‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 67 sur 148 · MINISTRE DE SERBIE A PARIS · texte numérisé non relu

MINISTRE DE SERBIE A PARIS

chaque petit Etat qui aurait le malheur d'avoir une contestation avec une grande puissance... Après une correction aussi exemplaire, le royaume serbe était condamné à tomber dans le vasselage de sa terrible voisine, à végéter, humble et tremblant, sous l'œil méfiant du ministre austro-hongrois, transformé à Belgrade ' en proconsul. M

C'était l'application pure et simple du système de Treitschke : « Malheur aux faibles ! « La première réalisation de la Weltpolitik eût été obtenue ainsi sans coup férir.

Tel était le cas de conscience qui, dès la minute où le ministre d'Autriche quittait Belgrade, se posait devant tous les gouvernements européens.

Suivons les efforts désespérés que font les plus pacifiques d'entre eux pour échapper aux conséquences fatales que le même M. Zimmermann avait dégagées avec un sang-froid imperturbable devant son interlocuteur : « Si la Russie mobilise son armée, nous mobiliserons immédiatement la nôtre, et alors ce sera une guerre générale, une guerre qui embrassera toute l'Europe centrale et même la presqu'île balkanique, car les Roumains, les Grecs, les Bulgares et les Turcs ne pourront pas résister à la tentation d'y prendre part (i). »

(i) Revue des Deux-Mondes, i" juin igi5.

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ATTJTUDE M. Jules Cambon avait

DES PUISSANCES télégraphié, avant la rup- EN PRÉSENCE ture entre l'Autriche-

DE LA RUPTURE „ -^ ^, j^ Serbie:« Je MENAÇANTE ^. „, , , ''

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qui puisse, en Europe, être écoutée à Berlin. »

C'est, en effet, vers Londres que tous les yeux se tournent : M. Sazonoff conseille au gouvernement serbe de solliciter la médiation du gouvernement britannique. Londres, dans un ordre d'idées qu'il faut indiquer maintenant, se tenait sur la réserve.

Dès le 24 jiyllet, un entretien des plus graves et qui donne, d'avance, le schéma de toute la crise, s'était engagé à Saint-Pétersbourg, entre M. Sazonoff et l'ambassadeur britannique en Russie, sir G. Buchanan. Aussitôt qu'il avait eu connaissance du texte de l'ultimatum austro-hongrois, M. Sazonoff s'était rendu à l'ambassade de France et il s'y était rencontré avec sir G. Buchanan. Là, il avait abordé franchement le fond des choses avec les deux représentants de la Triple-Entente : il avait apprécié sévèrement la conduite de l'Autriche, dit que cette puissance n'avait jamais agi ainsi sans que l'Allemagne eût été consultée. Il prévoyait que la Serbie ne pourrait se soumettre à l'ultimatum, et, par conséquent, prévoyant des conséquences plus graves, il avait dit à l'ambassadeur d'Angleterre qu'il espérait que le gouvernement britannique ne manquerait pas de proclamer sa solidarité avec la Russie et la France. C'était demander que l'Entente fût transformée en Alliance.

L'ambassadeur de France est en mesure d'avoir une opinion : en effet, le président de la République et le président du conseil, ministre des Affaires étrangères, ont quitté Cronstadt, le matin même ; il « donne à entendre que la France remplirait, si cela devenait nécessaire, toutes les obligations que lui impose son alliance avec la Russie ».

Sir G. Buchanan promet de demander les instructions de son gouvernement ; mais il donne immédiatement son avis personnel.

« Je ne vois, dit-il, aucune raison de s'attendre

à une déclaration de solidarité de la part du gouvernement de Sa Majesté, qui entraînerait un engagement absolu de sa part de soutenir la Russie et la France par la force des armes. Les intérêts directs de la Grande-Bretagne, en Serbie, sont nuls, et une guerre en faveur de ce pays ne serait pas sanctionnée par l'opinion publique de la Grande-Bretagne. » — « Mais, dit M. Sazonoff, la question n'est pas uniquement serbe, c'est la question générale européenne qui est impliquée dans l'incident ; comment la Grande-Bretagne pourrait-elle croire qu'elle se dégagerait quand de tels problèmes sont en jeu ? » — « Supposons, réphque l'ambassadeur, que l'Autriche ait recours à des mesures militaires contre la Serbie. Est-ce l'intention du gouvernement russe de déclarer aussitôt la guerre à l'Autriche ?» — « Je pense bien que nous devrons recourir à une mobilisation. Un conseil est convoqué, sous la présidence de l'empereur, pour prendre une décision. »

L'ambassadeur de France intervient de nouveau : « Ou l'Autriche bluffe ou elle agira brusquement. Dans les deux cas, la seule chance qu'il y ait d'éviter la guerre, c'est d'adopter, tous ensemble, une attitude ferme et unie... «L'ambassadeur d'Angleterre conseille de nouveau la recherche de moyens dilatoires. Mais ses deux interlocuteurs le pressent, insistent pour obtenir une déclaration de solidarité complète du gouvernement anglais, s' unissant aux gouvernements français et russe. M. Sazonoff dit encore, avec une force singulière : « Tôt ou tard, vous serez entraînés à la guerre, si elle éclate, et vous rendrez la guerre plus probable si, dès le début, vous ne faites pas cause commune avec la Russie et avec la France! »

L'ambassadeur britannique ajoute, dans son compte rendu de l'entretien : « Il me semble, d'après le langage tenu par l'ambassadeur de France que, même si nous déclinons de nous joindre à elles, la France et la Russie sont décidées àprendre fortement position... »

Nous avons vu l'Allemagne et l'Autriche ménager, dès le début, le cabinet de Londres

LA NOTE AUSTRO-HONGROISE A LA SERBIE. LE CHOC DIPLOMATIQUE

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