‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 329 sur 408 · II. — SOUS LA MONARCHIE DE JUILLET · texte numérisé non relu

II. — SOUS LA MONARCHIE DE JUILLET

De 1880 h 1818, les plus célèbres orateurs parlementaires sont : Casimir Périify le duc Victor de Broglie, Guizot, Berryer^ Montalembert, Thiers^ Molé^ Rênuual, Dufaure, Lamartine, etc. Nous n*étudierons queles plus remarquables.

CASIMIR PÉRIER (1777-1832). — Successivement officier (4799), banquier, député libéral sous la Restauration, Casimir Perler fut élu président de la Chambre après juillet 1830. Il prit le 13 mars 1831, la présidence du Conseil, n la démission du cabinet Lafltte, dans des circonstances partieulièremeol difficiles. Il s'agissait, en effet, d'inaugurer une politique de résistance contre ceux qui prolongeaient la période de révolution à laquelle Louis-Philippt devait le trône, et qui disaient, avec Mauguin [et Lafayette, que 4830 étift Vavènement du peuple. Pendant un peu plus d*un an (jusqu'au 46 mai ISA date à laquelle il fut emporté par le choléra), Casimir Périer soutint avec w« rare fermeté de caractère, avec une simple et robuste éloquence, la missioB dont il s'était chargé. Ses successeurs, les Thiers, les Guizot, les BrogfiB n'eurent qu'à poursuivre son œuvre (2).

LE DUC DE BROGLIE (1785-1870) était le gendre de Mme de Staël. Urepiésenla, sous la Restauration, comme pair de France, le libéralisme monarchiqne» Mais il joua surtout un rôle sous Louis-Philippe ; il fut alors ministre de riiutruction publique et des Affaires étrangères. Apres Patientât de Fieschi (juilH 1835), il demanda à la Chambre de voter les lois de septembre, qu*il expliqua 4 soutint dans.plusieurs discours d'un grand style. Il intervint également d*unefaçoi efflcace dans les débats sur l'abolition de la traite des nègres. Député à PAsseiBblée de 1848, il se retira de la vie politique après le coup d*État de 1851 (3).

OUIZOT (1787-1874). — Nous avons déjà parlé de Guizot au chapitre des ffiif^ riens (4). Sa carrière politique ne commence qu'en 1830 ; il est alors nomin^ député, et signe Vadresse des 221 contre les Ordonnances, Ministre de ^Inst^l^

(1) Morceaux choisis, !•' cycle, p. 545 ; 2* cycle, p. 1851.

(2) Pellisson, p. 1;J. Reinach, p. 144.

• (3) Pbllisson, leB Orateurs politiques de la France de 1890 à no» Jour», p 95* J RnrK*- ? p. 149. f r. . • f

(4) Cf. p. 823.

ORATEURS ET ÉCRIVAINS POLITIt^WES. — JOURNALISTES

tioD publique en 1830 et en 183S (il Tait voter lalolsurrcnseignemeDlprimairo), ambassadeur & Londres, ministre des Affaires clrangùros de 18i0 à 1Si8, il exerce une influence prépondérantcsurlapoliliqueintéricure. Par son Apretc, doctrinaire et sa résistance inflexible aux partis avances, il prépare, tout en ia retardant, la chule de la monarchie. Après 1848, il n'est pas réélu, et toujours convaincu qu'il a gouverné pour io mieux, il écrit en neuf volumes des Mémoires pour servira Chiiloire de son tempt (1858- 1868). Persuadé que le pouvoir doit appartenir à la classe moyenne, Guizot s'est elTorcé de faire face aux adversaires de droite et de gauche. De là cette modération hautaine, celte attitude défensive, ces formules un peu banales et solennelles, qui caractéri- Bcnt exlérieurcment son éloquence- Mais cette éloquence, en son fond, est belle et solide, surtout parce que Guizol a des idées générales qu'il appuie sur l'histoire, parce qu'il n'est pas un politicien d'occa* aion, un avocat que l'ambition et un tempérament (X)mbatir ont jeté dans la politique. Qu'on lise ses discours sur l'hérédité de la pairie (1831), sur l'enseignement primaire (1833), sur

la question de la régence (1842), sur la réforme électorale (1847), et que l'on compare ses arguments à ceux de Thlers ou d'Odilon Barrot, on sentira que ce parîemcnlaire est & la fois un philosophe et un historien, et que, quel qu'ait été le résultat de sa politique, il fait le plus grand honneur à notre pays (1).

BERR VER (1190-1868), flls d'avocat, entra luî-mfime au barreau, et défendit, BOUS la Restauration, les généraux Ncy et Cambronne. Député en 1830, il fut un des chefs de l'opposition dynastique sous le gouvernement de Juillet. Légitimiste

n)P>ujawiii.DD. lT.Ï8.S>.134.t70.1Bt: J.SiiniCB. P.IM.

