LE ROMAN RÉALISTE
Le dix-septième siècle a connu tous les genres de romans. Nous avons déjà cité ceux de Ch. Sorcl, en réaction contre VAstrée.
Il faut y ajoute ries deux ouvrages de CYRANO DE BERGERAC v^619-i 655): VHistoire comique des états et empires de la lune, et VHistoire comique des états et empires du soleil, œuvres moitié sérieuses, moitié burlesques, d'une audace et d'une truculence qui font songer à Rabelais et à Swift. Le cadre seul est fantaisiste ; par les détails des mœurs et par le style, nous nous rapprochons du réalisme.
Et pendant que Ton se délectait aux belles inventions de La Calprcnède et aux raffinements de Mlle de Scudcry, SCARRON (1640-1660) publiait le /?oman comique (1651), histoire véridique d'une troupe de comédiens ambulants et de provinciaux ridicules. Les principaux personnages sont Destin, Léandre, La Rancune, comédiens ; L*ÉloiIe, la Caverne et Angélique, comédiennes; le poète Roquebrune ; l'avocat Ragotin; M. de la Bagucnodière, gentilhomme campagnard. Tous ces individus, aux caractères tranchés, aux ridicules grotesques, s'agitent au milieu de descriptions d'un pittoresque à la Téniers.
FURETIÈRE (1620-1688), célèbre surtout par la publication de son Dictionnaire, ne doit pas être confondu avec les Grotesques du dixseptième siècle. Il fut l'ami des plus grands classiques, Boileau, Molière. La Fontaine, Racine. Son Roman bourgeois (1666) est aussi une revanche spirituelle contre les excès du roman héroïque et précieux. L'intrigue se passe dans le monde des procureurs et des avocats, du quartier Maubert. Le réalisme en est moyen, c'est-n-dire excellent, relevé par une pointe de satire; c'est le ton piquant du Repas ridicule et du Lutrin. On le lit encore avec intérêt.
LE ROMAN PSYCHOLOOIQUe.
Mmb de la FAYETTE (i634-16U3). -
sympathique 9, dans ce dix-sepliome sii-nlc qi cl de si aimables, que Mme de In Fayette. A une iiistniclion aussi solide que celte de Mme de Sévlgné, à une haute vertu, elle joint un charme mélancolique particulièrement attrayant pour nous.
Dans son salon, elle recul l'élite lie la société aristocratique et inlcllecluclle :
Condé, Mme de Sévigné, La Fontaine, Latlochctoucauld ; h ce dernier, elle inspira des doutes salu-
II est peu de femmes plus i en compte de " (
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gérée de ses Maximes, et elle pouvait dii'O, quand elle eut obtenu qu'il adoucit sa morale : u 11 m'a donné son cspril, mais j'ai réformé son cccur. »
Mme de li Fayette a d'abord publié une nouvelle intitulée Mile de Montpensier (16<îi}, récit dont l'intérêt repose déjà tout entier sur une méprise de l'amour. Puis, en 1670, ce fut Zayde. Là, les aventures romanesques tiennent trop de place. Mais plusieurs passages y trahissent un réel talent d'analyse, sans fadeur et sans préciosité. Enfin, en 1077, Mme de la Fayette publie, sous le nom de Segrais, la Princeae de Clèves.
Ce qui frappe le plus d:ms ce petit chef-d'œuvre, c'est d'abord la brièveté. Mlle de Scudéry menait ses héros jusqu'au dixième volume : deux cents pages
D'uprii l'eatamps do l>e9roch«ri.
450 LA LITTÉRATURE FRASÇAISB
suffisent à Mme de la Fayette. De plus, on trouve dans ce roman la même simplicité d'action que dans une tragédie de Racine. C'est une crise d'âme, et le genre d'amour qui y est analysé est de la passion et non de la galanterie.
En voici le sujet : Mlle de Chartres a épousé le prince de Clèves, pour qui elle n'a que de « l'estime ». La princesse est une femme très vertueuse et qui se croit sûre d'elle-même. Cependant le duc de Nemours, avec qui elle danse au Louvre, fait sur son âme une impression qui la trouble; et Nemoui*s cherche toutes les occasions de lui déclarer son amour. La princesse, qui se sent envahir par une passion involontaire, prend le parti héroïque de tout avouer à son mari et de lui demander protection contre ce péril. M. de Clèves admire la vertu de sa femme ; mais il meurt bientôt de cet aveu et de Tinvolontaire jalousie qui le ronge. La princesse, après sa mort, refuse d'épouser Nemours et se retire dans un couvent.
Il faut lire ce petit roman pour en sentir le charme pénétrant et la beauté morale. Le style en est exquis.
Les contes de Perrault. -^ Enfin, il faut faire une place dans la littérature française aux Contes que publia Charles Perrault en 1697. — Ce Perrault est le dernier de quatre frères dont le second, Claude, est le célèbre architecte de la colonnade du Louvre (I). C'est lui qui souleva, à l'Académie française, le fameux débat sur les anciens et les modernes. Il publia d'abord des vers dans différents recueils à la mode, et donna ainsi les Souhaits ridicules et Peau d'âne. Puis il laissa la poésie pour la prose, et fit paraître séparément, puis réunit en 1G97 les Contes^ sous le nom de son fils, âgé de dix ans. Qui ne connaît le Petit chaperon rouge^ la Belle au bois dormant^ etc.? — Ces contes n'ont pas élé inventés par Perrault. Us couraient de bouche en bouche, et font partie du folk-lore universel. Mais c'est une singulière fortune pour Perrault que de les avoir pour ainsi dire fixés dans jine forme définitive, et d'y avoir pour toujours attaché sou nom.
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(1) Claude Perrault était d'abord médecin. Boileau a conté son histoire au début du quatrième chant de l'Art poétique: «... De mauvais médecin devint bon architecte >. — Voir notre édition dt Boileau (Hatier, 1913), p. 429
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