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III. — LA PHILOSOPHIE ET LA RELIGION

La philosophie. — Toutes les idées, toutes les revendications de ce siècle, où Ton reprend par la base, afin de les détruire avant de les reconstruire, les institutions et les croyances, tiennent dans ce mot : philosophie , sur le sens duquel il faut bien s'entendre.

Au dix-septième siècle, la philosophie se composait d'une métaphysique, d*ime psychologie, el d'une morale ; on y joignait la logique, ou Tart de raisonner. Dcscartes, Pascal, Bossuet, Malebranche, sont des philosophes au sens traditionnel et complet du mot. — Au dix-huitième siècle, sous Tinfluence de Locke, philosophe anglais, qui avait publié, en 1690 son Essai sur Ventendement humain, et sous celle de Bayle, on abandonne la métaphysique et la psychologie pour une philosophie expérimentale et sociale. Sans doute, on croit bien encore qu'il est possible de discuter sur l'existence de Dieu, sur Timmortalité deTâme, sur les passions... Mais à quoi bon ? N'a-l-on pas des sujets et des objets plus présents, et dont la solution inunédiate importe davantage, pour le bonheur du genre humain et pour la commodité de la vie? «Occupons-nous un peu moins, dit-on, des attributs de la Divinité, des limites de la prescience divine et de la liberté humaine, de la connaissance et du bon usage de nos passions, — et un peu plus d'améliorer les procédés de la justice dans les tribunaux dont nou^ relevons immédiatement, de réformer les institutions politiques au milieu desquelles nous vivons, de réparer les inégalités de la fortune par une meilleure répartition de Timpôt, d'acquérir la liberté de conscience, d'assurer à chaque citoyen un peu d'aisance, etc. Quant aux mœurs proprement dites, ce sera affaire à chacun d'y veiller ; la vraie morale est de ne pas nuire à son voisin. »

D'ailleurs, tous ces philosopheSy qui ont abandonné avec dédain les spéculations métaphysiques ou psychologiques, n'en sont pas pour cela beaucoup plus pratiques. D'abord, ils s'accommodent parfaitement des abus existants, e( ils en

TABLEAU G/Î.VÉ/I/lt. DU PtX-IIVmÈME Sli\CLF.

profllenl. lîpiililsbnmmps, ils iiR rennni'ctil poînl à leurs priïili-gM ; rinnni'lcrs, ils L'onlribuent h ruiner le p<iy!i. Et piiin, comme It'ur bi'au zirle de ri/foniiati^tirs ne peut avoir d'ctrclsiniim-ilint.^, Ils (Iriiiiicnl à c<i'iir joie diiiis l'iilopic et poussent leurs syslèiiics jusqu'à l'ulwiriii'. Voyi-n Uoussimu et Diderot. Seul Voltaire, et là est le seciol de sa pnpiihirilé, s'ntliique à des thoses réelles. Il ne ae con-

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, main, charc* de .rnibolifi |inr rlKs onrnntH q L'uil 3a ails qui rappells Mnnliiiorviu!; oii Kri wttirii; phShwtphi'ittt )U>ii4 son Itrii4. qnîUe r^ ', N'utrc-lliimi) cl la TJiÉûtro-Kraacaiii lïujour

lenk" pus d'écrire des phvnses sur la liberté de ctiiLscleiice ; il ngit en fiiveur de Calas el de Sirvcn ; il lutte conirr ilvi atm* délermiiiés, el il indique des remèdes.

Quoi qu'il eu soit, leur idéal à lous, co n'est plus l'amcliiiralion de l'homme intérieur, c'est la marche vers le progrès. « l.'ùge d'or que les anciens ont placé si loin derrière nous,. est devant, a Le progrès se réalise par la science, et surtout par les applications des sciences. Voilà pourqunl, au dix'huitièmo siècle,

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tout philosophe so double d*un savant . UousstNui sera le seul à sUrriter contre le progrès.

La religion. — Que devient In religion, au milieu de ce développement de li philosophie positive ? IVien des misons peuvent expliquer son atTaiblissemeolL D*abord, ces mêmes découvertes scientifiques, qui semblent apporter une aolotion rationnelle au se inquiétudes humaines. La Divinité est moins présente, danil un univers dont les phénomènes obéissent à des h)i3 connues ; et, pour deS'Mr*. prits à courte vue, Dieu s'enfonce dans un tel lointain qu'on ne Tapcrçoit plus. On y a quelque intérêt d'ailleurs, et Ton y met une certaine complaisance ; -à raffaiblissement de Tidéc religieuse correspond alors celui de la moralité. » D'autre part, les querelles et les disputes du dix-septième siècle, le jansénisme, le quiétisme, la persécution contre les protestants, sont autant de causes do discrédit pour la religion. Les philosophes du dix-huitième siècle n*y voient que des manifestations du fanatisme , et ils s'emparent des arguments que chaque parti a inventés contre Tautre, pour les en accabler tous à la fois. De là ces chapitres sur les affaires relitjieuses dans le Siècle de Louis XIV : Voltaire nous donne le ton de ses contemporains.

Kt celte religion, qui eut, au dix-septième siècle, des représentants si autorisés, si grands par le caractère et par le talent, n'est plus défendue, au dixhuitième siècle, que par un gouvernement décrié, une cour corrompue, un Parlement arriéré, des prélats de boudoir et d(*s folliculaires cjiragés. Aussi la haute société en est-elle arrivée à regarder la religion comme une de ces institutions d'État, auxquelles il est décent de se soumettre, pour sauver les appa* ronces.

Bien entendu, nous parlons ici de la noblesse et de la bourgeoisie parisiennes, et encore de celles qui composent les classes dirigeantes. N'allons pas croire que la petite noblesse provinciale et la phipart des bourgeois aient eu Timpiété et les mœurs d'un duc de Richelieu. Au contraire. La vie de famillei religieuse» morale, fondée sur les traditions et les croyances, est encore celle de la m^orite des Français. Mais cette majorité n'a ni écrit ni parlé, et elle a flni par subir l'impulsion de l'élite intellectuelle et philosophique.

Rapports entre le seizième et le dix-huitième siècle. — Tous les historiens et tous les critiques ont signalé des rapports entre le seizième et le dixhuitième siècle. Un courant de curiosité hardie et de philosophie sceptique, dont les sources jaillissent à la Renaissance, semble, selon l'expression de Sainte^ Beuve, se perdre sons terre pendant le dix-septième siècle, pour reparaître WH dix-huitième. La forte discipline religieuse et politique du règne de Louis XIV retarde et dissimule un mouvement d'idées facile à suivre d'ailleurs dans la m^ ciété libertine du dix-septième siècle lui-même, et qui, à partir de 1715, reprend librement son cours.

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