‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 238 sur 408 · I. P. MoniLLOT, la Roman · texte numérisé non relu

I. P. MoniLLOT, la Roman

t Franet, p. IBS; at E. Lmr.iMxC, L*Sagi

LA LfTTÉRATURE FHASÇMSE

:our comme sccrclairc du comie d'Olivarôs, et se retire dans son châleau, où U

ic marie et finit paisiblement une existence si agitée. C'est un tableau très vivant et très piquant d'une sociélÉ qui n'a d'espagnol

juc le nom, et d'une telle variété qu'on le lit sans fatigue, en dépit de sa Ion-

,-ucur et de sa complexité, — Gil Blas, malgré sa faiblesse de caractère et ses fautes, ne perd point la notion du bien et du mal.

Lui aussi, il pourratl dire:

« Je ne fais pas le bien que j'aime. Et je fais le mal que je hais, n Mais, ce qui nous inquii'le en lui, c'est un excès de docilité à l'égard des hommes et des événements ; par lui-même, il n'est rien; il cH toujours un complice, une ombre,, un reflet ; il n'agit pas, il esL^gi ; il reconnaît humblement ses chutes ; mais il recommence à tomber le plus ai.sémcnt du monde. U représente donc cette humanité moyenne et médiocre qui se laisse mener par ta volonté boiuie

D'apraa Isilampo de J.B. t

!i il s'assagit luut à fuit cl devient u

suiis être un criiuincl ni tout à fait un malhoniiêle homme, il est de ceux qui ne peuvent inspirer aucune confiance. Et il est si bien l'incarnation de ce tempérament neutre, que la (Indu sorte de patriarche, semble arti-

I ici elle.

Le sljrlc de Le Sage, dans Gil Blas, est simple et varié. U a aussi les qualité»

ic dramatiques >i. Chaque personnage y parle au naturel le langage de son carac-

liTc et de sa condition (1).

il) M

: ; S- eyel». 71. 7*3.

hUMANCIERS. — MORALISTES. — CRITIQUES C43

MARIVAUX (1688-1763). — Encore un poêle comique, excellent romancier. Ce n'est pas le lieu d'examiner ici les rapports du roman et du théâtre ; mais on peut dire que si Técrivain qui a la vocation du roman se transforme difficilement en un auteur dramatique, le contraire est plus aisé, quand il s*agit du roman psychologique. Personne ne s'étonnera que le délicat et pénétrant auteur de la Surprise de Vamour ait écrit la Vie de Marianne, Il lui a suffi de prolonger et d'approfondir ses analyses du cœur. /

C'est de 1731 à 17 U que Marivaux publie, tout en travaillant pour le théâtre, les diverses parties de Marianne et du Paysan parvenu. Ces deux romans sont incomplets, mais il ne reste qu'à y coudre un dénouement, facile à imaginer. — Marianne est un récit fait par l'héroïne elle-même, devenue la comtesse de***, et qui commence par une histoire de brigands. Une clioise de poste, qui emmène à Paris la petite Marianne, âgée de deux ans, et toute sa famille, est attaquée sur la route, et tous les voyageurs sont tués ; seule Marianne est épargnée. Elle est recueillie par un curé de campagne, dont la sœur se charge de rélever. Puis elle entre en pension. Et toute l'histoire est faite des menus détails de cette existence, dans laquelle apparaissent des personnages très variés, très naturels, d'abord un peu pâles mais dont la silhouette et le caractère se précisent peu a peu. Mme Dutour, la lingère ; M. de Climat, proche parent de Tartuffe; Mme de Miran, la grande dame spirituelle et bonne; Mlle de Tiervire, etc. De plus, Marivaux peint avec soin et exactitude les différents milieux: le couvent, le salon, la boutique, la rue môme. Le style en est un peu précieux, çà et là; on y sent parfois trop d'esprit; mais, dans l'ensemble, il est naturel, facile, entraînant.

Quant au Paysan parvenu ^ c'est l'histoire d'un jeune paysan de Champagne, Jacob, qui arrive à la fortune par toutes sortes de moyens. L'ouvrage, moins moral que Marianne^ est d'un réalisme plus curieux. Les types familiers et moyens y abondent, et sont décrits avec un remarquable souci de la vérité (1).

