‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 270 sur 408 · V. — Ï.ES 0RIQINE3 ET LA DÉFINITION DU ROMANTISME · texte numérisé non relu

V. — Ï.ES 0RIQINE3 ET LA DÉFINITION DU ROMANTISME

Mais, pendant que la littérature, et particulièrement la poésie, se traînait dan^ l'ornière pseudo-classique, un grand mouvement de rénovation et de renaissance s*était annoncé avec Chateaubriand et Mme de Staël. Nous ne voulons, dans ce chapitre, qu'en indiquer les origines et en essayer la définition.

Origlqes friinçaisçs du romaatism^. -r Au dix-huitième siècle, J.-J. Rousseau est déjà rQmiipLique par deux c^raptéres : il f£|it de la littérature individuelle, et il décrit subjectivement la nature. De pliii^, il réintègre l'éloquence et le rythme dans la prose française. Diderot, lui aussi, est personnel ; il prêche la liberté à outrance ^afts tous les genres, et dans sa théorie du dram^ U demande le mélanj^e du çopiique et du tragique. Soa plus illustre 4i^lple»^^ét^aif iep ^^l^^gjyr (i74Qri9i4)f publie en i773 ua ^s^ai »ur Vart drtvmtiquf^ qui çooliejit tout l'essentiel de la préface de CromwelL

G94 f^A LITTÉRATURE FR.WÇAISE

Origines étrangères du romantisme. — Du jour où Ducis adapta, et pourtant avec quelle tiuiidilé I des drames de Shakespeare, le public français comprit qu'il y avait autre chose que la tragédie et la comédie classiques. Du jour surtout où Ton traduisit (1778) le Werther de (icethe, les Suils du poète anglais Young(i769), et où le mélodrame imita Schiller, le goût classique fut inquiété et un goût plus large se forma.

Mais, de tous les ouvrages étrangers, ceux qui eurent sur l'imagination française et européenne rinfluence la plus profonde, sont les singulières compositions que TKcossais Macpherson (1738-1796) publia en 176:2 et 1763, et qui furent immédiatement traduites dans toutes les langues : Fingal et Témora. G^était, soi-disant, une adaptation en prose anglaise de poèmes écrits au troisième siècle de notre ère par le barde gaélique Ossian. Nous n*avons pas à discuter ici leur authenticité; Macpherson a bien retrouvé quelques fragments anciens, mais il les a disposés et développés à sa fantaisie. La seule question importante est la question de /ai7. Vrai ou faux, [cet Ossian a ébranlé et retouniCy en quelque sorte, l'imagination de la fîn du dix-huitième siècle. Les plus grands esprits, comme Oœthe, Mme de Staël, Herder, en ont parlé avec enthousiasme. C'était, à tort ou à raison, une nouvelle source de sensations poétiques.

Éléments essentiels du romantisme. — On a donné du romantisme les

définitions 1rs plus diverses.

Mme de Staël, dans sa Littérature (1800), dit : o La littérature des anciens est chez les modernes une littérature transplantée ; la littérature romantique ou chevaleresque est chez nous indigène, et c'est notre religion et nos institutions qui l'ont fait éclore. » Ainsi, pour elle, c'était revenir a l'inspiration clirétienDe et nationale.

Stendhal, dans Racine et Shakespeare (1823), écrit: « Le romaniicUme est l'art de présenter aux peuples les teuvres littéraires qui, dans l'état actuel de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur donner le plus de plaisir possible. Le classicisme^ au contraire, leur présente la littérature qui donnait le plus grand plaisir à leurs arrière-grands-pères. »

(luiraud, dans la Muse française (1820; : o Nos pensées ont été fortement refoulées en nous-mêmes : aussi la littérature sera plus intime : elle nous révélera des secrètes parties du cœur que lui auront découvertes les grandes secousses de la Révolution; elle exprimera les sentiments, les passions qui l'auront déchiré ; elle nous donnera enfin de la poésie, car le malheur est, de toutes les inspirations poéticjues, la plus féconde. »

Lamartine écrit dans la préface des Méditations (1849| : « Je suis le premier qui ai fait descendre la poésie du Parnasse, et qui ai donné à ce qu^on nommait la Muse, au lieu d'une lyre à sept cordes de convention, les flbres mêmes du cceur de l'homme, touchées et émues par les innombrables frissons de l'âme et de la nature. )>

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Nous pouvons essayer, après des définitions si diverses, de rassembler les traits essentiels du romantisme français :

i^ On renonce à Timitation des anciens (dont il est vrai qu'on airail désormais tifé toute la psychologie assimilable ; on y reviendra, mais avec la poésie plastique et archéologique d'un Leconte de Lisle).

^ On abandonne la mythologie ; on retourne au merveilleux chrétien, ou simplement à la religiosité et au panthéisme.

3^ A rimitation des anciens, on substitue l'imitation des littératures étrangères, surtout de celles^ du Nord, qui nous^ apprennent la liberté dans rart, et la puissance de Vimagination.

4** C'est Vimagination, en effet, qui devient la faculté dominante pour- la littérature objective, et la sensibilité pour la littérature subjective ; -~la nsUon nWk « plus à la mode.

5<^ On puisera ses sujets dans l'histoire moderne, ou dans la nature èztMeitfl^ -' ou dans son propre cœur : couleur locale, réalisme transformé par Vati^ impnÊi--. sions et sensations.

6^ Le poète reste seul juge de son inspiration et de son art : sa littérature ail toute personnelle, individuelle. 11 vaut ce que vaut son moi. Il n'a pas à tanlr i. compte de la vraisemblance ou de la vérité générale ; ses passions à lui. sa facom' ' * de voir et de sentir la nature, etc., sont légitimes.

1^ Plus de genres déterminés, plus de poétique, ni de rhétorique. La pofiiJo choisira sa forme librement ; le drame fondra les disparates de la tragédie et de la comédie; le roman sera historique, social, extravagant.

8® Le style aura la même liberté. L*écrivain se fera à lui-même, en dehors de toutes les autorites grammaticales et académiques, son vocabulaire, sa syntaxe. En versification, il reprendra certaines licences proscrites par Malherbe.

Tels sont les caractères généraux du romantisme. Au fond, ils se ramènent tous à un seul : littérature individuelle et affranchie de toute tradition comme de toute règle. — En étudiant Chateaubriand, Hugo, Lamartine, etc., nous verrons mieux se préciser et se différencier ces éléments (1).

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