‹ Histoire illustrée de la littérature françaiseChapitre 5 sur 408 · ORIGINES ET FORMATION · texte numérisé non relu

ORIGINES ET FORMATION

e celtique. — Sur In plus î:rnTi<lc p;irli<; du tcrriloirc occupa par 1rs Gaulois, cl qui eorrrs|ioiid à pi'u pii'S à la l'rancc aetni-lli-, on pnrlail dilTércnls dialrclcs ci-Ilinucs. t>s liiiiliTlrs m- sont rcpii'SPiilcs aujourd'hui que par lu bri-ttm cl lo gnèliqiif (idlumi; du p:i)s de (iiillcs), qui en soûl dérivés. I.c gaulois proprement dil. Ii-I qu'il él^iil pm-lé au moment de la coDquÉlc ronniiiic, no pi-nt èli-e recotisliluij ; qui-lqucs inscriplioiis, quelques noms gi'ograpliiiiui'S (Kurc, lih-e, IJarnnce, Brivrs, Condé, Verdun, Rouen, elc.) quelipies mois (nrpciit, nUmclle, bnnne, bec, lieac, iiirtriif, snr, clc.j, ne pcrineltent guère di- se fign- ^.^^ rer l'euseinblc du vocaliul.iiie gaulois, ni IVs/iHi de sa -— syniaxp. Lu fail est cerliiiii, c'est que la langue /■niHV'iisff n'est pas sortie de la langue gauloise, mais du lutin.

. Iltudrto. 1

La coiiqaête romaine. — Au secoad siècle avant J.-C, les Romains, déjà maîtres de l'Espagne, s'emparèrent de toute la région méridionale de la Gaule appelée aujourd'hui Provence (provincia romana), La culture latine fleurit à Marseille, à Aix, à Nîmes, à Narbonnc, et remonta jusqu'à Lyon. La forte organisation coloniale des Romains, la création d'écoles, les privilèges qu'ils accordaient h ceux qui parlaient leur langue, la nécessité pour les vaincus de s'en servir dans tous les actes publics, amenèrent promplcment la prédominance du latin. Après les conquêtes de César, les mêmes influences s'exercèrent sur toute l'étendue de la Gaule.

Si le (/au Zois eût été flxé par des monuments littéraires, cette pénétration du latin n'aurait été ni si prompte ni si décisive. Mais il se fait entre les langues, comme entre les êtres animés et entre les cellules d'iin organisme, une sélection natarelle; et le latin devait l'emporter sur le gaulois, comme six siècles plus tard il devait résister aux langues germaniques. Il a donc été moins imposé par les vainqueurs, que victorieux par lui-même, puisque les conquérants germains l'ont à leur tour subi.

Latin classique et latin populaire. — Le latin se propagea en Gaule sous deux formes. Dans les écoles, dans la société lettrée et administrative, ce fut le latin de Gicéron et de César qui fut appris et parlé ; mais dans les classes moyennes et dans le peuple, ce fut celui de la conversation courante et des soldats. A Rome même, il y avait des difl'érences profondes entre ces deux sortes de latin, — surtout en ce qui concerne la prononciation et la syntaxe. Les mots latins, tels que nous les trouvons écrits dans les textes classiques, étaient abrégés ou modlflél^i^ar la prononciation courante. Les classiques eux-mêmes admettent à cjté de formes comme sœculurn^ vinculum.., des formes abrégées, sœclum, oinclam,,,

La syllabe accentuée prédominait ; les syllabes atones étaient atténuées et tendaient à disparaître. Dans la syntaxe, le latin parlé usait, beaucoup plus que le latin littéraire, des prépositions; celles-ci se substituaient aux désinences casuelles pour marquer certains rapports. Pour les verbes, on faisait un plus fréquent emploi des auxiliaires.

Formation populaire. — Ce latin de la conversation et du peuple est celui qui se répandit le plus vite et le plus loin en Gaule. Les Gaulois des hautes classes apprenaient dans les écoles le latin des classiques ; mais c'était pour eux une langue artiflcielle et morte. L'autre latin, toujours vivant, et en évolution continuelle même sur le territoire de rilalie, fut parlé entre Romains et Gaulois. Ceux-ci essayaient de reproduire par la prononciation les mots dont ils n'entendaient distinctement qu'une partie. Cette reproduction fut

â LA LITTÉRATURE FRANÇAISE

spontanée, directe ; elle se faisait suivant des lois inconscientes, mais fixes Ijue les grammairiens ont reconstituées après coup, comme les savants constatent celles de révolution des espèces animales ou celles des phénomènes physiques. Et de ce lent travail sortit peu à peu la langue romane (1), dont les ][>remiers textes apparaissent au neuvième siècle.

Les invasions barbares, à partir du cinquième siècle, ont pour effet de ruiner Tadministraiion et les écoles romaines. Et le latin populaire, déjà en voie de formation romane^ se substitue lentement au latin littéraire, môme dans les actes publics et dans rÉgliso.

