‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 276 sur 408 · II. — SOUS LE CONSULAT ET L'EMPIRE · texte numérisé non relu

II. — SOUS LE CONSULAT ET L'EMPIRE

*° LA TRAGÉDIE— Sous l'Empire, le répertoire tragique est on faveur; Napolùon aime la tragédie, etde grands acteurs, comme Talma, Mlle Duchesnois, Mlle Georges, donnent de l'éclat aux moindres reprises. On joue Corneille, Racine, Volt:iire, Crébillon, et une quantité de pièces du dix-huitième siècle qui nous paraissent aujourd'hui insupportables ; mais nous avons passé par I'! romaiilisnici — Il est vrai que ce l'operloirc cal surveillé et corrigé par la censure, qui en fait disparnlli'c, au gré du maître et des circonstances, toutes les allusions fAclicuses (1).

Parmi les nouveautés, lleclor, de I.uce de Lstncivitl (1809), passa pour un chef-d'œuvre. Professeur de rhétorique au Lycée Louis-le-llrand, Luce rima assez mollement quelques scènes de l'Iliade; il reçut une pension de 6.000 francs et la croix de la Légion d'honneur.

Britaut avait écrit un Don Sanche; mais on était en pleine guerre d'I^spagnc. Brifaut fut invité k transporter dans l'anliquilé le sujet de sa pièce. lien fil Mnug if (1813).

Joay, qui avait élé oflicier aux Indes, donne un Tippo-Satb (f813), où l'on chercherait vainement un peu de couleur locale ; il n'y en a pas plus que dans ta Veave du Malabar, de Lemierre.

Le plus grand succès tragique, d'ailleurs mérité, fut pour les Templiers, de Raynouard (1805); mais ce succès ne se retrouva pas pour les Étals de BloU,cn 1810. Du moins Itujnouard, en cela disciple de Voltaire et de De Belloy, avait-il cherché des sujets dans l'hisloire nnlionale. Il n'était pas le seul, et les romantiques n'ont pas le mérite de l'innovation quand ils puisent dans l'histoire moderne ; ils affranchissent seulement la tragédichistoriquedu joug trop étroit des unités: là, comme nous le ferons mieux ressortir plus loin, sera leur originalité (2).

(£1 nATNOUARI) (iWl-lSsé) B3t surtout

•t d« litténtuca romiDea.

Dm Oiunois. — Liit. Illgilria.

LA LITTêRATURB FRANÇAISE

2* LA COMÉDIE —Quoique fort aur veillée par U censure, la comédie continue à témoigner, sous l'Empire, d'une certaine vitalité.

Picard (i769-lS28) avait débuté, cous la Révolution, par des pièces de

circonstance. En 18IM, U donna uaa remarquable satire de l'ftgi otage ddns D»

Iiauleaun ; d, lu même anoôe, celle de sea pAces qui est ref^ tce le plus célèbre, ta P^tti Ville. JiuqaV lors, U était afr leur >u tbêAln LouToIa. II M> devient ilon la directeur, M U cou tin ve à pn»^ du ire un graod nombre de <^ médies, dont les meilleures sont:

Uâ Uarionnetin (1806), Ui Bieoeheti (1807), bt Capitulaliont de conicienee(\80S), etc. Il devait en

sous la Itcstjiu ration ; SCS plus grands succès furent alors Irt Deux Phitilierl (1816) et Ifi Trait Quartiers (1827). — Picard est un auteur draitialiquc d'un tri;s réel tali-iil. Il sait construire une intrigue et subordonner les caractères les uns aux autres (cf. Ifs Ricocheti); et, surtout, 11 observe avec une justesse malicieuse les petits travers du jour. S'il avait pu suivre la veine do Dahaulcourt, au lieu d'âtro obligé de se rabattre sur des sujets mesqulni, par crainte de la censure, il serait le Dancourt de son toropi.

e eatamp» Bnetannc.

