche vers le ruisseau transparent.
Les faïences rustiques de M. Barbiset, potier à Paris, méritent une grande bieiivi illance. iSon exposition contient des échantillons très - remarquables. Il y a telle jardinière, formée par un treillage de fleurs, de pêches et de prunes, dont la vue
CERAMIQUE. m
dilate les chairs et rappelle, en cette froide saison, le tiède soleil de jnillet. On va tendre la inain pour cueillir la pêche, tant l'imitation est fidèle.
Les faïenoeB de Palissy ont également servi de modèle à M* Leames, de Limoges; mais au lieu de disposer ses émaux sur terre cuite, il a choisi le biscuit de porcelaine dure, et it obtient ainsi de magmlK^ucs résultats.
M. le bai'on du Tremblay, fabricant de faïence a liui)elles, près de Melun (Seine-et-Marne), est l'inventeur des émaux ùmbra$Us, Yoicl en quoi consiste le procédé qui fournit ces objets d*un effet si harmonieux : On obtient par le moulage une image en creux sur la pièce en pâte, puis on couvre cette pièce d'un \eiais Liaiibparent que Ton peut colorer en vert, en violet ou en bien, (^e vernis fond au feu et présente, malgré des épaisseurs inégales, une surface extérieure parfatte?nent unie; il en résulte que les parties les plus profondes de l'image dessinent les ombres, tandis que les parties minces donnent les clairs du tableau. Le très -bon marché de ces produits ajoute un nouvel intérêt à cette fabrication. Parmi les pièces que M. le baron du Tremblay a exposées, on s'est arrête surtout devant les plaques émailiécs d'après le procédé indiqué, et qui pourraient être employées comme revêtement intérieur dans les salles de bain et les vestibules.
M. Ristorî, de Nevers, a envoyé des services de table, des services à thé, des coupes, des vases, etc., en faïence recouverte d'un émail jaune sui lequel se détachent des arabesques diversement colorées. Contrairement aux produits de cette composition , la faïence artistique de M. Ristori présente une légèreté qui la ferait confondre avec la porcelaine. Le procédé applicfué à cette fabrication est celui du coulage. Les émaux de M. Ristori font revivre, en 1855, l'ancienne renonmiéc des potiers nivernais.
Des travau]^ qui méritaient d'être exposés au milieu de la
grande nef, et d^attirer ainsi au premier coup d*<»i1 l'attra-
tion du public, avaient été relégués, par un malejitiiidu sans doute, dans un coin sombre du Palais, h travers les briques réfractaircs et les tuiles creuses. 11 s'agit des émaux de M. Devers, notre artiste français, ai habile et si consdencieux dans ce genre de travail. Le grand tableau des Anges gardiem^ peint en émail sur terre cuite avec encadrement en relief de fruits et de fleurs, comme ceux de Lucca délia Kobbia, résume fort lieureuscmenl les études cic l'émailleur, qui a consacré onze années d'un labeur assidu à la reproduction des faïences antiques. L'exposition de Al Devers se divise en trois genres distincts : 1* peintures au lavis, genre malolique d*Urbino ; â* bas-reliefs, genre Lucca délia Robbia; 8^ compositions originales et copies exécutées à pâte d'émail sur lave, terre cuite et foute émaillée pour les mununientvS. Ce dernier genre a révélé au public que les imitations d'antiques, faites jusqu'à présent par Devers, lui avaient seulement servi de transition vers on but plus grandiose et phis ordinal, celui de donner un caractère spécial à Tarchitecture moderne, en égayant les monuments des climats liunii ies par une décoration durable et peu dispendieuse empruntée aux arts céramiques.
Entre la faïence commune non artistique , qui présente * trop peu d*intérét pour qu*on 8*en occupe, et la poterie de grès, la distance n*est pas grande ; même aspt^ct grossier de
la pAtc, même loti n leur, éléments presque identiques. Cependant le grès se distingue eu ce qu'il entre dans sa composition une quantité notable de silex broyé ; il est appliqué à des usages diiférents ; on remploie surtout comme récipient de produits gazeux, acides et pharmaceutiques. Âcausede Tépaisseur que Ton donne aux parois, il résiste mieux à la pression du gaz, à Taclion des agents corrosifs. On le cuit à une température beaucoup plus élevée que la faïence ; ce qui le rend
plus solide et presque inaltérable. Sa cassure est brill mtr , mais sa couleur grise, roussâtre, attriste l'œil, et rarement on a recours à Témail ou à telle peinture vitrifiable qui TeinbeU lîniit Un vernis suffit ; poar Tobtenir, il est un procédé simple et peu coûteux. Dès que les grès sont encastés dans le four, on éparpille, sur divers points une quantité déterminée à ravance de sel de cuisine qui, s'cvaporant peu h peu, vient se déposer en gouttelettes et uniformétnent sur chaque poterie. En vertu d'une réaction chimique très -rapide entre la soude, élément du sel, et la silice du grès, il se forme un composé vitrifiable qui se fond à la température élevée des fourneaux, èt donne ainsi une couverte mince et luisRnte. Les canettes des brasseries, les bouteilles d'eaux minérales, les bombonnes pour acides, les terrines destinées à la conservation des viandes salées, quelques appareils de distillation, sont ordinairement faits en grès.
En France, la spécialité de cette fabrication appartient beaucoup au département de TOise, qui a fourni de nombreux
exposants. Nous citerons les plus notables, et ceux dont les produits ont paru très-soignés et à bon marclié : MM. Reine et fils, de Voisinlieu (Oise), M. Dumontier Via rd, de La Chapelleaux-^ts (Oise), M. Hutan<-Ghéron, de Sain1>-Just-des-Marais (Oise), M. Garville, de Noron (Calvados), enfin M. Sairoon et M"* veuve Signez.
Dans renvoi fait par cette dernière, dont la maison, qiioi juc récente, l'emporte déjà sur ses rivales, il faut mentionner une canette à bière, ornée dans le goût hollandais, mais dont la légèreté n'est comparable qu*à la porcelaine. L'anse du vase est creusée k Tintérleur.
Quant à M. Salmon, il expose comme pièces principales des grès destinés à orner les villas et les jardins. Une d'elles a été dorée sur toute sa superficie. Qui donc ira deviner le grès sous cotte luxueuse enveloppe ?
m EXPOSITION UNlV£RSELLfi.
La terre cuite commune est appliquée fort heureusement à toutes sortes d'ornementations par quelques potiers industrieux el artistes. U. Lancestre, à Lyon, a ciioisi dans ce travail le genre qui se prête le mieux au caprice de T ornemaniste. Aussi, rien d*attrayant comme ses poteries vernissées on non vemia- , sées, moulées, fouillées, taillées et découpées à jour dans un style alhambrosqun et, roraaiiti({ae, d'un elïet ravissant dans les serres, les vestibules, les salons (ïéU'\ etc.
M. Landais, de Tours, s'est également voué au culte de la poterie fantaisiste, et ses produits font honneur au voisinage de M. Avisseau.
Par opposition à ces dernières, il est des terres cuites qui affectent le grand style, les allures classiques, les formes bysantines et trapues.
M. Virebeiit, de Toulouse, a opéré une véritable révolution dans l'architecture religieuse des campagnes par la nature de ses terres cuites quHl transforme, sous des dimensions souvent grandioses, en portiques, corniches, entablements, clochetons, piédestaux, bas-relieis, statues, autels, etc. La matière plastique qu'il emploie, une fois sortie du four, présente exactement l'aspect de la pierre de taille fraîchement ouvrée. On a beau examiner de entamer la surface avec le couteau; la contexture, le grain, la solidité de la pflte, imitent, à 8*y méprendre, la roche calcaire employée par les architectes. Cependant, M. Yirebent ne se sert (jue de terre cuite; mais il a imaginé, et en cela consiste le mérite de sa découverte, de revêtir cette terre cuite, sur une épaisseur déterminée, d*une argile à grain serré et très-blanche. Le portique roman, exposé par cette maison, donne une juste idée de tels procédés, et laisse entrevoir de magnifiques résultats.
M. Garnaud, sans recourir à aucun stratagème, fait de beaux ornements en terre cuite qui lutte, pour la blancheur
et la solidité, avec celle de M. Virebent. La Léda, faite de cette matière, peut passer pour une œuvre d'art. La place occupée par Tautel de M. de Bay, au milieu de * la nef principale, et le nom de cet artiste, témoignent assez en faveur de Tœuvre ; la terre cuite qui a servi à rétablir nous a paru de fabrication supérieure.
Quand Londres, en 1851, appela toutes les oations à prendre part à un concoure universel, les céramistes français hésitèrent; même quelques-uns des plus importants, dont les produits auraient figuré avec avantage, ne voulurent pas se montrer. Quand, à son tour, la France, marchant sur les traces de l'Angleterre, a eu ouvert la \ïœ à l'industrie de tous les pays, la céramique anglaise, forte de ses ressources, de ses succès, de ses débouchés, a franchement accepté le combat et s*est Installée dans le Palais avec une collection com- , plète de ses produits les plus remarquables. Nous eussions voulu que cet exemple fût imité par les manufactures subventionnées de Vienne, de Saxe et de Bavière; mais ces dernières, gardant un souvenir amer de la petite faveur qui avait accuëlli leurs produits à Londres, se sont claquemurées. La manufacture de Berlin, mieux inspirée, a ajouté son nom à la liste des concurrents; et nous savons aujourd'hui qu^elle n'a pas eu à se repentir de cette confiance, puisque le jury lui a décerné une médaille d'honneur.
Avant d'étudier les produits que l'Angleterre nous envoie par ses fabricants principaux MM. Minton, Gopeland, Rose, Rùlvgftyt Mayer, Wedgood, etc., il n*est pas inutile de rap- • peler que cette nation a résolu la première le difficile problème de réunir, dans les |)oteries doinestiques , les trois conditions si unportantes de la bonne confection, de la solidité et du bon marché. La faïence fine, on le sait, se divise en trois genres distincts : la terre de pipe, le caiiloutage et la
porcelaine opaque. Or, ces deux derniers genres sont essentiellement do création anglaise. Cest VVedgood qui, par ses travaux sur les terres réfractaires, a été conduit, vers !n fin du dernier siècle, à mélanger le silex broyé à Targiie; et ainai on a obtenu des poteries aussi blanches que la terre dé [)ipe, d*un émail plus agréable à l'œil et surtout plus solides. Rn mélangeant en proportion convenable du kaolin au silex et à l'argile, il est résulté une pAte nouvelle qui préspntait la propriété singulière de résister aux chocs même violents; ce qui lui a fait donner le nom de poterie de fer (ironstone). Sa fabrication tend, de nos jours, à remplacer le cailloutage , de même que le caillouta ge a remplacé la faïence dans les usages de la vie domestique. T.es Anglais ont apporté toutes sortes de perfectionnements à leui's décoi-ations en général et surtout à leurs impressions sous couverte. 11 n'est pas
, rare aujourd'hui de se procurer à Londres, à raison de 2 fr. la douzaine, des assiettes blanches et môme imprimées, d'un émail bien glacé et d'une solidité à l'épreuve; tandis qu'en Frnnee les intermédiaires ou débitants vendent au même prix, sinon plus cher, des assiettes de faïence commime et trèsrfragiles. M. Uschneider, propriétaire de la fabrique de Sarregaemines, est le seul peut-être qui se rapproche de la fabrication anglaise à la fois pour le prix et la solidité. Il livre ses assiettes blanches de cailloutage à S fr. 25 c. Par malheur, de si louables eiïorts n'aboutissent pas le plus souvent; les intermédiaires, chargés de vendre à la population, prélèvent des bénéfices exagérés. Plus que jamais il importe , dans la situa-
- tion actuelle de l'industrie française, d'établir un rapprochement plus direct entre le fabricant et le consommateur i et pour notre compte nous applaudirons à toutes les tentatives, même înipartaites , qui seront dirigées vers un but si juste et si humanitaire.
Ce que nous venons de dire pour le bon marché des caii-
CÉRAMIQUE. m
loutages anglais , nous le répéterons relativement à la porcelaine tendre aiiglaisc, fritte qui s*oblicnt par raddition dans la pâte d'une certaine quantité de ])hosphate de chaux. Dans le cas où la porcelaine anglaise se couvre de décorations, elle atteint le même prix des porcelaines dures françaises et le dépasse souvent. Ainsi donc , sur ce dernier point, la France reste toujours maîtresse de sa supériorité.
Les grès anglais se distin^iH ni * gaiement par l'importance de la fabrication et la composition de la pAI(» dont le kaolin vient ratïermir la solidité et épurer le grain. Si l'Angleterre se glorifie de nombreuses découvertes dans le domaine théorique et pratique de la chimie , peut-être la bonne confection des creusets réfractaires , des mortiers, des cornues, des appareils distillatoires en grès que lui fabrique le Staflbrdshire a-l-elle activé considérablement la rapidité de ses inventions.
De tous les directeurs de manufactures dont Tag^^Iomération dans le Staffordshire constitue une puissance industrielle, telle que les autres nations n*ont rien à lui comparer dans le même ordre de fabrication, M. Hlihton doit être classé comme le phis important A Texposition de Londres, le jury lui accorda la récompense la plus élevée. Le jury international de l'Exposition universelle a confirmé celte premièrs décision en décernant à M. Minton la grande médaille d'honneur. Ce manufacturier, loin de spécialiser ses travaux h telle ou telle division naturelle de la céramique, les a toutes embrassées, et toujours ses produits se font remarquer par le fini de la contection, la distribution artisti(|ue des ornements, la qualité des pâtes, la variété et le gracieux effet des émaux, la multiplicité des applications et la réduction des prix. Dans son magnifique envoi au Palais de Tlndusti'ie, la moindre pièce est irréprochable. Sa porcelaine dure est presque en état de lutter avec celle de Limoges ; sa porcelaine tendre se distingue par les formes empruntées avec goût et discerne-
m EXPOSITION UMViîKSELLE.
ment aux pièces d*ancien Sèvres, et par la beauté des fonds de couleur.
L*enseinb1e de la décoration présente de rhannonie et
beaucoup de légèreté. Les bustes, les statues en parian sont de vrais chefs-cr œuvre artistiques. Les railloutiii^es et l'ironslonc ne laissent rien à désirer. L*Anf^leterre doit un peu le bon marché de ces derniers produits à l'initiative de M. Mintom Après M. Giovanni Freppa, de Toscane, et M. Devers, de
Paris, il excelle dans les imitations de maToliques d'Urbino et
de bas-reliefs, genre Lucca délia Robbia. Nous citerons, d'ciprèsun modèle attribué h l'artiste Florentin, li médaillons représentant les li âges de la vie , en relief sur fond bleu avec des encadrements de fruits et de fleurs en relief. M. Minton expose en outre des carreaux inscrustés ou émaillés devant servir, dans la décoration architecturale, au revêtement intérieur des murs. Enfin la poterie de terre cuite et de grès nous a paru excellente. De l'aveu de tous, lu variété et la supériorité des produits de M. Minton constituent l'ensemble le plus complet qu'un industriel ait soumis en ië55 à Texamen du jury international.
M. Gopeland, du StaflTordshire, a innové le parian et les/Nifcelaines-bijoux.
Le parian est un biscuit de porcelaine tendre, phosphatique, dont la pâte a la nuance et le lustre de T ivoire, et se prête admirablement au moulage et au modelage. L'aspect élégant de cette matière dépasse de beaucoup celui de notre biscuit français, et dans Tordre des décorations artistiques pour garnitures de cheminées, étagères de boudoirs, etcJ, elle vient aux yeux des vrais amateurs, avant le marbre et le brujize, malgré la modicité relative de son prix. M. Gopeland a exposé une collection admirable de bustes et statuettes en parian, réductions des chefs-d^œuvre plastiques dont nos musées et les grands maîtres modernes ont fourni les modèles. Citons une
CÉRÀMIQUË. 963
Sapho au tiers de sa grandeur, et deux bustes de grandeur naturelle Junon et Ariane,
Les porcelaines dites bijoux méritent parfaitement cette appellation pour le soin infini, le brillant, la fantaisie ciélicaie et . exqtiisc de la décoration. La plupart sont à fond bleu; avec perles d'éntail.
Pour n*avoîr plus à y revenir nous constaterons dès à présent pour M. Gopeland, comme pour tous tes exposants anfçlais qui vont suivre, la supériorité des diverses pièces de cailloutages.
M. John Rose, de Shropshire, a exposé des services de porcelaine à fond bleu céleste et à fond rose, ornés de fleurs, décorés avec simplicité et élégance : ils produisent un trèsagréable effet.
M. Mayw, comme la plupart des fabricants tra\ aillant en vue de l'exportation, charge quelques-unes de ses porcelaines de dorures et de couleurs, qui, malgré leur éclat, ne rachètent pas le peu de sobriété avec laquelle Tartiste a distribué les ornements. Ces trompe-roeîl peuvent séduire le goût inexpérimenté de quelques planteurs transatlantiques; mais en France, la simplicité et Tharmonie sont avant tout de rigueur. Ces réserves faites, l'expooition de M. Mayer est très-remarquable.
Un service bleu turquoise nous a surtout frappé dans renvoi si complet de MM. Daniell.
MM. Baggeley (StafTord), Harding et Gockson (Staflbrd),
Morley et C% représentent dignement les ressources céramiques de l'Angleterre.
MM. Mountfort (Staflbrd), ont envoyé, entre autres pro- . duits, des parians d*une grande délicatesse.
Enfin, il faut citer MM. Wedgood et fUs qui ont conservédans leurs poteries, caillootages blancs imprimés et émaillés, biscuiLs pour cornues et instruments de chimie, porcelaines
EXPOSITION UMYEHSELLE.
blanches et pariaos, toute la supériorité dont jouit à si juste
litre et depuis longtemps, la grande manufacture d'Étruria fondée par le plus illustre des Wedgood, Tinventeur de la porcelaine à bon marché.
Des faïences émailiées à dessins mosaïque où s^entrelacent dans un capricieux méandre des rubans de couleurs tranchées et vives , tel est le tribut que la compagnie des Indes a payé à rindustrie céramique.
M. Pinlo-Basto, de Portugal, nous envoie des porcelaines blanches décorées avec symétrie et discernement. On n'avait pas le droit de demander davantage à M. Pinto-Basto dont la fabrique récemment fondée à Vista-Allegri a dû traverser bien des épreuves. Cet habile manufacturier a tout créé, dans un pays manquant de tout, la matière première qu'il a devinée sous le sol, richesse dont la |)opulation ignorante ne se doutait pas, les ouvriers choisis parmi les habitants eux-mêmes, et formés l'un après l'autre par les soins du maître.
Ën Belgique, nous remarquons M. Gapellemans dont les porcelaines présentent une heureuse sunilitode avec celles de la Haute-Yienne.
L'Allemagne, si avancée dans les arts céramiques, a peu répondu à l'appel de la France. Ce pays, où les poteries en usage dans la vie domestique, les laboratoires, l'orDementatipn. des jardins et des bâtiments ont atteint un rare degré de perfection et de bon marché, est à peine représenté.
