‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 171 sur 408 · LES ROMANS · texte numérisé non relu

LES ROMANS

SOMMAIRE

1* LES LETTRES ne sont pas à proprement parler des ouvrages litUrairai. Elles ont d'autant plus de prix qu'elles ont été écrites sans prétention ; pour mériter d'être conservées, il faut qu'elles olTrenl un double intérêt historique et psychologique.

2* Au dix-septiéme siècle, des conditions favorables font éclore nombre de Iciircs spirituelles et profondes ; — on s'est habitué dans les salons à l'analyse morale ; le roman, le sermon, te théâtre sont pi;chalogiquai ; la vie de cour séduit les provinciaux, qui "eulent être informés des moindres détails, etc. Aussi a-t-on des lettres intéressantes de tous les grands écrivains [Racine, Boileau, Bossuet, etc.) et d'écrivains secondaires [Saini-Èvremond, Patru, Maucroiï, eic.l, surtout de femmes (Mme de Sablé, Mme de la Fayette, etc.).

3* Mme DE SÉViaNÉ <r636-[6g6), veuve de bonne heure, idolitn sa filk. Mme de CriRnan, avec laquel'e elle entretient une correspondance suivie. Ces lettres sont précieuses pour l'histoira du tampi, celle de la ■ociété, l'Ame et les santimenU de Mme de Sévigné. la critique des auteurs oe i'êpoque. Le style cil est à la fols coquet et naturel. — Parmi les amis de Mme de Sévigné. aJSSY-rtABUTIS, Mme DE LA FAYETTE, les COULANGES, etc.

4" Mme DE MAINTENON ( 16Î5-1719), fut d'abord Mme ScaiTon, puis gouver- ::anie des enfants de Mme de Montespan, enfin femme de Louis XÎV. Sa grande ocL-upation fut la fondation et l'administration de Saint-Crr, couvent destiné aux jeunes lîlles nobles et pauvres. On commence par y donner une éducation trop mondaine, qui amène une réforme. Mme de Maintenon prodigue aux élèves et aux maîtresses les initructions et les leçons. On les a publiées sous le titre de iettres et entretiens sur l'éducation. — La qualité dominante de Mme de Mainienon est la raisau.

LES LETffiF.S. — LES MÉMOIItES. — LES /(O.M.l.VS

5- LES MÉMOIRES. — Us plus célèbres sont ceux de Mm» DE UOTTE- VILLE sur Anne d'Autriche. — du CARDINAL DE RETZ sur l« Fronde — et de SAINT-SIMON (1675-1755), sur U iîn du régne de UuU XJV ; Saint- Simon est un témoin passionné et partial, trop disposé h croire le inal; mais C'est un écrivain puissant el pittoresque,

6* LES ROMANS. — HONORÉ D'URFÉ. publie, de 1610 à 1617, l'Astrée, roman pastoral, d'une psychologie raffinée ; LA CALPRENÈDE donne des romans daventures (Csssandre, CléopACre) ; M/M DE SOUDcRY, des roman» héroïques et prù;ieui, dans lesquels elle peint, sous des noms antiques, la société contemporaine {Cyrua, Cléile) 1 — dans le genre réaliste, SCARRON écrit le Roman comique .* et FURETIÈRE, le Roman bourgeois. ^ Eniin, en 1677, Mm» DE LA FAYETTE fan paraître, sous le nom de Segrais, ia Princesse de Clèves, chu i-d 'œuvre de délicatesse morale et de style. — CH- PERRAULT, publie en 1Û97 les Contes, puisés dans le Folklore, mais dont il a le bonheur de lîier la Torme.

. — LA LITTÉRATURE EPISTOIAIRE.

oiis lus ouvrages que nouj avons éludiés jusqu'ici ont été ccrils en vue des leclt^urs, dus spcclatuurs, des auditeurs. Ils apparticiiiK-iit donc, niCmc ceux d'un Pascal el d'un Bossuet, à In litlérulure. Voici maintenant lies UUres; non plu» comme celles do Voiture et de Balzac, des letlrcs dcsiinéus à une sorte de lecture publique cl à l'iniprcssioii ; mais des lettres intimes, de celles qu'uu grirfonne ou qu'on reçoit cliaque jour. Un grand nombre de ces lettres-là recueillies, ont donnû à leurs auteurs une place dans l'histoire de la lillérulurc.

