‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 294 sur 408 · VI. — ALFRED DE MUSSET · texte numérisé non relu

VI. — ALFRED DE MUSSET

Dans quelle catégorie classer les pièces d'A. de Musset? Le poète ne les a pas écrites pour la scène, et elles n*apparliennent à aucun genre déterminé. Si nous en parlons au chapitre du Drame, c'est que les principales sont la réalisation U plus complète et la plus artistique du programme romantique.

Musset avait voulu faire du théâtre. Le i" décembre 1831, TGdeon représentait/a Nuit Vénitienne, comédie en un acte et en prose, qui fut sifflée. Heureuse chute I Musset, dépité, renonça à écrire pour la scène, et donna librement câ^ rière à sa fantaisie dans ses essais dramatiques. Il publia, en 1833, sous ce titre : Un spectacle dans iinfauieaily trois essaii : les Marrons da feu, la Coupe et les Lèvres, A quoi rêvent les jeunes filles. En 1833, pendant un séjour à Venise, il écrivit Lorenzaccio, drame admirable par Vintcrfsitê et le relief. C'est rhistoiic du meurtre d'Alexandre de Médicis par son neveu Lorenzo, d*aprcs la chronique de Yarchi. — A dater de 1833, Musset donne, dans la Revue des Deux- Mondes, toutes Jes autres pièces réunies aujourd'hui sous le titre général de Oh médies et Proverbes ; les principales sont : Les Caprices de Marianne, André dd Sarte, Fantasio, Barberine, On ne badine pas avec Vamour, Il ne faut Jurer de rien; et dans le genre mondain: Un caprice. Il faut qu^ une porte goit ouverte ou fermée.

Si l'on étudie les sources de ce théâtre, on y trouve du Shakespeare et du Byrc)n,du Racine et du Marivaux, de l'Aristophane et du Beaumarchais. Mais surtout du Musset. Et il convient de dégager son originalité. Musset a écrit ses pièces sans songer qu'en un décor de bois et de toile peinte, des acteurs dussent parler à un public. Aucune tradition, aucune convention, aucune nécessité pratique ne renchaîncnt ; il voit, il sent, il imagine, et il flxe au passage ce qui ravit ses yeux ou son cœur. Ses personnages sont variés comme la nature; il n'a pas besoin de subordonner leur diversité à un caractère dominant ; et cependant ils sont très tranchés, très différents les uns des autres. Octave et Fortunio sont poétiques et charmants. Blasius et Bridaine sont bètcs à souhait. Comme Shakespeare, Musset ne fait apparaître aucun personnage qui ne soit marqué et vivant. Que dire du style, le plus spontané, le plus vif, le plus bouffon ou le plus éloquent, le plus coquet ou le plus passionné qui futjamab.

Aussi, quelle surprise, quand une actrice qui revenait de Saint-Pétersbourg, Mme AUan, et qui avait eu l'idée de risquer là-bas cette petite pièce, joua k la Comédie-Française Un caprice (1847). Le succès qu'elle obtint engagea Musset à donner presque tout le reste au même théâtre. Il fallut sans doute faire quelques retouches et quelques raccords: mais, dans l'ensemble, c'était du théâtre et du vrai. L'exemple de Musset prouve que le génie, le don, peut suppléer au métier, ou du moins peut suggérer au poète par intuition tout œ qiM

(1) Mùrceaux choiiiSy 2* cycle, p. 1045.

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E autres. Mais cet exemple est unique dans l'histoii'e de

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