PARFUMERIE
Leurs procédés étaient envclopp(:'.s du plus })rot'ond secret, pour mieux eu imposer à la foule qui, dans sa pieuse ignorance,; attribuait T odeur pariiculière des temples aux mystiques émanations de la divinité. Ën Égypte, on avait encore appliqué Fusage des parfamç k rembaumement des morts, et les momies conservées par ces procédés sont le meilleur argument que l'on puisse fournir à l'appui de la haute supériorité que ces peuples avaient m acquérir dans ce genre de préparation. On ne dît pas que les Grecs aient donné aux parfuns la même des-. tinaUon funéraire ; mais k coup sûr ils en ont tiré tout le parti possible pour les soins de la toilette et l'hygiène des chairs et de la chevelure. Le secret de la distillation des essences et deshuiles, transporté plus tard a iiouie, lut une des causes de la dégénératiou qui atteignit peu à peu la plus forte natiou de Tantiquité; car Tusage immodéré de certains parfums produit cette langueur énervante qui se remarque ches les femmes de rOrient, où les frictions et les bains aromatiques jouent un si grand rôle dans leur existence. Au moyen âge, l'alchimie garda le secret des recettes merveilleuses destinées à la préparation des onguents et liqueurs qui exerçaient sur rorganisation externe une influence hygiénique et salutaire; mais à cette époque la parfumerie, se confondant le plus souvent avec la science d*Hippocrate, ne présenta aucun caractère distinct. Ce . furent les Médicis qui, après avoir importé d* Italie en France la mode des parfums et des cosmétiques , leur donnèrent un commencement de celte popularité qui devait prendre plus tard de si grandes proportions. La tradition raconte que . quelques grandes dames de la cour de François I" et des règnes suivants, durent aux vertus d*un élixir, dont le secret se transmettait de famille en famille , une jeunesse qui allait se prolongeant jusqu'à un âge très-avancé. Catherine de Médicis, Diane de Poitiers, Winon de Lenclos, madame de Maintenon, et quelques autres femmes célèbres ont dû, dit-
on, à cet élixir de pouvoir conserver pendant plus d'un domisiècle et dans sa fleur la plus fraîche tout Téclat de leur beauté,
Le xvui* siècle traiisforma la paHumerieen industrie sérieuse ; mais il ne sut pas la dégager entièrement de tout le charlatanisme qui r avait créée. L'abus que l'on en fit en eniployant des fards de toute sorte, des mouches et même des parfums très-nuisibles à la santé, avait jeté sur elle une déconsidération dont elle n*a pu se relever que grâce aux procédés indiqués par la chimie moderne. Aujourd'hui elle commence à marcher en toute liberté dans la grande et véritable voie. La parfumerie a pris enfin le rôle que sa nature lui réservait ; elle ne cherciie pas à empiéter sur le domaine de la médecine en guérissant des maladies avec lesquelles les propriétés des plantes dont elle fait usage n*ont aucunes relations ; màis elle s'applique exclusivement à prévenir les affections externes. L'hygiène en devenaiil la base de la parfumerie, a ainsi emprunté un caractère d'élégance et de distinction aux délicieuses senteurs que cette industrie met en œuvre.
Cependant, il serait possible d'adresser à la généralité des parfumeurs un reproche fondé; c*est que, retirés dans leurs vieilles méthodes de fabrication, ils ne cherchent pas à simplifier le travail et à diminuer, par suite, le prix des produits, en demandant aux sciences naturelles ou mécaniques le concours que ces dernières leur prêteraient avec tant d'empressement. Quelques fabricants que le jury de FËxposition dé 1855 a sa distmguer parmi la foule, échappent à cette critique.
L'Exposition de 1855 aura en outre cet avantage d'avoir prouvé d'une façon éclatante que la parfumerie est une industrie essentiellement parisienne et que tous les pays du monde sont, pour les parfums, tributaires de notre capitale. Seule, la ville de Paris possède la science et les secrets des préparations spéciales, les bases hygiéniques des pâtes superfines
PARFUMBRIE.
dis parfums exquis, des eaux, huiles, extraits ou essences aromatisés.
Il est des noms de fabricanto qui sont à tout jamais liés à celui de leur industrie; ils la personnifient dans ce qu'elle a de
plus neuf, de plus remarquable; et cette justice, il faut bien la leur rendre, quand tous les témoignages viennent à l'appui, les récompenses obtenues aux diverses expositions, la réputation des produits, Tuniversalité de la clientèle. Voilà ce qu*on peut dire du nom de L. T. Piver, dont la maison, fondée il y a près d*un siècle, a constamment justifié sa vogue par l'étendue de ses débouchés, le chiûre de ses affaires et la supériorité de sa fabrication.
Croissant toujours, se trouvant trop à Tétroit dans son local pourtant si vaste de la rue Saint-Martin, cette ancienne maison a dû transporter et son matériel, et ses magasins, et ses
bureaux, sur un emplacement plus large et mieux approprié aux conditions nouvelles de son commerce, 10, boulevard de Sébastopol. C'est là que le chef actuel de cet établissement» M. Alphonse Piver, a pu réaliser les importantes réformes qu*il méditait depuis longtemps, au point de vue de Texéeup tion simultanée, rapide en même temps que parfaite, des commandes qui lui arrivent de tous les pays.
L'aménagement de cet immeuble , véritable Palais de la Reine des fleurs, a été conçu dans le goût le plus large et le plus élégant. Tout a été mis en œuvre : constructions spéciales pour les ateliers, outillage complet, machine à vapeur, procédant à la fois et sur tous les points aux opérations qui échappent de leur nature è la vigilance de l'ouvrier; boudoirs coquets et groupés symétriquement comme les cellules d'une ruche, où s'achèvent les travaui délicats de romementetion; enfin, vastes magasins, d'une richesse inouïe, et destinés à la clientèle aristocratique. .
Tels sont les éléments du succès nouveau que vient d'organiser pour sa maison M. Alph. Piver ; comme s'il ne lot suffisait pas de posséder, en outre de ce siège central , deux autres fabriques, une à La Villette, pour la savonnerie fine» une à
(irasse (Var), pour la distillation des plantes aromatiques, d'avoir créé à Londres et h Bruxelles deux suceurs;) les presque en état de lutter avec les magasins de Paris; d'avoir multiplie sur tous les points principaux de Paris et de la France entière plusieurs comptoirs de détail, à Tefiet de correspondre plus directement avec le consommateur; d*avoir enfin conquis à l'Kxpositiou universelle de Londres la meilleure garantie de supériorit(î et d'avenir, en obtenant du jury une dfcisiou solennelle qui, tout en décernant une médaille de prix à la maison Piver, déclarait c que ses parfumeries et ses savons de toilette étaient de la plus haute classe, »
Cependant un nouveau suffrage est venu s'ajouter à tous les autres et a élevé cette renommée à l'apogée de son ambition, c'est la décision du jury international de l'Exposition de 1855, décernant à M. Alpl). Piver la médaille de première classe, haute et rare distinction, méritée par la supériorité de ses produits : parfumeries et savons fins, dont les qualités et Tarome frais et suave ont depuis longtemps reçu droit de cité dans le inonde de la fashion. Le Savoîi au suc do laitue, les Savons dulcifiés h toutes les odeurs, le Savon des familles, VEau de Cologne de la Reine des fleurs, etc. , sont trop connus pour qu'il soit nécessaire ici d'insister sur leur mérite, si justement distingué à toutes les expositions.
