LETTRE CRUES
de l'époque romantique.
EL que nous avons essayé de le dcflnir plus haut, le romantisme, ne pouvait s'accommoder, en poésie, d'aucun des genres classiques, même transformes. Mais, parce qu'il était avant tout individuel, parce que toute son originalité était dans l'expression libre des sentiments personnels de l'auteur, un seul genre poétique lui convenait, le lyrisme. Encore faut-il, quand on songe à Lamartine, à Vigny et à Musset, bannir de la déflnition du lyrisme presque tout ce que les Malherbe, les Boilcau, les J.-B. Rousseau y faisaient entrer, et n'y conserver du lyrisme grec et latin que l'élément individuel. Les véritables ancêtres de Lamartine, de Vigny et de Musset sont Ronsard et du Bellay en France, Pétrarque en Italie, Gœtho en Allemagne, les lakistes et Byron en Angleterre. Et dans l'antiquité latine, plutôt Properce et Tibulle qu'Horace; enfin les Psaumes. — Quant à Victor Hugo, son lyrisme est plus compréhensif; Hugo est lyrique à la façon de Lamartine et de Musset, mais il a pratiqué aussi le lyrisme politique et satirique, et il a chanté, comme les trouvères et comme Malherbe lui-même, les grands événements politiques de son temps. Les autres, « ignorants, ne savaient que leur àme » ; Victor Hugo a su synthétiser en lui les impressions d'un peuple entier aux diverses heures de l'histoire. — D'ailleurs, même en y comprenant tout Victor Hugo, on peut adopter pour le lyrisme romantique la formule suivante : (( C'est l'expression passionnée et imagée de sentiments individuels sur des thèmes communs. » Que chantent en effet les Lamartine, les Vigny, les Hugo, les Musset, sinon la joie ou la douleur, la crainte ou l'espérance, le doute ou la foi, la nature, l'amour, la mort, la liberté, le patriotisme... bref, tous les sentiments dont l'humanité vit et vivra toujours ? L'actualité même n'est pour eux qu'une occasion do renouveler des émotions banales.
A partir de 1848 environ, une réaction se fait contre les excès du lyrisme subjectif. Théophile Gautier commence le mouvement continué par le Pamas$e^ école dont Lecontc de Lisle devient le chef. Cependant, malgré leur prétention à Tobjectivisme, les Parnassiens sont encore des romantiques, et chantent surtout leurs impressions et leurs sensations ; tels Sully-Prudhommc et F. Coppéc, Un seul peut prétendre, comme Leconte de Lisle, à une sorte dUmpassibilllé, c'est J.-M, de llcrcdia.
Une nouvelle réaction commence vers 1880, celle des Symbolistes^ qui accusent les Parnassiens d'attacher à la forme un prix trop exclusif, et qui reviennent è ce que le romantisme avait de plus vague et de plus imprécis dans le fond, et y ajoutant une plus grande liberté dans la vcrsiflcation. Celle évolution est influencée sinon provoquée par celle de la musique, qui abandonne de plus en plus à cette époque la mélodie carrée^ pour lui substituer une mélopée aux tonalités changeantes, s*adaptant successivement à toutes les nuances du sentiment.
Nous étudierons successivement les Romantiques^ les Parnassiens, et les Symbolistes,