ATLANTIQUE
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Légende
{Français, Grecs. Belges, Vallons, Italiens, Houmains, espagnols. Portugais.
{Russes, Buthènes, Serbes, Bulgares, Tchègues,Croates, Polonais, Slovacjues, Slovènes.
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âpre et farouche : « Les Semnons se disent les plus anciens et les plus nobles des Suèves. L'assurance de leur antiquité est confirmée par telle cérémonie : à certain temps, tous les peuples de même sang et parenté s'assemblent par députés en une forêt estimée sainte et sacrée par les Augures et la révérence gardée de toute ancienneté : là où ayant tué publiquement un homme, ils commencent un horrible sacrifice de cérémonie barbare. La forêt est encore révérée pour autre chose : car personne n'y entre, qu'il ne soit lié de quelque lien et portant sur soy témoignage de la puissance de la divinité ; si d'aventure il tombe, il n'est loisible de se redresser ou relever : ils se roulent pas terre. Tovite la religion tire à ce point que, de ce lieu, la nation a pris son origine et que là demeure le Dieu, roi de tous, tant qu'ils sont, et auquel toutes choses sont sujettes et obéissantes. » {Les Œuvres de Cornélius Tacitus, chevaher romain. Paris, L'Angelier, 1582.)
Ce peuple, aux sacrifices inhumains, c'est le père des Prussiens ; ce bois des Semnons, c'est la région où Beihn s'est élevée ; ce Dieu auquel la population s'est vouée, c'est le dieu Tuiston, ou Tott, dieu de ia gueire, — ^" le « vieux Dieu allemand », « notre Dieu ».
Malgré l'introduction du christianisme, je ne sais quel vestige de ces origines traîne toujours sur cette plaine sablonneuse, « boîte à sable » de la Prusse : défrichée, enrichie, elle n'a pu effacer entièrement son caractère primitif.
Ce qu'est devenue cette forêt aux sombres rameaux, le géographe moderne nous l'explique : « La Spreewald n'est plus aujourd'hui qu'en partie une forêt. On y voit encore d'assez grandes étendues couvertes d'aunes, de chênes et de hêtres, et peuplées d'un excellent gibier, ]>armi lequel figurent surtout, avec le cerf et le chevreuil, les bécassines et les poules d'eau. Mais la plus giande partie a été transformée en prairies entourées de hauts peupliers et en jardins maraîchers, qui envoient leurs produits au marché de Berhn. C'est par eau que se fait surtout la circulation ; c'est par bateaux, qu'hommes et femmes transportent leurs den-
rées et que le chasseur se dirige à travers ce labyrinthe aquatique et boisé. L'hiver, ces chenaux restent longtemps gelés ; mais, pendant l'été, ce pays, plein de verdure et de feuillage, prend un aspect agréable. La vie de l'ancienne population vende, avec son goût traditionnel pour la batellerie et la pêche, s'y perpétue mieux qu'ailleuis, grâce au milieu naturel. Elle y a conservé, avec sa langue, l'usage de ses maisons de bois, disséminées au bord des rigoles, hérissées aux angles par les denticules qui résultent de l' entre-croisement des poutres. La population, forte et saine, fournit à Berlin d'amples nourrices dont le costume bariolé attire l'œil dans les rues de la grande ville. Jadis, les Vendes, pourchassés par la colonisation germaniqiie, trouvèrent un refuge dans ce pays marécageux et forestier. Mais, aujourd'hui, la germanisation les gagne peu à peu, leur domaine linguistique s'est réduit de moitié depuis trois cents ans, il ne cesse de décroître encore. En somme, la pauvreté du sol est rachetée par l'abondance des eaux ; le premier électeur de la maison de Hohenzollem disait, au moment de quitter la Franconie pour le triste Brandebourg, « qu'un pays qui a tant d'eau ne peut pas passer pour pauvre. » (Vidal de La Blache, Etats et Nations de l'Europe.)
Cette terre éloignée, disputée par les Slaves aux Germains et par les Germains aux Slaves, fut une des dernières régions européennes que le christianisme atteignit. Au x^ siècle, les premiers empereurs de la maison de Saxe, songeant à défendre l'Allemagne proprement dite contre les Slaves, constituèrent, dans la région moyenne de l'Elbe, une « marche » dont le centre le plus important fut Magdebourg. C'est MAltmark ou Vieille Marche, qui, en s'étendant vers le nord au temps d'Albert l'Ours (1134), s'installa dans le pays slave de Branibor et en fit le Brandebour g. IJnévéché fut créé à Branibor, un autre instauré à Havelberg : les moines de Citeaux fondèrent le monastère de Lehnin — et ce fut la véritable évangélisation de ces contrées demi-slaves,
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demi-germaines. A ce moment, c'est-à-dire au xiiie siècle, l'art, la science, la littérature, la philosophie occidentales avaient produit en France, en Angleterre, en Belgique, même dans l'Allemagne du Rhin, une admirable civilisation.