Nous ne doutons pas que le chef de c^tte maison ne soit à la iiuuteur de la récompense si honorable qui vient de lui être décernée et que, dans les expositions futures, il ne soit appelé à soutenir victorieusement la supériorité de Tindustrie française.
Noblesse oblige, et M. illph. Piver le sait.
1>ARPUHEBI£.
A côté de lîiMi.stjiis recommandables, il imporli' d'en si^aler d'autres qui recourent à de frauduleuses manœuvres. Le public doit se mettre en garde contre les pièges que lui tend journellement le génie industriel de certains parfumeurs» qui n*héfiitent devant aucun moyen, celui par exemple de cacher leur inleriorilé sous le titre trompeur et vide d'une société hygiéni(|ue (jiielconque. Le jury international s'est bien ^ardc de consacrer la notoriété malheureuse de ces spéculations par la moindre faveur; et ceux-là qui avaient fait le plus de bruil .n*ont pas été appelés même au bénéfice d*ane mention honorable.
C'est ainsi que les produits de MM. Cottan et G" (société hygiénique) n'ofit attiré les regards que par les grandes prétentions de leurs fiacone et enveloppes « desquelles on peut tout louer, sauf le contenu.
La fondation de la maison Monpelas remonte à peine à vingt-cinq ans. Dans rindustrie des parfums, vingt-cinq ans, c'est la lleuj' de, la jeunesse; et telle maison qui réussit en si peu de temps à se créer une renommée, accomplit une sorte de merveille commerciale.
La médaille de pretnihre cloue est la plus forte récompense que le jury de 1855 ait cru devoir accorder à la parfumerie fine et à la savonnerie de toilette. Dire que la fal)riqne Monpelas est la seule, avec une autre des maisons de Paris, (jui ail été jugée digne d'une si haute faveur, n*est-ce point l'éloge le plus flatteur que Ton puisse en faire?
Il est intéressant , dans tous les cas, de vérifier la marche ascendante que cette parfumerie a suivie depuis sa création, et par quelles phases du succès elle a dù passer avant d'atteindre le couronnement que lui réservait l'Exposition universelle. Les produits de la maison Monpelas ont figuré aux trois expositions françaises qui ont précédé le grand concours de 1855, et
m EXPOSITION UNIVERSELLE.
chaque fois le jury a consacré leur supériorité par une récompense prise dans un ordre plus élevé : mention honorable en 1639, médaille de bronze en 1844 » médaille d'argent en 1849, enfinmédaille de première cImu en 1855.
Ainsi donc , le nom de M. Monpelas prend désormâis sa place au ran^ des négociants français qui se sont voués avec le plus de zèle et d intelligence au développement de leur industrie. On lui devra une bonne part des perfectionnements que l'art du parfumeur a reçus dans ces dernières années au point de vue de la fabrication en général, et aussi comme choix et épuration des matières premières.
M. Violet, fournisseur breveté do LL. MM. Timpératrice des Français et de la reine Isabelle d'Espagne , peut passer à bon droit comme Tun des premiero représentants de la parfumerie française, si appréciée dans tous les pays. C'est à lui que revient Tidée si ingénieuse d^avoir appliqué la thridace à rasajîe de la toilette, en la combuiuiiL à d'autres préparations hygiéniques, sous la forme dn savons et de vinaigres. Avant lui la médecine seule savait tirer parti des propriétés adoucissantes et salutaires de cette substance ; mais personne n'avait songé à rîntroduire dans le domaine de Thygiène et à la faire accepter par les consommateurs , à la fois comme préservatif des atlections de la peau et comme article de parfumerie. Le savon de thridace, soumis à l'examen des chimistes, avait obtenu tous les suffrages ; le public , qui juge au point de Vue pratique , a sanctionné dès le principe les concludons de la chimie, en assurant à ce produit une vogue qui, loin de se démentir , va tous les jours grandissant. 11 en est de même de Vacrtine de thridace, vinai£i;re de toilette, qui obtint la médaille à l'Exposition française de et fut jug('; bien supérieur à tous les parfums âcres, durs et corrosifs qui abondaient sous le nom de vinaigres de toilette dans le commerce de la parfumerie.
PAAPUMBHIB. 353
L'ExposHion de Londres fut !e véritable triomphe de M. YioleU Le jury lui décerna une grancle médaille pour te choix- et le perfectionnement de ses parfams en tout genre, savons, pâtes de toilette et cosmétiques spéciaux, vinaigres, extraits d*odeuTs, élixîrs et extraits pour les dents, pâtes liquides parfumées, crèmes pour la barbe et les bains, etc.
MM. AUard et Glaye, successeurs de M* Violet, avaient pris à ccsur le grand concours de 1855, comme il a paru par leur exposition si riche et si variée oii figuraient dans tout leur éclat les mille produits qui- ont valu à la maison Violet sa haute réputation : le savon au jasmin d'Espagne , dont le pai lum donne un avant-goût des jardins mauresques; le savon au bouquel de l'Impératrice f si recherché pour sa délicatesse; le cold-cream ofrosct universellement répandu en Angleterre, où la beauté des femmes consiste dans la blancheur et la transparence du teint ; les poudres de riz ; les crèmes pour la barbe ; les essences d'odeur [miiï le mouchoir; les extraits d cunbre, d'aubépine, de cédrat, de chèvrefeuille, d'églantine, de lilas, de tubéreuse, de violette, etc. ; les pastilles à brûler pour les appartements; les huiles philocomes; les graisses d*ours; les pommades au rhum; Teau athénienne; les mixtures africaines pour teindre la chevelure , etc. , etc.
Il faut mentionner entre toute cette parfumerie dont l'odeur même embaumait ratrnu>phère ambiante, au point de grouper constamment un cercle de curieux autour des vitrines, la fameuse crime de la dueheste , préparation hygiénique pour rentretien et la pousse de la chevelure. Cette crème est une sorte de congélation des huiles les plus pures dominées par un habile mchiiip:e de vanille décolorée qui maintient les cheveux dans un état de santé parfaite, et leur donne Téclat le plus distingué.
Comme on voit, MM. Allard et Glaye ont digneinent soutenu rhonneùr de la maison Violet Le jury international de 1855 leur a décerné la médaille de deuxième clissse.
