‹ Histoire illustrée de l'exposition universelleChapitre 20 sur 27 · CANDRLABHK KT VASES DE LA CRISTALLSBIE DE BACCARAT · texte numérisé non relu

CANDRLABHK KT VASES DE LA CRISTALLSBIE DE BACCARAT

Digitizc . , -.,oogIe

494 EXPOSITION UK1IY£RS£LL£.

années dans le cominerce par son éclat, sa pureté et la régularité de son exécution. Pour s'en convaincre, il v^uffit de jeter un coup d'oeil sur les grandes pièces qu'elle produit, les candé* labres, les coupes gigantesques, etc. Bien que dans des morceaux de cristal d*une si forte masse, la moindre nuance douteuse ou mauvaise doive ressortir d*une façon très-sensible, on n'y distingue aucun défaut, aucune altération dans la pureté de la pâte.

Les pièces princiimlesque la compagnie de Baccarat a présentées à Texposition de 1855 sont : deux candélabres gigantesques ayant 5 mètres âô cent, de hauteur, et supportant chacun un bouquet de 90 bougies; un grand lustre, de 140 lumières garnies de vérines, ayant h mètres 85 cent, de hauteur sur ^ mètres de diamètre; une large coupe en cristal ordinaire et deux grands vas(îs en verre agate blanche, avec ornements de verre dits rhrf/soprasc dont la couleur est d'un vert approchant de celui des feuilles naissantes.

Les deux candélabres sont d^un efiet saisissant; on n*avait jamais exécuté en France de pièces de cristal d*une aussi grande dimension. Les socles otTraient les plus sérieuses difficultés pour la taille, l'ajustage et le montai^e; elles ont été vaincues très- heureusement, et donnent une haute idée de la puissance de fabrication qui distingue la cristallerie de Baccarat palmes recourbées surmontant les candélabres leur donnent de la légèreté et de la grâce.

Les observations qui précèdent s'appliquent au même titre aux grands vases en agate et chn/soprase qui ligureiit au trophée. La hauteur de chacun d'eux est de.i mètre 85.

On recorniait aisément que Baccarat a voulu surpasser dans son exposition de 1855 toutes ses osavres précédentes ; elle s*est surtout appliquée h maintenir la tradition de bon goût, d'originalité et d'élégance que les directeurs de ce vaste établissement se transmettent, depuis sa fondation, dans

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le choix (i(;s luîmes pour vases d'ornementation. La collection quelle n oiïerte aux regards des visiteurs, conforme d'ailleurs à celle qui entre dans le commerce, réunit la variété à la pureté des lignes; et si |a fantaisie se glisse quelquefois duns la composition des sujets, ce n'est jamais aux dépens des saines l ègles de Testhétique.

Il est à regretter que le manque d'espace ne lui ait pas . permis d'exposer bon nombre d'objets de grandes dimensions et ornés de bronzes qui. se trouvent réunis au dépôt des produits de Baccarat et Saintr-Louis, rue Paradis -Poissonnière, SO; mais on a pu se dédommager en admirant les échantillons compris dans l'étalage de M. (i. Launay-llautin et C*; les cristaux ornés de peintures, dorures et bronzes, pai- les soins de cette maison^ proviennent de la fabrique de Baccarat. Les anses surtout, dont les formes variées et pittoresques sollicitent Tadmiration , comportent une haute difficulté vaincue qu'il n'est pas inutile de sigîialer. Autrefois on les reliait au corps du vase au moyen d'écrous dont le moindre inconvénient était de détériorer les produits. Depuis 1849, Baccarat a découvert un procédé qui permet au verrier d'attacher lui-mOnie des anses en cristal de formes riches et variées. Que dii'e de c^ jolis verres mousseline si élégants et si gracieux? On ne sait ce que l'on doit le plus admirer ou de la pureté des formes, ou de la délicatesse des gra vu ips. Partout, dans ses produits, on retrouve le même esprit de con( ('[)tion, le même respect pour l'art ; et on peut affirmer que, si les pièces capitales exposées par Baccarat prouvent une grande puissance de fabrication, les verriers de cette fabrique savent aussi exécuter, avec iine rare perfection, les objets les plus légers et les plus délicats.

Les services de table, les coupes, les flîuons et ces mille putits objets qui font l'onicment des salons, se trouvent réunis à l'exposition de Baccarat et présentent l'aspect le plus gracieux qui se puisse voir.

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Tous les genres de moulure 8*exéciitent à Baccarat, et c*est là une des branches d'industrie au développement de laquelle

cette cristallerie a j)ui.ssaiiiiiienl. contribué par les iiomliKuix modèles qu elle a créés. Les objets exposés dans ce géni e nous ont paru présenter un poli si parfait, qu'il devenait fort difficile de distinguer la moulure de la taille.

Un procédé de moulure qui nous a semblé particulièrement remarquable est celui à l'aide duquel la cristallerie de Baccarat obtient, avec une si grande neltelé, ces têtes ou mascarons qui servent à ornementer certains vases; et ces médaillons qui reproduisent si heureusement les camées antiques

Nous citerons, comme exemple de ce dernier genre, une plaque réunissant, dans un médaillon double, les portraits de rKmpereur et de l'Impératrice, d'après les dessins de M. de Ni(^u\v(M kerque. II nous somble diniciln d'atteindre, en cristal, un plus haut degré d'imitation et de tinesse.