La création de la Prusse comme État pohtique est bien plus tardive encore ; c'est seulement en 1525, qu'Albert de Brandebourg, souverain héréditaire de la Marche et grand-maître de l'Ordre teutonique, sécularisa tous ses domaines lors de la paix de Cracovie et devint, ainsi, souverain héréditaire du duché de Prusse.
A ce moment, le pays est encore à demi slave, en partie vassal de la Pologne : mais, depuis des siècles, une lutte à mort était engagée contre cette vieille population autochtone. L'idée directrice et dominante du fondateur de la dynastie, Albert de Brandebourg, fut de germaniser, de plus en plus, son pays, de l'appuyer fortement sur l'Allemagne pour refouler le slavisme ; quitte à se servir de sa puissance accrue pour se retourner vers l'Allemagne. Il meurt en 1568. Les luttes de la Réforme ensanglantent et affaibhssent l'Europe centrale ; l'Allemagne de Charles-Quint perd son unité et sa grandeur. C'est une proie que la guerre de Trente Ans va bientôt livrer aux oiseaux noirs venant du nord. Au début du XVII® siècle, la lignée franconienne des HohenzoUern se substitue aux Brandebourg et, à partir de cette époque, se fait l'union de ces pays à peine organisés et de la famille « fatale » qui va les élargir indéfiniment au détriment de l'Allemagne d'abord, et, ensuite, du reste de l'Univers.
La Prusse est donc un État extrêmement moderne : trois siècles d'existence en fait ; son fondateur véritable, son Clovis ou son Charlemagne, le Grand-Electeur Frédéric-Guillaume (1640-1688) est contemporain de notre Louis XIV. Ce sont les guerres de religion, c'est l'affaiblissement prodigieux de l'Allemagne à la suite de la guerre de Trente Ans qui permettent A ce prince habile et ambitieux de
se développer aux dépens de tous ses voisins. Il gagne au traité de Westphalie ; se glissant entre la Suède et la Pologne, il gagne aux traités de Labiau et d'Oliva. Son successeur Frédéric III prend le titre de roi (1700). Le roi-sergent Frédéric-Guillaume P"" (1713-1740) comprend que tout l'avenir du pays, encore attardé au milieu des puissances européennes en plein développement, est dans son armée : qui veut tomber sur le troupeau doit avoir becs et ongles ; il inaugure le « militarisme » par le caporalisme ; c'est la politique prussienne par excellence.
On sait comment son fils, Frédéric II, le grand Frédéric, général et philosophe, disciple de Machiavel qu'il réfute, ami de Voltaire qu'il bafoue, se sert de l'instrument qui lui est laissé.
On sait ce qu'il fit de la Prusse, ce qu'il gagna aux dépens de l'Autriche, aux dépens de l'Allemagne, aux dépens de la Pologne, aux dépens de l'Europe. On sait aussi qu'il avait entrepris d'ajouter, à la gloire militaire, je ne sais quel vernis de la civihsation. Il écrivait et badinait en français : « La culture prussienne commence par une contrefaçon. » Voltaire écrivait : « La langue qu'on parle le moins à la cour, c'est l'allemand. Je n'en ai pas encore entendu prononcer un mot. Notre langue et nos belleslettres ont fait plus de conquêtes que Charlemagne... Je me trouve ici en France ; on ne parle que notre langue. L'allemand est pour les soldats et pour les chevaux. En qualité de bon patriote, je suis un peu flatté de voir cet hommage qu'on rend à notre patrie, à trois cents lieues de Paris. »
Il en revint. Il s'aperçut vite que « l'ami des lettres » était « plus despote que le Grand Turc «. Il s'.enfuit en emportant dans sa valise les « Poëshies du roi mon maître », et il se vengea par l'arme qu'on n'avait pas pu lui enlever : « Je n'ai pas de sceptre, mais j'ai une plume. >-
Les rapports de Voltaire et de Frédéric II forment un exemple extrêmement instructif de ces confiances un peu naïves, un peu vaniteuses, à la française, et de ces fausses intimités