SAINT-SIMON
1755). — Vie. — Louis de Bouvroy, duc deSaint-Siniun, clail né malingre, délient, rageur. Son père.
disgr;icié par Kîi'hclieu, le nourrit, tout enfant, de ses raiictini's et de ses vuiiitéi. En ItiOl, Louis de Saint-Simon fut présenté au roi, et enlra aux mousquetaires; il décnissionna bientôt, parcequ'il se crut victime d'une injustice, maisildemcuraala couret
se maria. Il se donnait unegrandc importance, briguait toutes les hautes charges, et se rapprochait, en mécontcJil, du duc d'Orléans et du duc de Bourgogne, dont la mort fut pour lui une cruelle déception. En 1715, Saint-Simon entre au conseil de régence; en 1?âl, il est nommé ambassadeur d'Espagne. Mais la mort du régent (1733) met Rn à sa carrière diplomalique et politique. — Tout le reste de sa vie, plus de trente ans, Saint-Simon le consacrera à écrire ses Mémoirei. Il s'enferme tanlôt dans son château de la Ferlé, tunlôt à Paris dans son hôtel de la rue des Saints-Pères, où il a une magnifique hihiiothèque.
B'ap™. 1
le gtavèt par Van Schuppen (lesE).
(1) Morttaux ch«fri*, f CJ'oU, p. E13 ; £■ ejcia, p. 500
Comment il compose.— ta première tdée des Mémoires lui vint alors qu'il étail encore lout jeune; el, dès l'âge de vingt ans, il prenait des notes sur les événemcnls el sui'loiit sur les personnages. En 1730, il commence à lire ie Journal de Dangeau, dont une copie lui avait clé communiquée pur le duc de Luyncs. Dangeau avaîl, de 1684 à 1720, noie tous les événemcnls, petits et grands, avec
une exaclilude de bon
coinpiabie. S.iinl-Slmon le jugea a d'une fadeur o rairc vomir ii ; il le surchargea de noies, et le rctll, puis le conlinua. — ConuniTit Bjuute-l-il A Diiiigeau î 111e Iranscril, pour la suite des riiils. el quand il rcncoiUre un nom ou une dale de quelque importance, il s'arréle et développe. 11 fuit appel d'abord à ses souvenii-s personnels ; il y a des choses qu'il o vues, et des hommes qu'il a connus ; et il était un observateur prodigicusemenl allentir, « perçant de ses regards clandestins chaque visage, chaque maintien, chaque mouvement, el y délectant sa curiosité ». El c'est toujours un témoin passionné. Lisez le récit fanieuK de la séance du Parlement, du 36 août 1718, où fut cassé le tes- I de silence... je suais d'ans superbes... je me mourais de cœur dilaté à l'excès ne trou- ; témoin ne
-ODlBmpura.
tanicnt de Louis XIV; it nous dit: « J'élouffais
goisse... Mes yeux Jkhrs, eoUéa sur ces bourgec
joie ; j'en étais à craindre la défaillance ; mon
vail plus d'espace ù s'étendre...» Mais si pnssiciiiné qu'il soit, (
laisse rien échapper ; il voit tout, avec un relief elTrayant. — A ses qualités
d'observation, Saint-Simon joint la mauic des informations orales. Toutes lui
sont bonnes, qu'elles vieiment de grands seigneurs ou de grandes dames, comme
le duc de Beauvilliers et la princesse des Ursins, de ministres comme Chsmil-
lart, dont les filles (les duchesses de Lorges, de Mortemart et de la Feuilladc) lui donnèrent force détails sur la jeune duchesse de Bourgogne, ou de valets, de laquais et de servantes. Et c'est bien un peu ce qui nous gâte Saint-Simon ; il y a dans ses Mémoires trop de commérages.
Sa véracité, — M. Gaston Boissier dit, fort justement, que si les Mémoires de Saint-Simon sont utiles à Thistoire, ils ne sont pas de l'histoire ; et que nous avons trois raisons de nous en défier : 4° Ces Mémoires sont une couvre de passion, d'orgueil et de colère. Saint-Simon, eniiché de ses élroiles idées de noblesse, tempérament nerveux et susceplible, en veut à tous ceux qui, de près ou de loin, ont méconnu, dédaigné ou blessé ses prétentions. !2" Saint-Simon n'est pas intelligent^ en ce sens qu'il admet tout ce qu'on lui raconte. « Dès qu'il s'agit de nuire h des gens qu'il n'aime i)as, cet homme d'esprit, ce sceptique, devient d'une crédulité surprenante. Tout ce qu'il eiilcnd dire contre eux, si invraisemblable que ce soit, il le lient pour vrai ; il ne doute de rien parce quelles croit capables de tout. » 3** Saint-Simon n'est pas sensible. 11 hait ses ennemis de sang-froid, et celle haine l'aveugle et l'égaré.
Ainsi, gardons-nous, en lisant ces Mémoires^ de nous laisser séduire parla vertueuse indignation de Saint-Simon, qui est sincère, mais qui est irresponsable.
Son style. — Admirons, au contraire, et sans réserve, son style et sa langue, tt Je ne suis pas un sujet académique », disait-il ; en effet, rien n'est moins pur, moins correct, que sa manière d'écrire. Il ne faut pas, certes, le prendre pour modèle ; mais il faut le louer d*avoir su trouver, pour rendre l'aspect extérieur des gens, l'ensemble d'un tableau, et pour analyser les sentiments des autres et les siens, des expressions a la fois imprévues et justes qui « assomment ». Ses grandes scènes (la séance du Parlement, la mort du grand Dauphin, le mariage du duc de Chartres, etc.), ses portraits (l'évéque de Noyon. Mme de Gesvres, la maréchale de Luxembourg, la princesse d'Harcourt, Mme de Castries, etc.), sont des merveilles d'esprit et de vie. On ne se doute pas, avant de le lire, de tout ce que notre vocabulaire contient d'expressions pittoresques et colorées. Les pages éloquentes et émues ne manquent point à côté de ces caricatures. Rien de plus beau que les portraits de Fénelon et du duc de Bourgogne (1). — Sa syntaxe est un singulier mélange de tours archaïques, embarrassés, dans lesquels il s'embourbe, — et de vivacité rapide, entraînante, vertigineuse. Il tient en cela de Rabelais, qui tantôt surcharge à Tinfini ses périodes, tantôt procède par petites phrases cinglantes et brutales.
Publication. — A la mort de Saint-Simon, tous ses papiers furent saisis et transportés au ministère des' AfTaires étrangères, comme u concernant le sci^ vice de l'État et du roi ». Les Mémoires furent consultés par quelques privilégiés ; Voltaire put en tirer quelques anecdotes pour son Siècle de Louis XÏV ;
il) Morceaux choi9i$t 1" cycle, p. 817 ; 2* cycle, p. 504.
r.A LtTTÉnATVUE FftAT^ÇAJSE
Choiscul en lit prendre une copie. En ITOÎ, l'obbé de Voisenon en publia des extrails : en 1T88, on en fil une édilion en 3 volumes, successivement augmentée en 1789 et 1791. Mais la première édition vérilablc des itémoirea de Sainf- Simon punit en 1829, p.-ir les saim d'un de ses arrière-neveux, le marquis de S/iinl-Simon (21 vol.). M. Chéruel, en 1856, en donna une nouvelle et plus com-
plÈlo édition (20 vol.). Ejinii, l'édllio cation, dans la Collection des gmnds èi désirer aux leeleurs de Saint-Simon.
de M. de Boislîsle, en cours de putili- '1110(13 de la France, ne laisse plus rien 'i