La lustrerie de toute espèce est exécutée par la cristallerie de Baccarat, qui a fait les plus grands sacrifices et les plus grands efforts pour introduire ce genre d'industrie en France, où il n'existait pas il y a environ dix ans, l'Angleterre et la BoIkmiic (Ml ayant seules le nioiiupole. 'Pour juger du mérite de cette labrication, en outre des randclahres et lustres déjà cités, il suffit d'examiner les lustres de dimensions moins grandes, les lampes, les petits. candélabres de cheminées, et les coupes pour milieu de table. On remarque aussi un genre de lustre tout spécial à la cristallerie de Baccarat, dont les différentes pièces sont en cristal de couleur h tro\^ cou('hes et rehaussées d'or. Ce genre de lustre n'a pas encore été imité.

La cristallerie de Baccarat qui, vu l'importance de sa fabrication, mérite d'être classée au premier rang parmi les industries similaires de France, est aussi en état de lutter avec les établissements les plus complets de l'étranger. Elle occupe dans son intérieur onze cent vingt-cinq ouvriers, lioninics.

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femmes et enfants, indépendamment d*un nombre de bras très-considcrable qu'elle (Mnploie mu dehon^ pour i exploitation de ses bois, transports et travaux de toutes espèces.

Ses ouvriers, dont les salaireB sont généralement élevés» jouissent d'une aisance qu*il u*est permis qu'à un petit nombre d'industriels de mettre à ta portée de la population qu'ils' occupent. Cent vingt-cinq ménages d'ouvriers sont logés dans l'intéï icur de rétablisscMiienf ; le reste de la population ouvrière réside dans la commune de Baccarat et les villages voisins. 1a surveillance du Directeur s'étend non-seulement sur le travail des ouvriers, mais encore sur leur conduite, soit dans l'usine , soit au dehors. L'action en est toujours bienveillante et paternelle. Aussi la population ouvrière de Baccarat a-t-elle des habitudes d'onlic et (ratrin tioii . dont elle ne s'est jamais écartée, même aux époques les plus diiriciles.

Une caisse de secours mutuels» dont la compagnie a fait les premiers fonds» est organisée entre les ouvriers tailleurs sur cristaux ; elle est alimentée par une retenue de un et demi p. 0/q sur les salaires et par les amendes frappées sur rinconduiie et le mauvais lia\ai!. Ott(^ caisse, qui fonctionne avec succès depuis vingt ans, est toujours ouverte aux malades, aux veuves et aux orphelins.

Les tailleurs sur cristaux bénéficient en outre d'une caisse de retraite pour la vieillesse, dont la fondation remonte à quatre ans. La compaj^nie n'a pas eu à instituer des caisses semblables pour les ouvriers des t'oiifs qui reçoivent, en cas de maladie et , de chômage, soit leur traitement iniégrul, soit les deux tiers de ce traitement, et qui sont appelés à une penâon proportionnée aux services qu'ils ont rendus» dès que l'âge les force h (piitter le travail. La compagnie assure l'instruction primaire aux enfants des ouvriers; elle a institué de plus, pour les garçons, une écolt* de dessin. Les soins médicaux sont gratuits pour les familles, et les soins religieux y sont doii-

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nés dans une chapelle qui forme dépendance de Tétablisr

seraenU

Des cristalleries de moindre importance et de fondation plus récente ont suivi les traces de Saint-Louis et de Baccarat. Les cristaux colorés que fabrique rétablissement de Glichy luttent pour Téclat et la taille avec les verres de Bohème les

plus estimés. Mentionnons dnns leur exposition les cristaux opaques ou opalins piéparcs en ajoutant à la masse vitreuse une certaine quantité d'os calcinés et réduits en poudre. Le verre désigné sous le nom de ^te de riz, dont la transparence et la blancheur imitent celles de Talbâtre, s'exécute à Glichy avec une remarquable supériorité. Les principaux objets exposés en cristaux colores sont : deux grands vases en p;ros bleu cobalt, doublés et émaillés intérieurement; plusieurs pièces en chrysoprase; deux vases bleu -turquoise, avec médaillons peints, représentant des Amours; deux autres vases roses à i*or, également avec médaillons peints; deux lampes et une coupe ovale en gros bleu, etc., etc. Tous ces produits sont frappés au coin de ['('lépjance et du bon ^ijoût. (l'est en substituant les procédés chimiques à la routine que les propriétaires delà cristnilerie de Glichy sont arrivés, malgré des commencements difficiles, à une si heureuse fabrication. On leur doit le cristal au zinc dont les échantillons exposés feraient pftlir les cristaux les plus brillants et les plus limpides. lueurs verres d'optique ont été Tobjet d'une récompense à l'exposition de New- York.

Dans l'envoi fait à l' Exposition par la cristallerie de la Villette, on a surtout remarqué une coupe et deux flacons en verre dichroîde. Les cristaux blancs et les objets de gobeleU terie attestent les efforts multipliés que font les directeurs de

cette tabi iqne pour se tenir au .niveau des progrès réalisés durant ces dernières années.

