V. — LES DRAMES D'ALFRED DE VIQNY
Alfred de Vigny, un de nos plus grands lyriques romantiques, prend rang également parmi les dramaturges. Son premier titre est d'avoir donné, en 1829, au Théâtre-Français, une traduction intégrale de VOthello de Shakespeare. ^ Cette traduction est plutôt lourde ; mais elle est fidèle, et elle parut une surprenante nouveauté à des spectateurs habitués aux adaptations de Ducis (3). Il est vrai que Ducis était, jusqu'en 1824, joué par Talma, que Talma avait vécu à Londres, qu'il avait vu jouer du Shakespeare, et qu'il réintégrait dans ses rôles une partie de la vérité et de la poésie que Ducis en avait ôtées. Le public, qui avait applaudi avec enthousiasme les acteurs anglais, en 1827-1828, fit bon accueil à l'œuvre de Vigny ; mais sa pièce n'eut que seize représentations^ et VOlhello de Ducis garda sa place au répertoire jusqu'en 18.*i0. — Avant Othello, Vigny avait traduit le Marchand de Venise, mais la pièce ne fut pas jouée.
L'accueil fait à Henri III et à Hernani poussa Vigny du côté du drame histo-
(1) Morceaux choisis f 2* cycle, p. lOlA.
(2) Ci. p. 849.
(3) Ducis avait donné, <!• 1769 à 1798, Ilamlet, Othello, Roméo, le roi Lear, Macbeth.
7<5 L\ UTTÉRATTSE FHlAVIl
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riq'j^ : ^t il dorifut * ^MÏ^jn, en l^f, la JfaréclLaie d'Aaere. Gp
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kUtU^U fc'/H* de Vi«e» 1 . »i 1% jteyr n'y iriil ia*r>i-jît q-aelq^a-ss
d ifjrefi-jofj et ijr#e întri^je d'amour. Il a *upï>:i*« qae
dAri/./*:, e*t en bott/r non w:ulernenl a d^r* ennemi* politiques icc^esiiis
tfivrt p:»r Je îfénje de *« femme, m-'jis encore a la hiinc personnelie d"
((neuf ',o/V', fv^.':/i4 j^idi) amoureux d'Éleonora Galigaî derenoe
d'Ancfïî. f> l'Mfft'^ïi», marié lui-même â I«abelle Monti. décoorre encai
uni f'iil la rour a ^a itzUiïw. De la, enlre ces deux hommes, une rivalité
\M^*if:lU: ii\fft\h\\\, au r,\uf\m*:jn*i acte, à un duel a'i clairdelune. qui forme
ment la plu* b'-lle Sî/rene de Touvr^g*? J^.Toule la partie hî« torique.
v?ment Ir.silée, avec une ahondanc; de détails où l'on sent l'influence de Henri 01,
«4t a>v?z froide ; ef l'en'ï'finble e<(t ennuyeux. Le succès ne fut qulionorable.
l'IuH vif et plu« durable fut celui de Chatterton, représenté au Tbêilre» FrarK^aîi le iï février i835; la pifxre eut quarante-deux représentations el fut fréquemment rrrprihe. Lh «yrnpathie que le public témoigna et qu'il aconserfée h vj'Mfi tfMstti vsi due, sari** doute, en partie, aux caractères bien tranchés * rar:liori bi<*n conduite, au dénouement trafique; mais surtout peut-être est-oo «finnible ;j r:e qu il y a de profond^ de discret, de concentré, de classique an mfrilJMjr MrfiH du rnol, dans cette pièce toute psychologique et passionnelle. — 0'/i/i///?r/oft i'sl tiré p ir Vi;;ny de son roman de Stello Tparu en I83i). C'est This- Ui\n; d un jnune poêle mc'corinu, malade, lo^c chez un industriel arare et dur, John Hcll. Il ne Irouve dr: pitié qu'auprès d'un quaker établi dans la maison» et dfï Killy \W\\^ f ranime dr; John. Ollo-ci secourt discrètement Chatterton, mab évite d<; \i\ rencontrer r't de lui parler, tant elle se sent troublée par sa présence. Un finiour inronsrif^nt, fatal, .si puissant malgré son mutisme qu*il doit les réunir dans la mort, s'est emparé de ces doux cœurs; et c'est Tcxprcsslon de cet amour combattu et refoulé, se trahissant par des gestes, des intonallonSy des rnaladresM(*H, cpii élève ce drame à la hauteur d*une tragédie racinicnne. Le dénouement est d*unc simplicité terrible. Chatterton s*empoisonne; Kitty Bell« h qui il vient d'avouer son amour, ni(!urt de Témotion que lui cause sa mort, sans une phrase. C'est dans le rôle exquis de Kitty Bell que Marie Dorval obtint son plus beau triomphe. — Une partie, avouons-le, a vieilli dans ce drame, celle h hKpjclle Vif^ny attachait le plus d'importance, la thète^ k savoir que la société est coupable de ne pas reconnaître et entretenir le génie. C'est pour la thèêe que Vigny a écrit Chatterton ; mais c*cst comme drame d*amour que CAolierton a vécu.
(1) LoiriM VirRT (lR02-l!^3), un dos critiquei lei plus divtingaét da joarnal le Olobe, publiait IHX? il lSi\» (Itm irèneê hiitoriquea (lea liarricadcê, les Etats d€ Bloiêt la Mort de Henri lli)^ doM Il faut titiiir ciiiiipto ilnnM l'hiMloira du draïuo romantique. — Aprèa 1830, il iut aurtoat «m daai hraalea plus iuUlliiconta de la Commiition de» Monuments hiêtorique§,
(t) Morceaux ehoiiii. S* cycle, p. 1040.