VI. — LES INFLUENCES EXTÉRIEURES
Ces difTérenles classes de la société, surtout le clergé et l'aristocratie, ne sont pas seulement soumises à des infiucnces locales et permanentes qui évoluent normalement et lentement. Elles subissent profondément des inOuences extérieures, et c'est encore ce qu'il ne faut pas oublier, quand on prétend reconstituer la société du moyen âge d'après les textes. Chacune de ces influences se produit à la suite d'un grand fait historique :
1^ f)ts invasions arabes rapportèrent à l'Occident tout un trésor dé sciences oubliées depuis que les Barbares du Nord les avaient détruites ou refoulées. Par les Arabes, nous revinrent la plupart des sciences mathématiques, la médecine, la philosophie d'Aristote, etc. Ils apportaient également avec eux une poésie tcès imagée dont profilèrent les troubadours, et des contes merveilleux dont on trouve des traces dans les romans et dans les fabliaux ; enfin une architecture dont il subsiste encore en Espagne quelques chefs-d'œuvre.
2» La conquête de l'Ans:letejrre par les Normands (4066) a pour effet de renouveler notre poésie épique et romanesque, au siècle suivant, par les légendes celtiques {Tristan, Arthur et la Table ronde, etc.).
3^ Les croisades (1096-1270) mettent les chevaliers français en rapport avec leurs compagnons d'armes des autres pays chrétiens, Angleterre, Allemagne,
(1) Cf. Rambaud, Histoire dé la Civilisation française , 1, chap xviii
TABLEAU GÉNÉIiAL DU MOYEN AGE 29
lialiCy Hongrie, et commencent à créer une sorte de cosmopolitisme. De là date, dans une certaine mesure, la diffusion de notre littérature, due aussi à d'autres causes, mais par là facilitée.
Les croisades révèlent Byzance et l'Orient à nos chevaliers. Ils avaient quitté leurs châteaux et leurs villes, persuadés qu'ils allaient combattre contre des Barbares campés en un pays désolé. Le luxe et la splendeur de l'Orient les éblouit. Byzance, dont la civilisation mi-hellénique mi-orientale jetait alors un si vif éclat, nous avait déjà passé quelque chose de sa litlératurc et de son érudition. Mais, à partir de la quatrième croisade (i20i), elle nous envahit par un romanesque singulier qui vient se mêler de la façon la plus incohércnlc soit aux légendes bretonnes {Cligès)^ soit à noire connaissance naïve de l^antiquité {Alexandre).
Dès le douzième siècle, et surtout au treizième, on sent, à suivre les transformations et les remaniements de notre poésie narralivo, que la curiosité des auditeurs est devenue plus exigeante et tout ensemble plus complaisante, soit qu*ils aient guerroyé en personne dans ces pays merveilleux, soit qu'ils aient écouté les récits de ceux qui en revenaient.
4® La guerre des Albigeois, si elle eut pour effet immédiat d'anéantir au treizième siècle la civilisation raffinée et la gaie science du Midi, agit, à celte époque, sur la masse des chcvaliiTs du Nord, commo, à la fin du quinzième et au début du seizième siècle, les expéditions d'Italie sur les compagnons d'armes de Giarles VIH, de Louis XII et de François 1*'''. C'est alors que la poésie lyrique du Nord est pénétrée et transformée par la poésie lyrique des troubadours ; elle en adopte les théories et les rythmes ; de populaire et de satirique, elle devient, elle aussi, galante et courtoise.
5^ La guerre de Cent ans, de 1337 à 1453, causa en France des ravages matériels et sociaux impossibles à évaluer. La Chronique, qui languissait un peu depuis les croisades, en reçoit une matière nouvelle et d'une infinie variété. Un seul genre prend, à travers les horreurs de celle longue guerre, un essor étonnant : c'est le théâtre, sérieux et comique. Peut-être le peuple y trouve-t-il une diversion plus puissante à ses maux.
6^ Les littératures étrangères, en deliors des légendes celtiques de la Grande- Bretagne et de la liltérature gréco-byzantine, no semblent pas avoir exercé dlnfluence sur notre littérature du moyen âge. Au contraire, ce sont nos chansons de geste et nos romans qui se répandent en Europe, et y déterminent une foule dlmitalions, que nous imiterons nous-mêmes plus tard. Cependant, on peut noter une influence allemande dans le Roman de Renart; et, par la Provence, l'influence italienne s*est glissée jusque dans notre poésie lyrique du Nord. — La littérature anglaise ne commence d'ailleurs qu'avec les Contes de
Canterburj, de Chauccr, il la fin du qualorziSmc aiùcle. Celle do l'Ail emagii;^^ donne, au début du trisiziome, sa prcmîi^ro r6;bclioii littéraire des Nibelungmi^ mais ne produit plus guùri: Jusqu'au seizième qui; les chants de ses MinnesÎDg^^ etdcscsMcistcrsingorj. L'Espngnc a son Poimedu Cld au douiii.'inc sièclo, etdal romane» qui no formeront que plus tard le Romancero. Seule, l'Ilalie a un grand ' siècle, le quatorzième, avec Dante (f 13 Jl ), PL-traniuo (f 1374), Boccaco (f 1375); ; mais l'influence de ces écrivains se fera snrlout sentir au seiziomo sîâclfl.
dit la Bible dt S
CIIAI'ITISI'; il LITTÉRATURE FÉODALE.