Le jury do 1855 a df^corné une médailli^ de deuxième classe à l'ensemble des produits exposés par MM. Ûemarson-Ghételat et G% qa*un tel honneur n*a pas dû surprendre. La maison DeroarsoD, en effet, dont la fondation date de 1815, a figuré ' avec succès h toutes les expositions qui se sont succédé depuis cette épnqiio. C'est ainsi qircn 1819, 1839, IS/iû, 18/»9, les médailles de premier ordre ont consacré sa supériorité pour les savons de toilette dont elle peut revendiquer la création et la plupart des perfectionnements. A Tune de ces expositions, le ■ savant M. Gay-Lussac, rapporteur dans la section des produits chimiques, manifestait en ces termes Topinion du jury, présidé par M. Thénard : o Les savons que MM. Demarson ont envoyés . « à l'exposition, sont ceux qui représentent le mieux la grande < fabrication dans ce genre ; leur savons de toilette justement ;< appréciés, nous dispensent d*en faire l'éloge; paifums, * nuances, tout y est observé; ces produits prouvent que .« MM. Demarson connaissent la grande savoinieric, et (ju'ils « jouent, pour ainsi dire, avec les difficultés qu elle présente. :€ Le jui'y central considère ces exposants comme étant bien !« dignes de la médaille qu'il leur décerne, i
Que dire après un éloge ainsi commenté et. venant d'une source si pure?
J-oin d'obtenir leurs savons à froid et en les composant de matières vul«î^aires, comme il arrive chez beaucoup de fabricants, MM. Demarson-Chétclat et C* substituent aux alcalis et aux astringents une combinaison des huiles les plus suaves et le suc des plantes grasses les plus riches en parfum. Aussi Tusage de leur savon , indépendamment de Todeur agréable qu'il laisse à la peau lui garantit une souplesse et une blancheur ravissantes, tout en la préservant des rides et des gerçures qui sont la trace de Tàge, des travaux ou des plaisirs.
M. Demarson est le créateur de divers articles de parfumerie qui jouissent d*une haute estime dans le monde élégant.
m EXPOSITION UfilVfiaâfiLLIi.
En 1819, il inventa la délicieuse crème iVamandes (ou crème de savon), l\ laquelle tant de petites et fines mains doivent leur aristocratique blancheur, et dont la généralité des parfu^ meurs'oot easayé plus tard la contrefaçon, mais sans le moindre succès. La jmmaàB hongroise ^ d*invention plus récente, est due au même fabricant On sait quelle vogue s^est attachée de nos jours à cette nouvelle composition, destinée à fixer les moustaches. Presque tous les officiers de l'armée se servent de cette pommade. Nous pourrions même ajouter que de trèshauts personnages en ont adopté remploi.
En un mot, la maison Demaraon-Ghételat et G* excelle dans la parfumerie surfine autant par la qualité que par le choix et le bon ç;oîit de ses produits, qui ont toujours servi de point de mire à ia concurrence. Les parfumeurs français, jaloux de les imiter, se sont approprié ses moyens de fabrication par des mancBuvres souvent déloyales. A Tétranger, la contre£aiçon des articles Demarson s*opère sur une grande échelle et si ouverr tement, que des fabricants allemands et hollandais, n'ont pas craint à T Exposition de 1855, d'exposer des savons Demarson contrefaits et d'en distribuer les prix courants.
En dehors des médailles obtenues aux époques déjà désignées, au nom de HH. Demarson se rattadie la création de Tessence de Germium'rùsaU G*est lui qui, le premier, a donné une haute extension à la culture de cet arbrisseau, service éminent rendu à l'agriculture et à l'industrie. Quand pour la première fois, en 1843, ce fabricant présenta les échantillons de sa liante aromatique dans les galeries de l'Exposition d'agriculture, le jury rendit justice à ses efforts et Thonora d*une médaille
Depuis cette époque, la maison Demarson-Chételat et C" a continué de développer l'importance de cette culture, et d'extraire du géranium-rosat, ces essences suaves qui assurent à sa fabrication une si grande renommée.
PARPUMBRIB
Parmi les fabricants qui se sont vraiment préoccupés de demander à la chimie ses formules pour la préparation des cos- Riéliques, on doit citer MM. Gellé frères. A la médaille de prix qu'ils obtinrent en 1851 à TËxposition de Londres, le jury international de 4855 vient d*ajoater une nouvelle récompense; il a honoré ces exposants d'une médaille de deuxième classe.
De juslL'h récompenses étaient dues à une maison dont la fondation remonte en 1826 et qui s'est toujours distinguée par la bonne qualité de ses produits et l'importance de sa fabrication.
(Test à Neuilly-sur^inef près la porte Maillot et le bois de Boulogne, que MM. Gellé frères ont placé le siège de leurs opérations; c'est là que fonctionne une immense usine où la vapeur, se distribuant par mille réseaux, procède mécaniquement à la distillation des aromates, à la rectification des esprits et à la saponification des huiles.
Il est curieux d'aller visiter ces combinaisons ingénieuses de la main-d'œuvre et de la machine, appliquées aux opérations les plus délicates de la chimie.
MM. Gellé ont inventé de nombreux cosmétiques et des savons qui jouissent d'une haute renommée. 11 suffira de rappeler Veau Albion, dont la puissance réparatrice réveille les char* mes éteints par l'âge ou les maladies; le nouveau régénéra" leur, qui fait pousser les cheveux, les épaissit et les empêche de tomber; le savon philoderme au iuc de concombres, émollient et rafraîchissant; le carboquinarase, poudre dentifrice par excellence ; la con^oùtion xouaoe, pour teindre à la minute barbe, moustadies et favoris, etc., etc. Enfin les produits de la maison Gellé frères ont obtenu un degré de perfection tel, qu'ils peuvent supporter les plus longs voyages de mer et se conservent sous toutes les températures.
Si l'on parle des parfumeries que la contrefaçon a ^ploitées
KXPOSiTiON UNIVERSELLE.
par mille moyens différente, à coup sûr le vinaigre aromatique de M. Jean -Vincent BuHy sera le premier mis en question. Quand la contrefaçon s'attache h un produit de ce genre, on peut la considérer coumie l'indice le plus infaillible de sa perfection. Modifier la base même des eaux de Cologne, écarter les principes irritants qu*elle renferme, conserver les propriétés qu*elle possède, suppléer à celles qui lui manquent, tel est le problème difficile (|ue Tinventcur a résolu. L'analyse chi- • inique a démontré qu'il n'entrait dans la composition du vinaigre Buily, que des substances soigneuscraent épurées et d'une action léniiive et bienfaisante. Aussi le monde aristocratique a-t-il adopté définitivement l'usage de ce parfum, dont la distinction n*exclut aucune des propriétés antincéphitiques, toniques et rafraîchissantes, que nécessite la toilette. Appuyé du suffrage des médecins et des savants, le vinaigre de M. Bully a obtenu deux brevets, l'un d'invention ^en 1809, l'autre de perfectionnement en 1814 ; il a été de plus, spécialement admis et approuvé aux expositions de 182â, 1827, 18A9 et encore à la grande Exposition de Londres, où seul il a été honoré d'une récompense spéciale.
