‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 146 sur 408 · IV. — BALZAC · texte numérisé non relu

IV. — BALZAC

Vie. — Jean-Louis Guez de Balzac, né à Angoulôme, en 1594, écrivit de Rome, en 1624, ses premières lettres. 11 y avait accompagné le cardinal de La Valette, fils du duc d'Épernon, auquel il avait été d'abord attaché. Ces IcUrcs furent très admirées; elles circulèrent dans la haute société parisienne; et quand Balzac revint à Paris, il se vit déjà célèbre. Mais, au lieu de se fixer dans la capitale, il se retira dans ses terres, sur le? bords de la Charente, et c'est de là, de Balzac, qu'il correspondit avec ses contemporains. En 1635, il fut élu parmi les premiers membres de l'Académie française. 11 ne parut que rarement à l'Hôtel de Rambouillet; mais ses lettres y étaient attendues, lues et admirées.

Lettres de Balzac. — Ces lettres sont nombreuses; elles occupent un volume in-folio, sur deux, de l'édition de ses Œuvres complètes (1665). Elles sont adressées à tous les grands personnages du temps ; mais le plus grand nombre vont à Chapelain et à Conrart, que Balzac savait gens capables d'apprécier et de faire apprécier son style. Il est question de tout, dans ces lettres, mais surtout des ouvrages nouveaux, sur lesquels Balzac aime à porter un jugement (lettre à Scudéry sur le Cidy 27 août i637 ; lettre à Corneille sur Cinna, 17 janvier 1643), — de la campagne, qu'il aime et où il trouve le loisir et la solitude qui lui sont nécessaires pour travailler son style (lettre à Chapelain, 12 mai 1638), — de questions religieuses et philosophiques, qu'il traite comme autant de lieux communs sur lesquels peut s'exercer son éloquence.

Son éloquence. Ses Idées. — Éloquence, c'est-à-dire art de bien parler, tel est en effet le mot par lequel les contemporains ont caractérisé le style de Balzac, dont les lettres ne sont, en aucune façon, des improvisations ou des épanchements. Tout y est calculé. Tout y est grave et noble. La phrase y est admirable-

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ment construite, équilibrée ; le mot est toujours plein et yigpureux, et a mis en sa place ». Balzac rend donc à la prose le même service que Malherbe k la poésie. 11 lui donne de la force et de la régularité. — Cela ne va pas sans défauts. Balzac ne sait pas être simple, et il alourdit tout ce qu*il touche.

D'autre.part, on est injuste envers lui, quand on lui refuse des idéeSt etquaod on en fait un phraseur. Les lettres de Balzac frappent, au contraire, par la profondeur et par la beauté des i4ées générales. 11 n'est guère de questions qu'il ne sache élever et soutenir par la philpsopbie, la morale et la religion. Comme critique, il a écrit d^excelientcs pages; et ses dissertations h Mme de Rambouillet sur les Romains, comme sa lettre à Corpeille, nous prouvent qu'il a le sens de la véritable histoire.

11 voulut, d^ailleurs, prouver qu^il était capable d'écrire des ouvrages de plus longue haleine. Il donna le Prince, éloge indirect de Louis XIII; ArUtippe ou la Cour, dissertation sur la politique ; et le Socraie chr^iien. Si le style de ces trois ouvrages est, quand on les lit en entier, trop tendu et fatigant, les morceaux ont une singulière solidité, et ressemblent à des fragments traduits de Gicéronoude Sénèque.

Très admiré par ses contemporains, qui l'ont surnommé le Grand ÉpUtolier, Balzac fut vivement attaqué par le P. Goulu, supérieur général des Feuillants, qui Taccusa de plagiat et dMm moralité. Balzac se défendit avec hauteur, et Topinion publique fut pour lui (1).

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