Lois essentielles de. la Iaog:tte romane. — Les mots latins, reproduits par des Gaulois qui ne les connaissaient pas sous leur forme écrite, avaient pour noyau la syllabe accentuée. La règle essentielle dans le passage dn mot latin h la forme romane est donc la persistance de la syllabe accentuée. — Quand une voyelle brève précède immédiatement la syllabe accentuée, celte voyelle tombe : clarU tàtem donne clarté ; et il est certain que les Romains, prononçaient déjà clartàtem. Quand une voyelle longue précède immédiatement la syllabe accentuée, cette voyelle est conservée en roman : perégrinum donne pèlerin. — Dans tout mot latin où Taccent occupe la troisième place, comme dans claritâtem, la première syllabe porte un accent secondaire qui la préserve : elle est maintenue. Autres exemples : bonïtâlemt bonté : libcràrej livrer. — La voyelle qui suit la syllabe accentuée disparaît ou s^atténue en e muet : qu^elle soit finale comme dans : mortàlem, mortel ; râsam, rose ; ou qu'elle soit dans Tintérieur du mot, comme dans : tâbulumy table ; môbilem^ meuble. — Enfin, la consonne médiane, celle qui sépare deux voyelles dont la seconde porte Taccent tonique, disparaît ou se modifie : doiàre, douer ; secûrum^ sûr ; delicàtum, délié ; debére, devoir.

Déclinaison. — Les substantifs et adjectifs latins se déclinaient (cf. langue allemande) ; ils avaient six cas : nominatif, vocatif, génitif, datif, accusatif, ablatif. En roman^ deux de ces cas seulement sont conservés : le nominatif (cas sujet) et Taccusatif (cas régime). Le cas sujet du singulier et le cas régime du pluriel sont marqués par un s ; le cas régime du singulier et le cas sujet du pluriel n'ont pas s. Exemple :

Singulier : cas sujet : mors (murus).

cas régime : mur {murum).

Pluriel : cas sujet : mur (mûri),

cas régime : murs (muros).

(1) L'espagnol, l'italien, le roumain sont également dos langues romanes. Le latin populaire a donné sur ohaque soi, dans des conditions particulières do climat et de racetuno langue romane distincte de «a voisine: c'est la loi de l'adaptation au milieu.

imRODVCTlOS

On Toit quo l'i du roman correspond & Va du latin. Alnst jusqu'au quatortième siècle, le français distinguait la fonction du mot dans la phrase d'aprù-s son eat, et pouvait se permettre des inversions aujourd'hui impossibles. Ocltc phrase : Le roi taa le lion prendrait le sens contraire si nou.i écrivions : le lion tua le roi. An moyen Age, on peut écrire sans changer le sens, soit : U {le) reis tua lo

Ils, -'.i ■ ■.;■■■ :■ - -

'^c^jimevnfimitc;^

s cnsiifllcK, et

(U) lion, wït : la (le) lion tua U {le) rets, plirnsc où les déshiiT non plus la place, indiquent le sujet et le régime.

Les cas disparurent de la langue française vers le commeneemeiit du quetotrième siècle ; on conserva scnlenieut la forme du cm régime ])our toulesles fonctions, sujet ou compléments. Voilà pourquoi, à partir de ce nionn-nt, l's est devenu la marque du pluriel, puisque le cas régime du singulier n'avuit pas d't, et que le cas régime du pluriel avait un s.

Formatlan savante. Doublets. — A partir du douzième siècle, certains mots de formation lavante apparaissent & cdlé des mots d'origine populaire. Les clerci.

ceux qui lisent et qui écrivent le latin, introduisent dans le vocabulaire français des mots calqués syllabe par syllabe sur des mots latins, et dont la désinence seule est française. Ainsi, sur le latin sollicitarey ils forment solliciter. Le plus souvent, ce mot latin avait déjà donné un mot de formation populaire ; il en résulte que deux mots français sont tirés du môme type latin; ce sont des doublets. Les exemples en sont bien connus : gracilem donne grêle et gracile ; fragileiriy Jrêle et fragile ; advocatuSy avoué et avocat; Icgalcm^ loyal et légal^ etc. Il y a toujours une dilTéronce de sons très appréciable entre les doublets; ce qui nous instruit sur le sens également dilTércnt qu*un mot latin avait dans le langage usuel et dans les textes littéraires ou officiels.

Subdivisions du Roman. Lans:ue d'oc et langue ù'oiL Dialectes. — Sur

rimmense torriloirc gaulois, selon les races et le milieu, le roman prit des formes variées. Il se subdivisa, d'abord, en deux grands dialectes, la langue d*oo et la langue d*ûi/, ainsi désignés par le mot qui, dans chacun d'eux, signifiait oui {hoc et lioc illi). La langue d'oc se parlait dans la région méridionale; la langue d'oïl, dans la région septentrionale ; une ligne qui irait de la Rochelle à Grenoble, en passant par Limoges, Clermont-Ferrand, Lyon, établirait approximativement la séparation des deux langues. Bien entendu, cette séparation est toute conventionnelle : c'est par les nuances intermédiaires de nombreux dialectes locaux que l'on passait de la langue d'oc, à la langue d'oïl.

Chacune de ces deux langues se subdivisait elle-même en dialectes : dans le domaine d'oc, on a le provençal, le languedocien, le dauphinoiSf Vauverqnat, le limousin; — dans le domaine d'oïl, le picard, le bourguignon, le normand, le poitevin, et surtout le dialecte de l'Ile-de-France, Presque tous ces dialectes sont représentés au moyen âge par des œuvres littéraires. Mais, à partir du quinzième siècle, et surtout du seizième, le dialecte de T Ile-de-France prend le pas sur tous les autres, et devient la langue centrale et prépondérante. Ce n'est pas qu'il ait eu, en soi, des mérites supérieurs à ceux du picard ou du normand, mais sa situation politique de dialecîe parlé dans la capitale et à la cour lui dorme plus rapidement qu'aux autres un ensemble de qualités : précision, finesse, élégance, clarté, que les autres dialectes perdent au contraire de plus en plus. Si bien qu'à partir du dix-septième siècle, cessant d'être écrits, et n'étant plus parlés que par les classes les moins cultivées, le normand, le picard, le poitevin, etc.. tombent au rang de patois.

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