. On a regretté de ne pas voir figurer dans les vitrines de la parfumerie française, Teau balsamique et spiritueuse de H. de Botot Cette liqueur, qui jouit d*une haute réputation, fut approuvée anciennement par la Faculté de Médecine et par la Commission nonnnée en vertu du décret du 18 août 1810, émanant du ministre de l'intérieur. Grâce h l'heureux choix des aromates qui la composent, l'eau de Botot a la vertu de fortifier les gencives, de raifermir les dents, d*en arrêter les douleurs et la carie ; elle a aussi la propriété de conserver à Thalcine sa fraîcheur naLiaelle et de ne su corrompre jniiuis. Une coileclion noinbreusi," de rapports dressés par des médecins et de^ capitaines de navires, atteste que les marins peuvent se
PARFUMËRIË.
prései ver du scorbut sur les dents et les gencives, en faisant usage de l'eau de Botot.
L*eau de Cologne tire son nom de ta ville de Cologne où elle
fut inventée vers la deuxième muitic du xvir siècle par Juan-' Paul Feminis. Avant de mourir, ce dernier traiibinit son secret à Jean -Antoine Farina, dont le petit-fils, Jean-Marie Farina, vint en 1806 s'établir à Paris, rue Saint-Honoré, ^3^, où se trouve toujours son entrepôt. Telle est exactement la généalogie de l'eau de Cologne de Farina, dont la vogue aussi universelle ' que méritée a donné naissance à une foule d iuiitatioiis et de contrefaçons dont les tribunaux français et étrangers ont fait plus d'une fois justice. Préparée avec le suc des plantes les plus riches en principes aromatiques et balsamiques, cette eau qui réunit toutes les conditions d*hygiène, d'utilité et d'agrément a été honorée de Fapprobatîon de toutes les grandes notabilités médicales et scientifiques de France. Elle a figuré avec succès à TExposition de 1855 où le nom de Jean-Marie Farina a éveillé dé nouveaux suffrages.
Avant d'en finir avec la parfumerie pari^enne , il est utile de rappeler une fois encore que le jury , dans sa haute justice, a frappé le charlatanisme de sa plus profonde indifférence. La science des réclames à i'eaii de rose et au suc de réglisse ne l'a pas ému le moins du monde. Sans s'arrêter à la dorure de Tétiquette, aux entrelacements du cachet, aux lioritures du flacon , aux exclamations du prospectus , il est arrivé droit à la pommade et à l'essence pour en faire l'analyse et se prononcer ensuite. À ce jeu impartial et sévère , beaucoup de fabricants qui comptaient sur l'efTet de leur mise en scène ont vu leurs espérances se convertir en déceptions. C'est une bonne leçon pour ceux qui s'appliquaient moins à perfectionner ies qualités de leurs produits qu'à les imposer par toutes sortes de roueries commerciales.
Pour ne citer qu'un fait , il est une tnaiBon de parfumerie qui clierche à s'insinuer dans les grâces du public, à la faveur d'un nom, qui est le seul rapport existant entre elle et la grande maison Demarson et Chételat dont il a été question plus haut. Il n*est certes pas difficile de rencontrer en France plusieurs individus du nom de Demarson et de se l'approprier pour donner de l' éclat ;i une raison sociale ; mais si les produits vendus à la faveur de ce stratagème pèchent sous le rapport de la qualité, du parfum, de la finesse, comment flétrir assez vertement un expédient de cette nature? Le jury a usé de son grand moyen en n'accordant rien, pas même une mention, aux parfumeries de cette maison. £lles ne méritaient pas d'ailleurs cette sévérité à un titre plus élevé que les produits de M. Finaud et ceux de M. Maîlly que Ton signale entre tous pour la mauvaise préparation des huiles, des essences et des graisses aromatiques.
La parfumerie de Grasse, qui vient en aide si fréquemment à la parfumerie parisienne, à tel point que celle-ci lui doit une bonne part de ses succès, a deux de ses représentants principaux, MM. Méro et Ghiris, qui ont reçu la médaille de i" classe pour leur grande culture de plantes aromatiques et une fabrication très-étendue des huiles essentielles et savons de toilette. Voulant honorer cette industrie dans un de ses membres les plus actifs, le gouvernement a nommé M. Méro clievaiier de la Légion d'honneur.
y éventail nous vient de la Qiine. Une légende frivole attribue son invention àlamaliee d*ane mandarine, qui durant une solennité laissa tomber son voile. Les femmes du Céleste-Empire n*ont pas le droit de se montrer en public le visage découvert. Notre Chinoise avait chaud sans doute, ou elle était jolie et voulait le prouver; mais les yeux de la foule se tournèrent vers rimprudente; et devant ce regard empreint de curiosité, de reproche et peut-être de sympathie, car la beauté ne perd jamais ses droits, la fille d'Ève et de Confucius usa d'an stratagème qui sauva Taudacc de sa conduite. Elle se mit à agiter violemment son voile à la hauteur du front, prouvant ainsi son respect pour les usages, et découvrant alternativement, par un geste plein de grâce, sa Jolie figure qa*elle n*était probablement pas fâchée de montrer. Cette autorité de mouvcnicnt en imposa, il faut le croire, à In rigidité des mandarins qui dès lors substituèrent au voile l'éventail et lui donnèrent une haute importance.
Cette armure légère de la coquetterie devait être bien accueillie par les femmes de France. Aussi Téventail a-t-il eu ses époques glorieuses comme la poudre, les mouches, le blanc de céruse et Teau carminée. La régence abusa de ce petit joyau, qui lui servit à agiter l'air énervant de ses ruelles. La révolution de 89, dans un accès de farouche austérité, alluma son feu de joie de la noblesse avec les débris de ces mille brimborions dont elle avait arraché d*abord la monture et lés pierreries.
Sous lu Restauration , les hommes essayèrent de se servir
de réventail; mais la tentative ne fut pas heureuse. Peut-être un caprice de la mode nous ramènera cette coutume que Ton peut aujourd'hui taxer de ridicule, mais que bien des gens
s'empresscraieiil de suivre si un gentleman audacieux et excentrique leur donnait l'exemple.
On a beau dire que la nature de T homme se prête peu aux grâces féminines, le lorgnon et la badine ont joué dans ses mains le même rôle que Téventail dans les mains de la femme. Il est une race d*étres vaniteux et oisifs qui se perpétue de siècle en siècle sous dos noms dilTcreiits : Damoiseaux au Moyen âge, Mignons suiis Henri 111, Roués avec la Rég(>nc^, Merveilleux pendant le Directoire, Dandys en 18â0, Fashionables en 1855. Avec ces grands prêtres de la mode, ii ne .faut jamais désespérer, surtout en France, de voir s'introduire dans les usages le vêtement le plus bizarre, le jouet le plus inutile; ils ont changé la sigiiilication du mot ridicule, qui s'applique désormais à tel habit ou tel chapeau dont ils n'auront pas adopté la forme.