La cristallerie de Lyon mérite les mêmes éloges. 11 est dif-

\m\v, d'exécuter avec plus de perfection la gobeletterie courjiiitc. Iaîs crislaux de luxe préseiUcat unn distinction de torme et une origiiialité de couleurs qui délient la crilique. Nous signalons, entre autres échantillons remarquables, trois vases albâtres blancs d* unç 'simplicité charmante.

Les verres (ins et les verres conwiuns de MM. Mougin frères, à Portieux, téuioijijncnt d'une excellente fabrication.

La ven'erie de VallerysLlial a choisi pour spécinlité un verre à base de potasse qui se rapprociie pour la coniposition du verre de Eohéme, Ses gravures surtout méritent d'être mentionnées. Il y a dans son envoi un admirable petit tableau' rouge-rubis, représentant la descente de croix, devant lequel s'arrêtent tous les artistes.

La supériorité de fabrication dans l'industrie du verre est acquise à la France. Nul n'oserait la lui contester. Sans parler de la limpidité de ses cristaux, à côté desquels les plus beaux verres de la Bohême paraissent jaunes, elle remporte au même titre par ses procédés nouveaux qui lui permettent de donner au verre les couleurs les plus vives et les plus variées. Que la Bohême charge ses produit» de dorures, d'émaux, de taille, de gravure et d'ornements de toute sorte, elle aboutit uniquement à une défaite. On a le droit désormais de lui reprocher ses prétentions et son mauvais goût. La France, au contraire, même dans ses fantaisies les plus originales, conserve toujours la grâce, l'élégance et la légèreté. Nous n'insisterons pas sur l'exposition étrang/ re.

L'Angleterre se signale par la limpidité de ses cristaux blancs et la richesse de la taille ; elle se classe dans Tordre de mérite immédiatement après la France. Les exposants les plus méritoires sont : MM. Befries , Copeland , Daniells Hall, IJoyd et Summerfield.

L'Autriche possède un plus grand nombre d'exposants. Nous

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citerons M. le comte de H;irracli. Il envoie, entre autres échantillons, une infinit*'- de petites pièces en verre craquelé. Cette fantaisie est d'un joli elVet. <Juant au cristal blanc de M. HaFrachy sa teiote jaunAtre produit Timpression la plus désagréable. En oulre, répaiaeeur énorme qu^il donne à Fa gobeletterie la rend lourde et lui ôte toute élégance.

Ce que nous disons de M. Harrach s'applique ép^alement aux produits exposés par M. Meyer et par tous les fahi iciuits que l'Autriche nous envoie. ^î. Hegenhartb est peut-être le seul qui échappe à cette critique. Son exposition est moins prétentieuse; malheureusement tous les vases qu'il a exposésreprésentent des sujets de chasse. L'imagination des dessinateurs de la Bohême, s'il fallait en juger d après ce spécimen, serait gravement compromise.

FAÏENCERIES DE VAUDREWANGE , MEITLACH, SEPT- FONTAINES ,

KERAMIS ET TOUKNAY

La verrerie et la céramique se tiennent par mille liens de parenté. Ces deux industries s'adressent à la fois aux besoins les plus humbles de la vie et à la fantaisie q)alente. De là une classification toute naturelle de leurs produits; Dans une

étude qui tend à être aussi sérieuse que l'Exposition elle-même, les objets de première utilité appelaient I exdinen avant les pi^ces de luxe et les œuvres de pure ornementation.

C'est pourquoi nous commencerons Tétude de la céramique par celle des poteries communes et de la faïence; et de môme . que nous avons assigné le premier rang à la France quand elle s'est montrée supérieure dans sa fabrication h toutes les nations rivales, de même nous entameions notre revue des produits céramiques par l'exposition de cinq lubriqueb éli angères

EXPOSITION UMVëRSëLLë.

qui ont élevé, dans l'ordre utile, ce genre d'industrie à la plus iiaule puissciuco connue.

Les compartiments du Palais de l'Industrie réservés aux produits céramiques, dans les Expositions de la Prusse, du Grand-Duché de Luxembourg et de la Belgique, mettent en évidence les échantillons si remarquables envoyés par les fabriques de Vaudrewange, de Mettlach, de Sept- Fontaines, de Keramis ol de Tournay.

Ces cinq établissements appartiennent à deux familles associées et alliées qui personnifient en quelque sorte les proigrès 'de rindustrie céramique dans ces contrées allemandes si renommées pour cette spécialité.

La famille Boch surtout offre dans sa généalogie une vaste collection de potiers, de faïenciers et de porcelainiers illustres.

Raconter les luttes et les victoires industi ielles de cette famille, n>st-ce pas écrire Tbistoire de la céramique allemande, dont rétude fournira sans doute plus d*ûn enseignement aux porcelainîers français?

Un excellent ouvrier employé aux forges de Hayangc , en Lorraine, avait trois lils qui lui aidai* ui « u couler les bombes, boulets, canons, etc., tant en sable (luCn moule. «

Le plus jeune, Pierre- Joseph Boch , aïeul des frères Boch actuels, répétait souvent à ses enfante, qu'à l'âge de neuf ans, il puisait la fonte incandescente pour remplir les moules de petites casseroles ; « et ainsi je gagnais ma vie, » ajoutait-il.

