‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 147 sur 408 · V. — VqiTURE · texte numérisé non relu

V. — VqiTURE

Vie et caractère. — Fils d'un marchand de vin, d'Amiens, >^ncent Voiture occupa d*abord les fonctions de contrôleur général dans la maison de Gaston d'Orléans. 11 suivit son mnStre à Bruxelles, en Lorraine^ et fut chargé de missions en Espagne et en Italie. II devint maître d'hôtel du roi en 1639, et fit encore de nombreux voyages en 1639, 1640 et 16i2. Introduit-à l'Hôtel de Rambouillet par un de ses anciens condisciples de collège, le comte d*Avaux, et par M. de Chaudebonne, son esprit suppléa h sa naissance et à sa fortune; et il y devint un personnage.

11 faut d'abord considérer en Voiture l'homme qui, pendant plus de vingt ans, anima et amusa Tllôtel de Rambouillet. Il possédait deux qualités pour cet emploi : il avait de Vimngination, et il avait du talenl. Son imagination lui suggérait des idées pour amuser cette société, où l'on causait sans doute, mais où Ton ne dédaignait nullement les distractions mondaines les plus futiles. Voiture inventait des déyuisemcnts; il faisait paraître un jour des Suédois apportant h Julie une lettre de Gustave-Adolphe : Julie témoignait, en effet, d'une admiration sans bornes pour le héros suédois. Un autre jour, il amenait des ours

(1) Morceaux choisis, T' cycle, p. lli ; 2* cycle, p. 31^1.

LES HVFLUENCES PUHjySOPHlOUF.S ET SOCIALES

jusque dans la Chambre bleue. 11 organisait des parties de campagne (voir sa lettre au cardinal de La ^'alcttc, 1G30), des bals masqués (voir la lettre de la carpe au broehel, lfi<3j, etc. Les hommes de ce genre sont appréciùs dans le monde ; on y est à la Tois pour eux très aimable et très cxigeanL Voilure était inépuisable et complaisant. — Mais, d'autre part, il avaitdu talent. Il n'était pas seulement « le monsieur qui sait conduire le cotillon ii ou jouera tous les jcux,'ilétait poi'lc, il était éjiistotier, il avait l'esprit de repartie et d'à-propos. Et par là il se Ta isa i 1 respecter ,ctunpcurcdouter. lien arrivait même, car il ne craignait rien tant que de tomber dans te mépris qui est le juste salaire de la complaisance, à être impcrtinent.Condé disait de lui: «Userait insupportable s'il était da notre monde. »

Toujours est-il que Valère, comme on l'appelait, régna à l'Hôtel de Hambouillet.

uùilfutul'itmedurondi.1jn, et que sa mort, en idiS, fut le premier signal de la dispersion.

Lm Lettres da Voiture.

— Voiture n'est pas unipislolier du genre de Balzac [ mais, comme Balzac, il écrit des leltres deslinécs à être lues dans un cercle mondain, et dont, par conséquent, le stjle est Tort travaillé. II adresse ses lettres soit à des personnages dont il est le protégé, soit à des amis de i'HMel de Rambouillet. Elles suut au nombre de deux cents et, elles furent recueillies après sa mort par son neveu l'inchûnc.

Le ton en est très varié. En tëlc, on peut ciler la célèbre lettre sur Riche-

(I) On diuil alon U rond, Bonn* ploi lard 1« rtm

Dai UiuKoa* — Litt. Illaitré*. 11

lieu, écrite en 1636, après la prise de Corbie, et qui est du style le plus solide et le plus historique. Voiture sait parler sérieusement des Romains et d'Alexandre à Mme de Rambouillet (lettre XXXVl). Les lettres à des grands seigneurs comme Condé, le marquis de Pisani, le comte d'Avaux, le cardinal de La Valette, ofTrent un piquant mélange d*éloges hyperboliques et de badinage mondain. Voiture excelle à raconter : il nous dit spirituellement comment il a été berné (lettre IX); ou comment il voyage sur le Rhône (lettres CXXVII et CXXViir); il fait au cardinal de La Valette un récit charmant d'une fête à la campagne (lettre X). Parfois, il pousse le badinage jusqu*au mauvais goût, comme dans la trop célèbre lettre de la carpe au brochet. Mais enfin, toute cette correspondance est celle d'un homme très spirituel, qui sait fort bien sa langue, qui a des ressources infinies dans Pesprit et dans le style, — et à qui on rj peut reprocher que de vouloir trop plaire (i).

Ses poésies. — Voiture a écrit des épUres en vers, des sonnets, des stances, des madrigaux, des épigrammes, des rondeaux. Il fait, comme jadis Marot, de la poésie « d'actualité mondaine », et il y est passé maitt*e. Sa qualité essentielle est une certaine facilité de tour, qui charme encore ; un art d*amener le trait ou la chute qui satisfait pleinement Pattentc du lecteur; une justesse vraiment surprenante dans- Pemploi des métaphores et des figures. 11 sait y ajouter la grâce parfois attendrie d'un badinage sentimental que Marot n*a point connu. — D'ailleurs, il faut signaler Pabus de l'esprit, de la mythologie, des pointes à l'italienne, et, dans Fcnscmble, un air de futilité qui gâte les pièces les plus achevées. Rappelons enfin qu*au sonnet de Voiture sur Uranie, on opposa celui de Benserade sur Job. L'Hôtel de Rambouillet se divisa en Uranistes et Jobelins; Mme de Longueville conduisait le premier parti, et le prince de Condé le second (2).

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