La manufacture royale de Prusse a tenté l'épreuve, et nous avons déjà dit le succès qui l'a récompensée. Ses porcelaines sont remarquables à beaucoup d'égards, mais non irréprochables. En effet, au risque de nous répéter, il est impossible d'admettre ces décorations enchevêtrées d'or et de peintures, qui, indépendamment de leur éclat désagréable, enlèvent à la porcelaine qu'elles dissimulent toute sorte de mérite. Or, il faut en convenir, les porcelaines de la manufac-
CÉRAMIQUE. m
ture de Berlin sont d une belle pâte, d'un émail remarquable par le glacé et la blancheur ; les peintures elles-mêmes, représentant des paysages, des figures, divers sajets empruntés aux maîtres de Técole altehiande ou d*après Tantique, révèlent non-seulement des artistes habiles et bien inspirés, mais encore une étude approfondie des eonleurs applicables à la porcelaine et de leur traitement. Mais l'or, qui est ici l'agent le plus coupable, vient tout gâter par ses fonds, ses encadrements et ses arabesques.
Gomme difficultés vaincues dans la céramique proprement dite, la manufacture de Berlin expose cinq vases de très-grandes
dimensions. Sur la cerco de Tun d'eux, une main exercée a peint une allégorie très-animée de la vendange; les couleurs sont heureuses, les fonds bien réussis. D'autres vases gros bleu, très-beaux, dont les formes sont empruntées à Sèvres, consacrent hautement la supériorité de notre manufacture impériale. Dans cet envoi de la Prusse, la pièce qui domme est une vaste coupe soutenue par trois dauphins en biscuit. Le milieu intérieur de la coupe représente une sirène entraînant dans les flots un enfant rose qui agite ses ailes, Pamour aux prises avec la beauté capricieuse et méchante. Cette allégorie est savamment conçue comme dessin et couleur. Les sculptures du biscuit méritent de vifs éloges.
Un trophée autrichien , garni exclusivement avec les porcelaines de MM. Portheim et Fischer, 0€ciq)ait une place trop digne dans la nef principale du Palais. Ses proportions gran- .dioses prouvaient assez combien T Autriche qui, pouvatit disposer à son gré de cette place, a choisi pour la remplir de semblables produits, avait compté sur le mérite de ces dj&ux manufacturiers. L'effet a été manqué. M. Portheim a exposé des porcelaines inférieures comme ensemble de décoration, et son œuvre la plus remarquable est un service de table dont chaque pièce figure un tronc d'arbre. M. Fischer, avec moins
de déploiement et de faste, a itiontré une collection bien- plus
satisfaisante. La coupe-plateau achetée par M. le baron de Rothschild a excUé longtemps radmiralion des visiteurs. genre rocaille , fabriqué sur une si vaste échelle par cette manufacture , justifie pleinement la faveur dont il jouit dans les classes aristocratiques.
Viennent ensuite MM. Haidinger et le comt« de Thun. Nous devons à ces deux honorables industriels des élog:es sans réserves. Le service à dessins arnioi iés, que M. de Thun a exposé, conviendrait très-bien par ^ii style et .sa richesse à la table d'un roi.
Les deux trophées garnis de statues et ornements en terre cuite, l'un par M. Miesbach, Tautre par la fabrique de Wagram, font beaucoup d'honneur à TAutriche dont cette industrie est un des meilleurs titres.
CAiNADA
Les efforts laits par le Canada, cette ancienne colonie française, pour figurer dignement au grand concours de 1855 , efforts couronnés, du reste, d*un plein succès, et Timportance réelle de ce beau pays, auquel un brillant avenir ne peut manquer (l'échoir, nous font un devoir de lui consacrer un article à part. Mais il importe de faim prf^cédci notre compt(3 rendu . de l'exposition canadienne de quelques détails hi6t()ri({ii(*s et topographiques qui nous ont été fournis par M. J.-G. Taché, membre du parlement canadien et commissaire du Canada à Paris, à Tobligeance duquel nous devons également de précieux renseignements sur les produits de son pays.
M. J.-C. Taché a d'ailleurs déployé dans raccomplissenient de son mandat un zèle et une activité vraiment méritoires ; on peut dire qu*il a popularisé le Canada en France, qu'il Ta fait aimer en le faisant connaître par les publications pleines d'àpropos qui ont été répandues par ses Boins. Son Esquisse sw le Canada est une de ces œuvres qui, dans un pays comme le nôtre, atteignent leur but. C'est un ouvi-age concis, nourri de faits substantiels, un tableau animé de ces contrées fertiles, pittoresques, où battent bien des cœurs français. M. Taché aime la France comme ses compatriotes; cela se sent à chaque ligne de son remarquable opuscule, et c'est sans amertume qu'il nous rappelle que 800,000 habitants, d'origine française, se souviennent toujours au Canada que leur mère-patrie c'est la France.
ku point de vue commercial , M. Taché a fait très-habilement ressortir les avantages que les deux pays peuvent tirer de transactions suivies, et cette propagande portera des fruits;
la beauté des produits du Canada nous en est un sûr garant
11 serait h désirer que MM. les commissaires étrangers eussent tous compris, comme l'a fait M. Taché, les d(>voirs (|ui leur étaient imposés par leurs fonctions ; le but de l'Exposilion universelle eût été ainsi pleinement atteint.
Le Canada , découvert par le célèbre navigateur français Jacques Cartier, demeura colonie française depuis 15â/i , époque de la découverte, jusqu'en 1761, année de sa cession à l'Angleterre. La colonie portait le nom de Noinolle-France , déiïignatioi) dont se sont bien montrés dignes les descendants de nos premiers colons qui conservent encore nos croyances, notre langue et nos usages, et Taffection la plus vive pour la patrie de leurs aïeux.
Dans le temps de la domination Irauçaiso sur les bords canadiens, la iSouvel le -France comprenait une étendue de pays dont les limites, vaguement désignées, renfermaient une superficie plus grande encore que celle que Ton assigne maintenant au Canada. On y faisait surtout le commerce des fourrures, cpii formaient le principal article des exportations, et auquel s'ajoutaient le chanvre dont la culture, malgré ses succès, a été depuis abandonnée, le tabac vl une plante exclusive ^1 l'Asie méridionale et au Canada, le ginseng, t|ui se vendait alors un prix extravagant en raison de la faveur dont cette plante jouissait comme médicament à cette époque.
fjors de la cession de la Nouvelle-France à T Angleterre, à la suite d'une lutte longue et inégale, principalement soutenue par les colons, tous ;\ la fois agriculteurs, pionniers et soldats ; le pays comptait une population d'à peu près 70,000 habitants dans les conditions heureuses d*une modeste aisance qu^avaient un peu altérée les sacrifices faits pour conserver intègre cette partie de Tempire français.
Les détails qui précèdent nous ont paru nécessfures auta?it pour réveiller dans les cœurs français ia sympathie dont sont
CANADA. m
dignes, <^ un si haut def:;ré, nos frères du C.irmda, que pour dotuier un aperçu de ce qu'était le pays à cette époque reculée. Cela nous servira de comparaison pour vérifier les progrès rapides que le Canada a vu se réaliser depuis bientôt un siècle. Dans ce but jetons on coup d^œit sur la situation acluelle de celte Ijolle colonie.
Le Canada d'aujomd'lmi » on peut preî^que dire le Canada de rExpositioD universelle de 1855, puisque c'ost à Poccasion de ce grand concours que nous ont été révélées toutes les ressources de ce riche pays, le Canada d'aujourd'hui comprend une superficie de territoire d'une étendue de 1,000,000 do kilomètres, dont ù peu près 100,000 kilomètres sont en cultunî. I.e reste csi couvert des plus belles forêts qui existent. Le fleuve Saint-Laurent, qui traverse le pays dans le isens de sa longueur, a, du forni du lac Supérieur au golfe Saint-Laurent, environ 3,000 kilomètres de cours. Grâce aux immenses canaux exécutés par le gouvernement canadien , il est navigable pour des vaisseaux de près de 300 tonneaux sur toute cette étendue. Du ^olfe à (Juébec, \e grand fleuve a ses marées comme l'Océan et oITrc un passage libre aux plus grands vaisseaux ; sa largeur de Québec au golfe varie de 15 à 130 kilomètres; la profondeur d*éau dans le port de Québec est de 40 mètres; dans le reste de son cours la largeur du fleuve varie de 2 à 12 kilomètres, et sa moindre pi olondour est de près de 5 mètres.
Les principales rivières que reçoit le Saint-Laurent font: le Saguenay, le Saint-Maurice, le Richelieu, TOutaouais, la Trent, la Grande-Rivière et la Trenche.
Le climat du Canada est à peu près le climat de Paris l'été et celui de Copoiihaf^aie Thiver.
La population actuelle du Canada dépasse 2,000,000 d'iiabiiauts, dont 800,000 français environ qui résident dans le Bas-Canada; le reste est d'origine britannique et alle-
mande. La moitié de toute la population professe le culte
catholique. Les villes les plus peuplées sont Montréal et Québec daii> Bas- Canada, Toronto et Hamilton dans le Haut- Canada.
La valeur totale de la propriété rurale, en dehors du domaine public, est estimée à 1,^0,000,000 de francs, et le produit annuel de ces mêmes propriétés à 500,000,000 de francs. Bans une année' abondante comme Tannée actuelle, on peut compter que la production canadienne, en blé seulement, s'élève à environ 8,000,000 d'hectolitres.
On peut évaluer que le nombre d'entrées de navires venant de la mer est de 1,800 par année, sans tenir compte du cabotage et des bâtiments employés à la pèche. Ces navires sont du plus grand tonnage. Il se construit en moyenne chaque année à Québec un nombre do na vires du tonnage collectif de 40,000 tonneaux. Les exportations du Canada sont d'environ 120,000,000 de francs par année et les importations de 160,000,000. Le capital dépensé dans tous les grands travaux publics et de communications du Canada peut être évalué à près de 300,000,000 de francs; ces travaux se répartissent sous les chefs suivants : routes, phares, canaux et autres travaux dans les rivières, havres et quais, chemins de fer, etc.
Le Canada possède 20 collèges et universités, 200 écoles supérieures et plus de 5,000 écoles communales* Le culte catholique a 8 évêques et plus de 700 prêtres ; les autres cultes comptent li évêques et environ 1,200 ministres des diverses croyances.
Ces trop courtes remarques sur l'état passé et présent du Canada doivent exciter en France d'autant plus d'intérêt, que des souvenirs et des liens d'affection Tunissent au beau pays d'Amérique qui portait autrefois son nom, et dont la découverte, comme celle de toute l'Amérique du nord, est due aux
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
nobles travaux des Cartier, des Cavalier de La Salle, des Laveraiidrie , des Joliet et de btiaucoup d'autres hardis enfants de noire patrie. Ai'hvonâ maintenant à l'exposition canadienne.
Le Canada qui, par le nombre de ses exposants, se trouvait en septième ligiM | armi tous les pays qui ont envoyé leurs j)roduib à Paris, a exposé dans vingt-six classes sui" les trente du Système dp classiluahOn de la Commission impériale. Les articles de la provenance du Canada étaient réunis dans un local unique» à Textrémité £st de l'Annexe du bord de Teau, à l'exception des roachiiies en mouvement qui, au nombre d*une douzaine, oecupaient un compartiment de la section anglaise à Pautre bout du même édifice.
Au milieu de la section canadienne s'élevait un superbe trophée, un des plus beaux de toute TExposition, composé des articles de la seconde classe, savoir : les produits des forêts et des arts forestiers. Ce trophée, dont nous donnons le dessin ci-derrière, était composé de trois étages, surmontés chacun de galeries d'où le visiteur embrassait d'un coup d'œil tout le panorama de l'Annexe, et où l'on arrivait par un escalier intérieur en spirale. L'édifice était recouvert d'un pignon couronné d'un castor, emblème de l'industrie et du travail, et que les Canadiens ont ad(^ dfUks leur écosion. Les bois étaient polis et vernis d'un côté, à Textérieur, et simplement sciés de l'autre , de façon à Taire juger parfaitement de leur qualité.
Examinoîis rapidement les produib canadiens dans l'ordre de la classification officielle, et d'^^près l'idée générale adoptée par M. Taché dans le catalogue raisonné quHI a donné de l'exposition de son pays»
Ce catalogue , parfaitement méthodique, est une nouvelle preuve cjue M. Taché n'a rien négligé pour mettre en relief et populariser en France les produits du Canada. C'était une œuvre indispensable, et elle a été exécutée avec cette
CANADA. m
rare intelli^j^ence qui caractéi iso tous lea travaux d(; M. Taché.
T.a première classe, destiuée à l'art des mines et à la métallurgie, a fourni au Canada Toccasion de révéler à r£urope les richesses étonnantes de son sol dans une 8upei*be collée^ tion organisée d*après une méthode admirable. L'arrangement scientifique des minéraux du Canada est dû à M. Logan, collègue de M. Taché et géologue en chef de la proviin i du Canada. M. Logan a ajouté à cette belle collection une carte géologique, résumant d'une manière savante toutes les connaissances acquises par le département géologique du Canada. M. Sterry Hunt, chimiste de la Commission géologique du Ca* nada et membre du Jury de la première classe à T Exposition, a publié un intéressant Mémoire rédigé par lui et dont les matières avaient été préparées en commun avec M. Logan, Mémoire qui complète et explique les indications disposées sur la carte dont nous avons parlé. Voici maintenant la nomenclature des produits de la première classe fournis par le Canada.
« Carte topographique et carte géologique avec Mémoires.
* Métaux el leurs minerais : Une masse de 1er météorique, fer oxydulé, fer oligiste, fer limoneux, fer Utané, ilménite, blende, galène, minerai de cuivre natif, pyrite auro^rgentifère et argentifère, nickel, argent natif, or natif, platine, iridium, pyrites aurifères, pyrite arsénicale.
« Minérauoo exigeant des opérations chimiques pour être employés dans les arts : Ocre d'uranium, fer chromé, cobalt, manganèse, molybdénite, dolomie, magnésite.
^PeirUwres minérales : Ocre de fer, barytine, phosphate de fer.
M Matières minérales employées dans les beaux^arts : Pierre
lithograpluque.
c Matières minérales employées dans la joaillerie : Agates , labradorites, jaspe, quartz, agate rubanée, pertbite, rubis.
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
c Malièrei réfraetaires : Pierre oUaire, mica , plombagine, grès blanc, amiante.
« Engrais et amendements minérauw : Phosphate de chaux, gypse, manie co([uilli('r('.
> Matériaux à aiguiser et à polir : Pierres à aiguiser, kipoli.
• Matériaux pour bâtir : Ardoises^ granit blanc, gneis, grès, grès calcaire, calcaire, trap, marbres, calcaire hydraulique, briques à bâtir.
« Matières coinbmlibl s Tourbe, asphalte. »
Piissant aux produits lijix.^Uers de la seconde classe, nous arrivons à Tune des parties les plus intéressantes de T exposition canadienne. Sous le point de vue du commerce possible des bois entre la France et le Canada, la belle collection des productions sylvestres, que ce pays a si habilement étalée à nos yeux, est du plus haut intérêt, et nous savons que cette question , grosse d'civenii" pour les deux contrées, occupe Patteution d'hommes spéciaux et sérieux. La seconde classe se compose donc , pour le Canada, des articles suivants, savoir :
«Bois au nombre de soixante-quatre variétés : bois blanc, tilleul, sumac, érable commun, érable rouge, érable ondé, piqué, pleine, prunier sauvage, cerisier rouge, cerisier d'automne , cerisier h grappes, pommelier blanc, pouimetier jaune, néflier, senelicr, cormier, poirier sauvage, cornouiller, frêne blanc, frêne noir, frêne dur, frêne commun, carthame, orme rouge, orme gris, orme dur, noyer tendre, noyer noir, noyer brun, noyer blanc, noyer doux, noyer gras, noyer dur, chêne blanc, chêne de savane, chêne rouge, chêne noir, châtaignier, hêtre, charme, platane du nord, pin résineux, pin rouge, pin jaune, pin blanc, sapin, pruche, épinette blanche, épinette noire, épinette rouge, cèdre blanc et cèdre rouge, bois de fer, bouleau, bouleau blanc, bouleau rouge, merisier blanc, merisier rouge, aune, saule noir, tremble, tremblepeuplier, peuplier, liard.
« Rames pour chaloapes, boissellerîe, pelles de bois, charbon de bois, douves, cerceaux, manches de hache, manches
d'outils, sucre d'érable, animaux et oiseaux empaillés, conserve? do viandes, cnstoréum, plan de pêcherie, lignes do pèche, mouches artiBcielles pour la pêche, plantes médicinales.
« Gommes de pin , de sapin et d'épînette.
c Huiles de baleine, de marsouin, de loup marin, de pourcie,
de requin et de capelan.
« Peaux naturelles d'ours, de loup, de loup-cervier, de renard, d'orignal, de caribou, de chevreuil, de castor, de loup marin, de loutre, de vison et de martre. »
Avant de quitter la seconde classe, nous croyons devoir faire quelques citations du catalogue raisonné dont nous avons parlé relativement à la spécialité d'une des essences des bois du Canada ; citons:
t Voici un état de la quantité des principaux bois d'équarrissage, pris dans le port de Québec seulement, pour Tannée 4835. Il ne faut pas oublier que ces quantités n*ont trait qu'aux grands bois équarris pour la CMistruction :
« Pin blanc et jaune 17,ft22,72/t pieds cubes.
« Pin rouge 1,851,635 »
«Chêne 1,160,614 »
t Orme 695,284 pieds cubes.
«Frêne 158,990
« Ëpmette rouge 707,155 »
« Érable et merisier 71,007 »
c Mâtures 1,067 morceaux.
«Espars 849 ■
« L*épinette rouge est peut-être le bois le plus précieux que possède le Canada ; pour les constructions navales surtout , it
jouit enseuibki des qualités toujours séparées dans les autres
EXPOSITION UMIVËRSëLL£.
espèces, de légèreté comparative, de force absolue et de dura^' bililé égale à celle du meilleur cèdre. On l'emploie h beaucoup d'usages dans les diiïérentes constructions, et depuis (|uV)n a reconnu en Europe l'excellence de ce bois, rexportation ea augmente beaucoup. Le chêne le meilleur ne lui est supérieur que placé dans les parties extérieures d*un navire, et pouvant être soumis à des frottements fréquents ou à des chocs violents et répétés. Dans rarcliitecture navale, par exemple, il n'est rien de comparable, sous aucun rapport, à une courbe d'épinette rouge employée, soit dans la courbure, soit dans les guirlandes et les découpures d*un navire. »
La troisième classe comprend les produits agricoles proprement dits, lesquels ont laissé à ceux qui ont visité TExposition une haute idée de la belle position qu'occupait le Canada comme exposant de céréales et autres produits du genre qu'il a envoyés à Paris avec une profusion, indice de sa richesse. Voici la nomenclature des objets de cette collection :
« Plan d'une ferme canadienne, dessins et aquarelles des fruits et légumes du Canada, râteaux, charrues, moulins à battre le grain, coupe-racines, moulin à farine portatif, macliine à racler, cribles et autres machines à nettoyer les grains, blé, avoine, orge» pois, graine de lin, sarrasin, graines de fourrages et légumes, houblon, tabac, fèves, fruits séchés, chicorée, sucre d*érable, haricote, nobi, laine brute, fromages. »
Tous les grains, dont les noms sont inscrits plus haut , ont été exposés à plusieurs échantillons et de plusieurs variétés. Qui n'a pas admiré ces beaux produits art ist émeut arrangés dans de coquets barils recouverts de verres?