Cependant l'aîiiéc des sœurs avait épousé un nommé Valette, chef d'ateliers h la faïencerie de Saint-Clément, en Lorraine (Brongniart, Arts céramiques, t. U, p. â7).

«C'est de la faïence qu'il faut faire, ne cessait de dire Valette à ses beaux-frères. U y a chez vous à Audun-le-Tiche . tout ce qu'il faut. »

ElFectivemenf , ils s'associèrent et fabriquèrent sous leur toit de chaume de la faïence commune recouverte d'émail blanc.

CÉRAMIQUE. i03

Mflis h leur porte se trouvaient les ruines d'un vieux chAteau d'où sortait une source dont ils ne pouvaient se passer pour délayer leurs argiles. « Je n'entends pas cela, »dît le propriétaire de la masure qui, par malheur, était le seigneur du village.

Les frères Boch altèrent conter leur ctiagrin aux magistrats de Luxembourg, qui, mieux avisés que le seigneur d'Audun, envoyèrent uik.' députntioii aux truiis potiers. « Nous nvons, leur dirent-ils, des argiles pour vos pots, du bois pour vos fours ^, de Teau pour vos mouKns, et un souverain cpii vous donnera du terrain à votre choix. »

Ayant cinq à six cents livres tournois d'étonomie, ils acceptèrent. Un terrain vague aux portes de Luxembourg leur fiit cédé, moyennant quelques cscalins à payer par au à Sa Majesté TEropercur et Koi : rente qu'ils rachetèrent quand ils furent riches; ce qui arriva, on peut le dire, du jour au lendemain.

Sept sources jaillissant à côté de rétablissement qui se formait, lui firent donner le nom de Faïencerie des Sept-Fontaines.

L'an 1766, l'Impératrice Marie-Thérèse accorda aux frères Boch (le boMux ])rivil('^i's, rntre autres, de pou\ oir cnMi,s<T la terre là où ils voudraient pour la recherche des argiles et sables, moyennant indemnité à dire d'experts. Leur fabrique obtint le titre de Manufacture impériale et royale , le droit de placer les armes de Tempire à la partie la plus apparente de leurs bAtiments, et de prendre pour cachet l'aigle h deux tètes, ( te. — « S'il arrivait que leur fabrique eût besoin de «quelque autre faveur ou encouragement raisonnable pour «son soutien ou accroissement, ils pourront s'adresser au «gouvernement, qui y disposera favorablement, suivant les «circonstances et les ])rogrets de la fabrique. •

Plus tard, le gouvernement leur offrit la prohibition des faïences étrangères; ils refusèrent.

1. Le daebé de Luxembourg est devenu le département des Fotdti».

En commençant, les nouveaux Bernard Palisey eurent à

soutenir de bien rudes (épreuves. Voici, par exemple, ce que dit une note trouvée parmi les papiers de famille :

t Le premier four étant trop petit, il fallut le reconstruire

• sur une plus grande échelle ; malheureusement, il n*était pas «encore assez séché, et, à la première cuisson, la voûte 8*en

• écroula , et détruisit la marchandise quMI contenait. Tieg «ressources de réinblissement se trouvèicnt anéanties par cet « accident. La veuve Valette, un bâton à la main, des gu^îtres «aux pieds, partit pédestrement , et alla trouver un parent à « Metz, M. Tabbé (jinstelle, chanoine de la cathédrale, qui lui « prêta 50 louis, la moitié de ce qu'il possédait, lui dit-il , au « moyen de quoi le four put être reconstruit. »

Dans ce temps-là , on n'était pas savant : la chimie n'avait pas réalisé les immenses proférés accomplis de nos jours; mais, quand on joignait Tamour du travail au génie de l'invention, quand la probité accompagnait Tesprit d'ordre et de conser-. vation, alors, comme de nos jours, on arrivait à la fortune accompagnée de ta considération publique. N'ayant que Tinstruction acquise h l'école de leur village, les frères Bocli prirent rang parmi les plus haut plact's de leur petit pays.

On fabriquait à Sept-Fontaines deux espèces de faïences communes : Tune entièrement recouverte d'émail stannifère blanc , Tautre ayant une couverte brune à Textérieur ; en outre, on y fabriquait deux espèces de faïences fines : Tune ayant une rouverte transparente, l'autre ayant un émail blanc (Brungniart, t. Il, p. 132). Ces deux faïences fines, l'une nommée terre de pipe, l'autre blanc fin, étaient décorées de peintures bleues. Pendant quelque temps , on a décoré cette faïence fine émaillée en diverses couleurs > qu'on cuisait à la moufle ; on nommait cela du réverbère.

Une autre fabrication moins importante était celle des st«ituettes en biscuit de porcelaine tendre, niodelées avec beau-

coup de goût par de véritables artistes; entre autres, un Siii>s(' , nommé Spengler, a travaillé pondant quelque temps à Sept-Fontaines ; il portait Pépée quand il allait en ville, tout comme ses patrons K Un Allemand avait fabriqué en terre culte les Pftris, tes Baigneuses, etc. , qui décoraient les jardins à ritalienne des frères Boch. Ces statues, presque de grandeur naturelle, passaient Thiver dans un caveau.

La fal)ri(pi(i avait jH'is tant d'extension que, lorscjuc le fils de rimpératrice Marie-Thérèse passa à Luxembourg ^1781), les t)ourgeois de cette ville se plaignirent à lui que les frères Boch faisaient renchérir le bois.