Si la Restauration a vu Téventail prendre place un instant dans les colifichets de la vanité masculine pour en être aussitôt expulsé, il n*en est pas moins vrai que la deuxième ère de ce charmant bijou commence à cette époque. Ce furent MM. Desrochers et Vanier qui donnèrent le signal de cette renaissance. Tandis que ce dernier mettait en vente aux vitrines de sa parfumerie des éventails jaunis par le temps, M. Desrochers exhumait des vieux bahuts les modèles de nos aïeules et s 11 1 liquait à ne reproduire dans sa fabrication ([ue ce qui réunissait les caractères les plus marqués d'élégance cl de richesse. 11 commença ainsi celte riclie collection qu'il devait tranj?metti'e plus tard à son gendre, M. Alexandi'e, et qui se compose aujourd'hui de 1,500 éventails appartenant à toutes les époques. On retrouve dans ce musée d*éventails anciens, le plus complet et le seul important quMl y ait en France, des
échantillons de tous tes styles; ceux-là sont imprégnés encore
du parfiim énervant dont les Médicis avaient le secret ; voici l'éventail que Alarie Stuart emporta on Kcosso; la déchiqueture que l'on aperçoit sur l'ivoire de ce maître-brin a été faite par Diane de Poitiers le jour où elle posa en Diane chasseresse sous les yeux de Jean Goujon. Dans on autre compartiment sont disposés les éventails du xvnr siècle avec leurs feuilles sii^nc'îos par les grands maîtres de l'époque : Boucher, Wateau, Pater, Lancray, Lebrun, îîûet, Mignard, etc.
Une fois lancé dans cette voie , M. Desrochers forma luimême des ouvriers, des talents d'élite capables de comprendre et d*exécuter les reproductions artistiques qu'il leur demandait
Vers cette époque, le département de l'Oise accapara pour sa population l'œuvre la plus fatigante que comportait cette nouvelle industrie, c'est-?)-dire le façonnage du bois, le découpage, le polissage, la gravure, le pailletage, etc., en un mot la monture de Téventail, ouvrages dont la finesse et la délicatesse ont lieu de surprendre, si l'on considère qu'ils sont exécutés par des paysans, travaillant en famille avec leurs femmes et leurs enfants.
Cette transformation imprévue d'une fabrication qui nagui^re n'offrait aucune ressource excita, comme on pense, l'émulation de M. Desrochers, qui avait pris l'initiative et donné le mouvement. Aussi, dès lors on vit prospérer sa maison avec une rapidité qui tenait du prodige. Le chef de cet établissement, sans mécoîiiiaiirc les vieilles traditions, puisa bientôt ses éléments h une sources nouvelle, et, grâce à lui, son industrie prit à Paris une importance incroyable.
Gomme la chenille qui se transforme en papillon et revêt au printemps ses ailes d'émail et de rubis, l'éventail, ce papillon de la femme, profita du printemps artistique de i8S0 pour se métamorphoser sous les couleurs les plus riches et les plus harmonieuses, La nacre, l'ivoire, l'écaillé, les pierres pré-
cieuses, les plumes du colibri» le duvet de Fautruche, les étiiH celles du cristal, Tiris de rémailleur, les rayons dorés de Porfévre, les fantaisies de la sculpture, la palette du peintre,
en un mot toutes les opulences de la îialurc , toutes les délicatesses de Part furent mises à contribution pour confectionner ces admirables bijoux , qui sont devenus le sceptre et le bouclier de la beauté.
Depuis 1830, le nombre des éventailHstes français s*est accru dans une proportion telle que cette industrie alimente ôe nos jours un chinVcî considérable? do familles. Dans le département de rOise, la monture de révcntail occupe plus de 2,000 ouvriers. Chacun a sa spécialité et apporte ainsi une bien plus grande habileté au perfectionnement de son travail. €ne seule monture ne passe pas dans moins de huit mains. Elle arrive alors à Paris où se trouvent le? peintres, les bordeurs, les décorateurs et enfin le commereant. La l'rance exporte seule ce genre de marchandise ; quelques pays cherchent à se suffire, mais ils ne peuvent réussir que pour les éventails communs. L*Espagne a fait quelques essais; mais entre eux et les chefs-d'œuvre de nos artistes, il y a les Pyrénées tout entières. Quant à la Belgique, elle applique î\ la fabrication des éventails son système de contrefaçon littéraire en oiiVant, comme do son cru, des échantillons assez médiocres dont toutes les parties, la monture, la feuille, les maîtresbrins ont été achetés à Paris. La Chine seule, par son originalité et la parfaite délicatesse de ses sculptures sur bois et ivoire, pourrait penser à une concurrence si les débouchés occidentaux n'étaient voués exclusivement h la fabrication parisienne qui, déjà en 1851, d'après les rapports du jury de Londres, livrait par an au commerce un ensemble de produits évalués à 5 millions de francs.
A TExposîtion de 1B55, les éventaillistes français ont montré, sous un jour écrasant pour la concurrence, étiaiigeiu, tout ce
que peut le génie de nos artistes et de nos ouvriers lorsqu*il est bien dirigé. Chaque vitrine se distinguait par le choix des
formes, la variété des iiuancjs, le bon goût de la décoration et aussi par quelques innovations très-heureuses dans la fabrication mécanique.
Il y a huit ans environ, la fameuse maison de M. Desrochers passa entre les mains de son gendre, M. Alexandre, dessinateur habile et homme de goût qui ne pouvait manquer de suivre les traditions de son beau-père. Le nouveau directeur s'appliqua d'abord à imiter le travail délicat des maîtres éventaiilislcs des xvii' et xviir siècles. Mais las de copier, il conçut le projet d'inaugurer pour réventail une ère de rénovation ; et dès lors il travailla à créer un style moderne, digne de se substituer au style ancien, et qui, au point de vue du travail de la feuille, des dessins et de la monture, n'eût rien à redouter d'une telle comparaison et pût au contraire la dt'tler.
On le vit frapper à la porte des peintres les plus distingués et réunir, à l'appui de sa grande idée, toutes les autorités, toutes les adhésions. G*est ainsi que MM. Horace Yemet, Ingres, Léon Gogniet, Robert Fleury, tous membres de l'Institut, ont accordé leur concours à T artiste fabricant, qui s'est également assuré la coopération directe? de MM. Hamon, Vidal, E. Lami, Diaz, Gérome, H. Baron, Fauslin-Besson , Antigua, Ëdouard de Beaumont, Auguste Gendron, etc., et •d^une vingtaine de célébrités de même ordre dont le nom a, par lui-même, une notoriété artistique trop précise pour qu*il soit nécessaire de le faire autrement ressortir.