Cette classe termine le premier groupe composé des produits naturels et matières premières: or, dans ce groupe, pris comme ensensbie, si le Canada a trouvé des rivaux à F Exposition, il n'a certainement rencontré aucune supériorité. A quel avenir n'est pas appelé un pays qui possède une telle va<>
riété de richesses? Nous avons cru devoir entier dans tous les
détails qui précèdent sur ces trois classes pour doux raisons , d'abord pnrco qu'elles formont, sons le rapport de Tiinportnncp, la po^Uon la plus notable de, l'exposition du Canada, puis, parce que, relativement à la France, il y a là matière à nouer de vastes relations commerciales, auxquelles la position relative des deux pays, comme producteurs, offre des conditions assurées de succès.
Nous ne continuerons pas à deriigner spécialement chaque classe ; mais voici la suite de rénumération des produits canadiens exposés dans l'ordre du catalogue :
« Balances, poulies, tuyaux en cuir pour Teau , pompes à incendie, soufflets, harnais, attelles de collier, malles de voyage, selles, fouets, jougs pour bœufs, voitures de luxe, clous pour cfieniins de fer, lanterne de locouioUvc , l'orge poi-tative, muciiine à p'^rrer, bras de vergues, machine i\ mnitaiser, machines à raboter et à tourner, machine à faire la brique, machines à clous, charrue mue à la vapeur, machine à coudre,, rouets, niveau dMngénieur, réfrigérateur, j)ocles.
«Potasse, colle forte, sels alcalins, produits chimiques, vernis pour cuir, huîh^ de cameline, de pieds de bœuf, de pourcie, de baleine , de loup marin , de marsouin , de capelan , de requin, de lard, de cèdre, de pin, d'épinette; savons; tapis peints à Thuile ; souliers et bottes en caoutchouc ; cuirs ; cuirs de marsouin; papier d'immortelles; fourrures teintes; plantes tinctoriales; peintures minérales; tabac.
« Farines de bh'', d'orge, d'avoine, <tt; m.iis, de pois; féeules ; biscuits de mer; sucre d'érable ; marinades ; jambons divers ; viandes conservées; eaux minérales; plantes médicinales; préparations officinales; castoréum; animaux empaillés; cordages ; modèles de vaisseaux et de radeaux de sauvetage ; rames; matériaux divers h bâtir; ciments ; modèles de travaux publics; outils trancliants; objets en fonte; toiles métalliques
-m ' EXPOSITION UNIVERSELLE.
pour nettoyer les grains; clous; orfèvrerie; vitraux coloriés; crin ; draps, laines et étoffes diverses ; passementerie et habillements; meubles divers; curiosités et fantaisies sauvages; dessins d'architecture et modèles d^édifices; lithographies et
photographies ; ouvrages en cire ; gravure en creux ; reliures
diverses et en peau de marsouin ; piano; peintures à Thuile et aquarelles. »
Nous ne pouvons nous dispenser de faire suivre cette longue liste des produits canadiens de quelques remarques qui nous ont été suggérées par un examen sérieux de TExposition et par les nombreux et intéressants documents que MM. les commissaires du Canada ont distribués, ou fuit insérer dans les Journaux.
Le Canada a soutenu sa vieille réputation de Londres en nous montrant deux belles pompes à incendie, remarquables comme pièces de mécanisme et pour le luxe de leur ornementation, luxe très-répandu chez les sapeurs-pompiers du Canada
et des États-Unis.
Deux charmantes voitures, qui ont fait sensation parmi les nombreux visiteurs de l' Annexe, sont venues rivaliser avec les meilleurs produits de T Europe. Le fini du travail, la beauté des formes, le goût de Tomementation, sont traités avec un art consommé par tes fabricants de ces deux belles pièces.
Les articles de sellerie sont aussi d'un travail qui dénote que le goût du beau et du luxe de bon ton sont fort à la mode au (^nada , et que, pour être homme d'affaires, le Canadien n'en prend pas moins ses aises d'une façon très-comfortable.
Les machines à travailler le bois, que la vapeur mettait en mouvement dans TÂnnexe, ont joui d^unefaveur toute spéciale; les tours, machines h mortaiper, <i raboter et autres, ont attiré à ceux qui les ont exposés des éloges souvent répétés.
L'industrie doit à un Canadien d'avoir livré à ses besoins un produit tout nouveau dans son application; nous voulons parler
du cuii' de marsouin, cétiicô ciuo l'ou trouve en grand nombre dans le fleuve et dans le golfe Saint -Laurent. Ce cuir, outre sa beauté, sa souplesse et ses qualités de durée exceptionnelle, jouit encore de la propriété de polir les métaux en dernière opération» mieux qu'aucune autre substance employée jusqu*îci au même usage.
Cette mention du cuir de marsouin nous amène à faire une réticxion sur l«'s richesses du golf(! et du fleuve Saint-Laurent comme endroit de pêches, et à noter les belles huiles de poisson et de cétacés exposées, dont une, fhuile du petit dauphin, jouit de la propriété de résister à la congélation : toutes les huiles exposées sont d'une beauté et d'une pureté remarquables. Nous avons examiné en même temps des térébenthines du Canada. Ces huiles végétales sont des bubstances précieuses pour la confection des vernis.
 propos de la troisième classe, nous avons parlé de la beauté des produits agricoles canadiens, et dans nos remarques préliminaires de l'importance de la production sous le rapport de la quantité. Disons maintenant un mot des produits agricoles transformés par les opérations qu'on leur fait sutiir avant de les livrer au commerce. Les belles farines du Canada, ses belles fécules, ses conserves diverses de viandes et autres substances alimentaires, le sucre d'érable, produit à peu près inconnu parmi nous, ont enlevé d'assaut l'admiration publique qui a vu là, dans un avenir prochain, une ressource pour les jours de besoin de l'Europe et matière pour les producteurs canadiens à un commerce considérable.
Nous avons relaté l'importance du Canada au point de vue de la construction des navires, importance réelle puisque la ville de Québec seule élève chaque année à une moyenne de 40,000 tonneaux le port collectif des bâtiments qui s'y construisent. Là encore la qualité se joint à la ({uantité, car les fujs voiliei's de Québec ont acquis par leurs succès une répu-
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
tation universelle. On a pu examiner des modèles de ces constructions pour vaisseaux à vapeur et à voiles et pour vapeurs de rivières, dans le genre de ces immenses palais flottants en usage dans les pjrandes rivières de l'Atnérique. Un des modèles exposés est celui d'un fin voilier de Québec appelé V Étoile fiante^ qui est maintenant employé comme transport pour le service des puissances alliées en Grimée.
Les outils tranchants exposés par le Canada constituent, à notre avis, un des plus beaux succès pour ce pays, h l'Exposition universelle; ces outils paraissent traités avec un art admirable qui n'exclut pas le bon marché.
Les produits des manufactures de chos^ usuelles, consistant en draps faits à la main, étoffes diverses, tricots, etc. , etc. , et surtout des chapeaux de paille et de foin sont dignes , à des titres divers , d'ôtro mentionnés.
Parmi les articles de chaussure, nous avons remarqué de très-belles bottes d'écuyer et des bottes de chasse en peau de earibùu; on assure que nul autre cuir ne possède à un degré égal les qualités de légèreté et dMmperméabilité.
Tout le monde a admiré ces belles fantaisies sauvages, dont les dessins sont brodés avec les poils d'orignal et de porc-épic, sur ditTérents tissus. Ces objets, d'un luxe tout nouveau, sont dignes des beaux étalages de la fantaisie parisienne.
Il serait presque superflu de mentionner les riches fourrures du Canada, martres, visons, castors, loutres, renards, etc., etc.; dire qu'elles sont sans rivales c'est nous dispenser d'en faire un plus lon^ élof^e.
Mentionnons spéciaienficnt les objets manufacturés en bois, tels que portes, fenêtres et persiennes, dans lesquels le bon marché va de pair avec des dispositions commodes et une exécution soignée. Nous prenons encore de là occasion de parler des bois du Canada : le pin jaune, le plus beau bois que
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mue par la vapeur, et Feipérieiiee laisse peu de chose à désirer. »
T( i (luit se borner notre compte rendu de l'exposition canadienne. Le génie agricole et industriel de ce beau pays a droit, à tous égards, à Tattention de r£urope et surtout aux sympathies de la France, qui peut se montrer 0ère du Canada dont elle fut jadis la mère-^patrie, et dont nous venons d^enregistrer les brillants travaux.
M. Logan a reçu la décoration de la Légion d'honneur pour ses travaux géologiques, et la grande médaille d'hoi^neur. Une médaille d'honneur et diverses autres récompenses ont été égal^ent accordées aux produits du Canada.
Le nombre des articles qui se trouvent au département américain de rExposition universelle, est petit, comparativement à la force industrielle et commerciale des États-Unis.
Bien que cette contribution au concours des nations soit ainsi limitée, ceux qui sont au courant des statistiques savent que le commerce des États-Unis est plus important avec la France que celui de n'importe quel autre pays, excepté TAngleterre, d'une valeur réellement plus grande que le commerce réuni du Zollverein et de T Autriche.
Un motd'explication est donc nécessaire pour rendre compte de cette lacune apparente à TExposition française.
Le gouvernement des États-Unis, se conformant à son principe qui est d .Ujandonner les affaires commerciales exclusivement aux entreprises des particuliers, n'a fait aucune espèce d'appropriation pour les dépenses de T Exposition américaine à Paris. Les nécessités du service naval n*ont pas même permis au gouvernement d'employer un navire, comme en 18$1, pour le transport des marchandises à travers l'Océan.
Tous les articles venus des États-Unis ont donc été transportés aux frais des particuliers et seulement introduits en Europe parce qu'on les envisageait comme une chose de rapport pécuniaire.
Beaucoup de fabricants qui n^entrevoyaient aucun débouché en Europe, pour l'écoulement de leurs produits, à cause des
1. Ces pBâimiiiidres et raTtide de H. Goodyear sont dus à M. Oanid Gilman» MCftoiie dm Comité eeutnl des commissaires d«8 titafs-ITnis à rEapositioa univenelle.
droits, ou pour d'autres raisons, n'ont pas trouvé les motifs de
concurrence suffisants pour se détenniner à envoyer à l'étranger leurs marchandises.
De leur côté, les planteurs ont senti que le coton, le froment et le tabac des États-Unis étaient trop bien connus pour que Ton pût compte^ sur une augmentation de vente,, résultant de leur simple présentation à l'Exposition universelle.
On peut ajouter aussi que Von a fait circuler très-imparfaitement les annonces préliminaires du grand concours de 1855 de l'autre côté de l'Océan.
Par ces raisons, on peut voir que ce n'est pas un manque d*amitié à leur plus ancienne alliée, la patrie de Lafayette, qui a empêché les États-Unis de répondre plus complètement aux invita fi) lis de la France.
La présence d'un commissaire, envoyé presque de chaque État, entre le Maine et ta Californie , avec mission de représenter les intérêts américains à F Exposition, d'en rapporter les résultats et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour augmenter le commerce entre les deux continents, est une marque certaine de Tappréciation que fait le peuple des États- Unis de ce grand concours.
. Dans cet article nous nous proposons de donner des développements sgr les principaux produits exposés au Palais de rinduBtrie.
Les collect ions de M. Goodyear occupent une grande partie de l'espace assigné à rExpositiou universelle aux Ëtâts-tnis. Biles se composent d'articles manufacturés par ses procédés de vulcanisation, et avec Tautorité de ses brevets dans les difTérentes parties de TAneien et du Nouveau Monde.
Le tout est placé sous le drapeau américain comme une preuve du génie inventif qui a déduit d'une combinaison de substances végétales et minérales^ ce qui est supérieur à l'une
ÉTAT&.ITN1S m
èt l'autre de ces substances dans leurs propriétés particulières, et comme étant destiné par ses applications infinies à affecter les intérêts du monde industriel tout entier. Le nouveau métal, aluminium, que Ton a soumis dernièrement au public , ne possède pas des qualités plus importantes et est susceptible d'npplications mOmc moins variées que la matière qui reml^ace déjà les métaux eux-mêmes.
L*inventeur de ces remarquables procédés, qui donnent aux gommes simples, d'un climat tropical, les propriétés du bois, de rivoîre, de Fécaille, de la corne et de la baleine, aussi bien que celles du cuir, du drap et du papier, est un naturel de New-Havon, dans l'état de Connecticut , États-Unis d'Amérique. Apres une longue série d'expériences, dans lesquelles il rencontra des obstacles innombrables, il découvrit, durant rhiver de iBâ9 à ië40, une méthode par laquelle la substance en question pouvait être rendue insenâble aux extrêmes froids et chauds, sans rien perdre de son élasticité naturelle , de son imperméabilité à l'oau et de sa résistance aux acides.
Ce procédé fut inunédiatcmcnt breveté, et dans les différentes parties de T Union s'élevèrent des fabriques pour les chaussures, les vêtements, les tuyaux, ressorts, et suspensoirs, et autres articles moins importants sur une plus grande échelle. Mais M. Goodyear ne voulut pas en rester 1è avec sa première découverte, quelque satisfaisants que fussent les résultais. Il était continuellement occupé à de nouvelles expériences, ayant pour but d'améliorer le procédé de vulcanisation en adaptant la matière à une plus grande variété d^isages. Chaque forme nouvelle que recevait cette substance mobile, donnait naissance à de nouvelles branches de manufactures, en stimulant le génie de l'inventeur. A la fm, il arriva au procédé par le moyen duquel la dureté et la solidité pouvaient s'ajouter aux autres propriétés de la substance vulcanisée, amélioration d'une importance même plus grande au
m i^XPOSlïlON UNiVËRS£LL£.
monde industriel que la découverte primitive. Cette nouvelle
invention a été brevetée en 1849 et de nouveau en 1852. Déjà la matière dure qu'elle produit est devenue en France, où JMnvention est restée quelque temps, une branche importante de fabrication ; et comme la notion de son application universelle s*e8t répandue, des mesures ont été prises pour l'introduire dans tous les pays manufacturiers.
Il est juste de remarquer que la cunliance accordée à Tinventeuj', n'est pas seulement due à la découverte de deux procédés par lesquels on obtient la substance vulcanisée dure cl moUe, mais à la patience et au génie inventif avec lesquels il a fait l'application de la matière.
On peut se faire quelque idée du nombre et de la variété de ces applications en examinant les culleclions que M. ( loodyear a placées à l'Exposition universelle de l'aris et au Palais de Cristal de Sydenham. Presque toutes sont décrites au long dans un ouvrage de deux volumes , écrit- par M. Goodyear. On Ta imprimé sur la partie molle de cette substance et relié avec la partie dure.
En exanjinaiiL atlcutivement les dilTérenL-^ ai iicles exposés par M. Goodyear, on découvrira qu'il n'y a pas un seul groupe, à peine une seule classe, dans la division de T Exposition faite par la commission impériale, oii la substance vulcanisée ne joue un rôle de plus ou moins d'importance. Elle est indispensable à beaucoup de branches d'industrie, avantageuse h d'autres, utile h toutes.
Dans les classes assignées aux produits naturels oîi sont rangées les matières premières, les usages de cette substauce sont moins directs, mais on s'en sert encore. D'un autre côté, on le trouve à l'Exposition des Beaux-Arts, et les peintres, sculpteurs, lithop;raphes et graveurs en font des applications importantes.
. Les limites de cet article sont trop étroites pour admctti'e
line énumération complète des articles manafactorés dès à
présent sous le nom de M. Goodyear. jNous dirons seulemeiit que les avantages qui résultent de la fabrication de ces divers articles en caoutcliouc diffèrent en beaucoup de cas. Ils se recommandent particulièrement par le bon marché, Texactitude à fi*adapter, la force et la beauté.
Ges qualités dépendent des propriétés de la matière vulcanisée qui peuvent se résumei de la luaiiière suivante : élasticité, malléabilité, — durabilité, — insolubilité, — résistance à la
chaleur et au froid , — inhadésivité , — imperméabilité aux gaz de Tair et aux liquides, — plasticité, — facilité à recevoir toutes les formes de la peinture, — > facilité à, être orné par la peinture, le bronze, la dorure, Téroail et le mélange des
couleurs, — qualités non électriques.
Le jury international a accordé à M. Goodyear la grande médaille d'bonneur.
«L*une des découvertes qui feront le plus d*hoimeur à t*arquebuserie contemporaine est aussi due à un Américain, M. le
colon( l Samuel Colt. Une réforme véritable s'est produite dans la fabrication des armes à feu depuis qu'il a appliqu»' à cette espèce d' animes le principe de la répétition des décharges et de la révolution de l'appareil. C'est après de nombreuses tentatives que le colonel Samuel Colt est parvenu à résoudre ce problème. Aujourd'hui, les résultats obtenus désespèrent ses nombreux imitateurs qui ne pouvant plus perfectionner son principe sont condamnés à rétrograder dans les \ oies battues, et à reprendre eu souâ-œuvre les inventions imparfaites de nos aïeux en leur donnant un air de nouveauté. Car ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a essayé d'obtenir d'une arme à feu plusieurs décharges successives, et cela au moyen d'une culasse tournante, i
il existe en Ëuiope, dans les musées d'antique, de nom-
iSS EXPOSITION UNIVERSELLE.
breuscs ébauches qui prouvent jusqu'à quel point nos ancêtres s'étaient préoccupés de la question. Aiiisi , l'on remarque dans la galerie des armures de la Tour de Londres, un fusil à mèche que Ton suppose appartenir aa xv* siècle , et qui est muni d*uae culasse tournante. Des échantillons analogues se retrouvent au Musée d'artillerie et à Thôtel de Gluny à Paris, au Château de Warwick, à la rotonde de Woolwich, au Muséum du Service Uni en Angleterre, et aussi en Autriche, en Prusse, etc.
Malheureusement, Texpérienee prouva que les armes ainsi construites offraient plus de danger pour celui qui les mettait en jeu que pour Tenneroi à qui la décharge était destinée. La balle déviait dans d*étranges proportions; souvent le feu prenait a la lois dans tous les compartiments qui renfermaient la poudre ; plus souvent encore le coup râlait ou l'explosion faisait éclater le tube métallique.
BL Samuel Golt a prévenu tous ces inconvénients par d'ingénieuses combinaisons qui , loin de compliquer Tappareil, en ont simplifié le mécanisme. Il a surmonté avec un plein succès toutes les difficultés qui se présentaient dans la construction de ces armes et devant lesquelles avait échoué le génie de nos aïeux.
Ce n*esft pas que , dès le début , il n*ait eu à répondre k une foule d'oppositions et d'objections élevées contre son projet par les gens versés comme lui dans le métier de la gtierrc et les connaissances des armes. Les militaires et les hommes spéciaux se moquèrent de son idée comme d'une chimère insensée : < Ces armes devaient constamment se déranger. ~ Elles prendraient trop de temps pour être rechargées. — Elles devaient rater fréquemment, sinon toujours , etc. >
Au lieu de se laisser abattre , le colonel laissa dire les détracteurs et poursuivit la réalisation de sa découverte. On doit d'autant plus lui savoir gré de cette persévérance, que lorsqu'il commença ses recherches, il ignorait le premier mot des
essais dans le même genre qui avaient été faits , avant lui , essais dont il n'a pris connaissance que plus tard , lorsqu'il a eu atteint la dernière limite du perfectionnement. ^La construction du revolver, c'est le nom que M. Colt a donné à l'arme de son invention , est remarquable de simpli-
cité. On peut s'en convaincre par les échantillons exposés au palais de l'Industrie.