. En 1795, les armées françaises envahirent le duché de

Luxembourg. Le général Lebrun ordonna aux habitants de Sept-Fontaines, à cause de la proximité de la forteresse, d'abandonner leurs demeures dans l'espace de deux heures , les menaçant de les canonner après ce délai.

On avait laissé à la famille Boch deux chevaux sur dU qu'elle possédait Pierre-Joseph Boch mit ce qu*il put sur un grand chariot, plaçant sur un matelas sa femme avec son nourrisson, et son trère nialaiic. 11 traversa à pied l'ariiiée française, conduisant ses cinq enfants, et une belle-sœur, à qui la frayeur avait fait perdre la raison pendant quelque temps.

Cependant', le lendemain, AI. Boch alla trouver le général Davoust, et lui dit : « Citoyen général, je te prie de me laisser enlever de chez moi ce (fue je pourrai transporter, » L'autorisation fut accordée, et, à l'aide des |)a>s<iii.s des environs, le citoyen Boch fît ce pénible déménagement en trois jours.

• Quelques années plus tard, M. Boch fut envoyé par son

1. M. J.-C. Fischer, de Schall'liauseu, dil, dans sou Ta^e-Buch tniior Hr.ise uacti LondoD, p. 1WI« qa'aa oommA' Adam Spengler, qut avait créé à ZnHdi une ttihnqne de porceUÛDe, qai D'existé plus, était llnveoleur de VimpvenioD Bttr lUeooe. (Voyei l^ngn{ait,t. If. p. Ç(8.)

père chez le maréchal, ensuite prince d*£ckmûhU pour lui dire qu'il conserverait toute sa vie le souvenir de ses bons

procédés.

Quand, apivs U's sept mois (fue dura 1p .siép:o de Luxembourg, les frères Bocli \ inrent pleurer sur des ruines, ils trouvèrent les portes et les fenêtres transportées dans le camp, et la charpente ainsi que les planchers enlevés comme bois de chauffage pendant un hiver des plus rigoureux.

On engagea les frères Boch à faire expertiser les dommages. Il leur en coûta 25 louis pour constater d'une manière authentique qu'ils avaient éprouvé une perte de (i48,000 fr.

JUes frères jumeaux, dont Tun n'était pas marié et l'autre n^avaii pas d*enfants, prirent en partage les biens fonds et laissèrent au cadet les ruines de la fabrique. « J*ai fait ma fortune par le travail, dit ce dernier, je saurai la refaiic de même. Je j ebàtirai les maisons de ferme incendiées et ne vendrai pas lui champ. »

Son parent le chanoine n'existait plus; msis il avait un ami dans les Ârdennes qui, devinant sa position, lui prêta 20 à 25,000 francs gans intérêts,

Pierre -Joseph Boch reprit sa bannettc (tablier, eu Leruie d atelier). Il se mit sur le tour et lit de nouveau tous les mouics nécessaires à sa fabri(]ue. La gueiTe terminée, il eut des luttes d*un autre genre h soutenir. Ne pouvant plus aller chercher la craie en Champagne, il apprit à la remplacer par un tuf calcaire de sa province; il en fut de même pour le sable des Vosges et la soude d'Alicante; il croyait (|ue le minium, ([u'il nommait umic ronfjr de plomb, était un minerai qu on ne trouvait qu'en Angleterre ; il apprit forcément à le fabriquer lui-même.

II est curieux de comparer les efforts des particuliers à ceux que fit la nation française pour sa défense , par suite de son isolement.

Uan X de la République, le citoyen A. -G. Camus, membre de rinstitut, viâtant le départ^ent des Forêts, reconnut que

M. Boch était 1h premier ouvrier de sa manufacture où il se faisait aider par j^on fils aîné, qu'il avait eu le bon sens d'envoyer à Paris suivre les cours de chimie de Vauquelin. ( Vaytige fait dans les départments réunis, vol. i, p. 149.)

La faïencerie des Sept -Fontaines, pour les motifs exposés dans le même ouvrage (vol. page 1^8), a rarement pris part aux Expositions industrielles, et lorsqu'elle Ta fnit, rllc a rt'iDporlt' des (lisliiictif)iis ; ainsi elle a obtenu des inédaiiles d'argeuL à Harlem et à Gand, el une médaille d'or à Bruxelles.

Son fondateur est mort en 1818, à l'âge de 83 ans, à peu près l'âge (ju'ont atteint ses frères el ses sœurs. Il a eu la

consolation de pouvoii' dire en mourant : « Je n'ai jamais fait de tort à personn' . »

Avec le i)on sens de son père, l'élève de Vauquelin se dit : < 11 faut marcher avec le temps ; il faut quitter le département des Forêt:» et aller dans le département des houilles; comme en

Angleterre, faute de canaux, il faut se mettre sur les routes

qui marchent. » Et il fit choix des bâtiments de l'abbaye de, Meltlach^ sur la rive droite de la Sarre, qui se jette dans la Moselle et le Rhhi et charrie les houilles de Sarrebruck.

Le gouvernement français accorda l'autorisation d'ériger In fabrique de faïence à condition qu'on n'y emploierait que de la houille pour combustible, et qu'on céderait les bâtiments à l'État vs'il en avait besoin.

