‹ Histoire illustree de la guerre de 1914. --Chapitre 74 sur 148 · RETOUR DE L'EMPEREUR GUILLAUME A BERLIN · texte numérisé non relu

RETOUR DE L'EMPEREUR GUILLAUME A BERLIN

On est arrivé à l'heure décisive. Un fait le prouve.

L'empereur Guillaume, qui avait poursuivi, jusque-là, sa croisière de la mer du Nord, rentre à Berlin, soudainement, le 26 au soir. On dit que l'empereur a pris cette décision de sa propre initiative ; on la regrette même au ministère

des Affaires étrangères, à Berlin ; on craint qu'elle ne complique les choses. Un témoin bien informé, M. de Beyens, écrit : « Pourquoi ce retour subit ? Je ne crois pas me tromper en disant, qu'à cette nouvelle, le sentiment général, parmi les acteurs ou les témoins du drame, fut une grande appréhension. « L'empereur, entouré de fonctionnaires habitués à l'obéissance, et d'un Ëtat-Major habitué à parler haut, prend en mains le gouvernail. Sa responsabilité est donc absolue (i).

(i) Sur la responsabilité directe de l'empereur Guillaume certaines indications se sont fait jour. On affirme que, le 14 juillet ou un peu avant cette date, l'empereur d'Allemagne fit à l'empereur François-Joseph une communication dont les terrrles étaient si encourageants et contenaient une telle assurance de solidarité que le monarque austro-hongrois fut amené à consentir à la rédaction de l'ultimatum par lequel l'Autriche préparait son attaque contre la Serbie. {Echo de Paris, i(J avril igiS.)

D'autre part, M. Take Jonesco, qui a suivi de près les événements, porte le jugement suivant :

Il Je pense que la décision définitive de l'empereur Guillaume pour une guerre immédiate n'a eu lieu que le jour ou la veille du jour où il est rentré à Berlin. L'atmosphère guer-

Il est fortement influencé par les dépêches d'un agent avec lequel on sait qu'il communique directement et qui semble avoir été un des plus tenaces machinateurs de toute l'affaire, c'est l'ambassadeur d'Allemagne à Vienne, comte Tchirschky, ancien ministre des Affaires étrangères et qui, depuis la mort de Marshall et de Kiderlen-Waechter, fait figure de diplomate dans une génération d'épigones. Or, nous connaissons, par ses propres confidences, les dispositions du comte Tchirschky : « Il a la ferme croyance que la Russie, ayant reçu l'assurance que l'Autiiche n'annexera aucun territoire serbe, se tiendra tranquille pendant le châtiment que l' Autriche-Hongrie est résolue à infhger à la Serbie. En réponse à ma question si le gouvernement russe ne pourrait se trouver forcé, par l'opinion publique, à intervenir à cause de l'affinité de race, il a dit que tout dépendait du caractère personnel du ministre russe des Affaires étrangères, qui, s'il le voulait, pourrait facilement résister à la pression de quelques journaux. Il a fait remarquer que les jours de l'agitation panslaviste, en Russie, étaient passés, et que Moscou était parfaitement tranquille. Le ministre russe des Affaires étrangères, d'après M. de Tchirschky, ne serait pas assez imprudent pour prendre une mesure qui aurait probablement pour résultat de soulever quantité de questions de frontières, dans lesquelles la Russie est intéressée, et de mettre à la refonte des questions telles que la question suédoise, la question polonaise, la question ruthène, celle de Roumanie et celle de Perse. De plus, la France n'était pas du tout en état de faire face à une guerre. »

rière s'est emparée de lui. Il a eu subitement la vision de la non-préparation de la Russie et de la France, des difficultés intérieures de la France et surtout de celles de l'Angleterre, et il s'est décidé. Avec son tempérament impulsif au dernier degré, une fois fixé dans la direction de la guerre immédiate, rien ne pouvait plus l'arrêter. Et c'est pour cela que l'Autriche fut prise d'une salutaire terreur et voulut, à la dernière", heure, entrer dans la voie de la raison (voir cidessous); l'empereur Guillaume ne lui en laissa plus la possibilité et précipita une guerre que, cette fois-ci, il désirait avec la frénésie d'un impulsif incorrigible. » (Take Jonesco, Grande Revue, fév. 191 5, p. 5i6.)

On ne peut étudier trop attentivement les lignes qui précèdent. Ces impressions, confiées le 26 juillet à l'ambassadeur britannique, pour être transmises au cabinet de Londres, que l'on croyait encore pouvoir convaincre, furent sans doute télégraphiées le même jour à l'empereur Guillaume, qui les recevait à son arrivée à Berlin : émanant de son ambassadeur près de la puissance alliée, elles eurent, sans doute, sur sa détermination, la plus haute influence.

Elles n'étaient pas, comme nous l'avons vu, sans effet, même auprès du gouvernement britannique.

Il est possible de se rendre compte de l'état d'esprit dans lequel l'ensemble de ces informations peut mettre le gouvernement allemand, au moment où il reçoit la proposition de médiation anglaise, celle qui peut devenir une ancre de salut pour la paix. Tchirschky télégraphie que la Russie ne tiendra pas, que la France n'est pas prête ; on se persuade que l'Angleterre restera à l'écart du conflit ; c'est donc un succès décisif contre la Russie, obtenu sans coup férir. Il suffit de tenir bon.

A Vienne, on accepte ces perspectives avec enthousiasme. « Ici, le pays est fou de joie à la perspective d'une guerre contre la Serbie. »

LA PROPOSITION C'est dans ces circons- ANGLAISE tances, et en présence

DE MEDIATION (jg (,gg dispositions, que

^ la proposition britanni-

que fait le tour des diplomaties européennes.

Elle avait été lancée, nous l'avons dit, dans sa première forme, par un télégramme de sir Ed. Grey, daté du 25 juillet. « Evidemment, nous allons nous trouver bientôt face à face avec la mobilisation de l'Autriche et de la Russie. Si elle avait lieu, la seule chance de paix serait que l'Allemagne, la France, la Russie et nous-mêmes, restions ensemble et demandions, de concert, à l'Autriche et à la Russie, de ne pas franchir la frontière, jusqu'à ce que nous ayons eu le temps d'arranger les

LA NOTE AUSTRO-HONGROISE A LA SERBIE. LE CHOC DIPLOMATIQUE

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