TABLEAU GÉNÉRAL DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
D'ipris l'eitimp* gravée par F. de Poïlly.
290 /.A LITTt: RATURE FRANÇAISE
Louvre. V Académie des inscriptions est fondée en 4663; V Académie des sciences, en 1666 ; V Académie de peinture et de sculpture est réorganisée en 4664. Ces aca* demies formaient autant de centres d'études. La. Bibliothèque du roi (qui doit devenir notre Bibliothèque nationale) s'enrichit rapidement. On y adjoint le cabinet des estampes et le cabinet des médailles. Il faut bien savoir que Louis XI V s'intéresse personnellement à toutes ces institutions, et donne aux académies un rang hiérarchique dans l'État : c'était relever la dignité des hommes de science et d'art, jusqu'alors dédaignés, à moins que leur naissance ne les distinguât : encore paraissaient-ils déroger.
3° Louis XIV admet à la cour, et traite sur le même pied que les grands seigneurs, les écrivains et les artistes. Il a l'estime et le respect du talent. Son attitude envers Racine, Boileau, Molière môme (et l'on sait quel était alors le préjugé à l'égard des comédiens), Lulli, Mansarl, Lebrun, Mignard, nVst pas celle d'un maitre arrogant. Il fait des premiers des conseillers d'État, des historiographes : il n'a peut-être pas fait asseoir Molière à sa table, mais il Ta défendu contre les représailles dangereuses des courtisans et des faux dévots ; les autres, il les a anoblis. Entre lui et eux, point de barrière, point de protocole. Et ce Roi, que l'on croit toujours emprisonné par l'étiquette, leur est plus accessible qu'un chef d'État contemporain.
4° Louis XIV ne s'est guère trompé dans ses préférences : les écrivains qu'il a distingués et encouragés sont bien les plus grands du siècle. A l'égard de Ck)rneille on rappelle toujours qu'il le laissa mourir pauvre; on oublie qu'il fit reprendre à la cour toute une série de ses pièces, et qu'il accorda un bénéfice à son fils cadet. Il choisit Bossuel pour précepteur de son fils ; Fénelon, pour précepteur de son petit-fils. Il charge Bossuet des grandes oraisons funèbres officielles; il appelle dix fois Bourduloue dans la chaire royale, malgré les dures vérités que celui-ci faisait entendre à la cour; il consulte la renommée, cl les critiques comme Boileau, Quand celui-ci lui affirme que l'auteur qui fait le plus d'honneur à son règne, c'est Molière, il répond : « Je ne le croyais pas ; mais vous vous y connaissez mieuxque moi. » C'est que Louis XIV, avant ses malheurs, est préservé des exagérations et des erreurs par la Justesse de son esprit : c'est un témoignage que lui donnent tous les contemporains, même Saint-Simon.
5*» Il avait aussi, et trop peut-être, le goût du grand et du noble. Mais ce fut un défaut surtout pour les arts. Ni Bossuet, ni Racine, n'y ont perdu leur naturel. Molière resta le plus original des écrivains de son temps, et continua de plaire à Louis XIV. La Fontaine y gagna^ quand il voulut se faire goûter du roi, de renoncer à la gauloiserie des Contes^ et d'écrire les Fables, Seuls, les écrivains médiocres devinrent pompeux et enflés ; mais peu importe.
Sans doute, on peut trouver que ce ne fut pas trop, pour tous ces écrivains, d'acheter cette protection efficace et nécessaire, de quelques flatteries ; encore faut-il savoir les interpréter à leur date, et ne pas oublier qu'elles s'adressaient à un roi victorieux, en qui s'incarnait l'idée de patrie.