Une culasse cylindrique, renfermant six chambres destinées à recevoir la poudre et les balles, se meut autour d'une broche-mère. Un engrenage circulaire , composé de six dents, se trouve à la base de cette culasse entre chaque cheminée et correspond à des crans d'arrêt creusés dans la batterie. Quand la batterie est baissée, toute explosion involontaire est impossible , le feu ne pouvant avoir lieu que lorsque la chambre et le canon sont en ligne droite. Un levier fortijngénieux , destiné à maintenir la culasse dans une position fixe pendant la chute de la batterie, sert aussi h bourrer l'arme, quand la batterie levée laisse le cylindre libre et mobile et les chambres accessibles à la baguette. L'arme se charge avec uno rapidité fort grande : on n'a qu'à verser la poudre dans chacune des chambres , et les balles une fois placées sans bourre et enfoncées par le levier, on revêt les cheminées de capsules ; alors une simple pression de la détente , après qu'on a ramené
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
la batterie à son second cran , produit Texplosion qui , dans les
mêmes conditions et sans se recharger, se répétera six fois et peut être j^resquc continue, si l'on a soin de se procurer une certaine quantité de cylindres chargés à Tavance que Ton peut remplacer avec une grande rapidité.
La batterie complètement levée sert à viser avec le point de mire. La portée de l'arme est d'environ 550 mètres , avec pénétration proportionuel io.
Lue enquête sévère de tir, poui'suivie par le bureau d'ordonnance des États-Unis, a établi que les revolvers étaient moins susceptibles de se déranger que tontes les armes à feu connues, j
Une des particularités qui distinguent l'invention si remarquable de M. Colt , c'est que la presque totalité des parties de l'arme est tYiite à l'aide de macbines. Ce mode de fabrication hii permet de livrer des revolvers au commerce, à on prix éminemment réduit; de plus, remploi des machines assure la plus parfaite jmfonnité dans tous les détails de la fabrication, de telle sorte que , si, par suite de l'usage ou dans une bataille l'arme venait à s'endommager ou à se rompre , on pourrait avec ses débris refaire imnu'^diatement de nouvelles armes en parfait état. La platine, le fût, les montures, le levier, la baguette, sont travaillés par des appareils spéciaux ; la main de Touvrier n'intervient que pour Tassemblage de ces diverses parties, le polissage et rornenienlation.
M. Colt fabrique des revolvers de cinq grandeurs diU'érentes. 11 a appliqué ses procédés à la carabine qui est devenue ainsi une excellente arme de cavalerie. Le gouvernement américain lui a accordé son patronage ; après de nombreuses expériences faites aux États-Unis dans les guerres de Floride et du Mexique, M. Colt a mérité la médaille d'or à l'exposition de New-York, et les sullrages ofliciels du Congrès américain. La ranommée la plus flatteuse et la plus étendue a accueilli cette
découverte qui , en augmentant les dangers de la guerre , contribuera sans doute pour beaucoup à Tavénement de la paix
universelle. En attendant, M. Colt emploie dans son importante fabrique de Hartford de quinze cents à dem mille ouvriers qui ont fondé la cité de Goltville. En 1851, il a établi pour suffire aux nombreuses commandes, une fabrique succursale à Londres même; et pour juger de la prospérité de ce nouvel ùtablissenient, il suffira de dire qu'il s'y fabrique plus de mille armes pyr semaine.
M. bamuel Coit a obtenu une médaille de première classe.
Bien que Tabstention des exposants de P Union soit presque
générale, et que Ton ne puisse guère se former une idée de l'impu» lance do ce peuple d'après les rares échantillons ([u'il fournit de ses produits climatériques ou industriels, néanmoins on ne saurait méconnaître chez lui les traces d'une civilisation trèMvancéeetderesprit inventif» audacieux, qui prédomine dans chacune de ses manifestations individuelles ou nationales. 11 a suffi, pour s'en convaincre, de parcourir la section dos machines et d'embrasser dans une vue rapide les appareils ingénieux que les Américains de T Union ont inventés pour activer le travail dans toutes les branches de Tagriculfure et de rindustrie. Pour la moisson et le fauchage, ils ont substitué à la main-d'œuvre , toujours rare et coûteuse à la campagne pendant la saison d'été, des machines qui opèrent la même besogne avec une grande économie de temps.
Nous citerons le moissonneur -faucheur de M. Wright (médaille de deuxième classe), celui de M. Manny (médaille de première classe), enfin la fameuse machine à moissonner de M. Mac-Cormick% qui obtint ù Londres lu council mculaL Au ( iicours de Trappes, le public et le jury ont constaté sa supériurité sur toutes les autres machines du même genre. Aussi cette puissante moissonneuse de M. Mac-Gormick a-t-elle
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
obtenu la seule grande médaille d'honneur décernée par le jury international à la troisième classe, comprenant les produits et routillagc agricoles.
fpius (oio , M. Th. Blanchard , inventeur émérite , avait exposé plusieurs appareils remarquables, dont un, destiné à
courber le bois , est appelé à rendre d'immenses services^ta ateliers industriels, tandis que Tautre sert à reproduire, avec une réduction quelconque sur marbre, agate et autres pierres dures, les bustes et les camées de tous genres et de toutes dimensions. Nous rappellerons, en passant, les machines à coudre de MM. Singer et Seymour. j
L'Amérique avait encore envoyé une superbe collection de minerais de fer et de cuivre, des échantillons d'or et d'argent massifs, des aciers ouvrés, des cotons de la Caroline du sud et un baril tubulaire, inventé par M. Pearsal, pour la conservation des substances végétales.
L'exposition des meubles se trouvait réduite à quelques tours de force d'ébénisterie, analogues à nos meubles h lont faire. Ainsi , une chaise en noyer sculpté présentait un mécanisme particulier qui, par le simple balancement de la chaise, met en mouvement des éventails. MM, Storm frères, de Nyaok, ont également tiré un merveilleux parti du bois de cèdre et de sapin , en fabricant de charmants objets tfels que seaux , baquets et barattes, etc., dont la mode a déjà consacré l'usage en Angleterre.
Le hache-paille de M. Pitts, à New-York, et sa machine à battre ont obtenu la médaille d'honneur. La même récompense a été décernée à M. Klîne, de New-York, pour ses chronomètres de marine, et h M. le lieutenant Maury, de WashhigLon, pour ses romarqu.iblcs travaux géographiques, cartes de tempêtes, cartes-pilotes, etc. , etc.
Le jury a récompensé d'une médaille de première classe MM. Laad et G*, facteurs de pianos à Boston, et d'une mé^
ÉTATS-UNIS. m
daille de deuxième classe MM. Gemuoder et Mirmont, luthiers à New-York.
ËDfin, M. le commissaire Elliot, par les soins de qui les produits si intéressants de la Caroline du Sud, ont figuré à l'Exposition, a reçu une médaille de deuxième classe comme
récompense du zèle qu'il a déployé dans cette occasion. Sans M. Elliot, le jury n'eût probablement pas eu à apprécier les 8iq>erbes échantillons de riz, dits à long grain, provenant de chez M. le colonel Allston, qui a pour cette culture reçu la médaille de première classe. Les cotons non moins remarquables de Mm. See Brook et Mickell, ont été honorés l'un et l'autre de ia même récompense.
CONSERVES ALIMENTAIRES
La conservation des substances alimentaires préoccupe au plus haut degré les esprits sérieux. La solution de ce problème,
sans être compl^îto, se présente déj,'ï sous un jour favorable. Les savants ont creusé la question: des indiishiVIs audacieux ont appliqué les procédés indiqués ; (il aujourd'hui, en ce qui touche la conservation des viandes et des légumes pourPusage des armées en campagne et de la marine en général, à part quelques perfectionnements que le temps amènera, on n'a plus rien h désirer. Moinoutniiruu iit^ nous nous bornerons à citer les noms des inventeurs et des industriels en possession des procédés principaux que Texpérience et une riche clientèle ont consacrés. Ainsi, nous avons remarqué à TExposition de 1855, les viandes conservées en boîtes, d*après la méthode de M. Appert, les légumes desséchés, avec ou sans compression, de MM. GhoUet et C% qui exploitent les procédés de M. MaSvSon.
Dans le compte-rendu de la visite du prince Napoléon à la XI* classe , le Moniteur du 8 septembre 1855 dit qu*en pre- ' mière ligne il faut citer les conserves- de légumes préparées
d'après les moyens inventes par M. Masson. Le magnifique étalage do ces précieux approvisionnements de mire armée et de notre marine, dans la glorieuse campagne qu'elles soutiennent en Grimée , ne pouvait manquer de recevoir de Son Altesse Impériale des témoignages d'autant plus expansifs que le prince a vu par lui-même quels services et quelle commodité d'expédition étaient parvenus à réaliser MM. Chollet et O,
CONSERVES ALIMENTAIRES m
qui n'ont pas fourni aux arm^'cs alliées moins de (juarantedeux millions de rations dans une campagne.
> M. Ilasson est parvenu à loger, dans une caisse d'un mètre cube de 30 à 55,000 rations de légumes inaltérables et antiscorbutiques, pouvant, dans une tranchée, être mis à Tabri des boulets et des bombes, et assurer aux places fortes et assiégées une alimentation dural)le et abondante. M. Masson a comprimé aussi des farines et en a montré au Prince un échantillon qui, comprimé en 1850, n'avait subi aucune altérflition. •
Une lettre de M. Tamiral Hamelin au ministre de la marine
constate (|ue bien des malades atteints du scorbut ont du leur ■ guérison aux légumes conservés de la maison Ghollet et C".
Cette lettre contient ie passage suivant : ■ Nous nous trou- «vions menacés par une épidémie de scorbut; mais depuis «que Tuâage de ces légumes est généralisé, ramélioràtion se «prononce : te boursouflement, les ulcérations des gencives «disparaissent et un mieux sensible peut se constater dès « aujourd'hui. » Et plus loin, eu demandant au ministre un nouvel envoi de légumes conservés, M. Tamiral Hamelin ajoute : < Vous nous conserverez intacts des équipages qui « n*ont que trop longtemps souffert déjà, et vous attacherez « votre nom à un des progrès les plus notables qui aient été « apportés à ralimeniaUon de la Hotte. »
M. Masson, qui a déjà été décoré de la croix de la Légion d*honneur, a reçu depuis quelques années de brillantes récompenses à toutes les expositions, tant françaises qu*étrangères. A TExposition universelle de 1855, te jury international lui a décerné la grande médaille d'honneur.
C'est en 18/i5 que M. iVlasson fit connaître les nouveaux et ingénieux procédés auxquels son nom demeure attaclié pour assurer la conservation parfaite des plantes potagères. Mais ce n*est que vers 1850 que fut résolu le problème de la dessin*
cation unie à un puissant système de preadon hydraufique.
Cette double combinaison devint l'objet de brevets que M. Masson céda à la société fondée par M^^Chollet qui avait entrevu Tavenir réservé à cette invention.ULa science confiait à rindustrie le soin de faire fructifier des découvertes qui avaient pour but de donner en hiver à TlHMnme une nourriturc rafraîchissante et saine comme celle que la terre lui prodigue dans la belle saison. «
Le développement qu a pris celte industrie, pour l'approvisionnement de Tarmée et des flottes et pour Talimentation civile dans laquelle les conserves Ghollet ont conquis leur place, atteste Tintelligence et les persévérants efforts des acquéreurs des brevets de M. Masson. Car, lorsque la Société Chollet et G' se fonda, il fallait appliquer sur une large échelle les procédés de M« Masson ; créer tous les moyens d*exécution; les perfectionner tour à tour; étudier les meilleurs procédés de dessiccation et les applications de la presse hydraulique. Considéré au point de vue industriel et de son application en grand, le produit était nouveau; il était important de le l'aire accepter par le commerce, de le faire pénétrer dans les habitudes de la vie domestique et de le faire adopter ea outre par le gouvernement pour Tapprovisionnement de Tarméè de terre et de mer. La société Chollet et G', sous l'impulsion de son hal)ile chef, demeura à la liauteur de tant d'efforts à accomplir. Des cunimihc^ioiis d'examen turent provoquées; quarante commissions, en quatre années , se réunissent dans les ports de mer sur les instances de M. Chollet. Les premiers essais des ministères de la marine et de |a guerre révèlent d*abord la timidité et Tindécision ; puis chaque année les commandes faites par ces deux ministères s'accroissent dans les proportions suivantes : en 1851, 5:2,000 kil., en 1852, 47,000 kih, en 1853, 75,000 kiU, en 140,000 kil., en ISSS^ 900,000 kil. I 1856 donnera h millions secs, repré-
CONSERVES ALIMENTAIRES. S97
sentant 80 mîtKons frais. Quels services n^a pas rendus h nos
soldats et à nos marins en Crimée, cette quantité considérable de rations de légumes qui ont permis d'apporter dans leur nourritare la plus utile variétéj^
Ces nouvelles substances alimentaires végétales se recommandent, en effet, pour leur usage dans la marine par les avantages les plus précieux : réconomie, la certitude de conservation, la coniniodité de transport et In salubrité I Uéconomie se démontre par ce simple chitlVe, à savoir, que le nouveau produit, appelé mélange d'équipage ou de troupe, et composé de carottes, pommes de terre, choux, navets, oignons, coûte 5 centimes par portion. La conservation est constaii t par des procès-verbaux ofiiciels dressés au retour des bâtiments à bord desquels des légumes desséchés avaient longtemps séjourné ; et la saveur de ces légumes a été unanimement reconnue par diverses commissions militaires ou scientifiques. Toutes ont déclaré que cette saveur était tellement parfaite quMl n^existait pas après la cuisson de différence appréciable avec les végétaux fraîchement cueillis. Les procédés de compression employés ont une telle puissance qu'ils réduisent le volume de manière à rendre l'ariinage on ne peut plus facile. Au nomlMre des avantages que nous avons signalés, la question de salubrité n*est-elle pas la plus intéressante? Or, la salubrité ressort de la simplicité môme du procédé : absorption de l'eau des végétaux pour empêcher hi fermentation; pression énergique pour en réduire le volume et en assurer la conservation contre rinfluence ultérieure de Tair humide.
L*extrait de la lettre de H. l'amiral Uamelin, que nous avons citée, prouve suffisamment, du reste, quels services les conserves Chollet (procédé Masson) sont appelées à rendre à notre marine militaire.
De son côté, le ministre de la guerre a pu constater l'utilité des mêmes procédés de conservation des substances alimen-
taires pour la fomation des approvisionnements des places et des années.
Ces procédés, sanctionnes depuis longtemps par l'opinion des corps savants et par les rapports d'un grand nombre de capitaines de navires; ces procédés, dont l'expérience a consacré la valeur, et que de hautes récompenses ont honorés, sont féconds en heureuses applications. M. Ghollet, obéissant à une haute impulsion , a appliqué aux farines le système de compression qui lui avait si bien réussi pour les légumes; et les résultats obteiuis laissent entrevoir un riche avenir à cette, nouvelle branche de l'industrie alimentaire, puisque ces farines, après de longs voyages, ont pu servir à la panification sans avoir subi aucune altération. Les conserves Choilet entrent, en outre» chaque jour, dans la consommation des ménages où se trouvent appréciées de plus en plus les ressources que présente à la maîtresse de maison , au chef de cuisine, cette immense variété de légumes desséchés, depuis la Julienne qu*il faut bien appeler de son nom , et les légumes ordinaires jusqu'aux légumes les plus fins» qu'on aime d'autant plus à retrouver dans l'arrière-saison, qu ils conservent la saveur des végétaux à l'état frais.
Tandis que MM. Ghollet et G" se livraient à la dessiccation et à la réduction des substances alimentâmes végétales, une autre maison, la maison Morel-Fatio, dirigée par M. Bollfus, s'était emparée, dès 1852, de la même pensée, et à l'aide d'autres moyens, il est vrai, elle en assurait également le succès. On sait que les légumes desséchés par le système Masson sont à rétat eru. La maison Morel-Fatio imagina de les cuùre avant leur dessiccation; elle appliqua à cette cuisson des procédés nouveaux, ingénieux. On comprend que, préalablement cuits, ces légumes n'exigeaient plus pour être consotnniés qu'une courte.ébulhtion. De lA, économie de t^jnps pour des troupes en campagne, économie de combustible pour la niasse
CONSERVES ALIHBNtAIRBS. m
des consommateurs. Les légumes Chollet et les légumes Morel- FaUo entrèrent donc en concurrence : York et Lancastre ; la rose roage et la rase blanche. — Les deux concurrents, trop intelligents pour ne pas comprendre que leurs procédés se complétaient Vm par Tautre, abdiquèrent leur rivalité et s'unirent dans une seule maison sous la double gérance de MM. Chollet et Dollfus, mais sous la raison sociale Chollet et C% juste hommage rendu au nom sous lequel s'était développée rindustrie de la dessiccation des substances alimentaires végétales.
Cette puissante maison compte aujoanf hui sept usines dans les contrées de la France les plus riches en légumes. Elle occupe dans ces usines, où deux cents chevaux-vapeur distribuent la vie et le mouvement, plus de douze cents ouvriers; elle consomme chaque année soixante millions de kil. de légumes; elle fournit à huit cents lieues de la mère-patrie tme saine alimentation aux soldats, aux marins français. Telle est aujourd'hui rimportance de cette industrie. V issi le jury international a-t-il dignement couronné tant de travaux utiles et tant de succès, en décernant à MM. GhoUet et G* deux médailles d'honneur. Tune pour Fapplication industrielle et la seconde pour le bon marché des produits.
M. Lamy, de Clermont-Ferrand, conserve dans leur état naturel toutes les substances végétales et animales les plus altérables, sans les soumettre préalablement à aucune dessiccation, cuisson ou compression, sans les enfermer hermétiquement dans le vide, sans les entourer d*une envelo|^ protectrice. Cette découverte est appelée à un ridie avenir si elle lient tout ce qu'elle promet. 11 faut attendre que l'expérience ait consacré les résultats que paraît obtenir M. Lamy, à en juger par sa vitrine où figuraient des gigots de mouton datant de plusieurs années, et des perdrix conservées avec leurs entrailles et leurs plumes. L'auteur de cette intéressante et
utile invention a reçu une médaille de deuxième classe, M. Lamy conserve le lait par les mêmes procédés.
L'art de conserver et de préparer les aliments se présente sous deux aspects bien distincts. Dans le premier cas, son but le plus immédiat est l'utilitc publique; il améliore le régime alimentaire des marins et des soldats qui peuvent ainsi se procurer à un prix ordinaire , durant un voyage en mer ou dans des contrées privées de toutes ressources, les légumes et les viandes indispensables à la nourriture de l'homme. Dans le second cas, au contraire , la conservaiiDU et la préparation des aliments a pour objet de flatter et d'exciter Tappétit des gens cilivisés, de combler leurs désirs les plus raffinés, et de développer chez Thomme, tout en lui donnant pleine satisfaction, les exigences de ce sens particulier, décrit, analysé, révélé pour ainsi dire avec tant de supériorité et de génie par Brillai-Savarin.
