‹ Histoire illustrée de l'exposition universelleChapitre 6 sur 27 · IMPRIMERIE — LIBRAIRIE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE — LIBRAIRIE

La découverte de Timprimerie, ce puissant instrument de la civilisation du inonde, remonte au milieu du xv* siècle. G*est

;\ Strasbourp: ot à Mnycnce que s'imprimrront les premiers livres, au moyen de caractères mobiles en iclief. L'antiquité connaissait les cachets, les estampilles, les lettres découpées, et, aux époques les plus reculées, on pratiquait Tart de faire une empreinte sur un corps quelconque en le pressant par un antre. Vers la fin du xiv* siècle on publia, au moyen de la xylof^raphie ou gravure en bois, des cartes, des images avec texte, puis des livres. Ces caractères fixes, sculptés en bois sur une planche, n*avaient besoin que d'être coupés, transformés en caractères mobiles, pour servir à d*autres livres et constituer Tart typographique. LMdée était simple; cependant, plus de cinquante années s*écoulèrent avant sa réalisation.

S'il faut en croire la tradition, ce fut vers 1/i^^8 que Timmortel Guteiiberg imagina ce procédé, voire même celui de la fonte des lettres.

Grftce à son génie et au concours de ses deux associés, Fust et Schœffer, les peuples purent enfin se communiquer leurs pensées et leurs sentiments, vivre d*une vie commune.

Les premiers ouvrages imprimés sur plnnches avec des caractères fixes, sont : une petite grammaire latine de Donat et un vocabulaire intitulé Catholicon, La Biblia latina fut le premier livre tiré sur caractères mobiles qui sortit des presses de Guteitberg.

De r apparition de ce livre (l/i55) date Texistence de Tiin-

prinîorie.

Deux ans plus tard parut, sous les noms de Fust et Sclioeller, alors séparés de Gutenberg, le Psautier^ dont la Bibliothèque impériale possède un exemplaire, et imprimé, suivant M. Didot, avec des caractères mobiles de métal fondus par le procédé de Gutenberg.

A quatre siècles de distance on peut juger, en voyant les produits typographiques de l'Exposition universelle, du progrès de cette importante découverte» qualifiée d'invention divine par des papes, des rois, des évéques, par les Universités et la Sorbonne«

Avec rimprimerîe se di^îpèrent les ténèbres qui couvraient |p monde : « l'esprit humain, comme dit Chénier, rompit les fers qui l'avaient enlacé jusqu'alors, s'élança dans la carrière et sema sa route de prodiges. »

Du fond des cloîtres, où le fanatisme religieux les tenait ensevelis, furent exhumés les vieux manuscrits pour être livrés à rimpression, et, peu h peu, les œuvres dues aux génies des époques brillantes de Rome et de la Grèce, reproduites à l'infini, vinrent initier les modernes générations aux beautés des littératures anciennes. Dans les arts, dans les sciences, comme dans les lettres, ce fut une rénovation générale qui devait aboutir, après le siècle des Médicis, au siècle de Louis XIV.

C'est à Rome que Timprimerie, presque aussitôt après sa dt'coiiverto, fut transportée par des imprimeurs allemands. On y fonda la célèbre imprimei ie du Vatican, où les beaux types orientaux destinés à la publication des œuvres des saints Pères,

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des saintes FiCcitiires, font toujours horiiunir à cet établissement; mais, comme l'a tait remarquer M. l'irmin Didot dans sou Rapport sur T Exposition de Londres, lès publications y sont devenues rares et ne se ressentent pas du mouvement des idées qui a^tent le monde.

Vers la même époque, les Vendclin de Spire et les Jenson vinrent s'établira Venise. Ils apportèrent d'iieureuses modifications aux caractères» en les ra{)pi'uchant des beaux types des inscriptions romaines. Puis les Aide firent paraître leurs belles éditions latines en caractères italiques, appelés Alàins* UAUe* magne, les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Espagne, la Hongrie, etc., suivirent le mouvement. La i lance ne resta pas en arrière.

Kn l/fTO, rimprimorift fut intioduite à Paris par Ulric Géring, Martin Crantz et Michel Friburger, tous trois élèves de Fust et de Schœffer, de Mayence. Appelés en France par Guillaume Fichet, docteur en Sorbonne, et Jean de La Pierre, alors prieur de cette maison, Géring et ses associés, protégés, du reste, par Louis XI, s'installèrent dans une des salles du collège de Sorbonne, et le premier ouvrage qui sortit de leurs presses, fut : Ejpistolœ Gasparini Pergatneruis*

Ce volume, le premier imprimé en France, fut bientôt suivi des éditions des meilleurs historiens de Tantiquité.

En 1&78, Martin Crantz et Friburger retournèrent en Allemagne, et (iéring resta seul à la tète de l'établissement t\ pograpliique. Il s'associa successivement avec Guillaume May niai et Berthold Rembold, de Strasbourg. C'est ce dernier qui succéda à Géring. A cette époque (1510), on comptait déjà à Paris plus de quarante imprimeries, parmi lesquelles on distinguait celles d* Antoine Verard et de Pasquîer Bonhomme, qui imprima le premier livre français, les Chroniques de France. C'est en 1502 que Henri Estienne, chef de Tillustre famille de ce nom, commença, par ses belles éditions, à préludei* à la gloire qu'elle s'est acquise.

e EXPOSITION UNIVERSELLE.

