LES ECRIVAINS
II faut mettre à part, quand on parle des écrivains, ceux qui se sont appliqués à la philosophie, il la science, et qui, pour la plupart, furent beaucoup moins occupés déplaire au public, que diipprofondir cl d'éclaircir les grands problèmes psychologiques, sociaux, critiques : ceux-là sont animés par le seul amour
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du vrai. Mais les aulres, s'adressant à ce public que nous avons essaye de définir et voulant être lus, que devîeuneiil-ils, si ou les compare aux écrivains des dixseptième et dix-huilièmc siècles 1
Pour plaire, ils ne peuvent plus, comme jadis, épier et servir un goût précis dans chèque genre et dans chaque société. « Que rcste-t-il à taire à l'auteur? A parler pour lui-même, h écrire pour se satisfaire, à dire ses sentiments, ses passions, ses idées propres et ses rêves, k penser tout haut. Sans doute, il g'adresse à un public mais il ne s'y soumet pas, il ne cherche plus à s'y accommoder, par la raison qu'il n'a plus de contact avec lui. La 1 it tératu rep«rf on ne(f£ d'une société démocratique est la liltéralure naturelle d'un public nombreux, dispersé, non hiérarchisé, non discipliné et inconnu des auteurs. — Et il ne
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faut pas entendre parlittératurepersonnelle seulement une littérature élégiaque, soit en vers, soit en prose, une littérature d'épanchement, de confessions et de confidences. Il faut entendre par littérature personnelle une littérature individualiste, où chaque auteur, sans se soucier des opinions probables du public, parce qu*il ne peut pas s'en soucier, suit la pente naturelle de son esprit, une littérature par conséquent très variée, très aventureuse, très accidentée (1)... » Cette observation de M. £. Faguet est juste. L'écrivain devient individuel, parce qu'il ne peut plus s'adresser à un public restreint. Il y a d'ailleurs d'autres causes, plus générales, de cet individualisme, et qui sont des causes politiques et sociales originaires de la Révolution.
D'autre part, si, pendant la première moitié du siècle, à peu près, l'écrivain est jaloux de sa personnalité et s'impose fièrement aux diverses portions du pu' blic, il faut bien avouer que souvent, et surtout dans la seconde moitié du siècle, il fait ce que Sainte-Beuve a fort bien appelé de la littérature industrielle. Aux âges précédents, le théâtre et le livre ne nourrissent pas leur homme. Voltaire ne s'est pas enrichi avec ses ouvrages, mais parla spéculation financière. On fit bien d'établir des lois qui reconnaissaient la propriété littéraire et qui assuraient à l'auteur des bénéfices comme aux acteurs et aux libraires. Cependant, de ce jour^Ià, ce fut plus que jamais un métier que celui d'écrivain. Dira-t-on qu'il est plus honorable de vivre de la vente de ses ouvrages que d'une pension officielle qui vous 6tait toute liberté ? D'accord. Mais le public aussi est un tyran, qui n'achète votre livre que sUl lui platt ; et comme il est rare que la majorité se plaise à ce qui est beau, désintéressé et moral, l'écrivain sera l'esclave des goûts les plus frivoles ou les plus bas. 11 faut l'avouer, il est peu d'écrivains, mémo parmi les plus grands, au dix-neuvième siècle, qui aient eu le courage de ne pas sacrifier à cette idole aux mille tètes qu*est le nouveau public, et de résister à la tentation de faire fortune. On en arrive à estimer les auteurs d'après leurs revenus. Et combien ont renoncé à une originalité qui ne se fût imposée que trente ans plus tard, pour travailler dans les genres à la mode et gagner de l'argent?