Les exposants , dont les produits se rattachent à cette dernière branche d'industrie « ont répondu avec empresse* ment à l'appel de la Commission impériale. Malheureusement, il ne suffît pas, pour apprécier le mérite de leur exposition, de voir sans y toucher les produits ranp^és derrière les vitrines avec toutes les apparences qui flattent l'œil. L'n examen plus complet est indispensable. Afin d'affirmer avec connaissance de cause que les volailles truffées de tel cuisinier sont préféra* bles aux galantines de tel autre, il faudrait au moins les avoir comparées par le goût ; et Ton devine combien il eût été onéreux pour les exposants de se prêter ainsi à toutes les investigations.
Cependant, on ne peut passer sous silence la beauté des conserves préparées par M. Charbonnel, restaurateur à Rennes. Le jury appelé à décider de leur mérite, dans un dtner offert le 8 juillet 4855, les a honorées d'une médaille de première classe. Dans le menu de ce fameux dîner, M. Ghar-
CONSERVES ALIMENTAIRES
bonncl avait fait entrer un saumon , — un turban de filets de sole aux champignons, — plusieurs entremets formés de petits pois, d'asperges, de plum-puddings , — une diplomate aux biscuits, raisins, pruneaux, etc. M. Gharbonnel, qui avait obtenu déjà une médaille à l'exposition régionale de Rennes, a fait de son art un culte et de su cuisine un temple, dont il s'est constitué le grand prêtre. Si jamais la marée venait à lui afire défaut, il ne se suiciderait pas comme Yatel, mais il se jetterait sans doute à Teau... pour aller lui-même chercher le poisson.
Périgucux, la capitale des truffes, a été représentée à l'Exposition universelle par les soins de M. Lasalvctat, fabricant de comestibles truffés. Ce précieux cryptogame exige pliis de précautions qu'on ne supposerait d'abord pour conserva longtemps la délicatesse de son arôme et la communiquer aux aUments avec lesquels on le prépare.
M. Lasalvetat excelle dans ce genre d'apprêt; et la réputation de ses pfttés, qu'il expédie dans tous les pays, lutte avantageusement avec les plus renommés du Midi. Quant à la
truffe brute, M. Lasalvetat la conserve par des procédés dont il a le secret et en fait un commerce qui ne le cède pour l'importance qu'à celui de ses terrines de foie gras et ses volailles truffées. Le croquis cirdesBUS des produits préparés par cet
exposant en traduira plus cloquemment qu'une sèche analyse les vertus et les formes appétissantes.
Le jury international a décerné à M. Lasalvetat une mention honorable.
Puisque nous en sommes à la trulTo, il faut bien dire un mot crime nouvelle conquête de l'arlx)! icuHufo (lui ne concerne pas seulement les gourmets, comme on le croirait d'abord, mais qui parait avoir une portée immense sous le rapport de la culture forestière. Elle a été révélée par Texposition des truffes conservées de M. Auguste Rousseau, de Carpentras (Vaucluse) , inscrit par erreur sur le catalogue et honoré par le jury international d'une médaille de deuxième classe, sous le nom de Moreau. Grâce à M. Rousseau, dont nous cioyons devoir rétablir le véritable nom, la reproduction de la truffe, annoncée tant de fois et toujours vainement, a enfin reçu une solution. Jusqu'à présent, on avait cru que ce cryptogame pouvait s'obtenir par des semis comme le champignon et la pomnif^ de terre; mais les e.'^sais l'ails, d'après cette hypothèse, avaient toujours donné des résultats négatifs. C'est en analysant sur la chair même de la tiniife, prise à des âges dilTérents, ses lois de croissance et de formation ; c*est en comparant les arbres sous lesquels elle se développe d'ordinaire, en étudiant leurs racines, en ^ appuyant en un mot sui" une longue série d'observations, que M. Auguste Rousseau a découvert le mode de reproduction de la f rufTo et l'espèce de chêne sous les racines duquel on peut la récolter le plus avantageusement. Il y a neuf ans que cet honorable industriel lit un semis de glands provenant de chênes verts reconnus bons trufllers. C'est autour des racines de ces arbres qu'il a fait la récolte des truffes exposées en 1855. Elles sont noires, d une qualité parfaite et d'une grosseur extraordinaire. T.es échantillons que le jury international a examinés étaient accompagnés de certificats qui constatent que les fouilles ont été faites à plusieurs re-
CONSERVES ALIMBNTAIBBS.
prises, en présence des autorités appelées à juger un si curieux résultat agricole. Après une attente de plus de huit années, le succès le plus complet a donc récompensé M* Auguste Rousseau, de ses recherches, de ses dépenses et d*études pénibles, qui pouvaient, sans l'Exposition universelle, denicurur ignorées ou infructueuses. Aujourd'hui, l'éclat de sa découverte lui garantit Tavenir* Voilà certainement une difficulté vaincue qui équivaut à une invention, et qui deviendra la source d*une grande richesse pour nos départements méridionaux.
Les pâtes alimentaires abondaient derrière les vitrines de la XI' classe. L'amidon, le gluten , le paiii d'épice, le vcrmiceilc, les macaronis, les nouilles, le sagou, la glucose, les se- HKHiles, les fécules, les biscuits, les orges et le miel, luttaient d*aspect et d'importance avec les cafés, les thés, les chocolats, les nougats, les fruits confits, les dragées, la confiserie, les liqueurs de table, les gelées de pommes, de coin, d'orange, le? cfiraiiit Is, les fruits au jus et à l'eau-de-vie, les sirops, les eaux distillées, les pâtes sucrées, etc., etc.
La médaille de première classe a été décernée à un grand nombre d*exposaifts qui s^étaient distingués dans les prépara* tîons des farines et pfttes pour les divers usages de la cuisine. C'est ainsi que nous avons à signaler les vermicelles de lu maison Benoît -Virlet (Moselle), le sagou et l'amidon de M. Bloch (Bas-Khin), les pâtes alimentaires de M. Magnin (Glermont-Ferrand), et celles bien connues de MM. Groult, les riches applications du ghiten employé pour potages ou pour biscuits , soumises à l'examen de la Commission impériale, par M. Martin et C", de Grenelle, et MM. Véron, Roy et Berger, de Poitiers. M. Durand, de Toulouse, qui s'occupe avec succès de la panification du gluten , dans le but d'augmenter le pouvoir nutritif du pain, et â*améliorer le régime alimentaire, a reçu une médaille de deuxième classe.
Les pâtes envoyées par les Etals sardes et la Toscane ont
a04 EXPOSITION UNIVERSELLE.
pleinement justifié la réputatiou proverbiale de l'Italie àam ce genre de production.
Les colonies de T Angleterre et de la France, et les États américains avaient exposé un riche contingent de fécules
extraites de divers arbrisseaux exotiques, parmi lesquelles nous citerons celles de manioc et d'arrow-root, envoyées par la Martinique cl la Guadeloupe. La Guyane anglaise, de son côté, présentait, en outre de ses cassaves douces et amères, une collection variée de matières féculentes, tirées de diverses espèces d*ignames, de la patate douce, de la banane, de la niangiie, et d'autres plantes encore. A l'aspect de ces produits, on sent que les colons anjjçlais se préoccupent beaucoup des moyens d'utiliser les richesses naturelles du sol qu'ils exploitent.
Cette XI* classe , dont la seule inspection ouvrait Tesprii aux idées les plus larges et les plus utiles, faisait fourmiller
devant les yeux une infinité de substances qu'il serait même impossible d'énumércr. hh prenaient place le rhum, les goyaues, les ananas, les pommes de liane, les mangots, les papayes, le tapioca, Talcottl et Tarak de la Béunion, les conserves de Californie, le thé du Brésil, les fruits secs et conservés de la Hongrie, Talbumine et la dextrine de la Bohême, les liqueurs et les essences de la Transylvanie, le miel du mont Hymelte , les genièvres de Belgique, les eaux-de-vie de grain de la Prusse et de rÂllemagne, les alcools de prunes de r Autriche, les alcools d*asphodèle de la Corse et de la Toscane, les alcools de sorgho, de safran, de topinambour, etc. Ces derniers produits pourront par la suite acquérir une valeur industrielle ; mais ils ne paraissent pas appelés à le disputer avec succès aux alcools de vin , de betterave et de froment.
La conservation du lait est un des problèmes vers lesquels se sont tournés dans ces derniers temps les efforts des savants ét des praticiens. On a essayé de pluâeurs moyens qui n*ont
CONSERVES ALIMENTAIRES. 305
réussi que très-iinparfaitemeiit ; les principaux sont : Paddition d*mie certaine quantité de sucre et la c oncentrationdu liquide diaprés la méthode indiquée par M. de Lignac. L'Angleterre, d*atitre part, avait essayé de conserver le lait en le
desséchant. M. de Mahi u, qui a abordé tout récemment lesdif. ficultés de la question, paraît s'en être tiré avec plus de succès. Le jury, après avoir examiné les échantillons de lait offerts par cet exposant, Ta honoré d'une médaille de première classe.
Parmi les produits de rindustrie destines à ralimeatation hun:ininp. les fromages de toute provenance occupent le pre-. mier rang , et les espèces les plus recherchées sont naturellement celles qui, par la consistance et la fermeté de leur pâte, peuvent résister aux voyages maritimes et de long cours.
Au milieu de ces espèces, dont le nombre est fort restreint, lu lioniagc do llullaiide est sans contredit le plus réputé, et il s'en fait une consommation considérable. 8on goût agréable le fait rechercher de préférence, et sa nature le rend susceptible de se conserver plus longtemps que les autres. Les annateurs et les négociants réclamaient qu'on apportât dans la fabrication des fromages de pâte dure des améliorations qui leur assurassent une plus longue conservation.
Après de nombreux essais, on croit être enfin parvenu à trouver une préparation convenable, qui assure la marchandise contre toute altération dans la majorité des ca&
La Hollande n'était pas seule représentée pour ce genre de produits. Sans parler des fromages variés que l'Angleterre utilise à l'approvisionnement de sa marine , et des fromages Parmesan, que les peuples de toutes les latitudes, à l'imitation des Italiens, mélangent au macaroni pour lui dom&c du montant, nous citerons les fromages de Gruyère et d'Auvergne, si répandus dans le commerce français, et les fromages de Roquefort exposés par M. Gibelin.
Tous les pays vinicoles de l'univers ont envoyé des échantilloDS à rExpositîon de ië55. Tous ont voulu disputer à la France cette suprématie du climat qui mûrit et dore le raisin. Inutile d*ajouter que, malgré le grand nombre des concurrents, le vin franrais l'a emporte sur toute la ligne.
La chambre de commerce de Bordeaux a offert les types les plus rares de ces crus immortels, qui ont nom Château- Margaux, Ghàteau-Latour, Ghâteau-Laffîtte» Léoville, Glos- Destoumel , Saint- Julien, Saint- Estèphe, Talence, Sauteme» Barsac, etc., etc.
Les vins de Bourgogne, dans toutes leurs variétés, ont soutenu par la délicatesse du bouquet, le moelleux de la liqueur, la beauté de la nuance, cette réputation incontestée dont ils jouissent auprès des fins gourmets. Les vins de Chambertin, de Romanée-Gonti, de Glos-Vougeot, de Hontrocher, de Saint- Georges, de Crasboudot, de Volnay, de Richebourg, emprisonnés dans d'élégantes bouteilles, excitaient la convoitise du public qui se pressait alentour avec autant de curiosité que devant les vitrines où reluisaient Tor et les pierreries.
Plus loin, le vin de Champagne, le plus illustre et le plus cosmopolite de tous les vins, défiait, par son aroroe fin et délicat, toutes les liqueurs mousseuses et pétillantes. L'Allemagne, la Suisse, la Russie nous envient cette fabrication, et cherchent à lui substituer une liqueur artificielle qui se vend à rétranger avec les étiquettes françaises. Mais notre Champagne est sans rival dans le monde ; il ne redoute ni la contrefaçon ni la concurrence , ni la protection des tarifs douaniers.
L* Autriche avait exposé aussi un grand nombre de vins fameux tirés de tous les points de son empire : Moravie, Bohême, Hongrie, Basse et Haute -Autriche, Transylvanie, Esclavonie, Styrie, Venise. Un magnifique et immense cône, formé de bouteilles, figurait de la manière la plus heureuse riniportancc de la ]>roduction des vins pour ce grand État.
CONSERVES ALIHENTAXEES. 307
Les vins de Tokay, de Menesch et de Vœslau, ont été les plus remarqués, ainsi que ceux de Pastory , de Rutter-Gréenzenguer et de Bude; mais les vins de Chypre et d*01ympe, exposés par la même nation, ont paru remporter sur tous les autres. Les États Sardes, la Suisse, la Toscane ont aussi présenté des vins empruntés aux meilleurs crus.
L'Angleterre a pu se distinguer en offrant à la Commission impériale du vin d'Australie et du vin de Constance.
Venaient ensuite la Grèce, 1* Algérie, le Portugal et TËspagne, dont les produits vinîcoles sont depuis longtemps appréciés.
L'Espagne fournit ù la France, h des prix considérables que viennent encore élever les droits de douane et d'octroi, un approvisionnement considérable de vins fins. Or, tout porte à croire que notre pays, si richement doué à tant d'égards, n'aurait rien à envier à TEspagne, pour la production et la qualité de certains vins, si des agronomes habiles, persévérants et consciencieux, s'ingéniaient à tirer parti, au point de vue viticole , des sols inexploités ou voués , par ignorance , à une culture impropre.
Ces considérations naissent d'elles-mêmes au souvenir du riche envoi fait à l'Exposition universelle par M. de Blanc-Moni< brun, ancien élève de l'École polytechnique, ancien capitaine d'artillerie , chevalier de la Légion d'honneur , aujourd'hui membre du conseil général de l'Isère. On doit insister sur des titres si honorables, quand l'homme qui les a mérités ne se tient pas pour satisfait de services distingués rendus sous les dra* peaux, et consacre, une fois rentré dans ses foyers, ses études, ses efforts, ses instants de chaque jour au développement de la richesse nationale.
M. de Blanc-Montbrun possède, dans le département de la Drdme, sur le territoire deLivron, un vignoble considérable dont la production doit désormais réduire d'une manière notable
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
Firaportation en France du fameux Xerh-secco. En efl'et, des œnophiles trës-distingaés de Paris et de la proYÎitce, n'ont pas craint de se prononcer de la façon la plus formelle, sur le caractère particulier des vins blancs de M. de Montbrun et de les
qualilier de Xérhs français. Le clou de la RoUèrej qui les produit, est situé sur les côtes du Rhône , à une faible distance et à l'est du chemin de fer de Lyon à la Méditerranée, et forme dépendance du château historique de la Rolihre où un roi de France reçut jadis Thospitalité. Gréé, en 1834» par feu M. de iilaiic-Montbrun, père, Tun des agronomes les plus distingués de la province, et complanté en plants du célèbre coteau de riTermitage, ce vignoble, déjà illustre, comprend près de 70,000 ceps, et présente une contenance d'environ sept hectares, susceptible d'être portée à dix, sans rompre la contiguïté* Or, une statistique donnée en 1855, par le Monitewr universel, évalue à cinq cents hectolitres la quantité de Xérh qui entre annuellciuent en France, et le clos de la Rolière peut fourjiir une portion notable de cet approvisionnement ; comme qualité d'ailleurs, le vin blanc ?^er de la Boltère rivalise avec le vin d'Espagne, dont il a mérité le nom par analogie de liqueur et de bouquet.
Deux jurys avaient déjà signalé la qualité supérieure du Xérès français : les vins blancs naturels de M. de Montbrun ont
mérité une médaille de bronze au concours régional de Valence (Drùnie;, en 1853; une médaille d'argent, au concours agricole de Lyon, en i85/i. Le jury international de T Exposition universelle a décerné une médaille de deuxième classe au vin blanc sec du clos de la Rolière^ qui se trouve ainsi classé au même rang que les vins de THermitage, de Bivesaltes, de Xérès, d'Alicante, etc., etc., renommés parmi les premiers crus du monde.
LaXYlI' classe, à laquelle se rattache dans toute sa richesse et sa variété le travail des métaux précieux, tels que Tor, Targent, 1(3 platine ou les alliages de ces métaux avec d'autres
moins estimés, comprend en outre les produits de la joaillerie et la généralité des bronzes d'art.
Les métaux précieux, transformés par ime main-d'œuvre habile ou associant leur éclat aux nuances plus vives et plus originales des pierreries, ont servi de tout temps à symboliser, dans ses expressions les plus diverses , individuelle ou collective, matérielle ou morale, la supériorité de l'être hum'un. .Si le chaînon historique n'était point interrompu, on apprendrait, selon toute apparence, que Thonneur d'une invention si charmante revient à la première femme. Une fois chassée du paradis terrestre, Ëve dut chercher sur le rivage les perles et les pépites d'or pour compléter sa parure trop primitivo. Plus tard, h l'imitation de la beauté, l'autorité civile et religieu&e choisit pour insignes les couleurs éclatantes du métal et des pierreries, qui lui donnèrent le prestige nécessaire aux yeux de la foule. G*est ainsi que prirent naissance Torfévrerîe, la bijouterie et la joaillerie, ces trois industries confondues ensemble depuis l'origine de la civilisation, et que notre époque seule a vu se spécialer, sous F influence du grand principe industriel, la division du travaiL
Il sufût de secouer la cendre des générations éteintes, pour se convaincre du perfectionnement que les peuples de l'antiquité ont apporté dans le travail des métaux précieux. La Bible nous apprend que les femmes des Hébreux se dessaisirent de .
leurs bracelets et boucles d*oreîIles pour fondre les vases sacrés. Naguère des archéologues n*ont eu qu'à gratter le sable du
Delta pour mettre à jour une infiiiitc de petits bijoux en or et en argent, débris précieux des parures qu'affectionnait la vieille Egypte. Dans l'Odyssée , il est dit qu'Hélène reçut pour cadeau de noces une quenouille d'or et une corbeille d*argent. Les armes de Glancus et des chefs troyens étaient faites d*or. Les divers métaox dont le bouclier d'Achille était composé prouvent au moins que les orfèvres du temps d'Homère connaissaient divers alliages propres à donner aux armes plus d'éclat et de solidité. Le luxe des Romains du Bas-Empire, qui consistait beaucoup dans Tétalage de pierres précieuses, taillées en camées, montées sur ciselure d'or et employées comme agrafes ou nouées en colliers, diadèmes et bracelets, se révèle, non-seulement dans les écrits de répoqu(\ h tel point qu'il est passé en proverbe , mais résulte en outre des fouilles opérées sur le vieux sol gallo-romain.
