ROMANCIERS. — MORALISTES, — CRITIQUE:^ M
d'homme de lettres, très indépendaate ; et, sans êt(c affilié à aucun parti, il tira toujours son épingle du jeu.
Il se place parmi les moralistes avec ses Considérations sur les mœurs de ce siècle (1751). Ce sont ae petites dissertations piquantes, d'une actualité peut-ôtrc trop exclusive, mais où l'on peut s'instruire encore sur l'homme du dix-huitième siècle et même sur l'humanité ■
CHAMFORT (1741-1794) se fit dans les salons du dix-huitième siècle, par son esprit mordant et sa misanthropie paradoxale, une place prépondérante. C'était un méchant dans toute la force du terme, le Cléon de Gresset. Il a laissé dans ses Maximes et Pensées quelques phrases d'un tour vif, piquant, à Temportepièce : « On n'imagine pas combien il faut d'esprit pour n'être pas ridicule m ; <( La pire des mésalliances est celle du cœur » ; u Pour être heureux dans ce monde, il y a des côtés de son âme qu'il faudrait entièrement paralyser » ; a La pauvreté mot le crime au rabais » ; « On souhaite la paresse d'un méchant et le silence d'un sot ». 11 fut malheureux, malgré ses succès mondains, et mourut victime de cette Révolution qu'il avait souhaitée ; mais ce ne fut pas sans avoir fourni à Sieyès le titre de sa brochure sur le Tiers-État (i).
RIVAROL (1754-1801). — Rivarol tint, lui aussi, un rang éminent dans les salons de Paris, et, pendant l'émigration, dans ceux de Bruxelles, de Berlin et de Londres. Il avait de l'esprit, et du meilleur, autant qu'un Français du dix-huitième siècle pouvait en avoir ; c'est tout dire. 11 écrivait sur ses Carnets des maximes tantôt profondes, tantôt piquantes : a Le peuple donne sa faveur, jamais sa confiance » ; « Les passions sont les orateurs des grandes assemblées » ; a Un peu de philosophie écarte de la religion, beaucoup y ramène m. On disait de quelqu'un : u II court après l'esprit » ; Rivarol répondait : » Je parie pour l'esprit ». Florian sortait un manuscrit de sa poche : « Ah I Monsieur, s'écriait Rivarol, si on ne vous connaissait pas, on vous volerait I »
Rivarol a d'autres titres que ces mots. 11 a écrit, en 1784, un Discours sur Tunîversaliiê de la langue française, qui est à sa date un chef-d'œuvre d^ critique. Nous l'avons cité ailleurs comme journaliste. — 11 mourut à Berlin.