LA LITTÉRATURE SOUS LA lîÉVOLUTION ET LEUPIBE lli

Alex. Durai (1767-1842) est le véritablo prédécesseur de Scribe et de Dumaa père, par l'aisauce et l'ingéniosité do ses intrigues, et surtout parce qu'il crée en Fronce le genre de la comédie hittorique, tel que l'ont coinpiis l'nulcur des De-

La Mont Sam courl, raconls lei dcroi gagna, qui ■ échappa |>i

Bi,'.Bs j°.q"''"'"j" '""bII.

moiselles de Saint-Cyr et celui du Verre d'eau. Il donna, en 1803, Edouard en Éeoue, qui fut interdit à. la seconde représentai ion, A cause des allusions ; puis, le kenuUier de Livanie (1803) sur Pierre le l'.iand, ta Jeuneae de Henri V (1806),

le faux Stanislas (1809), etc. Le public s'habitua à voir les grands hommes mis à la scène et se plut à la reconstitution encore bien imparfaite d'un milieu historique. Duval s'est également essayé dans la comédie de mœurs {le Chevalier dHndustriey 1809), mais il y reste inférieur à Picard.

Étieime (1778-1845). — Etienne, qui fut sous TEmpire censeur des journaux y et qui, devenu député libéral sous la Restauration, fit beaucoup de bruit en faveur de la liberté de la presse, se distingua d*abord par de petites pièces, où les travers nouveaux d'une société de parvenus étaient spirituellement observés et décrits : le Pacha de Saresne (180:2), la Petite École des Pères (1803), etc. En 1810, il fit représenter une grande comédie en cinq actes et en vers, les Deux GendreSy dont le succès lui valut un fauteuil h TAcadémie française. Mais on Taccusa d'avoir copié une pièce écrite au dix-septième siècle par un jésuite et intitulée Conaxa. Il en résulta une querelle, que le désœuvrement des critiques et du public exagéra. En somme, Etienne avait usé du droit de tout écrivain en reprenant un sujet ancien, celui du père de famille qui se dépouille pour ses enfants, est victime de leur ingratitude, et invente un stratagème pour rentrer en possession de sa fortune. Son tort fut de prétendre d'abord qu'il ignorait la pièce du dix-septième siècle, et surtout de faire une comédie assez médiocre.

Etienne fut un pamphlétaire mordant et spirituel dans ses articles au Constitutionnel et dans ses Lettres sur Paris^ publiées par la Minerve,

3° Il fautnoter, enfin, le succès du MÉLO DR AME sous le Consulat et l'Empire. C'était la tragédie populaire, à sujet historique ou romanesque, non bridée par les règles, et admettant jusqu'à l'incohérence le mélange des genres. Quilbert de Pixérécourt (1773-1844) obtint des triomphes avec Victor ou VEnfant de la forêt (1798), Cœlina ou VEnfant du mystère (1801), les Ruines de Babylone (1818), etc. 11 fut d'une prodigieuse fécondité d'invention et ouvrit la voie au drame romantique. On Tavait surnommé le Corneille des Boulevards. — A côté de lui, Caigniez (1762-1842), le Racine des Boulevards^ fit le Jugement de Salomon (180i), les Enfants du bûcheron (1809\ la Petite voleuse (1815), etc.

4o LA POÉSIE ÉPIQUE ficurit sous l'Empire. Peut-être croirait-on que les poètes se sont inspirés des grands faits politiques et militaires de la veille ou du jour? Hélas I Luce de Lancival écrit Achille à Scyros; Baour-Lormiaii, V Atlantide; Creuzé de Ijeaaer, les Chevaliers de la Table Ronde, etc., etc.

^° LA POÉSIE LYRIQUE. — Il y a sous TEmpire quelques élégiaques h signaler, ne fût-ce que pour établir la filiation entre André Chénier et les romantiques.

Fontanes (1757-1821), meilleur critique que poète, écrivit des pièces assez laborieuses, mais d'un goût pur, d'un sentiment parfois profond, comme /a Chartreuse de Paris, les Tombeaux de Saint-DeniSy les Stances à Chateaubriand sur tes Martyrs, le Jour des morts, etc.

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