‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 183 sur 408 · AC.INE ET L\ TRAGÉDIE DE 1600 A · texte numérisé non relu

AC.INE ET L\ TRAGÉDIE DE 1600 A

larcc que le fond de la jnlousie, c'est l'égoisme. — Aussi Kncine en a-t-il mis tartuul. Dans toutes si-s tragédies l'umour cctiuppe k la fadeur galante par l'inroducUon de la jnlousie, cl, par elle l'aclion prèle à tomber, se renouvelle. — Intioclius (Bérénice), c'est la jalousie résignée ; Milhridale est le vieillard jaloux ; 4cron est la brute jalouse; Ériphile est jalouse par dépit : Roxnne et Phèdre le ont par tempérament, Mais le type complet, c'est Hermione :orgueil, égoïsme,

Ycuglcment, le la jalousie Dgique,

nn opri;* le crime et union dans la mort, toutes les phases il. I,e u IJiii la l'a dit? 11 d'Ilermione est du sublime psycboi( Qu'il mourLit I » d'Horace est du sublime de seniiment.

Racine Imitateur des anciens, et novateur. — Le respect avec lequel Racine tarie des anciens a souvent donné le change sur son originalité. Nous avons léjà vu que, sur onze tragédies, quatre seulement (la Tliéhn'Ule, Andromaque, 'phigénie et Phèdre) sont imilées de pièces grecques. Dans Brilannicas, U s'inspire de Tacite; dans UUbridate, de plusieurs historicni; dans Etther et AUuttie,

de la Bible. Enfin, on peut dire qu*il a tiré tout de lui-même, dans Bérénice et Bajazet.

Comment a-t-il soudé ou juxtaposé ses emprunts cl ses observations directes ?

1® Racine a emprunté aux anciens des états psychologiques^ et, dans une cer^ taine mesure, les situations qui motivent et expliquent ces étals. Les anciens, en effet, nous ont laissé, de certaines passions, des peintures dont la vérité générale et absolue nous est garantie par ce fait seul que, après tant de bouleversements et de changements, nous y reconnaissons encore le fond de la nature humaine. Rien de plus légitime, par conséquent, que de leur demander ce premier et vigoureux dessin, d'une simplicité vraie, d'une idéale beauté, que nous aurions quelque peine à retrouver nous-méme, si nous cherchions à le reconstituer d'après le modèle vivant. Mais déjà nous ne saurions trop nous prémunir (à moins que notre but ne soit un pastiche archéologico-littéraire) contre la tentation de conserver, dans cette imitation des anciens, des traits qui appartiennent exclusivement à une civilisation disparue, et qui, ou bien ne seront pas saisis par nos contemporains, ou bien ne pourront s'haimoniser avec des traits plus récemment découverts.

2° D'autre part, pour com{)léter et enrichir la psychologie encore très simple des anciens, le poète moderne y ajoutera tout ce que le même sentiment et la même passion ont gagné de*dnrable dans Tint ei^vallc qui nous sépare de l'antiquité. Ici, 'autre danger, et plus spécieux. Tout à Theure, il était relativement facile de distinguer, chez Homère ou chez Euripide, l'absolu du relatif, le vrai du passager ; maintenant, le poète est exposé à confondre un aspect tout superficiel de la passion, une mode du sentiment, le jargon dont on se moquera demain, avec les réelles acquisitions du cœur humain depuis le moment fixé par le modèle qu'il imite, jusqu'au moment oh lui-même il écrit.

Ainsi, quand Racine compose le rôle d'Andromaquc, on peut dire qu'il fond habilement en un tout complexe et vivant les traits anciens et les nuances modernes de l'amour maternel et conjugal. De même quand il ajoute à Phèdre la jalousie et le remords. Dans de pareils rôles, comme dans ceux de Néron, d'Agrippine et d'Athalie, Racine n'a conservé de l'antiquité que l'humain, et n'y a rien ajouté que de durable.

