‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 165 sur 408 · LES MORALISTES MONDAINS LA ROCHEFOUCAULD. ~ LA BRUYÈRE · texte numérisé non relu

LES MORALISTES MONDAINS LA ROCHEFOUCAULD. ~ LA BRUYÈRE

SOMMAIRE

Le <iU-septième siècle met de la morale dans tous les genres. Mais on appelle proprement moraliitei les auteurs qai traitent dcsiatmira comme sujet unique.

I* AVANT LA ROCHEPOVCAULP, al parmi ces contemporains, les moralistes sont nombreux : CoefleuaUi le P. i»ei)aulC> le P. Lamoyoe, le chevalier de MÉrâ, l'abbé Esprit, etc.

1° LA ROCHEFOUCAULD ([6i3-i68o) est brave soldfit, te mêle k k Fronde, et ne relire de sa vie active (]ue'des déceptions. Il compose, dans sa retraite, ses IttéiiioJre«{i663); puis il tréqaente le salon de Mme de Sablé, obl'on se divertit à rédiger des maiimes morales. H publie en lâôâ U première édiiioa de ses Maxime*. — Son aystème consicia i démâler de* motifs d'inUrH et d'onavr propre dans ce que nous croyons £[ra «tea actps vertueui; ce tyaitipe un peu superficiel, a l'avantage de nous rendre plus S(;vérrs pgur noiil-mémes. — La Kocheroucauld est grand écrivain, parla sobriété suggestive de son style.

3* LABIttlVÈRBjift^S-iegâ) observe le monde avec pénétration et avec un peu lie misanthropie. Il traduit ls« Oaractèrea du phiioaophe grec 1 htophratte, t|u'il fait suivre de chapitres sur les carectirea de son liécls: d'idition en édi- . liixi, il aufcnente Ijt [uriie orjfijnale de ton livre. ^ Jl np faut pas chercher une anite dan» ses seize chapitres; La Bruyère veut plaire par laTarlété e| par

I impréTU. ~ U excelle dans la peinture des portrtita. — Il n'a pas de ayittme.

II vitut corriger l'hoflirne par la loUdarité, la chafitA, le sentiment desdevain d« aan iUt, la fiUi, ece. Par la hardiesse de quelques païaagea, La Bruyère devance les politiques et les économistes du dii-huilitme siècle. — Son style est d'une perfection parfois trop savante, et l'art, chez lui, fait trop souvent oublier U loiidité du Âind.

LA LITTÊliATURE l-ltAWÇAISE

Irconstances qui fsvorfsent «u XVII* siècle le

goût de la Morale. — On peut dire que tous les écrivains du dix-seplicme siècle sont des psjrctaologucs et des moriilislcs. La tendance générale des esprits à ne voir cl à u'cludier que 1' n liommc intérieur i>, vient de causes niulltpics, dont les pi' i lie i pale s sont :

n) Les pro){i'ês de la l'ie dévoie, sous l'influeni'r d'cininciils llicolu^iens, depuis saint François de Sales jusqu'à ceux de Port-Hojal. L'iniporlance niundaiiic que prend le débat sur la casuistique ne peut s'expliquer que par la pratique sincère de l'examen de conscience, base de toute psycliolon plus à la Montaigne, mais avec le désir de se

gie : on étudie son moi, n coiuiaili'c pour se corriger.

bj A ce progrès de la religion intérieure corresporid la réforme de la prcdicafioti : plus d'éloquence fleurie et frivole, mais l'enseignement de la morale eiirélieiiiic fondée sur le dogme. De là, ces analyses, ces tableaux, ces portraits, qui ne sont plus des oniemeitts, maïs qui, fondés sur l'expérience que le prédicaleur a acquise par la confession, sont des documents tiumains. L'auditoire ainic à s'y reconnuilrc et j prend goi'it.

Cf Ce goill, d'ailleui's, est favorisé par la vie de salon. ChezMmedeltnmbouillel, et dans tous les salons qui se formèrent à la suilc, jusqu'à la Un du siècle, un cause moins de pulîlique que des choses de l'esprit et du cœur, 11 faut s'occuper agréablement. On « met sur le tapis » des questions morales ; on fait des portraits (I) et des maj:imes.

il) Mais surtout celte société pouvait se croire parveinic à une cerlaincpcrfccliou, et « c'est un besoin, dit Msaixl, des sociétés arrivées â leur malurité, de Iracerdes règles, et de réduire leur expérience en maximes... Vers les deux tiers du dix-septième siècle, la sociéic française pouvait croire, sans illusion. qu'aucune sociélé humaine n'en avait su plus qu'elle J^ur riionune... Le inomeiil était unique pour tracer des règles de conduite aux âges futurs... Le temps était mùr pour les moralistes. La France, en 1665, avait le droit de se donner en exemple au genre humain n (2).

Le roman fut envahi par la psychologie et par la murale. De même l'abondance des mémoires et lu tour général des lettres nous prouvent que l'on aimait à s'analyser et à décrire les aulres. Tous les genres, quels qu'ils soient, obéissent aux mêmes lendances. La preuve, c'est que l'hislorien de la littérature du

(l) Les plaa curieux de ces pt

Itrieim pi-i ..(««»( 1663). Co r(

(2j NiaiHO, tlUt. de la lillin

dix-sepllcme siècle est obligé de déflnir et de discuter la morale de Corneille, de Racine, de Molière, de La Fontaine.

Puisque tous les écrivains du grand siècle, quelque genre qu'ils traitent, y enferment une morale^ pourquoi réserve-t-on à quelques-uns d'entre eux le nom de moralistes ? On appelle ainsi ceux qui « traitent des mœurs, non parmi d'autres cïioses,'mais à part, et comme sujet unique ». (Nisard.)

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