D'tprta La litbograptii

loyal et convaincu, il obtint toujours le respect et Tadmiration de ses adve^ saires. 11 abandonna la politique après 4851, y rentra en 1863 ; et, comme député au Corps législatif, il combattit le second Empire. Avec son généreux taleot, sa voix superbe, son geste énergique, ses beaux et pathétiques mouvements, Berryer reste plutôt un avocat qu'un orateur parlemen taire « Mais on lit encore avec intérêt ses discours sur Vhérédité de la pairie (1831), contre la disjonetù» (1837), contre le ministère Mole (1839), sur la question d'Orient (1840), surU revision de la Constitution (1851). La flamme n'en est pas encore tout à fatt refroidie (1).

MONTALEMBERT (1810-1870). — Collaborateur de TA i;<?mr en 1831. Montt- Icmbert se posa dès cette époque en champion de la libcHé de renseignement. U ouvrit une école le 9 mai 1831, sans Tautorisation dé rUniversité (qui possédait alors le monopole). Cette école fut fermée au nom de la loi, et Montalembeft fut traduit en police correctionnelle avec ses deux cotnplicos, Lacordaire et dé Coux. Le père de Montalembert étant mort sur. ces entrefaites, son flis loi succéda à la pairie, encore héréditaire ; et c'est Qommc pàit de France, devant la Haute-Cour, que le jeune accusé eut à répondre de sod délit. Ce premier discours (publié en 1844) révèle un admirable tempérameht oratoire. Après s*étre séparé de Lamennais, Montalembert devint, à la Chambre des pairs, de ISS à 1848, le chef du parti catholique libéral. 11 intervint dans toutes les grandes questions politiques et sociales, protesta contre ras^ei*vissennent de la Pologne et contre l'oppression de l'Irlande, et surtout il lutta pour obtenir la liberté de renseignement (184i). Montalembert siégea à l'Asseitiblée nationale de 1848 et au Corps législatif du second Empire, de 1852 à 1857. 11 était vraiment né orateur ; il avait, comme Lamartine, une abondance élégante et un peu fluide, et, comme Berryer, du feu et de l'enthousiasme ; plus de naturel qu'aucun d'entre eux (2).

THIERS(1797-1877) (3). — Thiers entra dans la politique en 1830. Il fut, sous Louis-Philippe, sous-secrétaire d'Etat aux Finances, ministre de l'Intérieur, des Travaux publics et des Affaires étrangères. Membre de l'Assemblée nationale de 1848, il se tetira en 1851, et ne reparut à la Chambre qu'en 1863. Président de la République en 1871, il démissionna en 1€73. — Thiers est un « avocat d'affaires » ; il ne parle pas, il cause ; il a préparé à fond la partie technique de son sujet, il la possède, la comprend, l'explique; il donne au plus haut degré l'impression de la clarté. Thiers ne s'embarrasse ni de théories, ni d'idées générales; il s'occupe de la question, il en tire des conclusions pratiques. Parmi ses nombreux discours, citons: Vhérédité de la pairie (1831), sur la queh tion d'Orient (1840), sur les chemins de fer (1842), sur les Jortijications de Pan

(1) PBLLissoif, pp. 24. 66,99 ; J. Rbinach, p 197. (8) Pkllisson, p. 163; J. Reinach, p. £49. (3) Sur TuiBRS, historien. Cf. p. S85.

rfit/flS ET ÉCRIVAiyS POLITIQUES. — JOUIiSALISTES

), sur les libertit nicesmirtt à ta France (1804), sur Vitablitument de ta btiqae (18T3), etc. L'éloquence de Thlers ne gagne pas à la lecture de ses urs isolés ; plus encore que tout autre orateur parlemenlaîrc, on peut de lui qu'il faut li; lire à sa date, au Monilear, avec les interruptions, les ijues. Alors cette élocc est vraiment vi- ■■ (»)■

IMARTINE (1791-

(S). —Député de 1831 8, membre et chef dtl ernement provisoire, irttne avait dil( en en-

à la Chambre i A Je rai au plafond », ce lignlflkit : u du-dessud >us les partis ». U prit e début, Une attitude tendante, et, toujours la brèche, ne fut ja-

TLomme d'utie fat- Aussi l'accuse-t-on voirs de politique nua- ! et chimérique. A lire llscours, on est sur-

au contraire, de la royance de Lamartine les questions lechui-

comme sur les qups-

générales ; qu'il parle la quetlloa d'Orient ), des fortifications de

(1842), des chemins de 1843), du retour de»

et de Napoléon {iSi%

politique du Gouvernement provisoire {IS4S), etc., ses vues sonljusleset souprophéliques. Il rcvét ses idées d'un style ample et harmonieux, qui parait inaire, un peu diiTus à U lecture, mais qui parfois aussi abonde en Tors concises et ingénieuses. Son improvisation au peuple, k l'Hôtel de Ville,

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LA LITTuRATURB FRANÇAISE

sur le drapeau tricolore et le drapeau rouge (1849), est belle comme un fragment de Démoslhène ou des Gracques (1).

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