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Histoire illustree de la guerre de 1914. --

Les Raisons ethniques de la guerre. — L'Allemagne en Europe. — L'Allemagne fédérale. La Prusse en Allemagne. — Quelles sont les conditions de la paix européenne?

VANT d'écrire ce chapitre, je

A suis allé revoir ces vallées

tranquilles où mon enfance s'est écoulée, où mon âge mûr a connu la douceur de vivre, où ma vieillesse s'inclinait vers la tombe.

Il y a quelques mois seulement, elles étaient vivantes et fleuries ; elles avaient oublié les longs siècles de misères qui avaient préparé leur prospérité et l'effort ancestral qui avait modelé leur grâce. Au mois d'août de l'année 1914, les foins étant « rentrés «, les faux s'aiguisaient pour la récolte des moissons ; déjà, les granges étaient pleines. Les aubes promptes, les crépuscules prolongés ne suffisaient pas au travail ; le grincement des chariots s'attardait dans la nuit. Les maisons des villages et des bourgs, serrées les unes contre les autres, allumaient successivement les feux du soir ; les spirales de fumée quittaient à regret la quiétude des foyers.

La vie s'écoulait, comme d'ordinaire, sans secousse et sans inquiétude : on « se laissait vivre », comme dit le vieux mot de consentement à la destinée humaine.

Aujourd'hui, l'être humain souffre, dans la

vallée plaisante, tout ce qu'il est donné à l'homme de souffrir. Les mâles sont partis et ils se battent depuis huit mois : vêtus d'uniformes sordides, de haillons hétéroclites et de peaux de bêtes, les membres roides, enfoncés au sol comme des racines, les mains lourdes et gourdes, durcies au contact du fer, la figure et le corps terreux, ils grouillent comme des vers dans la boue des tranchées ; les « poilus « ressemblent à des bêtes. Seul, le regard brille d'un éclat étrange, et sauve Vidée quand la matière envahit tout. Par centaines de mille, il en est qui sont morts ; par centaines de mille, les blessés acceptent une existence diminuée. La terre a repris un aspect sauvage : les récoltes tardives sont restées dans les guérets ; les vieilles avoines non fauchées s'emmêlent comme des chevelures de mendiants ; les betteraves sans feuilles ressemblent à des racines de dents restées dans l'alvéole ; les guérets sont ridés par les roues des caissons et des convois ; des chemins nouveaux prennent « au plus court » à travers champs ; la terre est trouée par les entonnoirs des marmites, les arbres gisent à terre, les forêts sont abattues ; des plantes étranges ont poussé pendant l'automne, et, desséchées à l'hiver, paraissent comme des spectres de buissons inconnus. Villages en ruines, murs écroulés, pignons percés à jour et

révélant à travers leurs chevrons, le ciel ; églises pantelantes laissant traîner leur toiture comme des poules essayant d'abriter sous leurs ailes leurs poussins, — tout pleure quand tout souriait. Ce qui restait de la population civile a fui ou fut emmené en esclavage. La maladie se charge des rares survivants. Vieillards, enfants succombent et achèvent la solitude des foyers. La trajectoire des obus et le vol des avions relient par le ciel la double mort qui sévit, Hvide ou sanglante, sur l'arrière ou sur le front.

C'est la guerre !

Quelles immenses contrées souffrent de même et ont passé, ainsi, de la joie à la douleur, du sourire aux larmes ! Et, dans l'univers entier, les échos du canon retentissent. Il n'y a pas un cœur humain qui ne se prenne luimême en pitié.

C'est la guerre ! Pourquoi cette guerre ? Etait-elle dans les desseins de Dieu ? Etaitelle inévitable ? Quel homme ou quel groupe d'hommes doit en porter la terrible responsabihté ? De tels maux résultent-ils d'une volonté déclarée, d'une erreur pitoyable ? S'agit-il d'un phénomène malheureux mais accidentel ? Est-ce une évolution nécessaire ? une fatalité inéluctable ? Est-ce une aberration affreuse, une calamité salutaire ; ou bien, n'est-ce pas, plutôt, un châtiment ?

Une seule cause ne suffît pas à expliquer le drame universel qui risque le tout pour le tout et qui peut avoir, pour dénouement, la ruine de la civilisation. Evidemment, nous pâtissons de quelque faute commise ; nous portons le poids de quelque erreur grave, nous subissons le talion de quelque péché originel. Il y a eu, à un moment de l'histoire, une fausse orientation, un coup de barre maladroit ; on s'est mal engagé ; on a fait fausse route.

Et c'est cette erreur qu'il faut essayer de découvi'ir maintenant.

Un examen, un diagnostic attentifs permettront peut-être d'arriver à déterminer le mal dont le monde souffre et qui se manifeste par . -^ la crise violente où il se débat.

Si une telle faute s'est produite, si ce péché originel pèse sur nous, il était inévitable, il était fatal que ce qui avait été mal fait, fût refait ; il était nécessaire que l'Europe, au moment où elle envahit le reste du monde et prétend régenter l'univers, se corrigeât ellemême avant d'entreprendre de corriger les autres ; il était indispensable que des harmonies et des rythmes plus souples réglassent les relations des peuples entre eux, puisque l'évangile des temps nouveaux allait être prêché sur tous les continents ; il fallait peut-être que le sang coulât et que les grands sacrifices fussent conscmmés pour une nouvelle rédemption.

Or, on s'aperçoit, dès maintenant, au moment où la crise sort de la période de l'instinct pour entrer dans celle de la réflexion, que ces nobles élargissements, ces directions plus hautes, qui devaient relier le passé à l'avenir, et groiiper l'humanité en une seule famille, que rien de tout cela ne pouvait se produire tant qu'un peuple — l'Allemagne commandée par la Prusse — serait en puissance ou en volonté d'imposer sa loi à l'Europe et à l'humanité, tant que l'Europe n'aurait pas repris — et le monde avec elle — les véritables voies de la liberté et du christianisme, tant ciue la brutale doctrine « la force prime le droit » n'aurait pas été refoulée, et, puisque des fautes ont été commises, tant que ces fautes n'auraient pas été réparées.

Puisqu'un animal de proie trouble, depuis des siècles, le repos de ses voisins et qu'il plane maintenant sur le repos du monde, il faut monter jusqu'à son aire et le dénicher ; puisque, par lui, la rapacité et l'orgueil menacent de s'imposer à l'humanité internationale comme la règle des mœurs, il faut l'abattre une fois pour toutes, et lui faire rentrer dans la gorge, avec ses sophismes impies, le sang qu'il a versé, le sang qu'il fait verser chaque jour.

Quant aux responsabilités, nous ne nions pas qu'elles aient aussi quelque chose de fatal ; elles ne pèsent pas sur une génération seulement ; elles font partie de l'héritage des siècles. Mais, si une génération et un homme

l'alt.emagnk et l'europe

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