LB THÉÂTRE AU XV}» SIÈCLE
et Gfaannion, déclare qu'ea un songe elle a <ru Antolnei et qu'elle va mourir, libre, pour aller le rejoindre. Un chœur philosophique et moral termine le premier acte. — Au second, apparaît Octavien (Octave) aocompagué de deux de ses ofjlcien. Proculée et Agrippa ; et Octavien s'entretient avec eux du sort réservé à Uléopâtre. Sur les conseils d'Agrippa, il penche vers la clémence. Chceur. — Le troisième acte met en présence GléopAtre et Octavien. La reine lut demande la vie pour elle et pour ses en* fanls; elle livrera ses trésors. Oclavienyconsenl.Cette longue scène est animée par la trahison de Séleuque, qui révèle & Oclavien que Cléopâtre cache laplusgi-ando partie de ses richesses, et qui attire sur lui la fureur et les coups de Cléopâtre. Cet acte se termine également par UQ chœur, sur le courage de la reine. — Dans l'acte quatrième,
CléopAtre déclare qu'elle mourra. Eras et Charmlon mourront avec elle. Le chœur pleure la destinée de la relue, et décrit le sacrifice qu'elle accomplira sur
de Joui Sade.
la tombe d'Antoine. — Acte cinquième : Glcopâtre est morte, pendant Penlr'acte..Pi'oculée vient faire le récit de sa mort. Dernier chant du chœur sur la gloire que Cléopâtre s'est acquise par sa fin courageuse, et sur le triomphe de César.
Cette rapide analyse prouve que tous les procédés tragiques ont été non pas sans doute pratiqués, mais indiqués par Jodclle : — apparition successive des deux protagonistes ; — ceux-ci une fois bien connus par des scènes à confidences^ on les met aux prises ; — Cléopâtre a délibéré avec Eras et Gharmion ; Octavien délibère avec Proculée et Agrippa ; — un des personnages, Octavien, subit \x\\e progreuion con" tinue: il hésite sur le sort de Cléopâtre, il raisonne, il se décide pour le pardon, il y persiste ; Taulre, Cléopâtre, veut d'abord mourir, puis demande la vie, puis se décide de nouveau pour la mort ; — cette mort, dont il eût semblé qu'un écolier comme Jodclle eût voulu tirer des effets scéniques, elle nous est dérobée; nous ne la connaissons que par un récit, ei par V impression qu^elle produit sur ProcuUe, sur Octavien et sur le chœur, — Encore une fois, passons sur la faiblesse, disons même sur la puérilité de l'exécution, c'est essentiellement la tragédie classique.
Le succès môme de celte tentative d'écolier, non seulement auprès de ses maîtres et de ses condisciples, mais auprès du public mondain, prouve que Jodclle avait touché juste. Animé par ce succès, il composa une seconde tragédie, qui ne fut pcut-ctre pas représentée, mais qui est un exemple de la même valeur : Didon se sacrifiant. C'était encore une mort tragique, et la mort d'une femme, comme s'il avait senti d'instinct que l'amour et la jalousie sont des sentiments plus passionnés et plus susceptibles de variations psychologiques , chez la femme que chez riiomme. 11 empruntait son sujet, non plus à un historien mais à un poète épique, à Virgile. L'action commence aussi près que possible de sa fin, au moment où il n'y a plus rien^ rien que le désespoir de Didon : et cette fois, ce n'est pas assez, parce que la résolution d'Enée est prise avant le lever du rideau, et qu'aucun épisode ne nous fait espérer ou craindre qu'il cédera aux instances de celle qu'il abandonne. Jodclle se contente de suivre le texte de Virgile, fait prononcer à Didon d'interminables couplets, et n'invente rien qui puisse rendre intéressant, au point de vue dramatique, le trop passif Énée (i). — Didon y très inférieure à Cléopâtre , comme action et comme caractères, est mieux écrite ; Jodelle n'y emploie que l'alexandrin, à rimes masculines et féminines.
Les contemporains de Jodelle. — Parmi les poètes qui suivirent le mouvement déterminé par Jodelle, il faut citer : Jean de ia Péruse, auteur d'une A/edée imitée de Séncque (1553) ; — Jacques GréFÎn, qui donne, vers 1560, une Mort de César, d'après le Jules César latin de Muret; — Jean de ia Taille qui publie, en 1562, Saûl le Furieux y tragédie tirée de la Bible, et, en 1573, la Famine
{\) Morceaux choisis, 2*cyclo, p. 223.