Et pourtant, gardon s-ii 11 us de croire que la lettn^ soit en clle-inâmc un genre, et qu'on puisse en donner les lois. Tant vaut l'inilividu, tant vaut la lettre, — et c'est par les lettres, quelquefois, que l'on sent toute In valeur morale, toute la sensibilité d'une personne ordinairement froide et bannie, — comme aussi tout le vide et toute la futilité de gens en apparence alTccIucux et spirituels. La conversation, avec ses ressources inllnies d'expression el de geste, peut donner le change. Dans une lettre, il ne vous reste que le charme profond et le geste intérieur. Entre toutes, se distinguent les lettres de femmes.

Les femmes excellent à écrire des lettres, comme elles excellent à causer. Moins renfermées et moins défiantes que les hommes, elles aiment ii communiquer aux autres ce qu'elles pensent et ce qu'elles sentent. Et surtout, chez

aham Boass (ie0i-ia7C)

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elles, les pensées comme les sentiments sont tout ensemble spontanés et fugitifs. Il faut qu'elles en notent à Tinstant même Tapparition, et qu'elles en fixent la nuance. Une femme qui veut bien écrire, écrira sous Timpression même qu'elle doit transmettre. Elle aura tort d'attendre, pour écrire une lettre de condoléances ou de félicitations; si elle n*a rien trouvé de touchant ou d'aimable à l'instant où son cœur vibrait, elle ne trouvera pas mieux demain.

On a voulu dire que la vie actuelle créait, pour réchange des lettres, des conditions très défavorables. Nous nous voyons plus aisément et plus souvent qu'au siècle des diligences ; nous correspondons plus vite. Au dix-septième siècle, une lettre mettait cinq jours de Paris à Marseille, et il n'y avait que deux départs par semaine ; — de Bretagne en Provence, dix jours, et un départ. Avec quelle impatience on attendait l'orc/inaire, et comme on se préparait, avant le départ du courrier, à écrire une lettre sufflsammcnt intéressante I II est douteux que le chemin de fer, la rapidité des communications, l'invention du télégraphe, aient diminué le nombre et la qualité des lettres. C'est un bruit que font courir ceux qui en écrivent d'insipides ou qui ne veulent pas en écrire du tout; les mômes gens, au dix-septième siècle, auraient justiOé par les raisons contraires leur paresse ou leur sottise. Sans doute, nous ne pouvons raconter dans nos lettres datées de Paris tout ce que disait Mme de Sévigné, puisqu'il y a des journaux qui impriment tout ce qui se passe et môme davantage. Mais notie vie privée, notre cercle de famille ou d'amis ne sont pas encore, j'imagine, la proie des reporters et la pAture des journaux ; et notre esprit peut encore juger, et notre cœur peut senlir. On se sépare encore, on s*aime encore de loin, on cuUive des relations précieuses, on raconte ses voyages, ou ses maux, ou ses déceptions. Qu'importe que le facteur passe tous les jours? Au moment ou j'écris, je suis pourtant bien un homme intelligent, sensible, ou stupide, — et les progrès de la science ne changeront rien à cela.

Mais aussi, d'ordinaire, une correspondance ne se publie pas. Que de lettres sont tout de suite brûlées ou déchirées; combien perdent leur intérêt quand les personnes en cause ont disparu I — Plusieurs circonstances sont nécessaires pour qu'une correspondance soit pieusement conservée et publiée : il faut que l'auteur ait occupé une place assez importante dans la société de son temps, et que ses lettres puissent servir en quelque sorte à compléter l'histoire et les mémoires; — il faut aussi que l'auteur y ait inôlé des senlimenls si vifs et si profonds qu'à l'intérêt du document historique se joigne la valeur du document humain.

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