Le grand concours de 1855 a fourni à M. Alexandre l'occasion de révéler publiquement le résultat de ses louables elîorts. L'éventail caractéristique de l'époque moderne, Téventail du .XIX* siècle proprement dit est apparu dans sa vitrine avec tout réclat que comportaient la richesse et Toriginalité d'une telle
œuvre. Les peintres les plus distingués n'avaient pas dédaigné de proijiener leurs pinceaux soyeux sur la trame ténue de la feuille que supportait une montore admirable. G*est à M. àlexandre lui-même que Ton doit le dessin de ces encadrements si harmonieux avec le sujet rci)ré.<eiité ; c'est lui personnellement qui a dirigé Texécution de ces ornements fantastiques, découpés et ciselés avec tant d'art sur cette charpente légère et idéale que Ton dirait élevée par les doigts d*une fée.
En invitant le public à visiter ses salons du boulevard Montmartre, réminent éventailliste a établi une sorte de musée permanent où les gens de goût peuvent aller étudier la peinture moderne dans son genre le plus gracieux. La liste des créations toutes récentes que M. Alexandre a obtenues du pinceau de nos grands peintres est curieuse à parcourir. C'est ainsi quMI nous montre sur ses éventails :
Une Danse arabe, par Horace Vemct ; Diane et Endymion, sujet traité dans le style étrusque, par Ingres; une Allégorie mythologique, par Léon Cogniet; Bacchus jouant avec V Amour, par Hamon, élève de Paul Delaroche ; la Fontaine de JouveMe^ style Louis XV, par Eugène Lamy; m Repos de chasse^ même style, par Faustin Besson; lei Trois Ages, par Antîgna; la Ronde des Fleurs, par Gendron; les Arls, allégorie, par Robert'Fleury ; la Mhre aux Amours, par Vidal; rEmbuscade, par Emile Wattier; les Plaisirs du printemps, style moyen âge, par Picou; m Mois d'amour ^ par de Beaumont^ le Premier Pas, par Billotte; une Promenade sim Louis XVy par A. Delacroix; un Bal, même époque, par Bouchardy; la Bonne Mi re, par Trayer; un Hcpas à la campagne, par Diaz; les Saisotu, par Célestin Nanteuil; une Fête de village, par Yerassat; les Plaisirs de la campagne, par Piassan; un Bal, par Soldé; la Toilelte de Vénus ^ par £d« Moreau; une Féte^ époque de Henri II, par Henri Baron; Fontaine de Jour vence, style moyen âge, par William Housselîère; Ftem,
par M*"* Pauline Girardin; la Danse espagnole, par Paul Hervy; une Fête, par Gérome; Us Jeux innocents , style Louis XY, par Lafont; les Moissonneurs, par Suisse; les
Grandes batelières, par Balluc; le Départ pour Cythère^ par Gimbcl frères; 1rs nnircSy par Balze-Raymond ; une Toilette de Vénus f par Schwind ; deux dessins pour monture artistique, Tun par Liénard, l'autre par Rossigneux, etc« A ces noms bien connus, dont les œuvres figureront dans le salon dtéven^ iails ouvert par M. Alexandre, on peut ajouter dès à présent ceux de Français, Rosa Bonheur et Bcranger.
L'industrie des éventails se divise en deux f^randes seetions : la fabrication riche essentiellement artistique et la fabrication plus spécialement commerciale et qui se subdivise en différentes classes, suivant la nature, Torigine et l'importance des s[ij( ts et le degré plus ou moins grand de la richesse et de rélé^ance dos montures. Jl est utile d'appeler l'attention sur les dillorentes divisions qui constituent reiiseinble de la fabrication de M. Alexandre et qu'il convient d'établir ainsi :
Première catégorie, — Éventail avec feuille d'artiste, unique, originale, signée des noms indiqués plus haut, exclusive de toute reproduction, monture ornée de bijouterie. Ces objets d'art, du prix moyen de 3,000 fr. , peuvent s'élever jusqu'à 10,000 fr.
Deuxième ratcgorie. — Eventail composé par des artistes avec feuille de maître , pointures ori^niiales et sans reproduction, du prix de 600, 1,000, 1,200 et 1,500 fr.
Troisième catégorie, — Éventail avec feuille, copie des maîtres par leurs premiers élèves, du prix de 800, 200 et iOO fr.
Quatrième catégorie, — Éventails faC'Simile avec i ep) oductions des œuvres de maîtres ou originaux dus aux artistes éventaiilistes spécialement destinés au commerce d'exportation et qui peuvent être vendus, depuis 36, 80, 120 fr. jusqu'à 150 fr. la douzaine.
Tel est, en résumé, le système de fabrication qui réalise dans rindustrie des éventails le grand projet de rénovation conçu et exécuté par M. Alexandre. Le jury international a légitimé par une décision éclatante, le succès de cette admirable application des beaux-arts à Tindustrie; il a décerné à son auteur la médaille de première classe, c'est-à-dire la plus haute récompense accordée aux fabricants d'éveniails qui avaient exposé leurs produits au Palais de l'Industrie.
£n outre de cette distinction, M, Alexandre a reçu une médaille de deuxième classe comme inventeur d*un procédé artistique qui lui permet de colorier en divers tons la nacre et rivoire , et de les vernir ensuite de manière à leur donner Taspecl et le charme des peintures en émail. On comprend de suite TelTet charmant que doit produire cette innovation appliquée sur de fines découpures, sur des ciselures légères et gracieuses.
C'est par la sérieuse importance de ses affaires et Textréme bon marché de ses produits, que la fabrique de M. D.-J. Fayet,
successeur de MM. Colombet, Bénard et Riant, se recommande, et qu'elle a fixt'! l'attenlitin du jury international. C'est, nous le croyons, la pius ancienne des fabriques d'éventails existant aujourd'hui à Paris. Sa fondation remonte à 1725. Aussi, suffisamment connue et d'une réputation solidement établie, elle n'avait pris part jusqu'à présent à aucune des expositions de l'industrie, et ce ne fut qu'à l'occasion d'une exposition universelle qu'elle se décida à sortir de sa résonne hal)ituelle.
M. D.- J. Fayet avait fait de sa vitrine un résumé restreint et raisonné, par gradation de prix, de tous les genres et de toutes les catégories d'éventails qu'il fabrique, et Ton y voyait ce que Ton trouve chez lui, l'éventail le plus commun du prix le plus modique, jusqu'à l'éventail de nacre, d'ivoire et de filigrane d'or à pierreries des plus riches et des plus élégantes.
Il faut également citer la maison Buissot frères, dont la fabrication sa recommande par la grande variété de ses productions nouvelles empreintes de Télégance, du luxe et du bon goût, si recherché à Paris et dans toute la France. Leurs nombreuses collections pour tous pays sont justement appréciâmes pai' les maisons d'exportation. Une de leurs créations les plus
récentes est réventail dit de poche , se pliant en deux au moyen d*un ménanisme simple et ingénieux, qui le met à Tabri
des nombreux accidents auquel ce bijou est assujetti.
Dans rhistoriquede réventail» au commencement de ce chapitre, le nom de M. Yanier a déjà été cité comme Tun des principaux rénovateurs de cette intéressante industrie. Il serait
injuste de ne pas y revenir plus longuement ici.
