‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 135 sur 148 · PROTEGER LES COTES DE GRANDE-BRETAGNE ET DE FRANCE · texte numérisé non relu

PROTEGER LES COTES DE GRANDE-BRETAGNE ET DE FRANCE

anglaises sont avec le pays et le gouvernement qui souffrent de V entêtement serbe. »

On apprécie, à ces traits, combien fut grand le mérite des hommes, qui, ayant à ramener de si loin l'opinion, ne se laissèrent pas entraîner dès l'abord et se mirent en état d'expectative vigilante, comme un médecin qui, penché sur le lit du malade, attend, pour se prononcer, que le développement de la maladie lui ait révélé le caractère et la gravité de l'atteinte.

Le premier ministre, M. Asquith, le ministre des Affaires étrangères, sir Edw. Grey, M. Lloyd Georges, M. Winston Churchill appliquèrent toute la tension de leurs esprits perspicaces à démêler l'écheveau. Eclairés par les rapports lumineux de la diplomatie anglaise, ils ne perdirent pas de vue, un seul instant, l'ensemble de la situation ; ils ne tombèrent pas dans le piège de la « localisation » du conflit ; ils marchèrent pas à pas, il est vrai, mais toujours vers la solution, juste, nécessaire, inévitable, ayant eu la prudence de ne pas couper les ponts derrière eux.

Nous avons vu, dans les documents diplomatiques, comment la politique de balance et d'équiUbre du début se transforme en une politique d'action. Il convient de rappeler, maintenant, comment M. Asquith et sir Edw. Grey, par d'habiles et fortes interventions, préparèrent, entraînèrent l'opinion et comment ils la mirent à un point tel qu'elle se retourna d'elle-même, quand la violation de la neutra- Hté belge eut soulevé un litige qui ne pouvait pas ne pas ébranler l'âme anglaise.

Résumons l'ensemble de ces observations : L'Angleterre s'abstint, d'abord; bientôt elle fut émue par l'attitude de l'Allemagne envers la France ; mais, peut-être, se fût-elle abstenue plus longtemps, si la neutralité belge n'eût pas été en cause : l'Angleterre fut décidée, et, pour ainsi dire, unanime, à la dernière minute, dès que l'Allemagne eut dévoilé ses plans.

Le 27 juillet, sir Edw. Grey explique aux Communes la gravité de la situation et la pro-

position conciliante qu'il a faite aux puissances : « Le temps était si court que j'ai dû assumer toute responsabilité et faire une proposition, sans savoir si elle serait favorablement accueillie. »

Le 28 juillet, en présence des difficultés que rencontre, de la part de l'Allemagne, toute action diplomatique conciliante, des mesures sojit prises, au point de vue naval. La flotte de première ligne est, maintenant, disponible, sous la main de l'amirauté; 29 cuirassés, 4 croiseurs cuirassés et 9 autres croiseurs de la flotte sont maintenus à Portland, pour faire du charbon. La flottille des sous-marins quitte Portsmouth. La presse prend l'engagement de ne rien publier, au sujet des mouvements de la flotte destinée, dit-on, à la Mer du Nord. Dès ce jour, les partisans de l'intervention se font connaître. La Pall Mail Gazette écrit :

Quoiqu'il puisse en coiiter à l'Angleterre, nous sommes fermement décidés à marcher, la main dans la main, avec nos amis français. Si la France mobilise, la Grande-Bretagne mobilisera simultanément avec elle.

Les événements se précipitent. La guerre est déclarée par l'Autriche à la Serbie. On entre dans la période des mobilisations européennes.

Que se passe-t-il au sein du cabinet anglais ? Certainement, il est en état de crise : Le 29, sir Edw. Grey ne paraît pas aux Communes ; M. Asquith se borne à dire que « le gouvernement britannique continue à faire tous ses efforts pour limiter l'étendue du conflit »; et, — trait significatif — c'est lord Morley qui est chargé de renseigner l'opinion. Il le fait sur un ton pacifiste qui, à une pareille date, comporte une forte nuance d'illusion.

Le lendemain, 30 juillet, on recevait la nouvelle de l'ultimatum adressé, par l'Allemagne, à la Russie. La période des bons offices était close, la question était devenue européenne.

Il fallait se prononcer. Déj à, le contre-coup des événements s'est fait sentir en un point particulièrement sensible au public anglais, au Stock Exchange. Une première panique s'était produite le vendredi 24 juillet, à la suite de la publication de la note austro-hongroise. Ce fut

L OPINION PUBLIQUE ET LA GUERRE

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