LE THÉÂTRE AU XVP SIÈCLE
processivi;; il semble que !a Irngédie ail trouvi qu'elle allcndail, car la tragédie a vécu de chic de psychologie.
De ce prédécesseur de Corneille, nou3 avons sept tragédi llippolyU {1573J, CornélU (157 4j, (1) Marc-Anloine, la Troade (1578), Antigone ou ta Piêlé {1519), Sédécie ou lesJuives (1580) (3). On recunnatt dans presque loules ces pièces l'tn- (luencc prépoiidéranle de Séncque. L'éloquence, ou Irop souvent la déclamation, s'y étale avec une complaisance que d'à illeurs on pardonne au grand style de l'écrivain. Mais le caractère le plus original, et l'on peut dire ie plus inattendu, des tragédies de Garnier, c'est que l'action est beaucoup moins simple que dans la plupart des pièces conlcmporaiin-i. Comparez Sîarc-Aiitoine à la Cléopàlre de JodcUe (c'est le même sujctj ; l'intérêt s'égare un peu sur les trois personnages, Cléopàlre, Octave et Antoine. Anligone n'a d'autre unité que la présence de la fille d'UEdipc à travers plusieurs épisodes dont chacun pouvait former une tragédie.
El la Troade rassemble tous les malheurs survenus à la reine llécube. Cette compleuté un' peu louffuc, dans un cadre trop étroit, n'est-ce pas encore -leillc ?
11 faut mettre à part le» Juives, qui seraient notre pli
lui l'orateur et le diiputea et de logique, avant de vivi'
trait de ressemblance entre Gamîcr et Coi^ belle tragédie biblique.
IX ehoiiii, se cyit«, p. Hb,
If:) Morceaux choMi, p, ïi7.
si nous n'avions pas Athalie. Nabuchodonosor, s*emparc du royaume de Juda, et veut faire périr la famille royale. Les supplications d'Amital, mère du roi de Juda, Scdécie, touchent la femme et les brus de Nabuchodonosor, qui cherchent à apaiser le roi d'Assyrie. Mais nous apprenons ' que, devant le malhjeureux Sédécie, on a égorgé ses enfants, et qu'ensuite on lui a crevé les yeux. Sans doute, c'est moins une action qu'une série de situations. Cependant quand on lit les Juives, on est vraiment surpris du parti que Garnicr a su tirer de la douleur^ de la pitié, de la cruauté, bref de tous les sentiments tragiques. De plus, sur cette tragédie sacrée, plane le souffle de Dieu ; par la bouche du Prophète, dont le grandiose personnage apparaît au premier et au cinquième acte^ la situation s'élargit, et produit une impression de religieuse terreur. Les chœurs de jeunes Juives, très bien maniés, heureusement mêlés à l'action, rapprochent celte tragédie française des tragédies grecques.
Le théâtre de Garnier contient une huitième pièce d'un genre tout particulier, une « tragi-comédie », Dradamante, Le sujet est tiré du Roland furieux de i'Arioste, où Bradamante, fille d'Aymon et de Béatrice, nous est représentée comme une guerrière invincible, aimée de Rof,or, prince sarrazin converti. Dans la tragi-comédie de Garnicr, Bradamante mcl aux prises deux rivaux : Roger, et Léon, fils de l'empereur de Constantinople. L'action est compliquée par un de ces quiproquos fréquents dans les romans de chevalerie. Le dénouement crt heureux ; c'est le personnage sympathique, Roger, qui épouse Bradamante (1).
ANTOINE DE MONTCHRESTIEN (7-1G-21). — Le dernier des poètes tragiques que l'on rattache au seizième siècle, Montchreslien, eut l'existence la plus aventureuse. Duelliste enragé, forcé de s'exiler en Angleterre, rentré en France sous Henri IV, industriel, il écrivit ses tragédies par passe-temps, et sans renoncer à ses escapades. Il flnit par se faire tuer sous Louis XIII, en prenant part à un soulèvement de huguenots.
Nous avons de Monlchrestien six tragédies : Sophonisbe (4596), imitée de l'italien; les Lacènes (Lacédémoniennes) ou la Constance (1599), dont le sujet est tiré de Plutarque {Me de Cléomène de Sparte); David (1600); Aman (2) (1601)^ Hector (\G03) ; VÉcossaise ou Marie Stuart (1605) (3). Cette dernière pièce est la meilleure de Monlchrestien ; les caractères d'Elisabeth et de Marie Stuart sont bien tracés, et le style, remarquable par son aisance et sa douceur, annonce celui de Racine.
Nous verrons, en étudiant les prédécesseurs immédiats de Corneille, que la tragédie ne cessa d'être cultivée et améliorée, et comment elle passa enfin de la cour des collèges et des feuillets du livre, à la scène qui, de son côté, se préparait pour elle.
(1) On trouvera une analyse de Bradamante dans Darmsteter et IIatzpeld, p. 172. {i) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 231 (3) Morceaux choisiSt 2* cycle, p. 2S9.