‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 72 sur 148 · LE RETOUR DU PRESIDENT POINCARE ET DE M. VIVIANI A PARIS · texte numérisé non relu

LE RETOUR DU PRESIDENT POINCARE ET DE M. VIVIANI A PARIS

que la France usera de son influence, dans un sens apaisant, à Pétersbourg. »

Le ministre répond sagement qu'à titre de contrepartie, l'Allemagne « devrait agir à Vienne ». L'ambassadeur se dérobe et s'abrite derrière le manque d'instructions. Mais il insiste sur sa proposition ; il a, sur ce point, les ordres formels de son gouvernement !...

Il se rend, deux heures après, chez le directeur politique, avec un projet de note qui devait être communiqué à la presse et dont voici le texte : « L'ambassadeur d'Allemagne et le ministre des Affaires étrangères ont eu, pendant l'après-midi, un nouvel entretien, au cours duquel ils ont examiné, dans l'esprit le plus amical, et dans un sentiment de solidarité pacifique, les moyens qui pourraient être employés pour maintenir la paix générale. » Le danger de ce projet de rédaction, s'il était accepté, serait d'isoler la Russie, à moins que

celle-ci ne fût prévenue et ne fût disposée à accepter ; il y aurait lieu, aussi, d'obtenir que l'Allemagne intervînt en même temps à Vienne. Au cours des explications que provoque cette initiative de l'ambassadeur allemand, celui-ci répète, une fois de plus, que l'Allemagne a ignoré le texte de la note autrichienne (i).

Si on l'en croit, il ne connaît pas davantage la note serbe ; mais il affirme les bonnes intentions de l'Autriche ; il ajoute même qu'il ne dit pas que l'Allemagne, de son côté, ne donnerait pas quelques conseils à Vienne.

En présence de ces avances, le quai d'Orsay

(i) Nous avons vu que cette note était connue du gouvernement bavarois. D'autre part,- sir M. de Bunsen, ambassadeur d'Angleterre à Vienne, déclare : « (Quoique je ne puisse vérifier le fait, je tiens d'une source privée que l'ambassadeur allemand connaissait le texte de l'ultimatum autrichien à la Serbie avant qu'il ne fîit expédié et qu'il l'a télégraphié à l'empereur d'Allemagne; je sais, par l'ambassadeur allemand lui-même, qu'il en approuve chaque ligne.»

croit pouvoir se prêter, jusqu'à un certain point, au désir de l'ambassadeur.

On cherche un texte et on aboutit à la rédaction suivante : « L'ambassadeur d'Allemagne et le ministre des Affaires étrangères ont eu un nouvel entretien, au cours duquel ils ont recherché les moyens d'action des puissances pour le maintien de la paix. » Cette rédaction, volontairement terne, avait l'avantage, selon la remarque du quai d'Orsay, d'éviter une solidarité avec l'Allemagne qui pouvait être mal interprétée à Saint-Pétersbourg.

L'Allemagne est-elle sincère ? Saint-Pétersbourg, averti, se prêtera-t-il à cette proposition ? Le baron de Schœn revient, une troisième fois, à la charge. Il adresse, le 27 juillet au matin, une lettre particulière au directeur des Affaires poUtiques : « Notez bien la phrase sur la « solidarité des sentiments pacifiques ». Ce n'est pas une phrase banale, mais la sincère expression de la réalité... Le cabinet de Vienne a fait formellement et officiellement déclarer à celui de Pétersbourg qu'il ne poursuit aucune acquisition territoriale en Serbie et qu'il ne veut point porter atteinte à l'intégrité du royaume ; sa seule intention est d'assurer sa tranquilHté. En ce moment, la décision, si une guerre européenne doit éclater, dépend uniquement de la Russie. Le gouvernement allemand a la ferme confiance que le gouvernement français, avec lequel il se sait solidaire, dans l'ardent désir que la paix européenne puisse être maintenue, usera de toute son influence dans un esprit apaisant auprès du cabinet de Saint-Pétersbourg. »

Paris se méfie : « La lettre de M. de Schœn, dit la dépêche (adressée « pour information « aux divers cabinets) est susceptible de plusieurs interprétations : la plus vraisemblable est qu'elle tend, comme sa démarche même, à compromettre la France au regard de la Russie, quitte, en cas d'échec, à rejeter sur la Russie et sur la France la responsabilité d'une guerre éventuelle, enfin, à masquer par des assurances^ pacifiques non écoutées, une action

militaire de l'Autriche en Serbie, destinée à compléter le succès autrichien. »

La démarche trouve sa portée réelle dans un télégramme adressé par le chanceHer de l'empire allemand à l'ambassadeur d'Allemagne à Saint-Pétersbourg, ce même jour, 26 juillet : « L'Autriche-Hongrie, ayant solennellement déclaré son désintéressement territorial (on va voir qu'elle refusait au même moment de prendre un pareil engagement à l'égard de l'Italie), la responsabihté d'avoir troublé la paix européenne par une intervention russe retombera sur la Russie ellemême. 0 Et le même chancelier, Bethmann- Hollweg, dans son exposé destiné à entraîner l'opinion allemande et à tromper l'opinion des neutres, travestit, en ces termes, tout l'incident : « Sur notre déclaration que le gouvernement allemand désirait et ferait tous ses efforts pour obtenir la localisation du conflit, tant le gouvernement français, que le gouvernement anglais, nous promettaient d'agir dans le même sens (jamais ces gouvernements n'ont accepté, sous aucune forme, le système allemand de la « localisation du conflit »). Ces efforts ne réussirent cependant pas à empêcher une immixtion de la Russie dans le différend austro-serbe. »

La proposition allemande n'ayant rien donné, quelles sont les chances de succès des autres procédures ?

La Russie a conseillé à la Serbie de faire appel à la médiation du cabinet de Londres et ce recours a eu lieu aussitôt.

Sir Edw. Grey a donc, en mains, quelque chose qui peut devenir un moyen d'action.

Il s'en sert : la proposition faite par le cabinet de Londres se présente dans les conditions suivantes. M. Sazonoff ayant dit à l'ambassadeur d'Angleterre qu'à la suite de l'appel de la Serbie aux puissances, la Russie accepterait de se tenir à l'écart, sir Edw. Grey a formulé, auprès des cabinets de Paris, BerHn et Rome, la suggestion suivante : « Les ambassadeurs de France, d'Allemagne et d'Italie à

LA NOTE AUSTRO-HONGROISE A LA SERBIE. LE CHOC DIPLOMATIQUE

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