II. — LE NOUVEAU PUBLIC
La Révolution a transformé le public.
« Avant 1789, dit Emile Faguet, Tauteur s'adressait à un public très restreint et très conqu de lui, parce qu*il était, sinon formé de cinq ou six salons littéraires dé Paris, du moins très suffisamment et exactement représenté par eux. C'était donc à des gens qu'il connaissait, à des figures connues et qu'il voyait de ses yeux quand il écrivait, que Fauteur s'adressait directement quand il composait son ouvrage. La littérature d'avant 89 est, dans son ensemble, une littérature de société.
(( Depuis 1815, le public est toute une nation, moins nombreuse sans doute que la nation française elle-même ; mais il est tout un peuple, considérable, dispersé, vaste, et, remarquez-le, non hiérarchisé, non discipliné, et ne prenant plus son mot d'ordre de quelques comités littéraires parisiens (1). »
Ce public s'étend de plus en plus, à mesure que le siècle avance. Il reste tout de même une sorte d'élite, éparse d'ailleurs, pendant la période romantique. Si la littérature, après la Révolution de 1848, incline au réalisme ; si, après 1870, elle devient naturaliste^ c'est pour satisfaire un public plus mêlé, où les nouveaux arrivants réclament leur pâture ; les hautes classes u s'encanaillent » plus volontiers et plus rapidement q^ue le peuple ne s'élève.
Il en résulte la modification et la disparition graduelle do ce que les siècles précédents appelaient le goût^ et qui suppose toujours : — chez le public, la recherche et le désir d'une satisfaction déterminée par des principes et par l'éducation, — chez les auteurs, la nécessité d'atteindre et de ne point dépasser une esthétique moyenne. Le public étant maintenant disposé à tout accepter et
{i) Introd%*ction aux tomes VII et VIII de la Littérature frauçaise de Petit db JuLUtinuJi Colin).
riO;.EAtf GÉNÉRAL DU DIX-NEUVIÈME SIECLE 6M
réclamant sana cesse, pour une curiosité insatiable, de nouveUes sensations, les écrivains se dégagent de tout prèjagé.
De là, au dix-neuvième siècle, la fortune singulière du Ibéâtre, du roman et de la pretse.
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