En 1829, à l'époque où l'éventail venait h peine de renaître, un grand bal se préparait aux Tuileries, dans lequel étaient
370 EXPOSITION UNIYEB SELLE.
organisés trois quadrilles historiques, dont un, le troisième, style Louis Xy, Madame la duchesse de Berry faisait rechercher partout, mais vainement encore, des éventails dignes d'y figurer. On se ressouvint d'en avoir vu de fort beaux à Tétalage d'un parfumeur de la rue Cauniartin, on courut chez Vani(T, qui jusqu'alors n'avait collectionné qu'en simple amateur ces fragiles trésors d'un monde évanoui. Les éventails excitèrent au palais une véritable admiration, tous furent achetés comme savaient le faire les Bourbons. De là l'élan de la renaissance de rëvontail.
Tandis donc que M. Desrochers cherchait de son côté, M, Yanier furetait partout, en France, en Hollande, en Allemagne. Plus tard, il laissait son œuvre aux mains intelligentes de M. Voisin -Yanier, son gendre et successeur, qui la continue si dignement aujourd'hui. Aux trouvailles anciennes il a su réunir une fabrication d'é\ eiitail3 modernes, du ^ciii o le plus artistique et des prix les plus modérés. Sa vitrine en faisait foi à l'Exposition. Le passé et le présent s'y coudoyaient sans se nuire, formaient une collection aussi gracieuse que complète. Contentons -nous de citer : le bat des fiançailles de Louis XYI et de Marie- Antoinette , avec portraits-médailles; la physiologie du mariage, si coquettement allégorifiée par les quatre phases de l.i lune dcsajnours; les infortuiu^s de Piei'rot, un véritable éventail pour rire, avec des illustrations dignes de Boucher et de Watteau; et tant d'autres merveilles, aussi remarquables par leurs délicates peintures que par l'exquise finesse de la sculpture et de Tornementation.
M. Yolsin-Yanier n'a cependant obtenu qu'une médaille de seconde classe! Peut-être a-t-on allégué qu'il était moins évcntailliste que parfumeur. 11 est l'un et l'autre, à la vérité! Mais, est-ce donc un tort de réunir à la perfection de l'éventail celle de la parfumerie, deux mérites au lieu d'un, qui font à double titre du magasin de la rue Gaumartin, le rendez- vous des
amateurs du beau et du bon. Un dernier mot dira ce qu'est M. Yoisin-Yamer comme éventailliste : dans les douze éventails qui ornaient la corbeille de mariage de S. H. riropératrice Eugénie, il y en avait onze qui sortaient de la maison de M. Voian-Vanier.
Dans rindustrie des éventails, il existe une spécialité, celle dite des façons-plume, dans laquelle excelle tout particulièrement M. Dttcrot, le consciencieux éventailliste du boulevard
de Strasbourg. Rien de plus l^er que les franges soyeuses, que les gracieux marabouts qui voltigeaient au bord des élégants écliantillons exposés par lui au palais des Champs-Elysées. Cette spécialité n'est pas cependant le seul mérite de M* Ducrot, dont l'honorable maison se recommande encore par la supériorité de sa fabrication dans tous les genres, et par Je chiffre considérable de ses affaires tant en France qu'à Tétranger, ainsi que par les justes récompenses obtenues aux expositions universelles de Londres et de Paris.
Après avoir fait ainsi la part des éventaillistes intelligents et laborieux qui ont mérité aux diverses expositions comme dans le commerce le rang honorable qu'ils occupent , il reste d'autres fabricants qui glissent depuis longtemps sur la pente mauvaise où les entraîne le mercantilisme. Certes , ce n'est pas leur faute si la France, dans rindustrie des éventails, conserve sur les marchés étrangers sa supériorité et sou crédit. M. Duvelleroy, entre autres, n'est pas à la hauteur de la réputation qu'ont cherché à lui faire de maladroits amis. À côté d'éventails d'une cherté inexplicable , son exposition de 1855 en montrait d'autres , à très-bas prix il est vrai , mais d'une fabrication défectueuse sous tous les rapports. Le bon marché importe beaucoup dans une exposition; encore faut-il qu'il ne soit pas obtenu en sacrifiant toutes les qualités indi^nsables, la
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tournuie , l'élégance, le goût, la commodité. M. Duvelleroy n'est peut-être distancé , comme infériorité de fabrication , que par un autre éventailiiste parisien, M. Meyer, dont le seul mérite consiste à avoir, dans la monture, substitué le caoutchouc durci au bois , à la nacre et à Tivoire, etc. Mais en admettant^ l'originalité de cette application , que M. Goodyear avait d'ailleurs indiquée bien au[);iravaiit, il faut coiivonir que M. Meyer en a tiré un pauv re parti. Les éventails on caoutchouc durci , tels que nous les oiTre ce fabricant, attristent la vue et doivent infailliblement être répudiés par le beau sexe. Dans les autres genres d'éventails, M, Meyer, pas plus que M. Duvelleroy, n*a m mettre à profit ni les ressources qu'offre l'adresse des paysans de l'Oise, ni le talent artistique des fcuilliblcs parisiens. Malgré les regrettables erreurs que nous venons de signaler, l'industrie des éventails en France a fait de grands progrès dans ces dernières années et domine de beaucoup celle de tous les autres pays.
L*éventail nous conduit naturellement à Tombrelle, ce
deuxième accessoire de la toilette féminine.
Kn tète des fabricants qui ont élevé à une grande hauteur l'importanee industrielle des ombrelles et des parapluies marche M. Oazal, de Paris, fournisseur de S. M. l'Impératrice des Français. Ce fabricant a pris depuis 1835 une infinité de brevcts ayant tous pour objet de simplifier, en le perfectionnant, le mécanisme du parapluie , d'étendre son usage et ses applications, et d'ajouter à sa forme une élégance plus exquise.
C'est en 18â5 que M. Cazal découvrit un moyen nouveau de monter les parapluies sans entailler le manche. Quelque temps après il obtenait un brevet de perfectionnement pour un parapluie de voyage ou parapluie à canne se démontant à volonté. Enfin le même fabiicant peut revendiquer l'honneur d'avoir inventé les parapluies et ombrelles qui se replient à
volonté sur eux-mêmes, et le parapluie- canne dont le fourreau se brise et permet de placer ce meuble dans la poche des vêtements ù la mode. Le succès de chacune de ces découvertes est trop connu» pour qu'il soit utile de le faire autrement lessortir.
Après avoir obtenu diverses récompenses aux expositions de 1839, 1849, et notamment à TExpoation de Londres où la médaille de prix lui fut décernée, M. Gazai a vu
son succès grandir à rExposition de 1855 et recevoir une consécration plus di^ue. Le jury international a honoré ses produits d'une médaille de première classe.
La supériorité française dans le travail des velours ne saurait être contestée. L*habileté de nos ouvriers lyonnais, la promptitude de fabrication obtenue au moyen des niacliijies, le coi]cours actif et intelligent des artistes dessinateurs, des hommes de goût et surtout des hommes pratiques placés à la tête des grandes manufactures, expliquent cette magnificence que Ton a tant admirée dans la grande nef du palais.
