‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 29 sur 148 · S. M. LE TZAR FERDINAND DE BULGARIE · texte numérisé non relu

S. M. LE TZAR FERDINAND DE BULGARIE

Serbie, Grèce, Bulgarie, Monténégro, s'unissent par un traité d'alliance et se jettent sur la Turquie. La question d'Orient est posée dans toute son ampleur. L'initiative prise par l' Autriche-Hongrie déchaîne les événements.

Les années 1912 et 1913 sont occupées par les événements des Balkans. Indiquons-en seulement la haute portée historique :

les populations locales, conscientes de leur force et de leur avenir, se groupent pour lutter à la fois contre la domination turque épuisée et contre la domination germanique menaçante.

On crut, d'abord, que les Turcs auraient le dessus et c'est cette erreur de la diplomatie allemande et de la diplomatie euro péenne qui laissa à la victoire le temps de se prononcer.

Quand les grandes puissances se résolurent à intervenir, il était trop tard ; le fait était accomph.

L'Autriche-Hongrie lança la proposition de constituer une Albanie indépendante qui lui laissait le moyen de limiter, la victoire des Serbes et de les écarter de l'Adriatique.

D'autre part, une entente s'était faite entre les puissances pour arrêter les Bulgares aux portes de Constantinople après les victoires de Tchatalscha et de LuUe-Bourgas.

La conférence de Londres se réunit. Elle se donnait pour tâche de sauvegarder la paix

L AFFAIRE DU MAROC ET LA CRISE DES BALKANS

SOLDATS BULGARES A L'ATTAQUE. — PIECE DETRUITE DANS UN FORT DES BALKANS

européenne en maintenant un certain équilibre des forces dans les Balkans.

L'Allemagne, revenue de la surprise que lui avait causée la défaite des Turcs, travaille à sauver ce qui restait de la Turquie : car c'était, en somme, le butin qu'elle s'était attribué. La conquête balkanique refoulée se replie de l'est sur l'ouest : les Bulgares, écartés de Constantinople et d'Andrinople, recherchent leur satisfaction vers Salonique que l'armée grecque avait occupée en hâte ; les Serbe*s, ne pouvant obtenir ni Salonique ni la Macédoine, se rabattent vers l'Adriatique où ils réclament un débouché maritime, de concert avec les Monténégrins.

Mais ils se heurtent au projet austrohongrois de l'Albanie indépendante.

Sous l'impulsion de l'Autriche-Hongrie et toujours dans le désir de maintenir la paix, l'Europe intervient pour arracher au Monténégro la ville de Scutari qui avait succombé à la suite d'un long siège. Les populations slaves des Balkans se trouvaient, l'une après l'autre, dépouillées des fruits de leur victoire.

Les souffrances indicibles d'une guerre larvée, prolongée, selon le caprice de l'Europe, pendant tout un hiver, l'exaspération des peuples, l'excitation des armées et des généraux, les déboires successifs qui s'accumulaient, sur des vainqueurs d'abord enivrés de leurs succès, en un mot, une immense désillusion causa les dissensions escomptées entre les alliés : la Bulgarie, se croyant frustrée des fruits de sa victoire et suivant les conseils de l'Autriche qui ne songeait qu'à ressaisir l'occasion perdue, commit la faute suprême de prendre l'offensive contre les armées grecque et serbe : la seconde guerre des Balkans éclata.

Elle fut courte. La Roumanie s'était, non sans quelque hésitation, réservée jusque-là : probablement qu'au début, son gouvernement avait, comme les autres, tablé sur le succès des armées turques. Ses calculs étaient déjoués par les victoires des alliés. Ses ambitions étaient, d'ailleurs, modérées. La Bulgarie ne

sut pas les satisfaire à temps. Quand la Bulgarie lui eut prêté le flanc en rompant avec les trois autres états balkaniques, la Roumanie n'eut qu'à prendre le rôle de Deus ex machina. Ses armées intactes lui donnaient, sans conteste, l'arbitrage militaire. Ses troupes franchissent la frontière et marchent sur Sofia, tandis que la Turquie elle-même participe au cercle qui se resserrait autour de la malheureuse Bulgarie. Douze jours suffisent au gouvernement roumain pour dicter la paix que n'avaient pas su combiner les grandes puissances à Londres : c'est la paix de Bucarest.

La victoire, pour ainsi dire inattendue, des Etats balkaniques et notamment de la Serbie, atteignait la politique austro-hongroise et la politique germanique dans leurs œuvres vives. Double défaite, à Constantinople et sur l'Adriatique. Le grand plan de la marche vers Ves^ échouait. Et à quel obstacle se heurtait-il :; à cette méprisable petite Serbie.