L*art de l'orfèvrerie, transporté à Byzance, modifié suivant des lois nouvelles, est np|iliqué au culte chrétien. Sous cette forme, il renaît en Occident, où durant le moyen Age il brille d'un vif éclat. Sans parler des modèles byzantins dont l'étude comporte de riches enseignements, les travaux de saint Ëloi, les châsses incrustées de pierreries, les calices, les reliquaires, les tryptiques, les reliures des missels, les ostensoirs et autres richesses conservées dans plusieurs églises de France et d'Allemagne, attestent chez les orfèvres de cette période, un talent d'exécution très-développé, et que nos bijoutiers contemporains ont de la peine à atteindre. Enfin, la conquête de Gon* stantinople par les Turcs pousse vers l'Italie les artistes dépositaîf^ des procédés que la Grèce avait transmis à Rome et plus tard aux villes d'Oiionl. On vit alors se dcNelopper dans rorfévreric la séve régénératrice qui s étendait également à toutes les branches artistiques. Les noms des orfèvres italiens
qui iliustrèrent la raiaissance sont familiers à tous les souvenirs : c^est Lorenzo Ghiberti, dont les portes du fiaptistère
florentin feront réternelle gloire; c'est Ghidandajo, que la renoruméc de Michel-Auge, son élève, n'a pas éclipsé: c'est eniin Benvenuto GelUni , le grand maître de la ciselure et du bijou, dont un grand poète moderne a pu dire avec raison :
. . . Devant Tait infini Dont la loi jamais ne change, U miette de Gellini Vaut le bloc de Ilidid-Aiige.
Après la célèbre salière de Gellini et le coffret Famèze, créations incomparables d* artistes sans rivaux, le m' siècle nous a laissé d'innombrables travaux d^orfévrerie et de bijouterie, œuvres d'une telle beauté, qu'on ne pt uL comprendre comment l'habileté humaine a suffi pour les créer. Âux chefsd*<Buvre de la renaissance, succédèrent les lourdes splendeurs du siècle de Louis XIII et de Louis XIY. 11 faut citer comme Tun des chefs-d'œuvre de cette époque, ce coffret magnifique donné, dit-on, par le cardinal de Richelieu à la reine Anne d'Autriche, et dont toute la surface est couverte d'un magnifi({ue rinceau en or, découpé à jour et exécuté pai- la main la plus habile et la plus sûre que Ton puisse imaginer. Quelques noms illustres d'orfèvres sont acquis à rhistolre : Jean Yarin, Claude Ballin, qui s'inspirèrent de l'étude du Poussin, Pierre Germain, le Corneille de l'orfèvrerie, et l'assassin Cardillac, qui reprit tout sanglant à la pointe du poignard un bouquet de diamants et de bnolettes, vendu quelques heures avant à un gentilhomme de la cour.
Sous Louis XY, Thomas Gennain, frère du précédent, fut le chef d'une école dont les ouvrages délicats flattaient, mais avec grâce, le goût frivole d'un temps de plaisir et de luxe. Le
style de cette époque, altération progressive de celui de. Louis XIY, eut cela de particulier, qu'à force de bizarrerie, il
était devenu origiiuil.
Sous Louis XVI, la bijouterie, moins productive, devint froide et avare d'orneiiients. L'exagération du style que l'on répudiait fut abandonnée pour suivre une voie tout opposée. Par une transition assez brusque dans les mœurs comme dans les arts, on revint à une simplicité presque austère, an culte de la ligne, à une espèce de froideur dans les formes et les ornements. Gouttière se montre comme l'inspirateur de cette nouvelle école, où il sut maintenir la perfection de la main^ d*œuvTe, et par le mérite de son orfèvrerie, en imposer le style à ses contemporains, qui le proclamèrent grand artiste.
Sous le régime révolutionnaire, l'orfèvrerie disparut pour ne se ranimer qu'avec l'Empire.
Depuis cette époque, l'art des orfèvres bijoutiers a subi plusieurs transformations : sans tomber dans une analo^e frivole, on peut dire qu*il a subi le contre -coup des événemenis poétiques et des péripéties sociales; il ne faut pas oublier, en elTet, que ce genre d'industrie est voué parnatui'e, à la satisfaction du luxe et des besoins aristocratiques.
Sous l'Empire, les orfèvres assujettis par le goût classique, encore mal formé , à une froide imitation de l'antique, s'inspirent, pour les grandes pièces, des dessins de Prudhon et dlsabey. Dans les eeuvres de deuxième ordre, les objets de bijouterie proprement dite, on vise à une simplicité qui se traduit sous la forme de losanges, de serpents, de scarabées ou autres dessins d'une mesquinerie déplorable. Néanmoins, Auguste , Bîennais et Odiot père, qui marchaient en tête de leurs nombreux concurrents ont laissé des œuvres d*une grande beauté , telles que le service en vermeil offert par la Ville de Paris à l'empereur Na[)oléon, à l'occasion de son sacre, la toilette de l'impératrice Marie-Louise, et le berceau du roi de
OBFËYRERIE. 313
Borne, ces deux derniers travaux exécutés par Odiot et Thoiiiire, le célèbre bronzicr, sur les dessins de Prudhon,
Dès le retour des Bourbons, le style change brusquement; tes imitations inintelligentes de Tantique cèdent le pas à un genre encore plus baroque, le genre dit anglais, importé en France par M. Odiot fils. Une orfèvrerie massive, des lii^nes heurtées, des formes lourdes et cxcentriquos, empruntées maladroitement au style de Louis XV, dont ( Iles exagèrent les défauts; telles sont les marques caractéristiques du genre anglais, dont la France s*est engouée de 1815 à 18d0, et qui domine même aujourd'hui dans certains produits exposés par les orfèvres de Londres, au concours de 1855. Néanmoins, il est une justice à rendre h nos voisins et h ceux de nos industriels qui ont puisé chez eux leurs inspirations. On leur doit d'avoir établi sur une grande échelle, la fabrication mécanique d*une certaine branche de Torfévrerie. Sans renoncer à la retreinte , au repoussé , à* la fonte et à la ciselure , seuls procédés connus de l'antiquité, du moyen âge ei de la renaissance dans le travail des métaux précieux , ils ont en recours à des appareils, tels que le tour, le laminoir et les matrices d'estampage employés jusqu'à ce moment dans des industries étrangères à Torfévrerie. 11 est résulté de ce perfectionnement une diminution notable dans le prix de la main-d'œuvre. L'argenterie et les bijoux sont devenus accessibles aux classes bourgeoises qui, séduites par le bon marché, ont quelque temps accepté ces nouveaux produits, sans trop se préoccuper de la forme et du style. Cendant, les orfèvres sortis de l'école d'Odîot père, MM. Lebrun et Durand , etc. , cherchaient à maîtriser les écarts de la mode et à la retenir dans les traditions de Tart et de la raison. Fauconnier, dont Barye, le sculpteur,* grava les estampes, fut en France, le premier qui s'inquiéta de rénover le style. C'est dans les ateliers de Fauconnier que se développa le talent si remarquable de ses
neveux, les frères F.Hinièrc, et de M. Rudolplii, son élève. IViaissi depuis 1830, l'orfèvrerie et la bijouterie ont déserté le terrain classique pour entrer dans la voie brillante des çh^fsd*œuvre qui ont assaré à la France une si haute supériorité, elles le doivent à Tinitiaiive de quelques hommes d'un grand talent, élevés à la même école qui a produit Victor Hugo et de Balzac, et imbus des souvenirs précieux de la Renaissance, recueillis dans nos musées et les plus riches colIccUons.
Charles Wagner, Froment- Meuricc, Wechtc, Lebrun, Durand, Rudolphi , ChristoAe, Duponchel» forment à côté de la pléiade littéraire, une pléiade artistique dont les œuvres seront Torgueil de notre siècle. Charles Wagner avait retrouvé l'art de nieller, tel que le pratiquait Maso Finiguerra. Froment- Mcurice vint après lui, et mit en œuvre une incroyable souplesse de talent , une grâce et une originalité avec laquelle il s'appropria tous les styles.
Le grand artiste est mort dans tout l'éclat de sa renommée , au moment où il achevait la merveilleuse collection qui a figuré à l'Exposition de 18o5. Des œuvres d'un haut mérite, sont les quatre coupes dépendant d'un service commandé par le duc de Luynes, et représentant le Printemps, Vfitc, V Automne «et V Hiver, Deux belles figures d'ivoire, la Léda de Pradier, la Naissance de Vénus ^ par Feucbères, justifient répithète de statuaire du bijou que Victor Hugo lui a donnée. Quoique son pavillon placé dans la nef ne renfermât pas tous ses ouvrages, ils étaient assez nombreux pour pouvoir être considérés comme Iç résultat de 3a vie. Jamais, peut-être, on n'avait contemplé un assemblage aussi vaste de pièces d*orfévrerie produites par un seul homme. Il est juste de mentionner que d*éminents artistes ont prêté le concours de leurs ins])irations à Froment-Meuricc, soit pour le dessin», soit pour la sculpture, soit pour la ciselure. Ainsi, indépendamment de Pradier, de Feuchères,de David d'Angers, nous citerons
ORPÊyRBRIB.
MM. Cavelicr, Geoffroy de Chaume, Fannière, Honoré et Poux, qui ont obtenu, à titre de coopérateurs , la médaille de première classe. La grande médaille d*honneur est échue à M. Wecbte^ Téminent ciseleur que TAngleterre nous a envié
et qui exposait ses chefs-d'œuvre dans les vitrines anglaises de MM. Hunt et Roskpll. Morel, le plus complet, le plus éblouissant et le plus audacieux joaillier de notre époque, a également mérité la médaille d'honneur.
Élève d*Odiot, mais plus encore élève de lui-même, M. Lebrun
fonda sa maison du quai des Orfèvres en 1808. En 1823, il obtenait sa première uiédnille; on 186/1, la grande médaille d'or, constamment rappelée depuis lors à toutes les expositions nationales. £t c'était justice. M. Lebrun est un véritable artiste qui, sans cesse au niveau du progrès, a fait faire un pas immense à l'orfèvrerie. Tous ceux^à partageront cette opinion qui ont eu le plaisir d*admirer à TExposition univers selle ses deux sceaux à frapper le Champagne pour M. de Rothschild ; — son magnifique thé pris sur pied champ levé ; — ses deux bouilloires. Tune en style mauresque, T autre délicieusement ornementée d'allégories aquatiques. — Son grand service de table complet, genre Louis XYI, et surtout cette merveilleuse tasse avec sa soucoupe, déjà si fort admirée à Londres, où elle transporta la réputation des frères Tannière, et dont M. le duc de Luynes disait dans son rapport : « Il est Impossible de s'imaginer un pareil chef-d'œuvre sans l'avoir TU... Jamais un morceau supérieur à celui-là n'est sorti de l'orfèvrerie française. »
Après un pareil éloge, émanant surtout d'un tel juge, que dire encore? Sinon (ju'il désignait d'avance l'éminent orfèvre à la récompense qu'il vient d'obtenir, la plus haute de toutes, la croix d'honneur^ digne couronnement de la longue et noble carrière de M. Lebrun.
MM. Christofle, Durand, Rudolphi, Duponchel, qui marchent avec ceux déjà nommés , en tête des orfèvres français, prouvaient par l'éclat de leur exposition qu'ils avaient compris toute Timportance de notre grand tournoi industriel.
Certes , Porfévrerie est au nombre des arts industriels qui
ont le plus élargi, dans ces derniers temps, leur sphère d'action. Vouée exclusivement, dès l'origine, au service des tetaples, elle a produit des chefs-d'œuvre ; mais elle a dû généraliser ses applications, simplifier ses procédés, étendre» en un mot, le champ de sa fabrication. Il en est résulté Torfévrerie de table qui devait, de nos jours, prendre un si large dévelop|)ement, grâce à de récentes découvertes qui amenèrent une énorme diminution dans les prix.
Une nouvelle industrie est en quelque sorte née du progrès de la sciepce.
Gomment Targenture galvanique a-l^elle en si peu de temps franchi Ténorme distance qui sépare la théorie de l'application
industrielle? Comment, dans celte spécialité de l'orfèvrerie de table dite groancne, s'est-elle concilié la laveur générale au détriment des autres procédés? En vertu de quels mérites a-t-elle réussi à prendre pied, même dans le domaine de l'orfèvrerie artistique, comme le prouve si hautement l'Exposition de 1B55 ? Nous devons, à n*en pas douter, de si éminents résultats au génie audacieux et persévérant des industriels qui, tant en Angleterre qu'en France, ont exploité les brevets des inventeurs et n'ont pas reculé devant les plus grands sacririGe&
Le nom de M. Christofle reste pour jamais lié au souvenir de cette conquête industrielle, qid doit être classée dès à présent
au premier rang des découvertes modernes. Pour justifier une si flatteuse considération, M. Christofle avait exposé dans la rotonde du Panorama l'une des plus belles œuvres de la France,
le service de 100 convorts, qui lui nvnit été commandé par r£mpereur. L^idée générale dont on s'est inspiré pour toutes les parties de cette œuvre grandiose, ne pouvait être mieux appropriée.
Quinze pièces principales composent le surtout, qui est une des œuvres les plus n marquables de T orfèvrerie moderne :
La pièce de milieu représente la France entourée de quatre statues allégoriques, figurant h Religion, la Justice, la Concorde et la Force ; elle distribue des couronnes à toutes les gloires; à celle de la guerre, représentée par un guerrieir dirigeant Tardeur de quatre chevaux attelés à son char : à celle de la paix, représentée par une figure montée sur un char traîné pnr des bœufs. Ces bœufs, dus à M. Rouillard, sous le rapport de la sculpture, sont le véritable chef-d'œuvre de ce grand travail. Gomme difficultés vaincues , la monture de la pièce de milieu a provoqué les éloges de tous les amateurs qui savent les soins minutieux , les efforts de patience et d'arl que ce genre de travail nécessite.
Quatre grandes t^ouj)e.> représentant le nord, le midi, l'est et l'ouest de la France avec figures allégoriques , et quatre candélabres représentant les sciences, les arts, Tagriculture et rindustrie rehaussent Téclat de cette magnifique composition.
Toutes ces pièces sont exécutées par la fonte et la ciselure ; quelques parties d'ornement sont en galvanoj>lastie.
Le plateau qui supporte les trois groupes du milieu n'est point fondu ; il est en laiton, ainsi que toutes les moulures qui sont étirées et ajustées.
Qaatre autres candélabres, représentant les attributs des sciences, des arts, de l'agriculture et de l'industrie, ainsi que dix vases en porcelaine de Sèvres, montés en bronze argenté, sont dignes de l'ensemble. La platerie proprement dite, qui se compose de casseroles, réchauds, saucières, supports
d'assiettes, compotiers, cloches, etc., est exécutée entièrement en ciselure repoussée, à Texceptiuii des supports, des réchauds, pour l'exécution de quelques-uns desquels ou a eu recours à ia fonte et à la galvanoplastie.
Nous devons à M. Ghristofle de savoir que MM. Gilbert, Dlebolt, Daumas, Gaodron, Briant frères. Monta gn y, Rouillard, Demay, etc., ont concouru à Texécution des modèles de ce grand Ira \ ail.
La critique a signalé, dans Fensemble de cette composition, quelques fautes regrettables, entre autres d'avoir placé, dans la pièce principale du surtout, la figure de la Religion au milieu de divinités mythologiques. Il serait injuste d*attribuer les erreurs ou les quelques imperfections qu'on remarque dans un vaste ensemble à un chef d'industrie, souvent débordé par les artistes qu'il emploie. Ces réserves faites, l'œuvre de M. Ghristoile, autour de laquelle la foule n'a cessé de circaler durant TExposItion, témoignage irrécusable d'admiration et de sympathie, mérite les éloges les plus complets. II est peu d'orfèvrerie qui puisse soutenir la comparaison avec cette main-d'œuvre, si riche et si fouillée. Le travail de la ciselure s'y révèle avec un rare degré de perfection. Le ton de l'argent mat est heureusement mêlé à celui de l'argent oxydé. La lumière joue, les toisons miroitent, les chairs respirentl les moindres détails de floraisons, de chevelures, de plumages, d'étonVs, les nuances les plus insaisissables, les intentions les plus idéales se touchent et se lisent sur cette trame oxydulée du métal assoupli comme un tissu. En un mot, jamais travail d'orfèvrerie n'a donné une aussi haute idée, des ressources artistiques qu'offre à nos manufactures Tintelligence des ouvriers parisiens. Le sol de notre France est si riche en talents de tout genre, qu'il a suffi, pour ainsi dire, d'un sunille pour les métamorphoser et créer une véritable légion d'artistes.
OLii.kiLics détails d'ornement ont étt; obtenus par un procédé de galvanoplastie fort ingénieux, foit simple, auquel personne n*avait songé avant MM. Ghriâtofle et Uenri Bouillet, ingé* nieur de rétablissement
La manufacture de Sèvres â exposé un grand nombre de vases, dont les garnitures sont exécutées par ce procédé et par cette maison.
En outre du service destiné à S. M. l'Empereur, la maison Christofle et G' a eiposé deux corbeilles à fleurs. La première est argentée ; deux cygnes sculptés par Gomolera forment les anses : cette corbeille appartient à S, M. TEmpereur.
L(; modèle de la seconde, ([ni est dorée, a été exécuté en bronze fondu, ciselé et doré, pour S. Exe. M. le ministre d'Ëtat ; celle-ci en est une réduction et est exécutée par la galvanoplastie.
On a aussi remarqué une pièce de milieu , une paire de candélabres et deux coupes à fruits, argentées, faisant partie
du service exécuté pour le ministère des finances; une autre pièce de milieu ot deux f^roupes dorés taisant partie du service exécuté pour M. le ministre des travaux publics; enfin une pièce de milieu de table argentée : les groupes d*enfants en argent oxydé représentent les travaux des arts, du commerce et de Tlndustrie répandant Tabondance sous la protection des aigles qui font partie du groupe du milieu. Cette ])ièce a été commandée par M. le comte de Morny pour la présidence du Corps législatif.
£n outre de ces magnifiques pièces, il en est d*autres d*une moindre importance. Nous mentionnerons les deux thés complets, thés émaillés, dontTun en argent et l'autre argenté se ressemblent tellement qu'il est impossible au toucher et à la vue de saisir une différence ;
Un service de dessert en ciselure et émail ;
Deux paires de candélabres en style Louis XVI', dont une à trois figures, genre de Clodioii;
Une paire de candélabres à têtes de satyres et médaillons ; une pièce de milieu de table , représentant un troupeau de chèvres surpris par des loups ;
Enfin une délicieuse pendule dont la composition est due au neveu de M. Christofle, M. Henri Bouilhct.
En deiiors de ces (Piivres qui ont avant iout une valeur artistique, on trouvait dans l'envoi de M. Christofle une foule d'articles pris dans sa fabrication courante, tels que plats, casseroles, théières, cafetières, couverts, etc., dont le travail occupe plus de 1200 ouvriers et ouvrières. Au nombre de ces pièces figurait un charmant service de 30 couverts destiné aux paquebots d . t icsôageries impériales, l u service de ce modèle pour 12 couverts ne coûte que 3,359 fr.
L^établissement de M. Christofle est le plus impartant dans son genre qu*il y ait en Europe. Jamais , chef d'industrie n*a su s'entourer comme lui de Taffection de ses ouvriers, unis dans une complète harmonie par les soins éclairés et paternels qui les dirigent.
£u terminant, il est utile de rappeler que pour la première fois en i%kk les produits argentés et dorés par les procédés électro-chimiques ayant apparu à une exposition nationale, le jury, frappé de Timportance que M. Christofle avait imprimée à ses opérations, lui décerna une médaille d'or.
En 18fi9, rexleiision considérable que cette maison avait donnée à Torfévrerie, son mode de fabrication, le choix des formes lui valurent une autre médaille d'or.
