JUILLET I
Le délai accordé échoit le samedi 25 à six heures du soir (l'heure de six heures ayant été substituée officiellement à celle de cinq heures par une note spéciale du gouvernement austro-hongrois) (i).
Cette note, datée du 22 juillet, est remise à Belgrade le jeudi 23 dans l'après-midi. Elle est communiquée aux cabinets intéressés le vendredi 24 juillet, et elle est accompagnée encore d'une note explicative servant de commentaire et dont voici le texte :
J'ai l'honneur d'inviter Votre Excellence de vouloir bien porter le contenu de cette Note à la connaissance
(i) L'ambassadeur d'Autriche-Hongrie a adressé au ministre des Affaires étrangères, par lettre particulière, la rectification suivante, dans la journée du 24 juillet : « Dans la copie de la dépêche que j'ai eu l'honneur de remettre ce matin à Votre Excellence, il était dit que mon Gouvernement attendait la réponse du Cabinet de Belgrade au plus tard jusqu'au samedi 25 de ce mois à cinq heures du soir. Notre ministre à Belgrade n'ayant remis sa note hier qu'à six heures du soir, le délai pour la réponse se trouve prorogé de ce fait jusqu'à demain samedi six heures du soir.
« J'ai cru de mon devoir d'informer Votre Excellence de cette légère modification dans l'expiration du délai hxé pour la réponse du Gouvernement serbe. »
du Gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, en accompagnant cette communication du commentaire que voici :
Le 3i mars 1909, le Gouvernement royal serbe a adressé à l'Autriche-Hongrie la déclaration dont le texte est reproduit ci-dessus.
Le lendemain même de cette déclaration, la Serbie s'est engagée dans une politique tendant à inspirer des idées subversives aux ressortissants serbes de la Monarchie austro-hongroise et à préparer ainsi la séparation des territoires austro-hongrois, limitrophes à la Serbie.
La Serbie devint le foyer d'une agitation criminelle :
Des sociétés et affiliations ne tardèrent pas à se former qui, soit ouvertement, soit clandestinement, étaient destinées à créer des désordres sur le territoire austro-hongrois. Ces sociétés et affiliations comptent parmi leurs membres des généraux et des diplomates, des fonctionnaires d'État et des juges, bref, les sommités du monde officiel et inofficiel du royaume.
Le journalisme serbe est presque entièrement au service de cette propagande, dirigée contre l'Autriche- Hongrie, et pas un jour ne S'î passe sans que les organes de la presse serbe n'excitent leurs lecteurs à la haine et au mépris de la Monarchie voisine ou à des attentats dirigés, pp^s ou moins ouvertement, contre sa sûreté et son intégrité.
Un grand nombre d'agents est appelé à soutenir par
tous les moyens l'agitation contre l'Autriche-Hongrie et à corrompre dans les provinces limitrophes la jeunesse de ces pays.
L'esprit conspirateur des politiciens serbes, esprit dont les annales du royaume portent les sanglantes empreintes, a subi une recrudescence depuis la dernière crise balkanique; des individus ayant fait partie des bandes jusque-là occupées en Macédoine, sont venus se mettre à la disposition de la propagande terroriste contre l'Autriche-Hongrie.
En présence de ces agissements auxquels l'Autriche-Hongrie est exposée depuis des années, le Gouvernement de la Serbie n'a pas cru devoir prendre la moindre mesure.
C'est ainsi que le Gouvernement serbe a manqué au devoir que lui imposait la déclaration solennelle du 3i mars 1909, et c'est ainsi qu'il s'est mis en contradiction avec la volonté de l'Europe et avec l'engagement qu'il avait pris vis-à-vis de l'Autriche-Hongrie.
La longanimité du Gouvernement impérial et royal à l'égard de l'attitude provocatrice de la Serbie était inspirée du désintéressement territorial de la Monarchie austro-hongroise et de l'espoir que le Gouvernement serbe finirait tout de même par apprécier à sa juste valeur l'amitié de l'Autriche-Hongrie. En observant une attitude bienveillante pour les intérêts politiques de la Serbie, le Gouvernement impérial et royal espérait que le royaume se déciderait finalement à suivre, de son côté, une ligne de conduite analogue. L'Autriche-Hongrie s'attendait surtout à une pareille évolution dans les idées politiques en Serbie, lorsque, apris les événements de l'année 1912, le Gouvernement impérial et royal rendit possible, par une attitude désintéressée et sans rancune, l'agrandissement si considérable de la Serbie
Cette bienveillance manifestée par l'Autriche-Hongrie a l'égard de l'Etat voisin n'a cependant aucune-
M. SAZONOFF