TABLEAU GÉNÉRAL DU MOYEN AGE
douzième siècle que les éludes rcnaissenl, et au treizième qu'elles jettent le plus d'éclat.
ToulcG les écoles ont pour maîtres des clercs ou des moines. Dans les grands couvents, les écoles reçoivent, en dehors de ceux qui veulent se préparer à la vie monastique, des externes appartenant à toutes les classes de la société, et surtout au peuple. Dans les petites écoles épiscopales, on donnait l'enseignement primaire. Dans les grandes écoles épiscopales, un enseignement correspondant à peu près à notre enseignement secondaire (lycées et collèges); là, avant tout, on apprenait le latin, et par la méthode directe : défense à l'écolier de prononcer en classe un mot de français. Peu de livres : la grammaire latine de Donatf celle d'Alex, do Villedieu, le Doc/ri/ta/, et des recueils d'exemples moraux : le Cato, le Théodolet et \c Facet (1). Seuls les élèves riches peuvent se procurer un texte; car il n'y a pas encore de livres imprimés. Les pauvres sont obliges de copier eux-mêmes ce texte. Quand il s'agit d'un auteur comme Virgile ou Quinlilien, les élèves se contentent d'écouter le maître, le lecteur^ qui lit et commente le livre unique.
. Les universités, ies collèges. — Après l'école, V Université. Les Universités, au moyen âge, sont en principe des syndicats de collèges, dont la haute administration est centralisée entre les mains d'un recteur : les plus célèbres sont celles d'Orléans, de Poitiers, de Toulouse, de Montpellier, etc., mais surtout celle de Paris.
L'Université de Paris date des premières années du treizième siècle. Philippe- Auguste et ses successeurs lui accordèrent des privilèges et des règlements. Cette corporation de maîtres et d'écoliers occupait sur la montagne Sainte- Geneviève le quartier latin. Elle se subdivisait en quatre nations : France, Picardie, Normandie, Angleterre.
Chacune d'elles avait ses collèges^ fondés par des particuliers, et dans lesquels vivaient et travaillaient les boursiers, qui allaient chercher renseignement auprès des maîtres de l'une des quatre Facultés. Pendant la plus grande partie du moyen âge, ces collèges ne furent que des maisons de refuge pour les étudiants pauvres. Plus fard, des étudiants riches s'y installèrent en payant pension. Puis des professeurs y complétèrent l'enseignement des Facultés. Les plus célèbres collèges étaient : Clermont, Harcourt, Navarre, Monlaigu, le Plessis, les Ecossais, les irlandais, etc.
11 faut citer à part celui que fonda, en 1253, Robert de Sorbon, chanoine de Cambrai et professeur de Louis IX. Dans la maison de Sorbonne, on enseignait gratuitement la théologie ; et ses docteurs devinrent célèbres par leur science et plus tard par leurs querelles avec les théologiens rivaux (voyez au dix-septième siècle le Jansénisme).
(1) Rabelais énumère tous ces ouvrages dans son Gargantua, chap. 15.
On comptait à TUnlversité de Paris quatre Facultés, Théologie, Arts (sciences et lettres), Droit et Médecine. La principale était la Faculté de théologie, où l'on enseignait la scolastique^ c'est-à-dire une philosophie uniquement fondée sur le raisonnement par déduction, et dont Tinstrumcnt est le syllogisme, La scolastique ne mérite pas toutes les railleries dont le seizième et le dix-septième siècles l'ont accablée. Au dixième siècle, saint Anselme; au douzième, Abélard et Guillaume deChampeaux; au treizième, suint Thomas d*Aquin, sont de grands esprits. Mais la scolastique, en se bornant à user de la méthode déductive et en 'partant toujours de définitions traditionnelles comme d'autant âé posiulcUs, se condamnait elle-même.
A la Faculté des arts, renseignement se divisait en tHvium (les trois voies) èl quadrivium (les quatre voies). Le trivium comprend : la grammaire, la rhétorique, la dialectique; le quadrivium : Tarithmétique, la géométrie, l'astronomie ..fit la musique. Ces sept arts libéraux étaient étudiés surtout au point de vue dés •services qu'ils peuvent rendre à la religion.
Quelle influence les études^ au moyen âge, ont-elles eu sur la littérature?
Cette influence est grande sur les ouvrages didactiques et moraux, sur les épopées antiques, et niùme, jusqu'à un certain point, sur les romans, genres cultivés par des clercs. On senl, à ne pas s'y méprendre, que Guillaume de Lor- .ris, Jean de Meun, llulebeuf, Eustache Deschamps, et les auteurs du Roman de Troie, d'Alexandre, de Parthenopeus de Blois, ont étudié, et qu'ils ont de l'antiquité la conception et la connaissance qu'on en pouvait prendre alors dans les Universités. Les trouvères épiques et la plupart des trouvères lyriques n'échappent pas à cette influence. Seuls les chroniqueurs qui écrivent en fran- • çais peuvent être considérés comme s'étant formés en dehors des Universités.
Les manuscrits. — Gomment se transmettaient et se conservaient les œuvres nouvelles ? Ce point, qui parait tout matériel, a la plus grande importance, en Ce qui concerne rauthenticilé et la diffusion des ouvrages, l/iinprimerie n'existe en France qu'à partir de 1 i70 ; c'est dire qu'il n'en faut tenir aucun compte •pour le moyen âge. Dès le dixième siècle, les jongleurs, qui s'en vont porter de château en château leurs épopées, ont de petits manuscrits, souvent fragmentaires, qui s'usent assez rapidement. Quand ils les remplacent, ce n'est pas authenliquement le nirnie texte qu'ils recopient ; c'est un texte renouvelé, rajeuni, surchargé. Le jour où les grands [seigneurs veulent posséder chez eux un exemplaire de Roland, dWliscans, d'Alexandre^ etc., ils acquièrent une des formes courantes du roman ou du poème. Les fautes, les omissions, les additions y sont nombreuses. Il est rare que plusieurs manuscrits retrouvés offrent exactement le même texte. Que dire des manuscrits dramatiques, altérés de toutes les façons et si vite perdus? Pour les œuvres didactiques, morales, ou historiques, il y a plus de sûreté : en général, ce sont livres d'étude, réservés à des lettrés, conservés
TADl.EAU GÉ:Y^TÎAL DU .IIOVEN ACE
di'S le dûbut d:iii> di^s bililiolhùqucs du cotivuiit. d'Uiiivcrslii;, du cliAtoau, sous- Ir.iUs par coii3Û(|iicnt aux accidents qui allèrent les manuscrits du jongleur et d'acteur.
D'un nuire côlé, dans les couvents, on conservait et on continuait à copier les
textes classiques, grecs et latins. Au Ireizii-me siècle, l'Université de Paris commença à organiser et à enlreti'nir une librairie (bibliothèque) l'i luquelli^ Étaient allachès de nombreux scribes. Au qualorzièiiie siècle, Icroi Charles V réunit dans sa tour du Louvre un millier de beaux niunuscrils : c'est le noyau de notre Bibliothèque nationale. Les ducs de Dourgogne et d'Orléans possédaient également quelques ouvrages, souvenlplns beaux d'apparence que précieux pour
le fond. La cherté et la rareté des manuscrits furent jusqu'à la fin du quinzième siècle un obstacle sérieux h la connaissance de Tantiquilc et au progrès des études. Nous verrons que Vimprimerie doit être comptée pour beaucoup dans le mouvement de la Renaissance.