‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 5 sur 148 · GUILLAUME I" PROCLAME EMPEREUR · texte numérisé non relu

GUILLAUME I" PROCLAME EMPEREUR

(tableau

avant tout profiteuses, à la piussienne. La France, y sera prise, jusqu'au jour où « franchise de « France » se redressera pour en finir et tirera les choses au clair.

A la mort de Frédéric II, la Prusse, quoiqu'elle n'eût pas encore dépassé six m'Uions d'habitants, était vraiment la Prusse, c'està-dire une puissance européenne. Frédéric II, en même temps qu'il a reculé les bornes de sa domination et refoulé l'Autriche par la conquête de la Silésie, a donné la preuve de la force de résistance du jeune royaume, en tenant tête à la Russie, à l'Autriche, à la France pendant la guerre de Sept ans. La guerre finie, il a l'habileté de regagner la confiance de ses deux puissants voisins, la Russie et l'Autriche,

ALLEMAND A VERSAILLES (i8 janvier 1871)

DE WERNEr)

en satisfaisant la vieille querelle prussienne contre les Slaves de Pologne. Il est le grand initiateur du partage, le véritable meurtrier d'une nationalité et d'une race.

A partir de ce moment, la Prusse commence sa vie de Carnivore insatiable.

Bismarck résume en deux mots les règnes des successeurs de Frédéric II : « Frédéric le Grand laissa un riche héritage d'autorité et de confiance en la politique et en la puissance de la Prusse. Ses héritiers pouvaient vivre làdessus pendant vingt ans, sans se rendre compte des faiblesses et des erreurs de leur gouvernement d'Epigones ; jusqu'à la bataille d'Iéna, ils étaient pleins d'une estime exagérée pour leurs capacités militaires et poHtiques. Il

fallut le bouleversement des temps qui suivirent pour faire sentir à la cour et au peuple que la maladresse et l'erreur avaient présidé à la direction de l'Etat... «

La cour de Prusse semblait s'éloigner de son but. léna l'avertit. Le long piétinement du sol allemand par les armées de la Révolution et de l'Empire la réveilla tout à fait et réveilla l'Allemagne en même temps. Il y a là une coïncidence dont la Prusse va profiter savamment et âprement. Bliicher est le vainqueur de Waterloo. La Prusse apparaît comme la puissance libératrice : ce sont là des souvenirs qui ne s'oublieront pas.

Le XI x^ siècle assiste, en Allemagne, à la marche parallèle de l'unification allemande et de l'hégémonie prussienne. Toutes deux sont, en somme, simultanément en réaction contre l'action napoléonienne. La France, en brisant les vieux cadres, a libéré l'Allemagne et lui a rendu conscience d'elle-même ; mais, en ouvrant les voies au militarisme prussien, elle a déchaîné l'animal usurpateur et dominateur. Elle devait être la victime de cette faute où il y avait un mélange de violence, d'imprévoyance et de générosité.

Les victoires de la Prusse sur Napoléon avaient attiré les yeux de l'Allemagne tout entière. En somme, l' Autriche-Hongrie, quoique Metternich eût été le diplomate de la coalition et que le Congrès se fût tenu à Vienne, avait paru longtemps faible, incertaine ; catholique, elle ne paraissait pas avoir contre le dehors, le ressort et la puissance d'agression de la Prusse protestante. On se souvenait encore de l'ascendant conquis par le royaume du Nord, au temps de Frédéric II ; il y a là des impondérables dont il faut tenir compte pour expliquer l'apparition en Allemagne, mais surtout en Prusse, de la grande génération qui, sous l'impulsion de Fichte, de Schiller, de Schleiermacher, au temps du Tugendbund et du baron de Stein, a^'ait réorganisé et entraîné l'opinion publique pendant toute la période qui commence en 1807 : « A cette période d'activité enthousiaste appar-

tient une œuvre aussi étrange qu'audacieusement conçue, la création du Tugendhîmd. Au moment où M. de Stein prenait la direction des affaires, au mois d'octobre 1907, un jeune magistrat de Braunsberg, M. Henri Bardeleben, lui avait adressé un écrit intitulé l'Avenir de la Prusse, où il engageait tous les citoyens à oublier leurs divisions, à se serrer autour du pouvoir et à ne former qu'un grand parti national. Peu de temps après, Bardeleben avait organisé avec quelques officiers et quelques savants, une association singulière. Ils mettaient leurs efforts en commun, disaientils, pour combattre chez eux, chez les autres, chez le gouvernement, toute pensée d'égoïsme. Ils se donnaient le titre d'Association scientifique et morale. Les premiers membres étaient, avec le fondateur, le général Gneisenau, le général Grollmann, le professeur Krug. Peu à peu, leur nombre s'éleva jusqu'à vingt. Ils présentèrent au roi les statuts de leur société et la hste des membres ; le roi approuva. Bientôt, on ne compta plus les affiliés par vingt, mais par mille et par centaines de mille. L'association était formidable ; elle couvrait la Prusse et, de la Prusse, étendait ses réseaux sur l'Allemagne entière. Le conseil général siégeait à Kœnigsberg ; des conseils provinciaux, des chambres de district, des assemblées locales formaient une vaste machine dont tous les rouages étaient mus par une pensée unique. Le but constant des chefs était de restaurer la force et la moralité allemandes (i). »

L'Europe ne méditera jamais assez sur cette phase du relèvement allemand : car c'est de là que datent les grands événements qui marquèrent le dernier tiers du xix^ siècle et la confusion qui se fit, en Allemagne, entre le patriotisme libérateur et le militarisme dominateur. La source, la noble source de la grande erreur est là. Un Bismarck se chargea d'en détourner les eaux au profit de l'ambition prussienne.

On peut dire que, dès lors, dans le cœur de

I II Véron, Histoire de la Prusse, p. 148.

L ALLEMAGNE ET L EUROPE

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