En parlant do Robert Eslienne, fils de Henri, M. Paul Dupont, dans sa remarquable Hisloire de l'imprimerie , le considère comme le plus savant imprimeur de tous les pays et de tous les temps. Il constate aussi que les premiers typographes étaient moins préoccupés de TappAt du gain que de la perfection de leur art, de l'avantage qui devait en résuKer pour ravanceaieni des études et pour la propagation des lumières. Ils se faisaient en quelque sorte un devoir de vendre leurs livres à bon marché et de les rendre accessibles à tous les hommes, quelle que fût leur fortune, à quelque condition qu'ils appartinssent. La taxe, primitivement imposée par T Université, était tombée en désuétude ; mais , par suite de la cupidité de quelques libraires, elle revendiciua ses anciens droits, et, dans un édit, Charles IX Ika d'avance le prix de chaque feuille.

D'autres édits de tous les souverains qui se succédèrent jusqu'à la Révolution montrent la même prévoyance, témoignent d'une égale sollicitude pour la bonne impression, la bonne correction et le bas prix des livres. De nombreux privilèges furent accoidés aux imprimeurs.

Partout honorée, partout encouragée à ses débuts, l'imprimerie ouvrit h tous les yeux de nouveaux horizons; ce fut en Europe un immense mouvement. En iklk paraissait en Angleterre le premier livre imprimé par Gaxton. Jusqu'à Buckley, en 1733, Tiniprimerie y fit peu de progrès. C'est Baskerville (|ui lui donna, en 1757, une nouvelle impulsion. Ses caractères étaient si élégants, qu'ils furent acquis par Beaumarchais pour imprimer, au fort de Kehl, ses diverses éditions de Voltaire.

Dans les Pays-Bas, rinij)rinierie ne lit des progrès réels que vers 155/i, avec les IMantin, ^ Anvers, et. en 4616, h Leyde d'abord, puis ii Amsterdam, où les Elzevier portèrent la typographie à un tel degré de perfection, que leurs éditions

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sont encore recherchées et appréciées dans toute l'Europe. Mais c'est à la France que ces pays, si lenoinmés pour les impressions des livxes en notre langue* sont redevables de leur réputation. Plantin, Français d*origine» avait fait ses études typographiques en France, et notre célèbre Garamond avait gravé les beaux caractères employés par les El/ \ i r. Les papiers mêmes de leurs charmantes éditions sortaient des fabriques d'Angouléme.

A Madrid parut, en 1772, la belle édition de Salluste, imprimée par Joacbim Ibarra, imprimeur du roi.

Guillaume Lebé, de Paris, fondit les caractères qui servirent à rimpressioii de la Bible poiyjj;lotte d'Alcaia, iœpnmée par Plantin d'après l'ordre de Philippe 11.

Pendant trois siècles, les progrès de la typograpbîe ee bornèrent au perfectionnement des procédés primitifs.

Vers la fin du siècle dernier, MM. Bodoni en Italie, William Bulmer et Thomas Beiisley en An^iileterre, Didot frères, Panc- Icoucke, Grapelet, Renouard, à Paris, se signalèrent par j)lusieurs améliorations notables, par des productions vraiment remarquables. Depuis, MM. Didot, entre autres, ont prouvé qu*on pouvait encore faire faire des progrès à un art que l'on croyait arrivé à son plus haut point de perfection.

Quant aux procédés mécaiuqu(\s de la typoj;raphie , restés si longtemps stationnaires, ils ont subi une révolution complète. A la lenteur des anciens systèmes ont succédé les moyens expéditifs. Les presses à bras en bois ont été remplacées par des presses en fonte qui, à leur tour, sont détrônées par les machines à cylindres mues par la vapeur. G^est qu*aujourd'hui la célérité est la condition la plus impérieusement exigée par le besoin incessant qu'éprouvent les particuliers et les gouvernements de propager leurs pensées dans tout Tunivers avec la rapidité de la parole. Aussi les moyens d'y satisfaire sont-ils partout nombreux et puissants. Et cette rapidité, qui

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eût semblé fabuleuse au siècle dernier, ne nuit en rien à r exécution typographique.

Par l'effet de la concurrence et par suite de la division du travail» conséquence forcée de cette lutte, rimprimerie a perdu complètement son caractère originel* Autrefois, les imprimeurs étaient à la fois graveurs et fondeurs en caractères, libraires et éditeurs ; ils fabriquaient leur encre, ils surveillaient la construction de leui's presses; mais, actuellement, chaque partie de Tart typographique est presque une industrie spéciale. Les changements apportés à la législation qui régissait l'imprimerie n*ont pas peu contribué à ternir momentanément Téclat dont elle a brillé tout d'aboi d, au temps des maîtrises et des corporations. Elle perdit ses privilèges et ses prérogatives dans le grand naufrage des féodalités industrielles.