' On a surtout rendu Justice à l'heureux ensemble des produits envoyf^s par la maison Roche et C% de Lyon , depuis longtemps renommée dans le commerce des velours unis. Parmi le choix gracieux des nouveautés qu'elle offrait à la convoitise de la fashion féminine et que le jury a honorées d'une médaille de deuxième classe, tous les visiteurs ont remarqué un châle jardinière d'une beauté rare, varié de quinze nuances de velours imitant à s'y niépitîndre un groupe de fleurs naturelles, un autre chùle fond satin frappé d'un seul coup de planciic, où la beauté du dessin ressortait dans ses plus simples détails, un manteau tahna frappé par le même procédé, orné de franges de velours, et sans envers, difficulté non vaincue jusqu'à ce jour et qui avait été Técueil de tous les fabricants ; enfin une collection très-riche de robes, de volants, de coiiVures, de
EXPOSITION UNIY£RSELLE.
sorties de bal, etc., en velours, qui permettent d* apprécier
dans ses nombreuses variétés le mérite d'une fabrication à
laquelle MM. Roche et G' ont donné tous leurs soins.
Lorsqu'une substance pr(V.iousc par sa nature sert d'aliment à rindustrie , il n'est pas étonnant qu'elle puisse devenir encore utile même dans ses détritus ou déchets, qui se ressentent toujours de la bonté originelle de la substance employée.
C'est ainsi que M. Buisson, filateur à Gleizé (Rhône), a merveilleusement tire parti de la bourre de soie en imaginant de la teindre par un procédé qui lui est particulier, destiné à produire un mélange très-original de couleurs variées.
Cette bourre de soie, pure de coton ou autres substances, est ensuite cardée, filée et convertie en une étoffe à la fois forte et légère, qui a reçu le Hiun de sabia. Elle rcflécliit en points saillants et qid flattent Tœil, le blanc, le rouge, le jaune et le non:. Elle peut vêtir les deux sexes, se lave facilement et ne se vend que 95 centimes le mètre dans les grandes largeurs. L*inférîoritédu prix, Foriginalité de Tétolfe, la beauté des nuances ont surpris les nombreux visiteurs qui se sont arrêtés au palais devant les échantillons envoyés. A coup sûr, l'usage de la sabia ne tardera pas à se généraliser dans toutes les classes.
L'industrie toilière des lins et des chanvres occupe en France environ 5,500,000 habitants, c'est-à-dire un dixième de la population. Ce simple aperçu détermine à sa juste valeur l'intérêt qui se rattache à une fabrication dont les bénéfices
cnti ent pour une bonne part dans les ressources que le sol de la France garantit aux gens de la campagne.
L'art de filer le lin et le chanvre, pour en faire des tissus, est antérieur à celui du tissage de la laine, de la soie et du
coton ; et sî ces dernières matières lui ont enlevé depuis Tintroduction des machines , c*est-à-dire depuis un siècle , une grande partie de son importance , les toiles de lin et de chanvre n*en
sont pas moins d'un usage très-commun dans toutes les classes de la société.
Cette industrie , qui comprend la culture des matières pi-emîères, la filature, le crémage, le tissage et le blanchissage» permet à la moitié des ouvriers de faire leur travail chez eux, l'autre moitié est agglomérée dans les fabriques ou ateliers spéciaux. Bien qu'il soit peu d'endroits en France , de Lille à Perpignan , de Bayonne à Digne où les paysans ne se livrent très-activement à ce genre d'occupation, le département de rOrne paraît être celui où Tagglomération des ouvriers filateurs, tisserands et blanchisseurs est la plus considérable, où les produits atteignent surtout un plus haut degré de perfection.
Les toiles de Vimoutiers notamment jouissent dans le commerce d'une haute estime. Cette contrée se fait remarquer par plusieurs manufactures dont les échantillons exposés au palais de rindustrie ont appelé Tattention spéciale du jury. Une médaille de première jetasse a été donnée à MM. Laniel frères qui avaient envoyé des fils de toutes les grosseurs depuis le n" 8 jusqu'au n" 200 , des toiles de toutes les largeurs entre 60 centimètres et 3 mètres 50.
La manufacture de MM. Laniel est de fondation très-ancienne. £n 1762 elle se distinguait déjà par la finesse, le soin et le bon marché des produits. Ses directeurs actuels occupent, tant au dehors qu'à l'intérieur de leur établissement où les fils sont tissés et blanchis soit à la main soit par des machines d'un perfectionnement remarquable, près de 1700 ouvriers, qui gagnent en moyenne 1 fr. 50 par jour.
Cette médaille de I" classe est d'autant plus honorable pour MM. Laniel frères, que le jury s*est montré beaucoup
37e EXPOSITION UNIVERSELLE.
plas avare de récompenses pour ^industrie toilière qae pour rindustrie des draps, cbàles et autres tissus.
Malgré Vinvasioii du caoutchouc vulcanisé, les provinces de France pcisitilciil à faire usage de chaussures en bois cjuand il s'agit de garantir les pieds contre les injures du mauvais temps ou de Thuniidité. 11 n'y a là rien d'étonnant, puisque des fabricants ingénieux ont pu perfectionner leur maind'œuvre, au point de faire du sabot une chaussure élégante, légère, solide, inipcrinéable et d'un bon marché inouï.
Dans ce nombre il faut signaler M. Koucoin, sabotier h Laval. La qurnilité considérable de ses sabots, fabriqués en bois de noyer ou de hêtre, trouve un écoulement facile dans le département de la Mayenne, de F Orne, de la Sarthe et de nUe-et-Vilaine, où on les préfère à cause de la solidité, de la ^ tournure et du bas prix. Récompense^ pour l'excellence de sa fabrication par If jury de l'Exposition ujii\crse!lo, M. Foucoin, qui peut se flatter d'avoir créé et développé son industrie dans le pays qu'il habite, avait déjà obtenu les plus hautes médailles décernées pour les chaussures en bois aux expositions de Laval, d'Angers et de Rennes*
Un tableau, dessiné en cheveux et représentant d'apn-s Hackerts une vue des envii ons de Bernay (Normandie), a rév élé, dans un ordro qui tient à la fois de l'art et de l'industrie, le talent original de M*"* veuve Omer-Jérosme, née Zoé Jahan, de Marcel-Gave (Somme). C'est une imitation de dèssÎD aux trois crayons, faite sans calque, à l'aiguille, avec des cheveux de diverses nuances et sur un canevas do soie. L'artiste qui a dirigé raiy;iiillc a déployé une telle habileté que le crayon lui-même traduirait difficilement le modèle avec plus de vigueur et de souplesse dans le dessin , plus d'harmonie dans les effets. Le brillant des nuances est dû au lavage que M"** Omer-Jé-
rosme fait subir aux cheveux avant de les passer à raiguille. Ce travail ne présente aucune analogie avec la plupart des