Pour former l'industriel , il lui faut des lutin s comme il i'aiit des combats pour taire le soldat. Quand Jean -François Boch (dit Boch-Buschmann) vit sortir du four, toute noire, sa faïence à couverte plombifère, « il fit, comme Palissy, des efibrls pour rire, ({uoique intérieurement il fût bien triste. »

Enfin, il réussit, et M. Alex. Brongniart. nous apprend

avec quel succès, dans son Traité des Arts céramitfves K

Les îïo!iihr(îux amis d'Alexandre Brongniarl, les saMintsde tous h>s pays qui se souviennent de raccueil (juc Pilliistre vieillard leur a l'oit dans ses salons de ia rue Saint-Dominique^ tous liront avec plaiâr ia lettre suivante, que la famille Boch conserve comme des titres de noblesse industrielle.

Sèvres, SI jaavidr 184S.

« Cher Monsieur,

« L'ouvrage auquel je travaille depuis si longtemps, mon t Trailé des Arts céramiques, auquel vous et votre aimable fil» « (d* génération) avez apporté tant d*aide/ est enfm fini et en « publication depuis la fin de décembre. L*exemplaire qui vous «est destiné à tant de titres est prH à partir

« Je suspendrai l'envoi ju.-.(ju"a la réception de votre réponse, «et cependant, je désire bien voir mon ouvrage entre vos « mains et savoir si des personnes aussi au courant que vous et «votre fils de tout ce qui se fait de nouveau en poterie, n*y « trouvez pas bien des omissions, des fautes même. Il eût fallu «un an de plus pour le laisser moins imparfait; mais j'ai «75 ans, et il lallait \v finir. Peut- ou h cet Age compter avec «assez de probabilité sui- un aji d'entière existence pour ris- « quer de perdre tout le fruit de plus de deux ans de travail

« opiniâtre, de rédaction, de et d'impresnon. Uimpression

• a duré ih mois; on dit quMl faut qu'elle ait marché avec «célérité pour n'avoir pris que ce temps, qui cependant m'a «paru bien loni;.

« Vous trouverez dans mon ouvrage que j'ai abordé bien des « questions, traité bien des sujets : archéologiques, artistiques «(un peu, mais très-peu), scientifiques (peut-être trop), et «techniques. C'était son objet principal, et je crois favoir

1. V éditiflD. tome I, pages 94 , W, 1M , 1»4 , 17», «t tome H, pages 1», Ml 47, t(l, 654.

« approfondi dans le chapitre de la porcelaine et surtout à celle

« de Sèvres. Au reste, vous verrez tout cela dans la préface, et eau chapitre des faïences fines vtuis trouverez l'expression de c ma reconnaissance pour tout ce que vous doit votre dévoué « serviteur et vieil ami. > < A. B. »

Pouf compléter ce que M. Alex. Brongniart dit de la faïencerie de Mettlach, nous ajouterons que c'est à Mettlach qu'on a, pour la première lois sur le continent, cuit à la houille toutes les espèces de faïences. C'est ce qui a engagé le chancelier de Prusse, prince de Uartenberg, à accorder, pour une certaine quantité de houille, le prix de faveur dont jouissent les .usines de Sarrebrûck et des environs.

C'est à Meltlach qu'on a aussi, pour la première luis bui le continent, imprimé en grand la faïence sous couverte. C'est ce qui a déterminé In gouvernement prussien à modifier les droits d*entrée sur les fsJences anglaises, qui payaient au poids les mêmes droits pour les faïences imprimées que pour les faïences blanches.

C*est à Mettlach enfin qu'on a, pour la première fois, fait mouvoir les tours des faïenciers à Taidc d'une roue hydraulique, ainsi que Wedgwood le faisait à la vapeur, ainsi que le font actuellement Yaudrewange, Sarreguemines, keramis, etc.

En 1789, M. N. Villeroy, également Lorrain de naissance, avait fondé la faïencerie de Yaudrewange, près de Sai relouis. Plus expérimenté dans les afiaircs et disposant de plus de ressources que son émule, M. P.-J. Boch, il eut à soutenir des luttes tout aussi longues. On lui a entendu dire souvent : c Ce n'est qu'après dix-sept ans que j'ai touché Tintérét de mon capital engagé. »

En 1836, les fabriques de Vaudrcvvange et de Mettlach étant en pleine prospérité, leurs propriétaires, M. Yillcroy et

2i0 EXPOSITION UNIVERSELLE.

M. Boch-Bnschniann, pénétrés d*e8fcîme I*un pour Tautre^,

s'associèrent pour 50 ans sous iu raison commerciale Yiileroy et Boch.

Dès lors mettant en commun l'expérience des anciens , les connaissances théoriques de M. Eugène Boch (3* génération) et de M. Jaunez, ingénieur civil de Metz (Brongniart, t II,

page 15/i), tous les perfectionnements modernes de la céramique furent iniroduits dans les deux fabriques, entre autres les fours et les moulins anglais.

Au lieu de la terre de pipe qu'on avait fabriquée jusqu'alors, on fabriqua la faïence fine anglaise, irmrstùnet improprement nommée porcelaine opaque, à pâte feldspathique et à couverte boraciquc. A l'instar des faïences anglaises, ces faïences sont ornées de gravures de divei-ses couleurs et de dorures.

