VHI. — LA RÉACTION CLASSIQUE. PONSARD
En décembre 1842, le directeur de l'Odéon avait reçu une tragédie» X«itcréea, dont l'auteur était François Ponsard. D'abord épris de romantisme (il avait publié une traduction du Manfred de Byron), Ponsard avait assisté à Lyon, en 1840, à un^ série de représentations données par la célèbre Rachel(i); la beauté classique lui fut révélée et il écrivit sa Lucrèce. Le ThéAtre-Français avait donné sans grand succès les Burgraves de Victor Hugo le 7 mars 1843; le i2 avril de la même année, Lucrèce obtenait h l'Odéon un triomphe. On représentait alors surtout à l'Odéon, quantité de tragédies ; et le public de ce théâtre, formé en grande partie d'étudiants, les exécutait sans pitié. Il faut donc que Lucrèce ait été vraiment supérieure aux Philippe ///et aux Arbogaste^ qui auraient pu bénéficier eux aussi, en 1840 et 1841 , de ce besoin de réaction. Lucrèce en effet est une pièce solide, naïve, écrite d'un style lourd, mais franc et sain. L'auteur n'a ni affaibli ni orné son sujet. Il n'y a plaqué aucun faux pittoresque. Il a osé présenter au public non pas même la Rome impériale aux*fastueux costumes, mais la Rome primitive, en toge de laine blanche. — Ponsard fut moins heureux quand il fît jouer, en 1846, Agnès de Méranie, qui cependant est supérieure à Lucrèce comme psychologie et comme style. Mais la situation d'Agnès, seconde femme de Philippe-Auguste, dont le pape Innocent III exige le renvoi et qui finit par s'empoisonner, est monotone. — Alors Ponsard change de manière. La popularité des Girondins^ de Lamartine, lui inspire sa Charlotte Cordàj, beau drame historique en vers. En 1853, il obtient un succès analogue à celui de Lucrèce, avec une comédie en vers, VHoimeur et V Argent ; en 1856, la Bourse n'est pas moins applaudie. C'est encore dans le genre du drame historique qu'il écrit le Lfon Amoureux (dont Taction se passe sous le Directoire), qui oblicnl, en 1866, cent vingt représentations consécutives, chiffre exceptionnel pour l'époque. Ponsard, qui avait dû sa célébrité à une tragédie romaine, n'est revenu à l'antiquité qu'une seule fois, avec Ulysse (1852), pièce
(1) L'hisloiro du théâtre au dix-neuvième siècle doit conserver le nom de JRaehel (1821-ISM). actrice qui débuta à la Comédie- Française en 1838, et qui, au moment où le répertoire cla««iqa« était tombé dans une sorte de di^icrédit et abandonné à des doublures depuis la mort de Tal»a (1824), renouvela avec un véritable génie l'interprétation de tous les grands r6les fémiaint 4s Corneille, de Racine et do Voltaire. Lire sur Rachel les feuilletons de Tb. Gantier {Hiêtoirt de to LUtératurÉ dramatique, G vol., ISôS) et J. Janin, Rachel ei la Tragédie (Paris, 1859). -
LE UH.UtE HOUANTIQUE
1 Galilée, donl les beaux vers
3 par Lucrèce que tout le
useï froide. Avant sa mort, il fil jouer en 186 sont plus philosophiques que dromaliques (1).
Ponsard reste un nom eslimablc aujourdlii inonde a oubliée, que par l'Honneur et l'Argent, comédie que l'on rejoue fréquemment, et par deux drames historiques, Charlotte Corday et le Lion amoureux (repris en 188ï). Il n'a pas fait école pour la tragédie. Les tragédies qui suivent Lucrèce, — Virginie (1««) et le Vieux de ta Montagne (iSil) de Latour de Saitit-Ybars, le Vieux Consul (18U} et Us Alrides (I84T) d'Arthur Pouroy, — tombèrent d'une chulc profonde. Rachcl ne parvint pas à soutenir au Théâtre- Français une seule tragédie nouvelle.
Ponsard est donc plutât le précurseur de la comédie bourgeoise d'Emile Augier, de r.\ugier qui a écrit Gabrielle et la Contagion. Quant à la tragédie, on y revint sans doute, mais à celle de Corneille et de Racine. Volluire lui-même avait sombré dans la tourmente romantique.