L'AMBASSADE DE FRANCE A BERLIN
impossible au gouvernement allemand de faire un pas en arrière. »
L'ambassadeur rentre chez lui; il trouve un second télégramme lui donnant l'ordre de poser l'ultimatum avec toutes ses conséquences. Il se rend, de nouveau, auprès du ministre qui le reçoit vers sept heures du soir: «Je l'ai informé que, si le gouvernement allemand ne pouvait pas donner l'assurance, avant ce soir minuit, qu'il allait arrêter la marche de ses troupes et qu'il ne pousserait pas plus loin
la violation de la frontière, j'avais reçu pour instruction de demander mes passeports et de déclarer que le gouvernement britannique prendrait toutes les mesures en son pouvoir pour maintenir le respect du traité signé par l'Allemagne elle-même. »
L' ambassadeur remet au ministre une copie écrite des instructions qu'il a reçues. Il lui demande de réfléchir encore, « vu les conséquences terribles qui suivraient nécessairement », de profiter des quelques heures qui restent encore jusqu'à minuit. Jagow répond : « Quand bien même le temps accordé serait vingt-quatre heures, ou davantage, il faut que notre réponse reste la même ! » L'ambassadeur dit : « Alors, il ne me restera plus qu'à demander mes passeports ! » Herr von Jagow exprime son poignant regret de voir s'écrouler toute sa politique et celle du chancelier, qui a été de devenir amis avec la Grande- Bretagne, et, ensuite, par elle, de se rapprocher de la France !
L'ambassadeur manifeste le désir de rendre visite au chancelier, « puisque c'est peut-être la dernière occasion qu'il aura de le voir ».
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Le chancelier, averti, reçoit l'ambassadeur : ce pacte solennel n'est pas tenu, qui; pourrait,
« J'ai trouvé le chancelier très agité. Son dans l'avenir ,'a voir confiance dans la parole de
Excellence a commencé, immédiatement, un la Grande-Bretagne ? — Mais, à quel prix le
discours qui a duré environ vingt minutes. tenez- vous, ce pacte! Le gouvernement bri-
« Quelle terrible nouvelle vous venez m' annoncer ! Le gouvernement britannique prend un tel parti! Quoi, pour un mot, ce mot « neutralité », dont, en temps de guerre, on n'a si souvent tenu aucun compte! pour un mot, pour UN BOUT DE PAPIER, la Grande- Bretagne va faire la guerre à une nation du même sang, qui ne désire rien tant que de rester son amie ! Tous mes efforts sont donc inutiles, en présence d'une telle résolution!
Vous savez, mieux que personne, la politique suivie par nous, depuis mon arrivée au pouvoir. Et elle s' écroule comme un château de cartes ! C'est inconcevable ! Vous frappez par derrière un homme qui défend sa vie contre deux assaillants!
La Grande-Bretagne sera responsable des terribles événements qui vont se produire!... »
L'ambassadeur interrompt, cette fois: « Je proteste à mon tour, lui ai-je dit, et je proteste de toute ma force. Herr von Jagow et vous-même, vous vous efforcez de me faire comprendre que c'est pour l'Allemagne une affaire de vie ou de mort, de passer à travers la Belgique et de violer la neutralité de ce pays. Et moi, j'entends que vous compreniez que c'est
une AFFAIRE DE VIE OU DE MORT POUR
l'honneur de la Grande-Bretagne, que de tenir l'engagement solennel, pris par elle, de faire, en cas d'attaque, tout son possible pour défendre la neutrahté de la Belgique. Si