Guidés par le principe de la division du travail, les directeurs se sont partagé les autres branches de fabrication. Yaudrewange a ajouté à sa grande fabrication celle de la

porcelaine phosphatée anglaise. Les objets exposés au Palais de r Industrie prouvent à quel degré de perfectionnement MM. Yiileroy et Boch ont porté la fabrication de cette porcelaine tendre.

Par contre ils ont laissé à Hettlach la fabrication des grès fins, grès cérames qui ont acquis une telle perfection qu*on en

expédie dans le monde entier, même en Angleterre. Ces grès de diverses couleurs sont ornés de reliefs en blanc ou de reliefs dorés^ ou de reliefs platinés.

U est remarquable qu*on ait tiré à Mettlach meilleur parti du platine qu'en Angleterre.

On fabrique àMettlacb, depuis quelques années, des statuettes

1. Lorsque 11. Bock-Bnflchimam alla s'élabUr à Mettlacih, M. Villeiof lui tt cet ftTeu: « Je ne eniiu pu les eoncurrenle; je ne enins que les gMe4Dâli«n. »

en parian ou paros (Brongniart, t. 1 , page 63) qui approche du parian anglais.

Depuis 20 ans on y fabrique , pour conduites d'eau, et au moyen de la presse, des tuyaux en terre cuite qui sont tous les jours plus recherchés. Et depuis peu d'années on y exécute des pièces d'architecture , des vases et des statues de grande dimension, en terre cuite, qu'on commence à nommer comme les anciens lerra-colta. Ces pièces résistent parfaitement aux intempéries de l'air.

Une nouvelle fabrication de MM. Villeroy et Boch, qui a

beaucoup d'avenir, est celle des dalles en grès cérame, pour pavement, dont nous donnons ici un dessin spécimen.

Les incrustations de diverses couleurs de ces dalles en forment presque des mosaïques de Florence ; les dimensions en sont si parfaitement régulières qu'on n'aperçoit pas les déjoints des dalles.

En 1864, M. N. Villeroy a terminé son honorable carrière à l'âge de 85 ans ; actuellement la faïencerie de Vaudrewange

m EXPOSITION UNIVERSELLE.

y pour directeur, outre M. Jaiinez, M. Alfred Vil loroy, petitfils de M. N. Villeroy. — M. Boch - BLi^clanaini 8 est retiré dans le domaine paternel et continue à diriger ia faïencerie des Sept-Fontaines, dans le grand-duché de Luxembourg : Vaudrewange occupe 600 ouvriers; Hettlach en emploie 500.

A Sept- Fontaines, outre rancieniie fabrication de la terre de pipe et de la faïence commune recouverte en émail blanc eten couverte ou glassure brune, on fabrique de la porcelaine opaque, des tuyaux de fontaine» etc.

On vient de perfectionner dans cette fabrique un ancien article, les carreaux de revêtement dont quelques échantillons fii^iu'ent à l'Exposition universelle de 1855, dans h; compartiment du grand-duché de Luxembourg. Il est hors de doute que les revêtements en faïence obtiendront de nouveau une grande vogue. Cette fabrication , qui n*a pas encore tout son développement, et qu*on n*a pas encore offerte au commerce, donne néanmoins déjà lieu à des demandes considérables sur les bord.s du llliiu et de la Moselle.

Parmi les objets exposés au Palais de Tlndustrie parJSept- Fontaines, se trouvent des étiquettes pour plantes. L'impression des noms est faite sous couverte et à l'aide d*un cylindre, d*un mécanisme facile, auquel sont adaptés plusieurs alphabets. Cette machine à imprimer est de Tinvention de H. Boch- Buschmann.

Les motils qui ont fait choisir remplacement des faïenceries à Vaudrewange età Mettlach ont décidé la famille Boch à créer un établissement semblable dans la province de Hainaut, en Belgique à proximité des houillères du centre, sur la

rive du canal de Charleroy , là od a été construite, quelques années plus tard, une station de chemin de fer.

Prévoyant l'extension que prendrait leur fabrique, les frères Boch l'ont nommée Keramts, à l'imitation du célèbre Wed-

CÉRAMIQUE. IMS

gewood, qui a nommé la sienne Etntria. Le plus jeune des frères Boch en est le directeur copropriétaire.

Les produits de Keramis sont les mêmes que ceux de Mettlach; on y emploie dOO ouvriers; elle possède trois machines à vapeur de la force totale de 70 chevaux. Keramis n*a pris part qu*à une exposition, à Bruxelles, et y a remporté une médaille d'or.

La famille Boch a acciuis, il y a quelques années, de M. de Bettignies, une des fabriques de faience et de porcelaine de Toumay, également dans la province de Hainaut* Cette fabrique est exploitée sous la raison Boch frères.

Ils continuent à y fabriquer des faïences fines et des faïences communes comme h Sept-Fontaines, en même temps que l'ancienne porcelaine tendi e dite de Tournay. recherchée depuis plus d'un siècle en Belgique pour sa solidité et le beau bleu de sa peinture.

. La faïencerie de Toumay emploie 100 ouvriers et une machine à vapeur de la force de 35 chevaux.

