‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 260 sur 408 · L'ÉLOQUENCE SOUS LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

L'ÉLOQUENCE SOUS LA RÉVOLUTION

tient garnison en Corse, se marie, se ruine; Il est de nouveau iacarpéré, en vertu d'une lettre de cachet sollicitée par son pùrc, au château d'IT et au fort de Joux. Il s'enrult en Hollande, o(t il publie toutes sortes d'ouvrages sur la politique et l'histoire, est repris et enfermé au donjon de Vlncennes, où il reste trois ans (1717-1180). 11 y écrivit des lettres, qui furent publiées.'un an après sa mort, sous le tilfe de Lettres à Sopliie, et qui sont un des chefs-d'œuvre de la littérature passionnée.

Mois surtout il s'abîme dans le travail, fait des traductions, des mémoires, et achève de s'approvisionner pour son rôle de grandorateur politique.

Ainsi se confirme, à propos de Mirabeau comme de Bossuet, la théorie cicéronlcnnc, qui veut que lorateurn'abordelachairo ou la tribune qu'après une préparation générale triis approfondie. De même que Bossuet était nourri de l'Écriture et des Pères, et versé de bonne heure dans les questions les plus ardues de dogme et de controverse, Mirabeau arrive à la politique non seulement avec d'exceptionnels dons de nature, mais encore avec une

masse de connaissances, que sa prodigieuse mémoire lui permettait d'exploiter en taule occasion.

Il sort de Vlncennes, plaide contre sa femme, fait de la banque, séjourne à Berlin, et enQn se présente aux élections des États généraux, en Provence. Repoussé par la noblesse, il prononce (ou plut&t il publie) un discours véhément (1) adressé aux nobles provençaux. Il est alors nommé par le Tiers, k Aix et à Marseille,

D'iprèi I

ir J. ooéno meo-ies»)

|1) CUAiniin, la Omltun polili

ttdeta i:Van«(HachBUel, p. 8».

68i LA LITTÉRATURE FRASÇAISE

L'orateur. — On sait la place que Mirabeau tint à rAsscmblce Nationale, depuis le jour où il repondit à renvoyé du Roi : u Nous sommes ici par la volonté du peuple, on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes », jusqu'à sa mort. — Ses plus célèbres discours sont : sur la Contribution du quart '26 septembre 4789; (1); sur les remerciements de TAssemblée à Bailly et b. Lafayelle (2); sur le Droit de paix et de guerre ("20 et 22 mai 4790), discours où Mirabeau eut à lutter contre Barnavc, qui Taccusail de s*étre laissé corrompre par la cour (3); sur la Constitution civile du clergé (novembre 1790 et janvier 4794) (4;, sur VÉmigration (février 4791) (5), etc.

Mirabeau avait, du grand orateur, d'abord les qualités physiques : une tête imposante malgré sa laideur, des épaules puissantes, un regard foudroyant, une voix forte et flexible, un débit martelé, plutôt lent, animé par une émotion intérieure, qui ne s'échappait qu'au moment opportun. On aurait tort de se le représenter comme un déclamateur impétueux; il étonnait, au contraire, par son sang-froid et par la pleine possession de tous ses moyens.

Dans le fond, les discours de Mirabeau sont admirables par leur solidité et par leur logique. L'étendue de ses connaissances lui donnait, sur toutes les questions, une compétence imposante et redoutable. De plus, il avait plusieurs secrétaires qui Taidaient à préparer ses discours. Quelques-uns lui en font un grief et l'accusent d^avoir seulement récité de sa belle voix les morceaux écrits par les autres. Mais c'est là justement qu'éclate tout soii génie; car ses rivaux en élo~ quence pouvaient aussi se faire aider, et ne s'en privaient guère, et ils ne sont pas Mirabeau ! Lui, il savait à la fois profiter des documents et des idées qu'on lui fournissait, et y ajouter tout ce que les circonstances, 5ur l« champ de bataille^ exigeaient de lui. 11 apparaissait à la tribune avec un discours écrit, et le modifiait, le pétrissait, en dégageait les arguments essentiels, y introduisait des répliques et des personnalités.

Son style a quelques-uns des défauts du temps. Trop de souvenirs classiques, d'apostrophes, de figures qui s'accumulent ; de la lourdeur, de l'emphase, des néologismes inutiles. Mais quand le sujet le soutient, et quand il arrive au fort du débat, il est clair, nerveux, pressant; If» période prend une ampleur vigoureuse et harmonieuse. Il a des brusqueries lyriques, des mouvements d'indignation qui emportent, et une puissance verbale digne de Démosthène et de Bossuet. Si l'on songe à tout ce que perd l'éloquence politique, au lendemain môme des circonstances qui l'ont produite, on reconnaît qu'il a fallu à Mirabeau un véritable génie, pour que ses discours nous fassent encore aujourd'hui une si vive impression.

(1) Morceaux choisis, 2* cycle, p. 803.

(2) Chabrikr, p. 221.

(3) Morceaux choisis^ 2* cycU, p. 867.

(4) GlIABRIER, p. 253.

(5) Id., p. 275.

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L'ABBË MAURY (1746-1817) fut un des principaux advei*saires de Mirabeau. 11 avait un talent impétueux, un style ardent et emporté, Tart de répliquer, et aussi de développer brillamment des lieux communs. Mais c'est plutôt un rhéteur qu'un véritable orateur (1).

BARNAVE (1761-1793) combattit également Mirabeau, mais avec plus de méthode et de sang-froid. C'était un modéré, dUdécs et de talent. Soi discours, en parliculior sa i-éplique à Mirabeau sur le droit de paix et de guerre^ sont puissants par le raisonnement et par la netteté (2).

8IE YÈ8 (1748-1836) restera célèbre par sa brochure sur le Tiers-État (Qu'est-ce que le tiers état ? tout; qu'a-l-il été Jusqu'à présent ? rien; que demande-t-il ? à devenir quelque chose). Mais ce litre lui fut donné par Chamfort. Député à la Constituante et à la Convention, il y parla peu, et fit surtout des mots.

I8NARD (1751-1836) eut son jour de génie. 11 prononça, dans la séance du 29 novembre 1791, un Discours sur Vémigrntion^ qui, pour être trop exalté et trop abondant en images aujourd'hui démodées, n'en respire pas moins le plus sincère enthousiasme, et pourrait encore, par son rythme et par son éclat, soulever les applaudissements (3).

On sent avec Isnard, et avec les principaux Girondins (que nous allons surtout voir à l'œuvre pendant la Convention), que l'éloquence, trop souvent théorique et abstraite à la Constituante, est déjà devenue, à la Législative, plus passionnée. Les événements politiques se pressent, à l'intérieur comme à Texlérieur. La fuite du roi à Varennes, l'émigration, la guerre, l'ambition croissante des hommes nouveaux, tout excite à la fois l'activité et l'éloquence.

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