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LES INFLUENCES PHILOSOPHIQUES ET SOCIALES

Ortonlsalion intérieure. — L'Académie s'est donc toujours composée, depuis sa Tondation jusqu'à nos jours, de quarante membres. Elle se recrute ellemême. Au décès d'un de ses membres, elle disi:utc les litres des écrivains qui solUcilent l'honneur d'y être admis, fixe la date de l'élection, et choisit le nouvel académicien par voie do scrutin secret, à la majorité absolue. Sous l'ancien régime le roi se réservait d'approuver, comme protecteur de l'Académie, chaque élection. Les réceptions devinrent publiques en 1671. La simple remerdment

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adressé par le nouvel académicien à ses confrères s'était transformé (1660) en un discourt, et la réponse du directeur prit des dimensions proportionnées. Dans ce discours devaient se trouver, avec l'éloge du prédécesseur, celui de Richelieu, celui de Sérier, celui de Louis XIV, et celui du i-oi régnant.

Les séances de l'Acadéniie furent, dès l'origine, présidées par un de ses membres, élu direcleur, assisiéd'un chancelier ; ces deux dignitaires étaient renouvelés tous les trimestres. Le secrétaire était élu à vie (secrétaire perpéJucO.

On se réunit, jusqu'en 1643, tantôt chez un des académiciens, tanlAt chez un autre. Cette année-là, Séguier leur donna une salle dans son hôtel ; et après sa mort (1673), Louis XIV permit aux académiciens de se réuoir au Louvre. Afin que DuUe préséance ne distinguât les membres de cette Assemblée toute littéraire, Louis XIV fit placer, autour de ta longue table, quarante fauteuils semblables. De là l'expression de faateuil académique. Pour chacun d'eux, on a élabli

une filiation qui est cxaclc jusqu*ù la I^cvolution, époque à laquelle une refonte des académies en Institut de France rompit la tradition.

Chaque membre reçut, à partir de 4672, un jeton de présence, ce qui constituait une petite rente de 800 livres, portée bientôt à 1.200, et aujourd'hui plus considérable.

Grâce aux legs que TAcadémie était autorisée à accepter, elle établit des prix, Lo premier fut un prix d'éloquence fondé par Balzac, le second ua prix de poésie fondé par Pellisson. Aujourd'hui, on ne les compte plus ; TAcadéinie est même appelée, chaque année, à décerner des prix de vertu.

Enfin, un point essentiel, c*est que, depuis sa naissance, rAcadémie ii*est pas exclusivement réservée à des littérateurs de profession ; elle admet des protecteurs des lettres et des grands hommes. De là, chez elle, une Taiiété dont nous signalerons plus loin les avantages.

Premiers travaux de l'Académie française. — Les académiciens perdirent un certain temps à lire des discours ou des mémoires sur toutes sortes de sujets. Mais leurs statuts les obligeaient avant tout à rédiger un dictionnaire^ afina de nettoyer la langue des ordures qu'elle avait contractées ou dans la iMucbe- du peuple, ou dans la foule du Palais, ou dans les impuretés de la chicane, ou par les mauvais usages des courtisans ignorants, etc., et d'établir un usage eeHain des mots... » Le premier plan du Dictionnaire était assez original : les mots tintpies y étaient distribués par ordre alphabétique, et chacun d*eux 6lait suivi (( des composés, dérivés, diminutifs ». Ainsi blé est suivi des mots blatiet et emblaver. Des exemples accompagnaient chaque mot, et distinguaient a les termes des vers d'avec ceux de la prose... du genre sublime, du médiocre, et du plus bas ». — On dressa une liste d'auteurs dans lesquels on prendrait ces exemples. Cette liste est fort éclectique: on y trouve Àmyol, Montaigne, du Vair, la Satyre Mànippée, Goëffeteau, du Perron, saint François de Sales, Honoré d'Uifé, d'Ossat ; et parmi les poètes : Marot, Ronsard, du Bellay, du Bartas, Desportes, Bertaut, Régnier, Malherbe, Théophile, Rapin. Si Chapelain avait été écouté, on eût fait un dictionnaire hisloriqucy et les noms des auteurs eussent été cités. On y renonça, pour ne donner que des exemples gchcraux, tirés du bon usage contrôlé par les bons auteurs. — Le travail, poussé d'abord très activement, se ralentit après la mort de Vaugelas en 1650. Bref, la première édl^ lion parut seulement en 1694 (1).