De même (|ue la famille Boch exploite en Belf^ique deux établissements faïenciers, du consentement de la société Vil- ' ieroy et Boch, de même la famille YiUeroy, à laquelle M. Engène Boch s'est alliéi exploite en France, avec un assentiment réciproque, et avec Mil. Utsschneider et G% kt grande faieneerie de Sarreguemines^ — département de la Moselle, — qui a exposé de très- beaux objets.

Les détails qui précèdent font suflisamment coniiaitre les faïenceries de Sept-Foniaines, Mettlach, Vaudrewange, Keramis et Tournay, sous le rapport matériel ; reste à étudier la question morale, c*estr^.MIire les institutions qui existent dans ces établissements pour le bien-être des ouvriers.

Il est un préjugé, trop souvent justifié : on se plaît à dire que la vie d^atelier est, plus que la vie des champs, dangereuse pour les mœurs. •

su EXPOSITION UNiV£RSELL£.

Cependant la vie commune civilise les hommes ; ei leur contact produit un effet contraire, il ne faut en accuser que la mauvaise organisation de cette communauté.

De père en fils les propriétaires et cl i l ecteurs des manufeotures dont il est ici question, ont considéré comme leur premier dévoir la sollicitude pour le bién-étre et la conduite morale de leurs ouvriers ; aussi ont-ils la satisfaction de n'être entourés que d'honnêtes gens.

Des médecins à appointements fixes sont attachés aux établissements de Mettlach et de Yaudrewange.

A Taide de très-faibles retenues sur les salaires, on a formé dés caisses de secours pour les malades et les infirmes ; on dbniie même des pensions aux veuves ét aux vieillards pour (jui le travail devient trop pénible. Une caisse d'épargne a été instituée ; elle prête de l'argent aux ouvriers qui font des acquisitions ou qui bâtissent des maisons. Mentionnons cet heureux résultat : c^est que la plupart des ouvriers sont propriétaires. De nos jours il y a peu dé fabriques sans caisses de secours et d'épargne; mais on a rarement , comme dans les ctatjlissements dont nous rendons compte, apporté autant de soins h organiser la surveillance des ouvriers pour les mœurs et la con'> duite par les ouvriers eux-mêmes. ^

Ceux^i choisissent annuellement les chefs de confréries, qui, avec l'approbation des directeurs , infligent des amendes pour les désordres ou les fautes graves, aussi bien hors de la fabrique que dans les ateliers. Le produit de ces amendes profite à la caisse de secours.

Les enfants sont sous la surveillance et en quelque sorte sous la tutelle des chefs.

Les propriétaires se mettent en rapport avec ces chefs, les consultent, leur témoignent des égards, et leur donnent ainsi plus de considération aux yeux de leurs camarades.

Cette organisation a fait naîtie parmi les ouvriers un esprit

CÉRAMIQUË. 945

de corps, un point d'honneur delà plus heureuse influence.

Les propriétaires surveillent égnit'inent la tenue des écoles. A bepUFontaines il y a une école-gardienne aux frais de M. Boch-Bufichmaun, dont il a garanti la durée par une dotation.

A Mettlach il y a une école de dessin pour les jeunes ouvriers, et pendant l'hiver on fait faire des exercices g)îmi;istiques à ceux que leurs travaux obligent à se tenir assis dans les ateliers, — A Yaudrewange eih Mettlach, les ouvriers forment un corps de musique, dirigé par des professeurs rétribués par les propriétaires. A Sept-Fontaines les ouvriers ont formé une société de chant ainsi qu*à Keramis.

Nous ne pouvons qu'applaudir à l'organisation des ouvriers en société musicale, et à ce qu'ils consacrent le dimanche à la musique et au chant.

Les médecins qui se sont occupés d'éducation et d*hygiène ont mis la musique vocale au premier rang des exercices salutaires. Les anciens ne comprenaient pas qu*on élevftt les enfants sans la musique : les promenades et les jeux se faisaient en chantant dans les palestres.

Le chant encourage et anime mieux que le vin, mieux que le rire; il allège la tftcbe, il dérobe l'espace , la fatigue et le temps; il colore la monotonie. Les pensées mauvaises le craignent, car elles sont amies du silence. * Le chant est un charniauL consolateur, un gai compagnon. Par lui les habitudes de cabaret ou d'estaminet peuvent être détruites. Puis les jeunes voix se recherchent et se lient ; or, um'ssez les hommes par un côté, harmonisez-les par une face, si peu que ce soit, les voilà bien près d'être frères et de s'aimer. Chanter en chœur c'est vivre en paix. L'habitude du rhythme et de la mesure donne en outre une tourjiure plus noble aux manières, plus élégante au dialogue; de même que le sentiment de la mélodie rendra l'affection plus tendre et son expression plus aimable. Les

m EXPOSITION UNlV£KâËLL£.

femmes, le travail, le devoir, ont tout ft gagner à la propagation de la musique ; l'indépendance , la fierté , la liberté n'ont rien à y perdre. Qui s' embellit se fortifie; qui se fortifie s'élève.

C'est pourquoi nous avons à féliciter MM. fioch et YiUeroy pour cette belle <Buvre d*améIioratioD et de moralisation humaine.

Au âi décembre 1854 les caisses de secours ont donné les résultats suivants ;

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