III. — RUTEBEUF (f
Bien que quelques .auteurs de fabliaux nous soient connus, il serait inutile de citer des noms dont la survivance est due à un seul conte plaisant.
Mais, parmi les poètes satiriques vraiment personnels et féconds du treizième siècle, il faut faire une place spéciale à Rutebeuf, qui est le type achevé du pauvre et besogneux trouvère, et l'ancôtre de Villon.
On sait peu de chose de sa vie : deux dates seulement sont connues, celle de son second mariage, 1201, et celle de sa mort, 4280. Rutebeuf a écrit quelques fabliaux ; un monologue dramatique, le Dit d^VHerberie ; un miracle, Théophile; de nombreuses pièces satiriques conlre les femmes, TUniversité, les moines mendiants, etc. 11 a du mordant et de la verve, comme poète satirique. Mais il vaut surtout par la poésie personnelle : cent ans avant Villon, il a chanté, avec unesincéritépoij^iianle, sa misère morale et physique (5), sa passion dévorante pour le jeu, sa triste situation d'homme de lettres aux. gages des grands seigneurs, enfin ses remords et sa pénitence. '
(1) a. Parw, Hccits..., p. 126.
(2; O. Paris, Kccits...^ p. 93.
(3) Id., liécits..., p. 117.
(4) Id., la Poésie au moyen àijc, 2* série, llachelto, p. 151. L'Ange et VErmite a été imité par Voltairo, au chapitto xx do Zadig ; mais lo conto du moyen âge est do beaucoup supériear à l'adaptation do Voltairo.
{^) Morceaux chùisiSy 2* ryclo, p. 55; 1" cycle, p. 27.— Cf. Chrestomathie^ de M. L. GLioAT. p. 350. — Sur Uutebôuf poèto dramatique, voir le chapitre des Mystères et de la Comédie au moyen âge •