C'était la troisième que décernait à H. Christofle le jury français ; déjà en 18&9, présentant pour la première fois ses produits à une exposition quinquennale, il avait obtenu une première médaille d'or comme fabricant de joaillerie et de bijouterie.
En l^S.")] , le jnry de Londres honora d'une haute récompense l'industriel omincnt qui avciit popularisé en France les applications de réiectro-chimie. Mais le jury international de FËxposition universelle, voulant traduire sous la forme la plus éclatante la supériorité de M. Ghristofle» lui a décerné la grande médaille d'honneur.
L'industrie des hi uiizes d'art, qui occupe une si large place dans le travail parisien, et que l'étranger nous envie, prend son origine dans les temps les plus reculés. Les Hébreux, les Égyptiens, les Grecs connaissaient les procédés que nous appliquons aujourd'hui sur une échelle bien plus vaste; et leurs produits atteignaient un rare degré de perfection, k Rome, les portes des temples, les statues, les tables des lois étaient en bronze, le métal sacré. La renaissance s'empressa de recueillir la belle succession que le moyen âge , dans sa profonde indifférence pour tout ce qui relevait de l'art antique et païen, avait laissé se perdre sous les ruines de la civilisation romaine. Donatella, Lorenzo Ghiberti, Benvenuto Cellini, voulant iinprimer à Unirs œuvres une durée qui les plaçât à l'abri du temps, tirent revivre l'art merveilleux de travailler et de couler le bronze. Du premier coup ils gagnèrent ces sublimes hauteurs où les modernes ont peine à les suivre ; et la porte du Baptistère de Florence, dont M. Barbediennea ofTertunesî exacte réduction dans son trophée de la nef, demeure comme le modèle le plus parfait dont nos artistes i)uissent s'inspirer. En France, l'industrie des bronzes ne tarda pas à se populariser. Sous Louis XI Y et Louis XY elle brillait déjà d'un vif éclat; mais ses produits en général consistaient en vases dorés, chandeliers, croix d'église et autres objets destinés au culte. Boule est le premier qui ait eu l'idée d'appliquer le bronze à la décora lion intérieure , en le mariant sous des formes élégantes avec le bois sculpté et les mosaïques. Ses meubles illustres, ornés de beaux reliefs en bronze doré, ont
fait tout un siècle Tornement du palais de Versailles et des plus riclies hôtels de la noblesse franraise.
Les fondeurs de vjMc époque jouissaient d'une grande célébrité ; mais à l'exception des statues d*une certaine dimension et contrairement k l'antiquité qui connaissait les procédés de dorure, mais en faisait un usage très-sobre, la plupart des
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bronzes pour ameublement étaient recouverts de dorures d'une grande solidité. Les ouvrages de Boule subirent toutefois les lois de la mode et furent remplacés par de bizarres décorations. Aux pendules en ii»art[ueterie succédèrent les groupes en figures, accompagnant le cadran, et les foyers se décorèrent
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
de chenets très-riches. Sous Louis XVI, Gouttières se montra digne de la réputation des bronziers français; ce que Ton a conservé de ses ouvrages est irréprochable. Avec la Révolution, les fabricants épris du goût de Tantique, affectèrent une grande sévérité de formes et évitèrent soigneusement les couleurs éclatantes; ils appliquèrent l'or et Targent avec une sobriété tellement exagérée, que quelques années plus tard, le public, sous le coup d'une réaction facile à concevoir, hc prit d'un engouement effréné pour la dorure et les sujets romanesques, et entraîna ainsi les fabricants dans une voie de mauvais goût dont ils ont eu de la peine à sortir.
De 4806 à 1840, les noms des fabricants qui ont conservé les saint s traditions et ont mérité à ce titre les premières médailles dnns les expositions qui se sont succédé, sont ceux de MM. Déni ère, Tliomire, Galle, Ledure, Feuchères, Lechesne, Victor Paillard, Yittoz, Lerolle, Matifat, etc.
1840 commence une période nouvelle. Les artistes deviennenf plus nombreux. Une concurrence effrénée réduit les fabricants ù mettre en onivre divers procédés industriels pour amoindrir les prix de revient. L'industrie qui a pour but de produire, afin de vendre, ne peut pas maîtriser le public; quand celui-ci veut des produits de mauvais aloi sous les rapports de Tart, du travail et de la solidité, mais à bon marché,' le plus habile fabricant est obligé de renoncer à ses convictions et à ses œuvres consciencieuses pour se prêter à des exigences aussi impérieuses et qui, si elles n'étaient obéies, mettraient en péril sa situation commerciale. C'est ainsi que graduellement on vit s'abaisser la fabrication des bronzes à mesure qu*elle s'étendait et devenait d'un usage plus général.
Prise dans son état actuel et avec tous ses éléments, cette industrie nous est apparue, en 1855, sous un jour pUis favorable qu'à nos expositions antérieures; un mouvement d'ascension y semble général. I^os fabricants montrent plus de
BRONZES D*ÀRT.
scrupule dans l'exécution des modèles et dans le choix des œuvres.
M. Barye est un grand artiste. Il est le Bufibnde la sculpture. Il a étudié Tanatomie de tous les animaux créés par Dieu, laissant de côté Tanatoinie humaine. Les ours, les taureaux , les éléphants , les hippopotames et toutes ces monstruosités de la zoologie qu'un préjugé ignorant nous montrait difformes, il les a poétisés, embellis; et son ébauchoir puissant leur a restitué cette majesté grandiose qui , loin de déplaire, émeut et fait songer à Tinfinie puissance du Créateur.
Pourquoi M. Barye s*est-il fait fabricant de bronzes? G*est que la gloire ne suflRt pas toujours h un artiste. D*ai1leurs, depuis la mort dllonon' (loiion , le dernifM- roiKl(nir à la cire de notre époque, M. Barye se plaignait d'être mal inter[)rété.
Pour peu qu'on ait pris la peine d'étudier les procédés de la fonte à la cire et de la fonte au sable , on demeure convaincu que la première de ces deux méthodes offre seule au statuaire la certitude de voir son œuvre fidèlement, littéralement reproduite. Dans raj){)li( ation de cette méthode tout réussit k merveille , ou bien tout est à recomnionccr. C'e^t ce qui explique , outre la différence des frais, pourquoi les statuaires y recourent si rarement Dans la fonte au sable au contraire, si la reproduction est moins fidèle, si elle est presque toujours incompUMe, d'une exactitude contestable dans les détails les plus délicats, il n'arrive jamais qu'elle éclioue complètement. Une partie quelconque de la ligure vient-elle d'une façon trop grossière, on la coupe, on la recommence; et Toijtvrier ajuste les morceaux ; mais lors même que toutes les parties viennent également, il n*est guère possible d*évîter la ciselure. Or, la ciselure est un des fléaux de la statuaire. 11 y a bien i^en d'ouvriers assez habiles, assez seiisi's, pour respecter le jnodèle qui leur est coulié, assez adroits pour enlever les bavures du métal, sans enlever ce qui doit rester, assez famî-
liei's avec les lois du dessin pour comprendre oj finit la forme vraie, où connmcnce le caprice. La plupart des ciseleurs préfèrent le maniement de l'outil au respect de la forme. Au lieu de chercher la précision, la pureté, la vérité, ils prodiguent les coups de lime et les coups de ciseau jusqu'à ce que toutesles parties du modèle soient bien polies , bien lisses. Que la forme demeure ce qu'elle était, ou qu'elle s'altère , peu leur importe, et l'engouement de la foule pour le bronze nettoyé se charge de les absoudre.
Pour toutes ces raisons, et aussi en vue d'intérêts matériels qu'il serait maladroit de négliger, M. Barye s'est décidé à fondre lui-même et à ciseler ses œuvres, en un mot à devenir fabricant; et à ce titre, il s'est présenté à l'Exposition de 1855 où le jury l'a imuiédiatoment distingué de ses confrères'en lui déceniant la grande médaille d'honneur, bans insister sur les titres de M. Barye, il suffit de rappeler ses deux lions en bronze placés à l'entrée des Tuileries du côté de la Seine, et son fameux groupe intitulé : îe Combat du Lapithe et du Centaure. M. Barye a été l'élève de Uosio pour la sculpture, de Géricault pour la peinture, de Fauconnier pour la ciselure; mais combien rélève est-il aujourd'hui plus illustre que ses maîtres?
Que l'antiquité réclame et obtienne souvent la priorité dans le domaine purement artistique» nul ne saurait le contester. Mais quand la science se mêle de la partie, l'époque moderne, aidée do ce puissant auxiliaire, arrive à des résultats tellement merveilleux que l'imagination de nos pères, si multiple et si féconde, ne peut pas même revendiquer l'honneur de les avoir prévus. Cette remarque est applicable surtout à la découverte de M. Collas et à celle de M. Sauvage, qui inventèrent, il y a quelques années, une machine susceptible de reproduire avec une exactitude et une précision mathématiques, les chefsd'œuvre de la statuaire antique et enseignèrent des proc<'d(\s à l'aide desquels la réduction s'opérait mécaniquement à une
échelle déterminée. C'est en recourant à la machine de M. Collas, honoré par le jury d'une grande médaille d'iionncur, que M. Barbedienne a pu se procurer et faire couler en bronze les réductions de ces cheCs-d^œuvre de la renaissance et de l'antiquité que le public a remarquées dans la riche exposition de cet industriel : ici, le chef-d'œuvre de Ghiberti, la Porte du Baplislere de Florence; là, le Moïse de Michel-Ange; plus loin la Vénus de Mib, et enfin la statue de François P% d'après Clésiiif^cr.
M. Deuière fils, en prenant les rênes du vaste établissement . que son père a dirigé avec tant d*éclat depuis le commencement du siècle , avait accepté une dangereuse responsabilité.
Les malveillants n auraient pas maïKjué de lui reprocher les plus petites fautes; mais ce jeune fabricant ne leur a pas laissé la moindre prise ; et dans son envoi à l'Exposition de 1855, il a rehaussé pour ainsi dire la supériorité de la maison Denière. Ce sont des œuvres charmantes que cette coupe de bronze doré soutenue par trois enfants, et ce candélabre, d'une forme si légère et si harmonieuse, aux branches duquel s'entrelacent des enfants mutins , des pièces de gibier et des armes de chasse.
La maison Susse frères date du commencement même de notre siècle. En 1800^ Michel -Victor Susse, leur père, illustra la papeterie de luxe, et fut le créateur des mille petites fantaisies élégantes qui s'y rattachent; brillant début qui présagea les succès à venir, et que vint aussitôt couronner un brevet de rimpératrice Joséphine.
Plus tard , sous Fintelligente direction de ses fils, dignes héritiers de leur père, cette maison agrandit son cercle , et s'éleva rapidement à la hante réputation de spécialité, source artistique que per.->uiine ne lui cunlesLe aujourd'hui.
Avant sa féconde initiative, l'industrie des bronzes d'art existait à peine.
Les statuaires, dédaignant de signer les œuvres quMls abandonnaient au commerce, se contentaient de lui livrer de simples pochades, exécutées avec aussi peu de zèle que de conscience, et que s'appropriaient entièrement les inarchand& MM. Susse furent les premiers qui mirent aux bronzes quMls éditaient le nom de leurs auteurs^ jusqu'alors restés inconnus du public , et ce fut là un véritable progrès pour lequel une considération toute particulière leur est due, car la signature, imposant aux artistes une sorte de responsabilité, les contraignit à plus de soins, et tout à coup éleva le bronze d'ameublement à la hauteur de l'art Le Sonneur (TOUfant et la Châ£Blaine^ le Combat de Cftevaliers^ de M. de I^tieuwerkerke, inaugurèrent cette nouvelle tendance, et firent une véritable révolution dans le goût qui présidait alors au choix des modèles.
L'exemple était donné, de nombreux artistes le suivirent aussitôt : Duret, Marochetti, Mélingue, Pradier surtout. Ge grand sculpteur, que la France vient de perdre, honorait les frères Susse d'une amitié toute particulière. Il avait reconnu entre eux et lui une concordance d'idées qui le fit s'intéresser constamment au succès de cette maison , à laquelle il confia l'exécution d'une grande quantité de ses œuvres, notamment de la Sapho^ ce chef-d'œuvre dont l'Exposition vient d'aocrotire encore la popularité, devenue comme elle universelle.
On y remarquait encore C Enfant au Cygne ^ de Pradier; le Génie de la Chasse, de Jean de Bay ; grand nombre de groupes et de statuettes, produits de leurs manufactures de bronzes d'art, dont il serait beaucoup trop long de donner ici la nomenclature, plusieurs tableaux des premiers maîtres, mille fantaisies et créations artistiques dont les frères Susse sont souvent les inventeurs, et dont leurs Magasins de la place de la Bourse offrent toujours un choix aussi varié que complet, une véritable exposition ])ermanente, que les amateurs de tout rang et de toute fortune peuvent visiter chaque jour sans
aao EXPOSITION universelle.
avoir à se préoccuper des prix ; car un des nombreux services que les frères Susse ont rendus à Tart, c'est de savoir Tapproprier au commerce par le bon marché en conservant toutefois
les qualités essentielles, c'est-à-dire le fini et la bonne exécution. Les inléressaates galeries de MM. Susse en font foi.
Meubles et draperies de haut goût, grandes tables gothiques surchargées de tout ce qu'on peut rêver de plus élégant et de plus gracieux en fait de pendules» de flambeaux, de coupes, d*encriers, de presse-papiers, de petite ébénisterie sculptée, émaillée, ciselée, de tout style et de toutes sortes. — Partout des étagères et des vitrines toutes pleines de mille petits objets charmants. — Au plafond, des lustres bronzés ou dorés, parmi lesquels se jouent le gaz ou le soleil. — Aux murailles, des tableaux qui, seuls, mériteraient une longue visite. — C'est un intérieur comme savaient en peindre Rembrandt et Yau Ostade, c*est un Louvre en miniature, c*est un palais Pitti vu par le petit bout d*une lorgnette.
Inutile d'ajouter que les visiteurs n*y manquent jamais.
surtout aux approches des étrennes, où Paris tout entier 8*y donne rendei^-vous.
Ne terminons pas sans relever ici une opinion qui, du reste, tend à se modifier tous les jours. Bien des gens s*iniaginent
que les frères Susse ne sont que de simples intermédiaires commerciaux. C'est là une grave erreur, Non-âeulemcnt les frères Susse sont fabricants, mais encore bien souvent créateurs« G*est à ce titre qu*après de nombreuses et hautes réconn penses aux grands concours nationaux, ils ont obtenu la jmze medal à TExposition universelle de Londres, et une médaille de 1" classe à l'Exposition universelle de Paris, justes honneurs décernés à une maison qui sut toujours se maiiUcnir au niveau de sa grande réputation, tant parmi les artistes eux-mêmes que les frères Susse encourageaient de leurs capitaux, que parmi les amateurs du monde entier, qui longtemps encore se feront une gloire de posséder un bronze, une statuette, un tableau, une fantaisie quelconque éditée par MM. Susse.
Gardons-nous bien d'omettre M, Laureau, que le jury a honoré d'une médaille, moins encore pour ses imitations de bronze à base d'étain que pour la distinction toute particulière des moules dans lesquels il opère le coulage. M. Laureau a eu l'heureuse initiative d'appliquer l'étain à des œuvres d*art véritable. Aussi peut-il donner à un bon marché vraiment incroyable ses charmantes lampes à figurines et ses haromètres si artistiquement ornementés; — ses remarquables groupes d'animaux, parmi' lesquels il faut citer la Jument et spn Poukatif — * voire même son grand cartel allégorique, le Jour et la Nuitj — ses quatre grandes statuettes roythologitjucs : Vulcain, le Sacrificatenr, laNniadc et laCybele.
Mettre l'art à la portée de tous, c'est là un immense progrès dont les générations modernes seront en partie ^evables à M. Laureau. Aussi en ,est-4l déjà récompensé par le succès. H. Laureau n*était jqu'un simple ouvrier.
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
c'est maintenant Ym de nos premiers fabricants dé bronze» d'art.
Parmi les jeunes fabricants de bronze les plus justement récompensés par le jury, citons en première ligne M. Weygand, déjà remarqué très-honorablement à Londres, où il avait obtenu la prize medal. Bien qu'elle ne date que de cette maison s*est déjà placée à un rang distingué.^ Cest qu'elle réunit à la fois et l'activité commerciale et l'initiative artistique. M. Weygand ne se contente pas de recourir aux grands sculpteurs en vogue, il en cherche de nouveaux, il en devine, il en fait; car à tous ses bronzes, même ceux qui sortent d'une main jusqu'alors ignorée, il met courageusement le nom de l'artiste. C'est ainsi qu'il a pu populariser, et à des prix très-réduits, ces élégantes coupes, ces belles pendules, ces lustres si délicieusement variés, ces statuettes vraiment remarquables et ces groupes de premier ordre qu'on voyait h son exposition, entre autres : la Guerrcj de Benezech, symbolisée par trois enfants nus, trois petits héros d'un belliqueux entraînant. — La première Nuit (j^ecoU y de Jacquet : Adam, assis sur un quartier de roc, veille en pleurs en songeant à la terre à laquelle il est condamné; Eve, endormie sur ses genoux, la tête gracieusement rrjetée en arrière, sourit en rêvant au paradis perdu. L'idée de ce groupe, la perfection du modelé des deux personnages, ropp3âtion surtout des deux figures admirablement réussies, font de ce sujet de grande pendule un véritable chef-d'œuvre, et qui plus est un véritable succès. La maison Weygand est une maison d'avenir.
Dans l'exposition de MM, Alphonse Giroux, il est impossible de se créer une prédilection. Toutes ces richesses vous attirent , vous fascinent, vous troublent le regard et le sentiment.
On retrouve là des échantillons de toutes les industries élé-
gantes, mais aminées d*un reflet particulier de grâce et de fraîcheur, auquel on n'avait pas songé, en admirant les œuvres d^autrui, et qui réveille une sorte de sensibilité
toute mystérieuse , dont l'àme n'avait pas encore eu conscience. Ainsi, voilà un meuble travaillé par la main d'un sculpteur , obtenu par les procédés ordinaires, enrichi de mar- -queterie, d'incrustations, de bronzes, comme tant d'autres meubles analogues qui figurent à l'Exposition. Cependant, celui-ci porte en lui quelque chose d'indéfinissable, qui ne réside pas dans telle ou telle partie de l'œuvre, mais dans la composition générale, qui se dégage de tous les points à la fois comme une harmonie , et nous le fait préférer à tout autre. Ce quelque chose d'indéfinissable, de ravissant, de magnétique qui flotte en poussière dorée sur chaque objet jsorti des magasins de MM. Giroux : tel est le pourquoi de la grande renommée universelle qui attire dans leurs salons cojiiiiK; dans un musée la foule artistique des p:pns de goût, dès que saint Silvestre a soulevé le timbre de l' aimée qui commence.