L'ABBÉ PREVOST (1697-1 7G3). — L'existence de Prévost est aussi romanesque que celle de ses héros. D'abord officier, puis Bénédictin très appliqué, il quitte le couvent en 1727, s'exile en Hollande et en Angleterre, rentre en France en 1734 comme aumônier du prince de Conti, et redevient un excellent prêtre. Il faut connaître cette vie agitée, en proie aux passions et aux aventures, parce que certains romans de Prévost sont en grande partie une autobiographie. Prévost fut frappé d'une attaque d'apoplexie, en pleine campagne. On raconte qu'un barbier de village voulut faire son autopsie, et que Prévost se redressa au premier coup de scalpel, puis tomba mort. M. Victor Schrœder a réfuté cette légende (2).

(1) MorceauT rhoiain, 2* cyr*le, p. 751.

(2) V. SciiRoeDER,/'Afr6(? Ptévost (Hachette, 189S), p. 118.

Prévost publia de 1798 h 1732 le» 3/«moirfs d'un homme de qualité, en 8 volumes dont le seplièine conlit^nt son chof-d œuvre, Manon Lescaut ;Afs ii^ à 1739, Clévelnnd, en 8 volumes; en 1735, le Doyen de HUlerine, elc. Il traduisit aussi les trois célèbres romans de Hichardson : Pamila {^^^^i), Clarisse Harlowe (1751) et GrandisioR (1775). M. P. Morillol Tuit justement ri<iu<irquer que les originaux avaient paru en Angietorre de 1740 ù 1T48 el qu'ils sont par conséquent postérieurs aux grands romans de Prévost, sur lesquels Us n'ont pu exercer d'ii^ Iluence.

Nous n'avons paa & Insister sur cet écrivain, peu u classique ». Disons seulement que Manon Lescaut a pris mr.g parmi les cbefs^'œuvre de la liltéral'jre passionnelle, et peu*-é!re le premier rang. I.a sincérité de l'analyse fait oublier la triste moralité des principaux personnages. Quant au stjlc, on ni! sait de quelle épithéte se servir pour le caractériser. Est-ce un style t et la nature pouviiit-cllc parler un autre langage ?

Prévost eut, ou devait avoir une grande influence. CarJIfanon contient en germe la pauiftn Ac la Nouvelle HèloUe et peut élre considérée comme le modèle (tes principaLix romans du dix-neuvième siècle. En introduisant dans notre pays les romane anglais, Prévost servait la monomanie française, qui est loujuursdc cli'.TcliiT et de trouver à l'étranger ce que {'('tranger nous a aniérii'iiremcnt eir.pruiilé, Moij o.; ne pi-ut nier que Iticliardjsn, puis Flelding, rioldsmith, Siari>e, etc., dont les Irudiiilians se miilliplière,.t en France, n'aient contribué à la transformalion du roman dans notre pays. A ce litre encore, Prévost est donc un initiateur.

VOLTAIRE a écrit un grand nombre de petits romans, qui sont presque tous des tbéies philosophiques, religieuses, écononiiaues, présentées sous la forme de

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fictions ingénieuses, spirituelles et impertinentes. Nous avons assez insisté sur Voltaire pour qu*il nous suffise de rappeler ici les titres et les dates de ses principaux romans : Zadig ou la Destinée (1747) (1), — Memnon ou la Sagesse humaine (1750), — Candide ou Voptimisme (1759), le plus philosophique, réponse indirecte à la lettre de Rousseau sur la Providence, — Jeannot et Colin (1764), simple nouvelle, tout à fait charmante (2), — V Ingénu (i767), histoire d'un sauvage au milieu de nos institutions et de nos mœurs, à comparer aux Lettres persanes ^ — VHomme aux quarante écus (1768), roman « économique ». Ces ouvrages ne contiennent guère de psychologie, et les aventures n'en sont calculées, selon la fantaisie de l'auteur, que pour en faire ressortir les idées. Mais Voltaire n'a peut-être jamais mieux écrit.

MARMONTEL (1723-1799). — Nous connaissons la vie de Marmontel par ses Mémoires^ dont la lecture est encore très agréable. L'homme est honorable ; mais l'auteur est le type de ces médiocrités triomphantes, toujours satisfaites d'ellesmêmes, et dont le succès semble de loin difficile à expliquer.

Ses Contes moraux^ publiés dans le Mercure et réunis en 1761, sont bien ennuyeux ; son Bélisaire (1767) n'a aucun intérêt historique, et dut sa vogue à un chapitre sur la tolérance^ condamné par la Sorbonne ; les Incas ou la Destruction de TEmpire du Pérou (1778) a un peu plus de couleur locale et de vérité : c'est un plaidoyer parfois éloquent, le plus souvent déclamatoire, contre les procédés barbares des Espagnols à l'égard des Indiens, et contre l'esclavage.

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