I. — L'ÉPOPÉa
Définition et caractères. — L'épopée est la forme poétique et racrvcillcose que les peuples jeunes donnent instinctivement A l'histoire. Elle iiatl d'ordinaire après un grand événement, victoire que l'on célèbre, désastre dont on cherche àse consoler. El, d'aliord, elle est brève ; elle se présente sous la forme d'un petit poî'mc à la fois narmtij et lyrique (la chanson, la ta»tilène, la romance espagnole) ; elle court de bouche en bouche, elle est un chant de veillée ou de combat. Puis le genre litlùraire se constitue par la juxtaposition et la fusion de plusieurs do ces poéuies relatifs à un même héros ; on ramène à ce héros (Achille, Siegfried, Charlcmngnc) des fragmenis primitivemenl consacres à uu autre personnage dont hi personne est oubliée. Telle est l'épopée que l'on appelle nnlarelie ou spontanée (I). Artificiellement, et à l'imilalion de ces premières épopécs.on en écrit d'autres.
destinées à des lecteurs, ci qui ont pour sujet quelque exploit national, pour héros un des fondateurs ou des restaurateurs du pays,de la religion,etc... (Ënée, Godefroy de Bouillon, Henri IV, etc.).
EnQn, après une série de grands poèmes, dans la forme traditionnelle de Tcpopée, on revient à la cantilène ou à la romance castillane ; Gi Von écrit* de «petites épopées » (Légende des siècles de V. Hugo.)
Spontanée ou artificielle, Tépopée a géiiéralcment les caractères suivants :
1° C'est un récit impersonnel ; dans sa forme essentielle, Tépopce exclut le lyrisme qui se trouve dans la cantilène et reparait dans la a petite épopée » {Légende des siècles);
2** Le fond en est historique, mais transformé parla légende. 11 s*agil toujours d'un événement qui a frappé très vivement Timagination populaire, et qui, avec un peu de recul, devient à la fois plus simple et plus grand ;
3* Le héros incarne les qualités et les défauts de la race qu'il représente; il est vivant et symbolique ;
4® Pour expliquer des exploits démesurément agrandis, on a recours à Tintervention de la divinité; de là le merveilleux, qui naît dans la véritable épopée, do la conception même d'un héroïsme surhumain, et qui n'est plus qu'une « machinerie » dans Tépopée artilicielle ;
5® 11 y a peu de psychologie, c'est-à-dire que le poète ne cherche pas toujours à expliquer les faits par les sentiments des personnages ; il les attribue souvent à la fatalité ou aux dieux. Les héros expriment plutôt leurs sentiments occasionnels ;
6*^ Le style en est naïf, concret, analytique. Les comparaisons et les images abondent, comme dans les contes d'enfants.
Développement en France. — Du cinquième siècle au huitième siècle, — Gantilènes latines et romanes (p. 32-34). (?)
>Ieuvième au dixième siècle, — Formation des Chansons de geste fp. 32-35).
Dixième au douzième siècle. — Période des Chansons de geste originales (?), écrites en vers décasyllabes assonances (p. 36): Roland, Aliscans, Raoul de Cambrai. On commence à voir paraître des adaptations des épopées antiques : Roman de Troie, Roman d'Alexandre (p. 67-68).
Treizième au quartorzième siècle. — Nouvelles rédactions rimées de Chansons de geste. L'élément romanesque et satirique y pénètre (p. 37.)
Quinzième siècle. — Nouvelles rédactions en prose de Chansons de geste. Déformation successive des textes, à travers les rajeunissements littéraires ou populaires, jusqu'à nos jours (p. 37-38).
Seizième siècle, — Apparition de l'épopée artificielle, dans la Franciade de Ronsard (p. 202).
Le ion épique se trouve dans la Semaine de Du Bartas (p. 212), dans les Tragiques de d'Aubigné (p. 213).
Dix-septième siècle. — Jamais les épopées ne furent plus nombreuses ; jamais elles ne furent moins épiques : Le Saint-Louis du P. Lemoyne, VAlaric de G. de Scudéry, le Clovis de Desmarets de Saint-Sorlin, et surtout la Pucelle de Chapelain. On fait œuvre littéraire. Et Boileau {Art poétique, III) reproche à ses contemporains de ne pas imiter assex fidèlement Homère et Virgile I Aucune question critique ne fut plus mal posée (p. 532). A Tcpopée peut se rattacher, pour le récit et le merveilleux, le Télémaque de Fénelon.
Dix-huitième siècle. — La Henriade de Voltaire doit son succès auprès des contemporains aux allusions et aux idées, point du tout à des qualités épiques; de là, pour nous, rinsignifiance et la fadeur de ce poème d*actualité historique et philosophique (p. 59:2).
Dix-neuvième siècle. — Le romantisme nous rend la notion de la véritable épopée ; mais, alors, on sent qu'elle est devenue impossible, dans une société où Tesprit critique n'est pas moins développé que l'imagination. Cependant Chateaubriand écrit une épopée en prose, les Martyrs ; autant les parties romanesque et historique en sont intéressa ntes« autant la partie épique et merveilleuse sent Tartifico et ennuie (p. 724). Il faut arriver jusqu^à la Légende d$t siècles de Hugo et aux Poèmes barbares de Leconte de Lisle, pour retrouver sinon répopée complète, au moins le ion épique. Mais il convient de ne classer dans répopée que les pièces impersonnelles: ainsi V Aigle du casque^ le Petit roi de Galice, Éviradnus, Aymerillot, etc.
Si Ton cherche des exemples du genre organisé et complet, la France ne po»* sède comme épopées que les Chansons de geste.