Parmi les chefs-d'œuvre que MM. Giroux avaient choisis dans leur riche ccUection , et envoyés au palais de l'Industrie , la pièce la plus remarquable sans contredit , est la table à jeu
d'échecs que madame la comlesso de S n'a pas craint
d'acheter au prix de 12,000 fr. Ce meuble fait d'ébène, est sculpté avec la sobriété qui convient au caractère sérieux du jeu d'échecs, et rehaussé de bronzes dorés d'un goût simple et sévère. Le pièces du jeu, véritables chefs-d'œuvre d'orfèvrerie, à la place de la représentation traditionnelle, symbolique et bizan-e de l'ancien jeu d'échecs indien, otTrent une double série de figurines modelées en or et en argent oxydé, niellé .^t émaillé, dont les costumes de roi, de mite, de /ou, etc., sont empruntés au moyen fige pour les pièces blanches, à l'Orient pour les pièces noires. Les frères Fannière ont ciselé
avec amour ces ravissants bijoux pour la préservation des* quels deux cases, garnies de velours, ont été réservées dans
la table même.
Une volière jardinière en bois de poirier, fouillée de mille sculptures, avec quelques applications de bronze doré, appro»priées pour le style à la destination du meuble ; un reliquaire , dans le style renaissance, incrusté de malachite, d*aventur
fine, de lapis - lazuli , et renfermant une collection variée de caclicts, de couteaux à papier, etc., en argent artistique ; un colTrct à bijoux , d'une riche splendeur, dont les bandes d'acier poli encadrent, dans leurs ogives évidées à jour, les chevaliers de Charlemagne et de la table ronde ; enfin des écrans, des miroirs de toilette , des bénitiers , des vases à fleur en cristal et bronze doré, des médaillons, des fantaisies de tout genre, complétaient et distinguaient cette exposition si brillante, mais qui n'est que la préface des merveilles que M. Alphonse Giroux a préparées dans ses nouveaux salons du boulevard des Capucines.
Le jury international a décerné à MM. Giroui la médaille de deuxième classe.
C'est surtout à l'heureux choix des modèles que MM. Lerolle frères doivent la vogue qui s'attache aux bronzes sortis de leurs ateliers. Il est peu d*industriels qui aient fouillé avec plus de patience et de goût les collections de nos musées, pour
s'en approprier les richesses. L'un des deux frères Lerolie, sculpteur émérite, avait pris les leçons d un grand maître avant d'accepter une part dans la direction de l'établissement fondé par son père. Si tous les fabricants se mettaient ainsi en état de juger par eux-mêmes le mérite artistique d'un modèle, on veprait disparaître peu à peu le mauvais goût ; et la concurrence, préoccupée uniquement de perfectionner la fabrication, s'exercerait moins à spéculer sur l'avilissement des prix. C'est un
beau titre pour MM. LeroUe d'avoir résisté à l'entraînement général et d'avoir maintenu sans cesse dans Texécution de leurs produits les qualités qui les rendront durables.
Aux deux Expositions de 1834 et de 1849, le jury constatant cic si louables efforts avait décerné à ces fabricants une médaille d'ar2;ent. A Londres, en 1851, ils obtinrent la prize medal; et cette fois encore, le jury n'oublia pas de mentionner le développement considérable quHls avaient su donner à leur industrie. Enfin TExposition universelle de 1855 a mis le dernier sceau h la renommée de MM. Lerolle frères. Leur envoi, qui consistait en bronzes, statuettes, lustres, vases, pendules, torchères, <^tc., etc., a concilié runanimitc des éloges. On a admiré surtout la grande cheminée, style de Louis XYI, en marbre blanc et griote, soutenue par deux cariatides, avec pendule et vases. La grandeur des lignes d^ensemble, le travail exquis du bronze, son agencement harmonieux avec les teintes mordorées du marbre, donnaient à cette oeuvre un caractère monumental. Dans un autre genre, il faut signaler le magnifique groupe de Fraikin , représentant la Peinfure , la Scalpture et ï Archiieeture, Le somptueux bouquet de 24 lumières qui surmonte ces figures est d*iine légèreté ravissante. Enfin un surtout de table , acheté par M"* la princesse de Butera , dominait par sa grande richesse l'exposition de MM. Lerolle frères, à qui le jury international de 1855 a décerné la médaille de i"* classe.
Parmi les fabricants de bronzes d'art qui ont obtenu la médaille de I** classe, M. Marchand était Tun de ceux que Topi-
niuu publique avait désignés d'avance. Les deux magnifiques » torchères, si fort admirées à TExposition, lui méritaient à elles seules cette haute distinction de la part du jury. Rien de plus luxueux» de plus royalement artistique que ces deux femmes ailées, qui, posant du bout de Torteil seulement sur un globe
m EXPOSITION UNIVERSELLE. ,
perce à jour pour servir de jardinière, semblent s'élancer du milieu des ileurs, et courbent gracieusement sur leurs belles têtes d'or une flexible branche richement constellée de perles et de turquoises, panni lesquelles la lumière des bougies doit produire un merveilleux eiTet L'exécution de ces deux véritables statues, animées par le ciseau de Klagmann, leurs visages où s'épanouit un divin sourire, les draperies qui flottent autour d'elles, la ^râce surtout de leur attitude et l'opulence de la dorure qui les recouvre, fout de ce bronze monumental un véritable morceau d'empereur ou de roi.
Non loin de là, sous un choix de superbes lustres où le cris^ tal se mariait à Tor avec un irréprochable goût, se trouvait une délicieuse corbeille oii de ciiarmants bambins coui'aient et se balançaient parmi des guirlandes de fleurs. Rien de plus mignon, de plus attrayant que cette fantaisie Pompadour, qui fait le plus grand honneur à l'exposition de M. Marchand.
Parmi les nombreuses pendules, remarquables à divers titres, qu'avait exposées cet intelligent industriel^ contentons-nous d'en citer trois, trois chefs-d'œuvre : — 1" Celle de Cumberworth , représentant la rcinr Cléopâfre se faisant apporter iiar une jeune esclave , agenouillée devant elle , la fameuse perle qui va se dissoudre dans la coupe qu'elle tient à la main. Le haut goût de ce nouveau modèle, le réalime antique du costume et de la coiffure des deux statuettes , l'expression surtout du visage de la belle Égyptienne qui semble délier Antoine d'être plus follement prodigue, et les deux esclaves qui servent de candélabres à leur royale maîtresse, sont au-dessus de tout éloge* — S" La Jeune Fille cueillant de» fleurs, de Schœnwerk, moins sévère que la précédente, mais peut-être plus gracieuse encore, et surtout se recommandant par son adorable socle de marbre blanc, sur lequel s'enlace si délicatement une vigne d'or, avec candélabre où se retrouve le même ornement sur même marbre. —3* Les Quatre Saisons; des ileurs, des épis, des raisins, un
raanleaii, portés par quatre des plus jolis amours qu'on puisse imaginer, le quatrième surtout, l'amour frileux, l'amour hiver I
Ne terminons pas avec M. Marchand sans rappeler son beau saint Jean, de Gechter, dont les draperies magistrales et Tinspiration sublime ont retrouvé toute la primeur de leur succès, sans dire un mot de son opulente garniture de bronze doré : le Jour, la Nuit, rAurore... trois fipiurcs de Dantan aîné, style Louis XIV. — C'eût été vraiment digne de Versailles.
Un regret encore : celui de ne pouvoir nous étendre plus longuement sur l'exposition de M. Marchand. Nous renvoyons le lecteur à ses curieuses galeries de la rue de Richelieu , 57, l*un des musées artistiquement industriels les plus intéressants du Paris moderne.
A côté d'industriels consciencieux, dévoués à l'art, prêts aux sacrifices les plus pénibles pour sauvegarder Thonneur d*une fabrication qui a rendu déjà d*immenses services et est appelée à jouer un rôle très- important dans la civilisation
moderne, il en est d'autres dont la seule préoccupation consiste à produire beaucoup et vite afin d'exciter la vente et de réaliser plus rapidement des bénéfices. Peu leur importe de mettre en circulation un alliage de mauvais aloi qu'ils décorent du nom de bronze, de développer le mauvais goût de la foule en lui livrant à bon marché des copies défectueuses ou des créations détestables faites avec un métal mal fondu et mal ciselé ; ils ne voient dans leur état que le but mercantile.
On reproche, par exemple, à la maison Raingo d'avoir contribué pour beaucoup à propager ces sujets si médiocres de sculpture et d'exécution qui pullulent dans les salons du demi-monde et exercent sur les yeux une influence analogue à celle des romans de Paul de Kock dans un autre ordre d'idées. Ce fabricant avait envoyé à l'Exposition de 1855, comme pièce principale, une pendule à sujet représentant l'Alliance
de l'Art et de la Science, Jamais idée ne fut plus malheureu'* sèment traduite. Ces figures ne peuvent être mieux comparées qu'à des poupées d^enfants, tant elles manquent de souplesse
et d'expression. Les extrémités surtout pèchent par la gros^ sièreté, et le ciseleur a oublié les bavures du métal pour emporter avec son rifloir les lignes primordiales du dessin.
Le zinc fondu et recouvert d'un lustre particulier, qui lui donne avec le bronze une lointaine ressemblance, est appliqué par HM. Miroy frères, à la fabrication de pendules, candélabres, statuettes, presse-papiers et autres objets qui séduisent certains acheteurs par le bon marclic. 11 est vrai d'ajouter que les amateurs intelligents et désireux de posséder de véritables œuvres d'art, s'éloignent de ces imitations de bronze avec une répugnance qui s'explique suffisanament par la mauvaise qualité de la matière première que la couleur ne réussit point à dissimuler et surtout par une fabrication défectueuse et hâtée. Cette confection pacotille de pendules, candélabres, statuettes, etc., est exploitée sur une grande échelle par la maison Miroy frères, qui ne réussit point malgré ses efforts, ses grandes pièces, ses dorures et sa propagande, à faire accepter ses produits comme sérieux.
L'industrie des bronzes est appt té(; sous peu à se modifier dans des conditions toutes nouvelles, grâce aux applications intelligentes de Vélectro-chimie. On peut même dire que cette révolution est en voie de se réaliser par les ingénieux procédés de MM. Feuquières et Marguerite, dont les produits exposés au palais de 1" Industrie , ont provoqué Tétonnement le plus unanime.
Bien que ces fabricants, dont l'installation est postérieure à l'exposition de Londres , aient pris part , pour la première fois, en 1855 , à un concours industriel , le jury international,
appréciant toute l'importance de leurs efforts et des résultats
obtenus, les a honorés de deux médailles : 1* une médaille dd première classe pour constater leur supériorité dans la fabri-' • cation des bronzes d^art ; une médaille de deuxième classe
pour leurs merveilleuses applications de l'éleetricité ù la métallurgie.
C'est qu'en vérité MM. Feuquièrcs et Marguerite viennent de répondre aussi victorieusement qu*on pouvait le désirer aux objections soulevées contre remploi de la galvanoplastie dans rindustrie des bronzes d^art. Comme toutes les plus belles conquêtes de la science, celle-ci avait roucuntré, dès le début , SCS détracteurs eliez les bronziers même , dont les expériences mai conduites, avaient fourni des résultats incomplets. Ainsi, on a reproché au métal déposé dans les creux par la voie éleo^ trique, le manque d^épaisseur, la fragilité, la lenteur de la formation, riropossibilîté d^obtenir de grandes pièces. Les fondeurs de bronze jetaient un étemel défi aux galvanoplastes, qui, acceptant, sans plus y regarder, ce fait de la fragilité du métal, comme indestructible, ne cherchaient pas à la faire disparaître en perfectionnant leurs procédés, mais à la dis*simuler par des stratagèmes plus ou moins ingénieux, celui, par exemple , de renforcer la coquille , au moyen d*une soudure versée à l'intérieur ou par un deuxième dépôt galvanique, aussi imparfait que le premier , mais fort coûteux , fort long et fort difficile.
Pendant qu'on s'agitait ainsi vainement autour du problème, un artiste distingué, M« Feuquières, dessinateur de rÉcole impériale des Chartes, poursuivait patiemment ses travaux, et a|)r(Vsune curieuse succession d'expériences, découvrait enfin le secretde faire avec la galvanoplastie, un bronze \ éritable, réunissant toutes les qualités du genre, éclat, solidité, malléabilité, susceptible d*étre déposé dans les creux, en très-peu de temps, et avec toute Tépaisseur voulue, et d'être travaillé par le ciseleur, avec plus de facilité même que le métal venu
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de fonte, qui présente souvent dans sa contexture des stries, des filaments, des nœuds et autres irrégularités.
On se fait une idée de la surprise générale, quand MM. Feuquières et Marguerite sont venus au palais de rindustrie mettre en évidence Tensemble de leurs produits. Leur exposition , d'une richesse inovBie , comportait des pièces de toutes les dimensions, depuis la reproduction exacte et grandeur nature du célèbre vase de la villa d'Albani, jusqu'aux médailles du plus petit module. Ni T Angleterre , ni rAUemagne , ni aucune des nations qui ont exercé leur génie aux études du même genre , n*ont pu montrer jusqu*à nos jours une pièce en galvanoplastie pleine , c'est-à-dire, sans addition de fonte ou de soudure, aussi grande que le vase de la villa d'Albani qui pèse 50 kilog. et a été obtenu en 19 jours.
Nous avons remarqué également une aiguière, style renaissance, ayant une hauteur d'environ hO centimètres, et dont toute la surface est fouillée avec une richesse, une élégance, un goût incomparables. Le dessin et la sculpture de cette aiguière sont dus h M. Feuquières, qui en appliquant la galvanoplastie à la traduction d'une œuvre éminemment artistique, a prouvé que la ciselure arriverait difficilement h une aussi grande délicatesse de travail. Les ornements les plus contournés, les détails les plus imperceptibles sont rendus avec une précision qui confond F esprit ; et cependant, on a beau chercher la traco de la retouche et du burin, elle n'existe pas; le ciseleur n'a rien à faire à ces bronzes qui ont acquis dès la première opération, et en sortant du moule galvanique, toute Toriginalité, toute la richesse des formes réunies dans le modèle.
MM. Feuquières et Marguerite ont tiré de leurs procédés le
parti le plus immédiat et le plus remarquable en les appliquant à la reproduction du modèle vivant, moulé sur nature, emprunté au règne végétal ou au règne animal. Dans leur
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
envoi à l'Exposition figuraient dos rameaux chargés de fruits et de feuillage, des oiseaux, des insectes » des lézards, des coquilles, reproduits en bronze avec une telle perfection que, n*eût été la couleur, on aurait cru ces fruits détachés récemment de Tarbrc, ces oiseaux pris vivants sur le buisson. Ce léiard est si vrai d'altitude et de mouvement, qu'on hésite à le saisir avec les doigts. C'est la vie; c'est îa nature même; c'est le réalisme de M. Courbet transporté dans la sculpture métallurgique.
Un mérite non moins précieux du procédé de MM. Feu-
quières et Marguerite est la reproduction avec une exactitude et une précision inalhématiques de toutes les œuvres des maîtres anciens ou modernes. Que do chefs-d'œuvre, enfouis jusqu^à présent dans nos musées et connus seulement d'un petit nombre d'artistes ou d'amateurs , vont se multiplier, grâce à la puissance de cette découverte , et répandre dans les familles le goût, l'amour et le culte des arts.
En résumé, nous dirons que les avantages de la méthode suivie par MM. Feuquières et Marguerite se traduisent en une triple économie de temps, de main-d'œuvre et d'argent : économie de temps, puisqu'ils achèvent en huit jours des travaux que, jusqu'à présent, on avait supposé ne pouvoir être achevés qu'en plusieurs mois; économie de main-d'œuvre, résultant de la substitution des forces électriques à la fonte et à la ciselure ; économie dans les prix de vente qui , comparés aux prix du bronze venu de fonte, sont réduits de moitié pour les grandes pièces, et des quatre cinquièmes au moins pour les œuvres d'un moindre volume où l'ornement occupe une large place.
Les. frères Yauvray , dont la maison date de 1818, ont acquis depuis quelque temps une importance qu'il serait injuste de ne pas constater ici : artistes eux-mêmes, ils étaient
les dessinateurs de leur belle pendule, sculptée par Jules Salmson : h GénU des arts et de PindustHe, appelant à VEsh position universelle les cinq parties du monde» Au centre, le
génie, un pied sur une enclume et les inaîns pleines de palmes. A gauche, rancien continent, trois figures intelligemment comprises : TEuropc, tenant une presse; TAsie, un bruleparfuro ; l'Afrique représentée par un jeune nègre, un enfant. Au côté droit : TAmérique déroulant les trésors du Nouveau- Monde , et rOcéanie qui semble déjà prêter Toreille à Tappel de fa civilisation. Derrière ces groupes, des proues de navire, comme trait-d'union entre les peuples séparés piiv lu mer. Sur la frise, de grands bas-reliefs représentant d'une part les travaux manuels, et ceux de Tintelligence dô l'autre. Aux deux côtés de ce superbe bronze monumental , Tart et la science s*unissent deux fois pour supporter de trésrbeaux candélabres.
Ce seul chef-d'œuvre suffisait pour mériter la récompense obtenue par les frères Yauvray, dont la vaste maison, construite tout exprès, rue des Marais, S7, renferme tout à la fois la fabrique, qui occupe plus de 150 ouvriers, et les vastes magasins, permanente exposition qui se recommande surtout aux visiteurs par sa i^)écialité de lustres, lampes, appareils d*édairage et bronzes de toute sorte et du meilleur genre.
Les bronzes de M. de Labroue satisfont aux doubles exigences du bon goiit et de la fabrication. Les sujets élégants comme les sujets sérieux et qui font penser abondent chez lui, Ce fabricant met beaucoup d'ardeur à maintenir la réputation de la maison Yittoz , dont la direction lui est échue. Bans son envoi h l'Exposition universelle, on a généralement apprécié le touchant symbole du Vendredi saint , celui de la Bésignationf et aussi dans un autre ordre d'idées, les deua> femmes eseUnoes, l'esclave noire et l'esclave blanche..
BROMZË DE M. D£ LABROUE.
LE VEKOBEOl SÂIKT, O'aPBÀS MICHEL PASCAL
La maison Duplan et Salles est également Tune de celles qui se sont fait le plus remarquer par le goût vraiment artistique qui préside à la fabrication de ses bronzes. Uune
des plus belles pendules de rExposition lui appartenait : la Fortune bienfaisante de Piat et Levesquc. Les deux cliarniantes statuettes drapées à l'antique, qui symbolisent admirablement. Tune la richesse et Tautre la reconnaissance, les deux gracieux enfants qui s'envoient des baisers autour d'elles, les ornements, pur style Louis XIV, de ce superbe bronze doré, réléganto originalité de son cadran ov ale et bleu, les deux jolis
BRONZES D'ÀHT. m
pages qui lui servent de candélabres, ont obtenu un succès aussi légitime qu'universel. Il en a été de même pour le grand Héron blessé de Comolera , pour ie fantastique Méphistophélès de GauthieTf deux créations aussi parfoitement réussies Tune que l'autre ; celle-ci (Taprès Gcethe, celle-là d'après nature, et qui Tfe tarderont pas à obtenir un véritable triomphe de popularité. La st'vère garniture Pénélope, une délicieuse collecluiji de groupes et statuettes d'après Pradier, d'autres, genre Glodion, sortent également des ateliers de MM. Dupian et Salles, et placent au premier rang leur maison, qui se recommande encore tout particulièrement par sa fabrication spéciale d*horlogerie pour la pendule, ainsi que par l'intelligente élégance de lustres, lampes et appareils d'éclairage, qui ont contribué à lui faire obtenir Tune des médailles décernées par ie jury de 1855.