3® Mais en est-il toujours ainsi? Ne lui est-il pas arrivé, soit de conserver des éléments d'une antiquité trop exclusive et qui ne peuvent supporter avec vraisemblance le voisinage d'éléments nouveaux, — soit de marquer par des traits contemporains, destinés à se démoder, certains héros tragiques chez lesquels la vraisemblance relative nuit à la vérité absolue ?

On a souvent signalé, à propos d*Iphigénie, l'évidente contradiction entre le sujet de la pièce et les mœurs des personnages. En efi'et, ce sacrifice humain dont l'horreur, tout atténuée qu'elle est par les artifices du poète, obsède dès la première scène l'esprit du spectateur, n'est pas, ne doit pas être gne de cei

RACIXE ET L.\ TRAGÉDIE DE ICGO A 1700

blablcs (à la condition d'ôtrc prcpo*

n'est préoccupé que d'un point :

éviter le merveilleux / U croit que, là sculrmcnt,

. 11 veut 3c passer

de Diane, et il invente la romanesque Ériphile. Et il n'a pas songé, nu contraire, que le merveilleux seul sauvait le fond du sujet, en nous transportant franchement à une époque préhistorique, légendaire, où des guerriers pouvaient considérer comme régitime le sacrifice d'une vierge à la divinité. 11 a créé cette autre invraisemblance irréductible qui consiste à nous présenter comme les auteurs de ce meurtre raisonné des rois et des diplomates de style Louis XIV, dans une société où les jeunes lilles reçoivent la parfaite éducation dlphigénie, où les Achille unissent à la bravoure chevaleresque d'un Condé la galanterie d'un Lauzun... Croit-on servir la gloire de Racine en dissimulant qu'il y a là traces de soudures et disparnles?

J'ose à peine insinuer que Phèdre elle-même paraît offrir à un œil non prévenu quelques contradictions, Mais là, ce sont seulement des traits isolés, des allusions mythologiques dans le goût de son temps, certains embellisseineids de détail, que Racine supprimerait aujourd'hui. Et peut-être aussi moderniserait-il tout à fait son sujet: la poésie verbale, sans doute, y perdrait; mais Tunité de /ic y gagnerait assurément. Car il n'est pas de pièce où Racine ait atteint ua plus fort degré de réalisme ; là, sa psychologie confine à la physiologie; — et vous conviendrez que les souvenirs de la Crète avec son labyrinthe, et les allusions à la descente de Thésée aux enfers, et le monstre incohérent trop bien décrit par Théramène, ne parviennent pas à se fondre harmonieusement avec la peinture si hardie d'une passion vraie. Bajazei, certes, n'est pas supérieur à Phèdre; mais je sais qu'au théâtre Uazajet est une des pièces de Racine qui olTrent le plus d'unité et de franchise, parce que l'érudition n'y vient jamais gâter la vie.

Le style de Racine. — Voltaire voulait que l'on écrivît, à chaque page de Racine : beau^ sublime, admirable! — La lecture de Racine donne, en effet, tout d'abord, une impression générale d'harmonie, de justesse, de poésie mesurée et continue. Mais c'est au théâtre qu'il faut le juger ; ou du moins il faut savoir le lire comme un auteur qui a écrit pour que ses vers « passent la rampe ». Ce style, si {)arfait à la lecture, ne révèle ses qualités propres que dans la bouche des personnages que Racine fait parler. 11 est, d'abord, précis, en ce sens que, dans les analyses de sentiments, toutes les luianccs sont exprimées de nMinièrc à nous paraître claires et distinctes, lilnsuite, il est approprié aux situations : élégant, quand c'est un Rritaimicus, un Pyrrhus, un Xipharès, qui en usent; souple et insinuant, avec un Narcisse ou un Mathan ; violent ou superbe, chez une Agrippine ou une Alhalic; tendre et élégiaque, chez une Andromaque ou une Moniine; il acquiert un étonnant degré de majesté et de force chez un Agamemnon.ou chez un Joad. Mais reconnaissons que, dans les passages ca/m^j, ce style nous parait souvent trop distingué; les images et les métaphores y sont trop bien balancées ; les inversions y sentent l'art. Où ce style étonne le plus, je veux dire où l'on sent le moins que « c'est un style », c'est quand « la pas-

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