TABLEAU GÉNÉRAL DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
3° La littérature classique est psycbologiqDe. Elle s'occupe de Vhomme inférieur, qu'elle juge seul iiiléressant. Le monde cxiéricur apparaît seulement coinme cadre ou comme décor, et l'on en réduit la description au minimum. La Fontaine fait exception. — Cette psychologie al générale <A choisie ; elle vise au lirai et surtout au vraUemblable, c'est-à-dire à un ensemble de traits où l'homme de tous les temps puisse se reconnaître.
i° La qualité dominante est la raison, c'est-à-dire la faculté qui nous permet de séparer le vrai du faux, le relatif de l'absolu. Rien ne serait plus naïf que de
D'aprèa l'eslampo de Jean Lepautre (lâl3-16tiîl.
reruser l'imagination et la sensibilité aux Pascal, aux Bossuet, aux Racine, aux La Fontaine; mais chez eux la raison est dominante ; elle lient en bride et discipline les autres facultés. De là l'absence du lyrisme, qui est fait de rêverie et d'élan passionné.
5» Toute cette littérature est impersonnelle. L'auteur n'exprime pas directement sa propre façon de penser ou de sentir. Il traile didacliqaemenl ou dramalitfuement ses sujets, c'est-à-dire qu'il développe des principes pris en dehors ' de lui, ou qu'il f^it parler, selon le vraisemblable, à chacun de ses personnages, le langage de sa situation et de son caractère. — Là encore, point d'exagération. La vérité, c'est que chaque écrivain veut être Impersonnel. Mois, pour ne s'être pas racontés eux-mêmes, un Corneille, un Bossuet, un Racine, un Molière, n'en trahissent pas moins, dans tous leurs écrits, la plus puissante personnalité.
G* Les gflnrei sont distincts et ont leurs lois ; ce qui veut dire : chacun d'eux,
pour réaliser son ploiii effet et atlciiidrc son but paiiiculier, use de procédés qui lui sont propres. Mais, dans chaque genre, la variclc intérieure n*a jamais été plus grande. Une tragédie de Racine ressemble moins à une tragédie de Corneille, qu^un drame de Victor Hugo à un drame d'Alexandre Dumas. Et Athalie est plus différente de fîér^f/iictf que Ruy-Dlas d'Hernani. Que dire de Molière? Elles étaient bien peu tyranniqucs, ces règles qui lui permettaient, sans i>arlcr de ses farces et de ses grandes comédies en prose, d'écrire, dans le même genre, r École desfemmeSf le Tartuffe et le Misanthrope I — Parmi toutes ces règles, il faut faire une place à part aux trois unités; Corneille a peut-être perdu quelque chose à s'y soumeltre ; Hacine y a trouvé le cadre naturel de ses actions simples.
7° La langue des écrivains classiques, encore très riche et très hardie chei Corneille, Pascal et Rossuct, se réduit chez Boileau, Racine, La Rochefoucauld, à un vocabulaire plus choisi et plus abstrait. Mais, à la même époque, La Fontaine et Molière offrent plus de liberté. Kt bientôt, La Bruyère usera d'une langucinfiniment variée. La langue reste donc bien personnelle à chaque écrivain, en dépit de TAcadémie, des salons et de Vaugelas. — Le style, plutôt, a des caractères généraux. Il s'est dégagé dô la syntaxe latine, avec Pascal, et il a acquis un suprême degré de clarté. Il tend, à partir de 1660, au naturel, c'est-à-dire & l'expression la plus directe et la plus simple des sentiments. Il est noble seulement dans les genres nobles^ comme la tragédie et l'oraison funèbre; mais, là encore, les passages simples abondent. Même dans les genres les plus familiers, le style du dix-septième siècle a une allure élégante, une décence, une nu*suro, qui lui viennent de la conversation polie; il ne descend jamais à la trivialilc.
Quand ou a éuuméré ainsi les principaux caractères extérieurs du clasàieUmet on a seulement fait une série de constatations ; rien n'est expliqué. Au fond, nos chefs-d'œuvre du dix-septième siècle sont nés d'un accord mystérieux entre le génie, le moment social et politique, et la maturité de la langue.