On sait, maintenant, qu'au cours des événements, l'Autriche-Hongrie, qui avait, dès le début, mobihsé toutes ses forces, s'était résolue à intervenir par les armes. Dès janvier 1913, l'archiduc héritier, qui avait fait sa chose de l'extension austro-hongroise vers Salonique et vers l'Adriatique, s'était, assuret-on, adressé au gouvernement bavarois pour demander, en cas de guerre, la participation de forces bavaroises à une expédition en Serbie.

Ce qui est certain, c'est qu'en avril et mai 1913, l'Autriclie était résolue à faire la guerre à la Serbie, quelles que fussent les conséquences. Les déclarations de M. Giolitti à la chambre des députés itaUens, le 5 décembre 1914, sont d'une importance telle qu'il faut citer in extenso :

« Puisqu'il importe surtout que la loyauté de l'Italie soit maintenue au-dessus de toute discussion, je rappelle, au sujet de la plénitude de son droit à déclarer sa neutralité que, déjà en 1913, l'Autriche méditait une action contre

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VUE GENERALE DANDRINOPLE

la Serbie à laquelle elle voulait donner le caractère d'une action défensive.

« Au cours de la guerre balkanique, le 9 avril 1913, le marquis de San Giuliano m'adressa le télégramme suivant :

« L'Autriche nous fait connaître, ainsi qu'à l'Allemagne, son intention d'agir contre la Serbie, et elle déclare qu'une telle action de sa part ne peut être considérée que comme défensive. Elle espère faire jouer le CASUS fœderis de la Triple- Alliance que je juge inapplicable en la circonstance. Je cherche à combiner nos efforts avec ceux de l' Allemagne, en vue d'empêcher une telle action de la part de l'Autriche; mais il serait nécessaire de dire clairement que nous ne considérons pas cette action éventuelle comme défensive. Nous ne croyons pas qu'il s'agisse du CASus fœderis.

« Bien entendu, le marquis de San Giuliano fit savoir à l'Autriche que l'Italie ne se croyait pas obligée à participer à une telle action. »

Ainsi, la sagesse du gouvernement italien retarda la conflagration universelle de près d'un an et demi (i).

Mais l'Autriche ne renonçait pas à son idée. En octobre 1913, la Serbie ayant exercé une opération de poHce sur les confins de l'Albanie, l'Autriche se préparait à attaquer inopinément, quand le gouvernement serbe, averti par le gouvernement italien, se

(i) M. Take Jonesco a confirmé l'intention de l'Autriche d'attaquer la Serbie, en mai igiS, dans un exposé dont on trouvera les grandes lignes dans la Roumanie du 25 décembre 1914, et dans le Temps des 4 et 10 janvier igiS. — V. aussi l'article de M. Take Jonesco dans la Grande Revue, numéro de février 1915. — M. Diamandy, député roumain, a dit à un reporter du Temps : « Je puis vous certifier, qu'avant la deuxième guerre balkanique, l'Autriche- Hongrie avait songé au partage de la Serbie. .Sans pouvoir vous citer la source de mon information, je vous affirme qu'elle avait proposé à la Roumanie la vallée du Timok, habitée par des Roumains, ainsi que les bords du Danube faisant face à la rive Roumaine. Gela agrandirait la Roumanie et la Bulgarie. L'Autriche-Hongrie y avait sa part et, en plus, elle gagnait la rupture à jamais des rapports russo-roumains, tout en distrayant mon pavs de ses revendications territoriales et ethniques aux dépens de la Hongrie ».

HISTOIRE ILLUSTRÉE DE LA GUERRE Dli I914

résolut rapidement à rappeler ses contingents. les Germains, ces derniers subiraient un désa-

Le grand plan d'offensive des États germa- vantage qui résulte pour eux de l'expansion de

niques contre la stabilité territoriale de l'Eu- l'élément slave dans les Balkans. » rope et contre la paix universelle s'affirme de Et, n'est-ce pas en novembre I9i3,que l'em-

toutes parts. pereur Guillaume et le général de Moltke

L'Allemagne ne se laisse pas distancer par s'adressaient au roi des Belges et, lui annon-

le M brillant second )). Elle découvre son -eu, en mettant définitivement la main sur les aimées de l'empire ottoman.

Le général Liman von Sanders est placé à la tête des troupes turques à Constantinople : ce fait, à lui seul, suffirait pour établir que, dès lors, le dessein de la guerre générale est arrêté.

On entend mettre en état les troupes qui agiront contre la Russie et qui veilleront à la défense des Détroits.

La Russie est frappée à la prunelle de l'œil : elle proteste; mais on refuse de l'écouter.

L'Allemagne n'a plus rien à ménager. Dès avril 1913, le chancelier Bethmann- Hollweg, pour justifier le projet de loi militaire qui achève l'organisation de l'armée allemande, n'a-t-il pas évoqué le péril slave et envisagé la perspective d'un confht entre l'Allemagne et la Russie ? « Dans le cas où une conflagration européenne mettrait en présence les Slaves et

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