L'établissement typographique le plus important en i*>anGe est rimprimerie impériale, fondée en 1640 par Louis XllI, où furent réunis les caractères grecs gravés par Garamond d'après l'ordre de l*Vaii< ()i> 1 . Avec les immenses moyens mis à sa disposition, elle put naturellement s'illustrer par de grandes collections scientiliques. Tous les gouvernements se sont imposé d'énormes sacrifices pour Télever au rang de la première imprimerie du monde; cependant elle n'est pas apparue à r Exposition de Londres avec le même éclat que l'imprimerie iiii|) 'l iale d'Autriche, dont la belle et riche collection de caractères orientaux n'a pas causé une surprise moins générale que tous ses produits nouveaux, obtenus par l'heureuse application des sciences modernes à l'art typographique.

Des mesures, prises en vue de l'Exposition de 1855, ont mis rimprimerie impériale de France à même de disputer la palme. Elit.' a e\|)()sé un éclianlilion de ses nombreux poinçons de types fram^Hiis et étrangers, qui ne laissent rien à désirer sous le raj)port de l'exactitude et de l'élégance ; des poinçons comprenant quatre corps de caractères romains et italiques ; des caractères

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maghrébins, telougous, ninivite^ étiiiopiens, hiéroglyphiques, siamois, arabes, etc. ; des matrices obtenues par le procédé galvanique ; des tableaux présentant les plus importants des types français et étrangers dont rimprimerie impériale possède

les poinçons, les matrices et les fontes. Elle a aussi exposé plusieurs volumes de sa collection orientale, notamment le tome IV du Livre des liais, de son édition de luxe ; divers volumes de ses belles éditions, de ses éditions ordinaires, et de documents administratifs. Son travail le plus remarquable est son édition de V Imitation de Jésus-Christ, Ce livre, récemment exécuté en vue de l' Exposition universelle, ii une ornementation dilïérente, reproduite uniquement par les procédés typographiques, à chacune de ses huit cent soixante et douze pages. On admire aussi, à juste titre, ses cartes géologiques et géographiques de la France.

Avec rimprimerie impériale, rétablissement typographique qui fait le plus d'honneur à rimpriiuerie franealsc est sans contredit ('(;lui de MM. Didot.

Le premier imprimeur de cette famille, qui prend date dans la librairie de Paris dès 16dâ, était François Didot, ami intime de Tabbé Prévost, dont il publia tous les ouvrages.

Reçu imprimeur en i75/t, il employa chez lui, pendant (luelque temps, l'abbé de Bernis comme correcteur. Il demeurait quai des Augustin», et avait pour enseigne : â In Uihlc d'Or.

Depuis un siècle, la famille Didot occupe dignement eu France la place tenue au xvi* siècle par la famille des Ëstiemie. François- Ambroise Didot, fils de François Didot, donna le premier des proportions exactes et invariables aux caractères en inventant le système des points typogruphicjues. 11 inventa aussi la presse ù un seul coup, et la papeterie de Johannot d'Annonay, < n 1780, exécuta la première, d'après ses conseils, le papier véliu.

Ses belles éditions, dites du comte d Artois, dont il était rimprimeur en titre, et celles du Daupkin, etc., jouiâsent encore d'une juste célébrité.

Les premiers types de son imprimerie furent gravés et fondus chez lui par Waflard, dont il forma le goût, mats son lils Firmin surpassa bientôt Wallaid, et grava la plupart des caractères de l' imprimerie de son père.

Benjamin Franklin vint visiter son imprimerie en 1790, et lui confia son petit-fils auquel Finnin Didot enseigna la gravure et la fonte des caractères.

Pierre-François Didot, second fils de François Didot, fut nommé iniprimcur de Monsieur (depuis i^ouis XVIII), en 1765. 11 est le créateur de la papeterie d'Essonne. Une de ses filles épousa Bernardin de Saint- Pierre. Deux de ses fils se distinguèrent, le premier, Henri Didot, comme habile graveur et fondeur en caractères, et comme inventeur du moule polyamatype; le second, Didot Saint-Léger, exécuta la machine à pai)ier sans fin. Un troisième lils, Didot jeune, hérita de Timprimerie de son père, et entre autres beaux ouvrages sortis de ses presses, on cite une édition in-/i* du Voyage du jeune Anackarsis»

En 1789, Pierre Didot, fils atné d'Ambroise, succéda à son père. En 1798, il présenta à l'expusilion des produits de rindustrie sa grande édition de Viryilf^ dont les caractères avaient été gravés et fondus par son frère Firmin Didot.

Tous deux furent au nombre des douze exposants qui reçurent la médaille d*or. Pour honorer l'imprimerie en la

personne de M. Pierre Didot l'aîné, le gouvernement fit placer ses presses au Louvre où elles restèrent sous le consulat et jusqu'au commencement de Tempire. C'est là que furent imprimées les magnifiques éditions dites du Imvre,

M. Pierre Didot, auteur de plusieurs ouvrages en vers

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