L'Académie devait également, d'après ses statuts, examiner les ouvrages nouveaux. Aussi Richelieu, qui voulait donner de l'autorité à la compagnie, Itii

(1) II a été publié un fac-similé de cette première édition de 1694, à Lille, lOOS.. Sitôt nne éditkm terminée, l'Académie en préparait une autru, pour suivre le niouvcriienf delà lAftguè. ^éA aiAsI qn on eut suecessivemcntle» Diriionnairea de 1094, 1718, 1740, 1762, 170S» 1835, 1878. II no faut pas confondre ce Dictionnaire de Vusa{te^ avec le JJictionnaitv historiquet doiit le premier volume a

paru en 1S5S, et qui en eut actuellement à lu lettre D.

demanda- t-il d'intervenir dans la querelle du Cid ; nous en parlons ailleurs. Nul doule que les académiciens n'aient cru commencer, par les Sentiments sur le Cidf une série de travaux critiques sur les grands ouvrages contemporains, et s'ériger en tribunal d'arbitrage littéraire. Mais, malgré des prodiges d'habileté, l'Acadéniic en cette circonstance n'arriva à satisfaire personne. « 11 en résulta une bonne chose, dit M. Ém. Faguet, c'est que l'Académie depuis ce temps ne reprit jamais l'office de juge littéraire et se contenta (ce qui lui donne, sans la compromettre, une suffisante autorité) de travailler au dictionnaire, de récompenser les écrivains de mérite et de secourir les écrivains pauvres par des prix d'académie, et d'approuver le talent des auteurs de premier ordre en les recevant presque tous (1). «

D'après ses statuts, l'Académie devait également publier une grammaire» âne poétique^ et une rhétorique. Ellelaissa publier la grammaire par Régnier-DesmAndls (1705). Et l'on voit parla Lettre à V Académie de Fénelon, qu'elle n'en était qu^ux projets peur les autres traités. Ces projets eux-mêmes ont été abandonnéi.

Influence de l'Académie française. — 11 ne faut ni dénigrer l'Acadénile

française, ni exagérer sou inlluence. Dès sa fondation, elle fut en butte à des pamphlets, parmi lesquels on doit retenir la spirituelle comédie de Saint-Évr^ mond, les Académistes (parue seulement en 1G56) et la Requête deê dleÛmè' naireSf de Ménage. Ce Dictionnaire de l'usage, cependant, incessamment remanié et complété, fut d'un grand secours aux écrivains qui, sans s'astreindre à le suivre docilement, y pouvaient constater le bon usage de la ville et de la cour. Pour nous, ses éditions successives oiit une très grande valeur historiqae»

L'Académie eut un autre avantage, très appréciable surtout aux dix-septième et dix-huitième siècles, et qui, aujourd'hui encore, n'est pas Inutile. En réunissant, dans un salon et sur le pied d'égalité, des écrivains de l'origine la plus humble parfois et seulement distingués par leur talent ou leur génie» avec des grands seigneurs, des liomnies d'État, des prélats, des savants illustres, l'Académie établit entre eux une fraternité intellectuelle, dont chacun put tirer profit. Hien n'a plus contribué à décrasser et à désencanailler l'homme de lettres ; rien aussi n'a mieux fait sentir à ceux (( qui ne s'étaient donnés que la peine de naître » la valeur propre d'un grand écrivain.

Que, d'ailleurs, le style académique ait été et soit encore insupportable; que certains écrivains, trop préoccupés de s'asseoir dans un fauteuil d^immortel, en soient devenus plus timides et moins originaux ; que quelques critiques, pour préparer leur candidature, aient eu des complaisances fâcheuses à l'égard de leurs futurs confrères ; enfin que l'Académie elle-même soit coupable d'avoir systématiquement écarté des hommes dont les opinions ou le tempérament littéraire lui déplaisaient : il se peut. 11 n'en reste pas moins que l'Académie fran-

(1)ÉM. Faguet, Ilist. de la litt. fr. (Pion), II, p. 45.

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